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AccueilJurisprudence administrativeN° TA21-2303378

Tribunal Administratif de Dijon — Décision N° TA21-2303378

mardi 21 mai 2024

JuridictionTribunal Administratif de Dijon
SectionTribunal Administratif de Dijon
N° DossierTA21-2303378
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationCH 2 JU
Avocat requérantSELARL DU PARC CABINET D'AVOCATS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et deux mémoires, enregistrés les 28 novembre 2023, 22 février et 24 avril 2024, ce dernier mémoire n'ayant pas été communiqué, M. B A, représenté par la société d'exercice libéral à responsabilité limitée Bardet, Lhomme, demande au tribunal :

1°) d'annuler la contrainte émise le 2 octobre 2023 par le directeur régional de Pôle Emploi Bourgogne-Franche-Comté afin d'obtenir le remboursement d'une somme de 20 735,44 euros, correspondant à un indu d'allocation de solidarité spécifique, auquel s'ajoutent 5,29 euros de frais ;

2°) de prononcer la décharge de l'obligation de payer cette somme ;

3°) de mettre à la charge de Pôle Emploi Bourgogne-Franche-Comté la somme de 2 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- la contestation d'une contrainte décernée par Pôle Emploi n'est subordonnée ni à l'exercice d'un recours hiérarchique devant Pôle Emploi, ni à l'exercice d'un recours administratif préalable obligatoire, ni à un recours au médiateur régional ;

- s'il a sollicité dans les délais l'effacement de sa dette, il ne pouvait saisir le médiateur régional avant le 8 avril 2023, dès lors que Pôle Emploi n'a répondu à sa demande d'effacement de dette que le 17 avril 2023 ;

- il appartient au tribunal de prendre acte de l'effacement partiel de sa dette ;

- la créance de Pôle emploi est prescrite, en vertu des dispositions de l'article L. 5422-5 du code du travail, en tant qu'elle porte sur des sommes perçues antérieurement au 3 février 2020, dès lors que la première demande de remboursement a été formée par Pôle emploi le 3 février 2023 ;

- le trop-perçu litigieux n'est dû qu'en raison de la faute et de l'erreur manifeste commises par Pôle Emploi, constituées par l'attribution de l'allocation de solidarité spécifique pendant sept années, renouvelée tous les six mois ;

- il est de bonne foi, dès lors qu'il a justifié de ses ressources auprès de Pôle emploi tous les six mois, pendant près de sept années.

Par deux mémoires en défense, enregistrés les 14 février et 29 mars 2024, Pôle Emploi Bourgogne-Franche-Comté, représenté par l'association d'avocats à responsabilité professionnelle individuelle du Parc, Monnet, conclut au rejet de la requête, à ce que M. A soit condamné à lui verser la somme de 10 370,36 euros au titre des allocations de solidarité spécifique indument versées, à ce qu'une somme de 1 000 euros soit mise à sa charge au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et à ce qu'il soit condamné aux entiers dépens.

Il soutient que :

- à titre principal, la requête est irrecevable, dès lors que M. A ne justifie ni de l'exercice d'un recours administratif préalable contre la décision du 3 février 2023 lui ayant notifié l'indu d'allocation de solidarité spécifique en litige, qui mentionnait les voies et délais de recours, ni d'une demande de médiation préalable obligatoire auprès du médiateur de Pôle Emploi ;

- à titre principal, pour le même motif, les moyens tirés de l'absence de bien-fondé de l'indu sont irrecevables et inopérants ;

- à titre subsidiaire, les moyens soulevés par le requérant ne sont pas fondés ;

- Pôle emploi sollicite le remboursement de la somme de 10 370,36 euros, eu égard à la remise de dette partielle du 15 janvier 2024, à hauteur d'un montant de 10 365,08 euros.

Les parties ont été informées le 21 février 2024, en application des dispositions de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, de ce que le jugement était susceptible d'être fondé sur un moyen relevé d'office, tiré de l'irrecevabilité des conclusions reconventionnelles présentées par Pôle Emploi Bourgogne-Franche-Comté tendant à ce que M. A soit condamné à lui verser la somme de 10 370,36 euros au titre des indus d'allocation de solidarité spécifique, dès lors qu'en application du principe selon lequel une personne morale de droit public ou privé chargée d'une mission de service public est irrecevable à demander au juge administratif de prononcer une mesure qu'elle a le pouvoir de prendre elle-même, Pôle Emploi Bourgogne-Franche-Comté n'est pas recevable à demander au tribunal de condamner un allocataire au remboursement de prestations qu'il a indûment perçues, dès lors qu'il dispose, comme il peut en user en l'espèce, et comme il l'a d'ailleurs fait, du pouvoir de délivrer une contrainte lui permettant de recouvrer une prestation indument versée qui, sauf opposition fondée, comporte les effets d'un jugement en application des dispositions de l'article L. 5426-8-2 du code du travail.

Les parties ont été informées le 21 février 2024, en application des dispositions de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, de ce que le jugement était susceptible d'être fondé sur un moyen relevé d'office, tiré du non-lieu à statuer sur la requête de M. A à hauteur d'une somme de 10 365,08 euros, dès lors que, par une décision du 16 janvier 2024, le directeur de l'agence de Mâcon de Pôle Emploi a décidé d'accorder à M. A, par la voie gracieuse, une remise partielle de l'indu d'allocation de solidarité spécifique en litige, d'un montant de 10 365,08 euros, et que, dès lors, l'opposition à contrainte en litige est privée d'objet à hauteur de cette somme de 10 365,08 euros.

Le président du tribunal administratif de Dijon a désigné M. Hugez, premier conseiller, pour statuer sur les litiges mentionnés à l'article R. 222-13 du code de justice administrative.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code civil ;

- le code du travail ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Irénée Hugez,

- et les observations de Me Cordin, représentant Pôle Emploi Bourgogne-Franche-Comté.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. M. B A, demandeur d'emploi depuis 2015, a été bénéficiaire de l'allocation de solidarité spécifique du 1er janvier 2016 au 30 novembre 2022. Par une lettre du 3 février 2023, Pôle Emploi Bourgogne-Franche-Comté lui a notifié un indu d'un montant de 20 730,15 euros au titre de cette période de janvier 2016 à novembre 2022, en raison de l'exercice d'une activité professionnelle non salariée que l'intéressé n'a pas déclarée et qui n'était pas cumulable avec cette allocation. Par une décision du 17 avril 2023, le directeur de l'agence de Mâcon de Pôle Emploi Bourgogne-Franche-Comté a refusé de faire droit à la demande de remise gracieuse formée le 31 mars 2023 par l'intéressé. Par lettre du 24 mai 2023, M. A a contesté auprès de Pôle Emploi le bien-fondé de cet indu. M. A a été mis en demeure le 19 juin 2023 de rembourser ces trop-perçus. Le 13 novembre 2023, Pôle Emploi a notifié à M. A une contrainte d'un montant total de 20 735,44 euros, correspondant aux indus précités, auxquels s'ajoutent 5,29 euros de frais. Par sa requête, M. A forme opposition à cette contrainte.

Sur le non-lieu à statuer :

2. Par une décision du 16 janvier 2024, intervenue en cours d'instance, le directeur de l'agence de Mâcon de Pôle Emploi a décidé d'accorder à M. A, par la voie gracieuse, une remise partielle de l'indu d'allocation de solidarité spécifique en litige, d'un montant de 10 365,08 euros. L'opposition à contrainte en litige est, dès lors, privée d'objet à hauteur de cette somme de 10 365,08 euros.

Sur les conclusions aux fins d'annulation et de décharge :

3. Aux termes de l'article L. 5426-8-2 du code du travail : " Pour le remboursement des allocations, aides, ainsi que de toute autre prestation indûment versées par Pôle emploi pour son propre compte, pour le compte de l'organisme chargé de la gestion du régime d'assurance chômage mentionné à l'article L. 5427-1, pour le compte de l'Etat ou des employeurs mentionnés à l'article L. 5424-1, le directeur général de Pôle emploi ou la personne qu'il désigne en son sein peut, dans les délais et selon les conditions fixés par voie réglementaire, et après mise en demeure, délivrer une contrainte qui, à défaut d'opposition du débiteur devant la juridiction compétente, comporte tous les effets d'un jugement et confère le bénéfice de l'hypothèque judiciaire. ". Aux termes du premier alinéa de l'article R. 5426-20 du même code : " La contrainte prévue à l'article L. 5426-8-2 est délivrée après que le débiteur a été mis en demeure de rembourser l'allocation, l'aide ou toute autre prestation indue mentionnée à l'article L. 5426-8-1 ou de s'acquitter de la pénalité administrative mentionnée à l'article L. 5426-6. ". Aux termes du premier alinéa de l'article R. 5426-22 de ce code : " Le débiteur peut former opposition par inscription au secrétariat du tribunal compétent dans le ressort duquel il est domicilié ou par lettre recommandée avec demande d'avis de réception adressée au secrétariat dudit tribunal dans les quinze jours à compter de la notification. ".

4. En premier lieu, aux termes des deux premiers alinéas de l'article L. 5422-5 du code du travail : " L'action en remboursement de l'allocation d'assurance indûment versée se prescrit par trois ans. / En cas de fraude ou de fausse déclaration, elle se prescrit par dix ans. ". Il résulte de ces dispositions que le délai spécial de prescription prévu par l'article L. 5422-5 du code du travail pour l'action en répétition de " l'allocation d'assurance " indûment versée n'est pas applicable aux actions en répétition concernant les autres revenus de remplacement, notamment l'allocation de solidarité spécifique. En l'absence de prescriptions spéciales, les créances litigieuses sont soumises à la prescription de droit commun prévue par l'article 2224 du code civil selon lequel : " Les actions personnelles ou mobilières se prescrivent par cinq ans à compter du jour où le titulaire du droit a connu ou aurait dû connaître les faits permettant de l'exercer. ".

5. D'une part, si le requérant soutient, sur le fondement des dispositions de L. 5422-5 du code du travail, que l'action en répétition de Pôle Emploi serait prescrite, il résulte de ce qui précède que ces dispositions ne sont pas applicables à l'indu en litige et que la prescription de l'action de Pôle emploi doit être appréciée dans les conditions prévues par les dispositions de l'article 2224 du code civil.

6. D'autre part, si l'indu en litige porte sur la période du 1er janvier 2016 au 30 novembre 2022, Pôle Emploi fait valoir que M. A n'a jamais déclaré son activité non salariée durant toute cette période, qu'il n'a pas davantage déclaré sur le formulaire prévu à cet effet, qu'il a dû renvoyer tous les six mois, les revenus perçus dans ce cadre et que l'établissement public n'a eu connaissance des faits à l'origine de l'indu litigieux qu'en décembre 2022, à l'occasion du contrôle de l'avis d'imposition transmis par M. A. Ce dernier ne conteste pas sérieusement ne pas avoir déclaré auprès de Pôle Emploi son activité non salariée, ni ses revenus non-salariés sur le formulaire prévu à cet effet lors de ses demandes successives de renouvellement de l'allocation de solidarité. S'il soutient avoir transmis chaque année ses déclarations de revenus, qu'il produit à l'instance, et s'il doit être regardé, ce faisant, comme soutenant que Pôle Emploi aurait dû connaître à ces dates l'existence de ses revenus non-salariés, il n'établit pas davantage les dates auxquelles il aurait transmis ses déclarations de revenus. En particulier, M. A n'établit pas qu'il aurait transmis sa déclaration de revenus de l'année 2016 plus de cinq ans avant la réception de la lettre du 3 février 2023 par laquelle Pôle Emploi lui a notifié son intention de procéder à la répétition de la somme en litige, ni même plus de cinq avant la notification de la contrainte. Dès lors, il ne résulte pas de l'instruction que Pôle Emploi, au regard des éléments dont il disposait, aurait dû savoir avant le 3 février 2018 que M. A exerçait une activité non salariée. Il suit de là que le délai de prescription de cinq ans prévu par l'article 2224 du code civil n'était pas expiré à la date à laquelle Pôle Emploi lui a notifié son intention de procéder à la répétition de l'indu. Par suite, le moyen tiré de la prescription doit être écarté.

7. En deuxième lieu, la circonstance selon laquelle le trop-perçu en litige serait relatif à une faute de Pôle Emploi qui aurait continué à proposer au requérant le renouvellement de l'allocation de solidarité spécifique et n'en aurait pas interrompu le versement malgré l'exercice par l'intéressé d'une activité non salariée, est sans incidence tant sur l'existence, sur le bien-fondé et sur l'exigibilité de la somme en litige, que sur la régularité et le bien-fondé de la contrainte émise par Pôle Emploi.

8. En troisième lieu, si le requérant soutient qu'il est de bonne foi, un tel moyen, qui n'a pas trait à la régularité de la contrainte émise ou à son bien-fondé, est inopérant dans le cadre d'une opposition à contrainte.

9. Il résulte de tout ce qui précède, sans qu'il soit besoin de statuer sur les fins de non-recevoir opposées par Pôle Emploi Bourgogne-Franche-Comté en défense, ni sur la recevabilité de la requête, ni davantage sur celle des moyens soulevés, que M. A n'est fondé à demander ni l'annulation de la contrainte émise par Pôle Emploi, en tant qu'elle porte sur un montant de 10 370,36 euros, ni la décharge de l'obligation de payer cette somme.

Sur les conclusions reconventionnelles de Pôle Emploi Bourgogne-Franche-Comté :

10. En application du principe selon lequel une personne morale de droit public ou privé chargée d'une mission de service public est irrecevable à demander au juge administratif de prononcer une mesure qu'elle a le pouvoir de prendre elle-même, Pôle Emploi Bourgogne-Franche-Comté n'est pas recevable à demander au tribunal de condamner un allocataire au remboursement de prestations qu'il a indûment perçues, dès lors qu'il dispose, comme il peut en user en l'espèce, et comme il l'a d'ailleurs fait, du pouvoir de délivrer une contrainte lui permettant de recouvrer une prestation indument versée qui, sauf opposition fondée, comporte les effets d'un jugement en application des dispositions de l'article L. 5426-8-2 du code du travail. Les conclusions reconventionnelles de Pôle Emploi Bourgogne-Franche-Comté tendant à la condamnation de M. A à lui verser la somme de 10 370,36 euros sont irrecevables et doivent être rejetées comme telles.

Sur les dépens :

11. Aux termes de l'article R. 761-1 du code de justice administrative : " Les dépens comprennent les frais d'expertise, d'enquête et de toute autre mesure d'instruction dont les frais ne sont pas à la charge de l'Etat. / Sous réserve de dispositions particulières, ils sont mis à la charge de toute partie perdante sauf si les circonstances particulières de l'affaire justifient qu'ils soient mis à la charge d'une autre partie ou partagés entre les parties. / L'Etat peut être condamné aux dépens. ".

12. Il ne résulte pas de l'instruction que Pôle Emploi Bourgogne-Franche-Comté aurait exposé des dépens au sens des dispositions précitées. Ses conclusions tendant à la condamnation de M. A aux dépens ne peuvent ainsi qu'être rejetées.

Sur les conclusions relatives à l'application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative :

13. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de France Travail Bourgogne-Franche-Comté, qui n'est pas dans la présente instance la partie perdante, la somme demandée par M. A au titre des frais exposés par lui et non compris dans les dépens. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de M. A la somme demandée par France Travail Bourgogne-Franche-Comté au même titre.

D E C I D E :

Article 1er : Il n'y a pas lieu de statuer sur la requête de M. A, à hauteur de la somme de 10 365,08 euros.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête de M. A est rejeté.

Article 3 : Les conclusions reconventionnelles présentées par Pôle Emploi Bourgogne-Franche-Comté et les conclusions de Pôle Emploi Bourgogne-Franche-Comté présentées sur le fondement des dispositions des articles L. 761-1 et R. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et à France Travail Bourgogne-Franche-Comté.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 21 mai 2024.

Le magistrat désigné,

I. Hugez

La greffière,

L. Curot

La République mande et ordonne à la ministre du travail, de la santé et des solidarités en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition,

La greffière,

lc

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