jeudi 21 mars 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Dijon |
| Section | Tribunal Administratif de Dijon |
| N° Dossier | TA21-2303399 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 1ère chambre |
| Avocat requérant | CABINET CLEMANG |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire, enregistrés les 29 novembre 2023 et 18 janvier 2024, Mme A C épouse B, représentée par la SCP Clemang, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 31 octobre 2023 par lequel le préfet de Saône-et-Loire a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligée à quitter le territoire français dans le délai de trente jours et a fixé le pays de destination ;
2°) d'enjoindre au préfet de Saône-et-Loire de lui délivrer un titre de séjour ;
3°) de mettre à la charge de l'État une somme de 2 000 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- la décision de refus de titre de séjour a été prise en violation de l'autorité de la chose jugée ;
- elle est entachée d'erreur de fait et d'erreur manifeste d'appréciation et a été prise en violation des stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant et de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
-les décisions d'obligation de quitter le territoire français et fixant le pays de destination sont illégales en raison de l'illégalité de la décision portant refus de séjour.
Par un mémoire en défense, enregistré le 19 décembre 2023, le préfet de Saône-et-Loire conclut au rejet de la requête.
Il soutient que les moyens de la requête ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier ;
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 ;
- la convention internationale des droits de l'enfant signée à New-York le 26 janvier 1990 ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code de justice administrative.
Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de présenter des conclusions à l'audience sur cette affaire en application des dispositions de l'article R. 732-1-1 du code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique,
- le rapport de Mme Laurent, rapporteure,
- et les observations de Me Clemang, représentant Mme C.
Considérant ce qui suit :
1. Mme C épouse B, ressortissante algérienne, est entrée régulièrement en France le 13 mars 2019. Elle a sollicité la délivrance d'une autorisation provisoire de séjour en invoquant l'état de santé de sa fille atteinte de surdité profonde. Par un arrêté du 13 octobre 2021, le préfet de Saône-et-Loire a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligée à quitter le territoire français dans le délai de trente jours et a fixé le pays de destination. Cet arrêté a été annulé par jugement n° 2102920 du tribunal administratif de Dijon du 27 octobre 2022 qui a enjoint au préfet de Saône-et-Loire de délivrer à l'intéressée une autorisation provisoire de séjour pour l'accompagnement d'un enfant malade d'une durée de six mois ; par suite, elle a été mise en possession d'autorisations provisoires de séjour, dont la dernière est arrivée à expiration le
30 octobre 2023. Par arrêté du 31 octobre 2023, le préfet de Saône-et-Loire a refusé de délivrer un titre de séjour à Mme C, l'a obligée à quitter le territoire français dans le délai de trente jours et a fixé le pays de destination. Elle demande l'annulation de cet arrêté.
Sur la légalité du refus de séjour:
2. En premier lieu, il ressort des pièces du dossier que Mme C a été mise en possession d'autorisations provisoires de séjour pour l'accompagnement d'un enfant malade, dont la dernière était valable jusqu'au 30 octobre 2023, en exécution du jugement du tribunal du
27 octobre 2022 annulant l'arrêté du préfet de Saône-et-Loire du 13 octobre 2021. Le
21 mars 2023, elle a sollicité la délivrance d'un certificat de résidence algérien sur le fondement des articles 6-5 et 6-7 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968. Consulté dans le cadre de l'instruction de cette nouvelle demande, le collège de médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration a estimé, par un avis du 18 juillet 2023, que, si l'état de santé de l'enfant nécessitait une prise en charge médicale, le défaut d'une telle prise en charge ne devrait pas entraîner de conséquences d'une exceptionnelle gravité et qu'il pouvait voyager sans risque vers son pays d'origine. Dès lors qu'il statue sur une nouvelle demande, qui a fait l'objet d'une nouvelle instruction au vu d'éléments nouveaux, l'arrêté attaqué du 31 octobre 2023 ne peut, contrairement à ce que soutient la requérante, être regardé comme portant atteinte à l'autorité de la chose jugée attachée au jugement du 27 octobre 2022.
3. En deuxième lieu, aux termes de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant : " Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait d'institutions politiques ou privées, de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale ".
4. La fille de Mme C, Dania, née prématurément le 27 avril 2015, est atteinte d'une surdité bilatérale profonde depuis sa naissance nécessitant la pose d'implants cochléaires. Elle présente également des difficultés de développement liées à la prématurité et à la surdité. Elle a fait l'objet en 2019 et 2021 d'interventions consistant en la pose et au remplacement d'implants cochléaires et est depuis, régulièrement suivie. Elle a ainsi bénéficié d'un suivi pluridisciplinaire et de l'assistance d'une tierce personne dans le cadre de sa scolarité, d'actions de rééducation de l'ouïe et de la parole, d'un suivi orthophonique, d'un accompagnement éducatif, d'un accompagnement en langue des signes française. Sa mère a été intégrée dans le processus d'apprentissage de la langue des signes française afin de pouvoir communiquer avec sa fille. Dania a été admise au sein de l'institut des jeunes sourds D à compter de la rentrée 2023/2024, et elle continue à faire l'objet d'un suivi pluridisciplinaire afin de surmonter la surdité ainsi que les difficultés motrices, et les troubles de la coordination et neurovisuels dont elle est atteinte.
5. Toutefois, il ressort des pièces du dossier que Dania bénéficie désormais des implants cochléaires qui, selon les médecins qui la suivaient en Algérie, devaient être mis en place dans un centre spécialisé à l'étranger. Par ailleurs, les éléments produits par la requérante, à savoir de nombreux certificats médicaux et des décisions de la commission des droits et de l'autonomie des personnes handicapées indiquant qu'un défaut de prise en charge en France pourrait faire perdre à l'enfant l'évolution favorable de ses divers handicaps, ne font pas état de conséquences d'une exceptionnelle gravité liées à l'interruption de cette prise en charge et ne sont donc pas de nature à remettre en cause l'avis du collège des médecins du 18 juillet 2023, que le préfet s'est approprié pour prendre la décision de refus de séjour contestée. Enfin, dès lors qu'il n'est pas sérieusement contesté que l'interruption de la prise en charge de Dana ne l'exposera pas à des conséquences d'une exceptionnelle gravité, Mme C ne saurait se prévaloir utilement de l'indisponibilité des soins dans son pays d'origine. En tout état de cause, alors qu'il ressort des pièces médicales versées à l'instance que l'enfant était suivie médicalement pour son handicap lorsqu'elle résidait en Algérie, il n'est pas établi que ce pays serait dépourvu de structures prenant en charge les personnes atteintes de surdité profonde et notamment que les ressortissants de ce pays arabophone ne pourraient pas bénéficier d'un apprentissage en langue des signes arabe. Par suite, Mme C n'est pas fondée à soutenir que le refus de lui accorder un titre de séjour a méconnu l'intérêt supérieur de sa fille, garanti par les stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant, ni que ce refus repose sur une erreur de fait.
6. En troisième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale () ".
7. Mme C, entrée en France en 2019, y résidait depuis quatre ans et six mois à la date de la décision attaquée. Elle y a donné naissance à un troisième enfant. Toutefois, ainsi qu'il a été dit au point 5., le défaut de prise en charge en France de sa fille handicapée, ne devrait pas entraîner de conséquences d'une exceptionnelle gravité, à supposer qu'elle ne puisse bénéficier d'une prise en charge adaptée en Algérie. Par ailleurs, si la requérante a vécu en France de façon régulière, c'était en sa seule qualité d'accompagnante d'enfant malade. Enfin, alors qu'elle ne justifie d'aucune insertion particulière à la société française, elle n'est pas dépourvue d'attaches personnelles en Algérie, où elle a vécu jusqu'à l'âge de trente-trois ans, et où ses enfants pourront l'accompagner et y poursuivre leur scolarité. Par suite, en refusant de lui délivrer un titre de séjour, le préfet de Saône-et-Loire n'a pas porté à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée par rapport aux buts en vue desquels cette décision a été prise. Il n'a ainsi pas méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et n'a pas davantage entaché sa décision d'une erreur manifeste dans l'appréciation de ses conséquences sur la situation personnelle de l'intéressée.
Sur la légalité des décisions d'obligation de quitter le territoire français et fixant et le pays de destination :
8. Compte-tenu de ce qui précède, Mme C n'est pas fondée à exciper de l'illégalité de la décision de refus de séjour à l'encontre des décisions portant obligation de quitter le territoire français et fixant le pays de destination.
9. Il résulte de tout ce qui précède que Mme C n'est pas fondée à demander l'annulation de l'arrêté du 31 octobre 2023 du préfet de Saône-et-Loire.
Sur les conclusions à fin d'injonction :
10. L'exécution du présent jugement n'appelle aucune mesure d'exécution. Les conclusions en injonction doivent par suite être rejetées.
Sur les frais liés au litige :
11. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mis à la charge de l'Etat, qui n'est pas, dans la présente instance, la partie perdante, le versement de quelque somme que ce soit au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de Mme C est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme A C épouse B, au préfet de Saône-et-Loire et à Me Clemang.
Copie en sera adressée au ministre de l'intérieur et des outre-mer.
Délibéré après l'audience du 7 mars 2024, à laquelle siégeaient :
M. Olivier Rousset, président,
Mme Marie-Eve Laurent, première conseillère,
Mme Océane Viotti, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 21 mars 2024.
La rapporteure,
M-E Laurent
Le président,
O. Rousset
La greffière,
C. Chapiron
La République mande et ordonne au préfet de Saône-et-Loire, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition,
La greffière,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026