mardi 21 mai 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Dijon |
| Section | Tribunal Administratif de Dijon |
| N° Dossier | TA21-2303440 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | D |
| Formation | CH 1 JU |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 1er décembre 2023, M. A B, représenté par
Me Cohen, demande au tribunal :
1°) d'annuler la décision " 48 SI " du 14 juin 2023 en tant que le ministre de l'intérieur et des outre-mer a invalidé son permis de conduire pour solde de points nul et les décisions de retrait de points consécutives aux infractions constatées les 22 avril 2022, 3 février 2022,
4 décembre 2021, 27 mai 2019, 16 janvier 2019, 4 janvier 2019, ainsi que la décision de rejet implicite de son recours gracieux ;
2°) d'enjoindre au ministre de l'intérieur et des outre-mer de lui restituer son permis de conduire ainsi que les points qui lui ont été illégalement retirés ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 000 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- il n'a pas reçu à l'occasion des infractions relevées contre lui, les informations prévues par les articles L. 223-3 et R. 223-3 du code de la route, alors que cette formalité est substantielle ;
-la réalité des infractions n'est pas établie.
Par un mémoire en défense enregistré le 31 janvier 2024, le ministre de l'intérieur et des outre-mer conclut à titre principal au non-lieu à statuer sur les conclusions tendant à l'annulation de la décision " 48 SI " du 14 juin 2023 et de la décision de retrait de point consécutive à l'infraction du 4 décembre 2021 et à titre subsidiaire au rejet de la requête.
Il fait valoir que :
- les mentions afférentes à la décision " 48 SI " et à la décision de retrait de point consécutive à l'infraction du 4 décembre 2021 ont été supprimées du relevé intégral d'information ;
- le surplus des moyens soulevés par M. B n'est pas fondé.
Une demande de maintien de la requête a été adressée à M. B le
1er février 2024 en application de l'article R. 612-5-1 du code de justice administrative.
Par un mémoire enregistré le 22 février 2024 M. B a informé le tribunal qu'il maintenait sa requête.
Par une ordonnance du 26 février 2024 la clôture de l'instruction a été fixée au
14 mars 2024.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de procédure pénale ;
- le code de la route ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné M. Rousset, vice-président, pour statuer sur les litiges en application des dispositions de l'article R. 222-13 du code de justice administrative.
La rapporteure publique a été dispensée, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Le rapport de M. Rousset a seul été entendu au cours de l'audience publique.
Considérant ce qui suit :
1. M. B demande au tribunal d'annuler les décisions de retrait de points consécutives aux infractions constatées les 22 avril 2022, 3 février 2022, 4 décembre 2021,
27 mai 2019, 16 janvier 2019, 4 janvier 2019 ainsi que la décision 48 SI du 14 juin 2023 invalidant son permis de conduire.
Sur le non-lieu partiel à statuer :
2. Il résulte tant des écritures du ministre que du relevé d'information intégral en date du 30 janvier 2024, que les mentions afférentes à la décision de retrait de points consécutive à l'infraction du 4 décembre 2021 et à la décision 48 SI du 14 juin 2023 ne figurent plus sur le relevé d'information intégral de M. B. Dès lors, ses conclusions à fin d'annulation de ces décisions et de la décision implicite rejetant son recours gracieux en tant qu'elle portait sur ces deux décisions, sont devenues sans objet. Il n'y a donc pas lieu d'y statuer.
Sur le surplus des conclusions à fin d'annulation :
En ce qui concerne le moyen tiré du défaut d'information :
3. Il résulte des articles L. 223-3 et R. 223-3 du code de la route que l'accomplissement de la formalité substantielle prescrite par ces dispositions, qui constitue une garantie essentielle donnée à l'auteur de l'infraction pour lui permettre d'en contester la réalité et d'en mesurer les conséquences sur la validité de son permis, conditionne la régularité de la procédure suivie et, partant, la légalité du retrait de points. L'administration ne peut légalement prendre une décision retirant des points affectés à un permis de conduire à la suite d'une infraction dont la réalité a été établie que si l'auteur de l'infraction s'est vu préalablement délivrer par elle un document lui permettant de constater la réalité de l'infraction et d'en mesurer les conséquences sur la validité de son permis. Il appartient à l'administration d'apporter la preuve, par tous moyens, de la remise d'un tel document.
4. L'article R. 49 du code de procédure pénale prévoit, dans son II issu du décret du 26 mai 2009, que le procès-verbal constatant une contravention pouvant donner lieu à une amende forfaitaire " peut être dressé au moyen d'un appareil sécurisé dont les caractéristiques sont fixées par arrêté du garde des sceaux, ministre de la justice, permettant le recours à une signature manuscrite conservée sous forme numérique ". En vertu des dispositions de l'article A. 37-14 du même code, issu d'un arrêté du 2 juin 2009, ultérieurement reprises à l'article A. 37-19, issu d'un arrêté du 13 mai 2011 et modifié par un arrêté du 6 mai 2014, l'appareil électronique sécurisé permet d'enregistrer, pour chaque procès-verbal, d'une part, la signature de l'agent verbalisateur, d'autre part, celle du contrevenant qui est invité à l'apposer " sur une page écran qui lui présente un résumé non modifiable des informations concernant la contravention relevée à son encontre, informations dont il reconnaît ainsi avoir eu connaissance ". En vertu des dispositions du II de l'article A. 37-27-2, issu d'un arrêté du 4 décembre 2014, en cas d'infraction entraînant retrait de points, le résumé non modifiable des informations concernant la contravention relevée précise qu'elle entraîne retrait de points et comporte l'ensemble des éléments mentionnés aux articles L. 223-3 et R. 223-3 du code de la route. Ainsi, depuis une mise à jour logicielle effectuée le 15 avril 2015, tous les appareils électroniques utilisés par les agents verbalisateurs font apparaître sur la page présentée au contrevenant, en cas d'infraction entraînant retrait de points, l'ensemble des informations exigées par la loi. Dès lors, pour les infractions constatées à compter de cette date, la signature apposée par l'intéressé et conservée par voie électronique établit que ces informations lui ont été délivrées. La mention certifiée par l'agent selon laquelle le contrevenant a refusé d'apposer sa signature sur la page qui lui était présentée possède la même valeur probante.
5. En premier lieu, il résulte de l'instruction, que les infractions des 16 janvier 2019 et 22 avril 2022 ont été relevées par procès-verbal électronique et ont donné lieu à l'émission d'un titre exécutoire d'amende forfaitaire majorée. Il ressort des pièces produites par le ministre de l'intérieur et des outre-mer que le requérant a refusé de signer le procès-verbal de ces infractions, ainsi qu'en atteste la mention " refus de signer " apposée par l'agent de police judiciaire, figurant sous la mention " qui reconnaît avoir été informé avant paiement des dispositions suivantes () ", dispositions reprenant l'ensemble des informations exigées par la loi. La mention " refus de signer " apposée par l'agent de police judiciaire établit que les informations lui ont bien été délivrées.
6. En deuxième lieu, il résulte de l'instruction que les infractions des 3 février 2022 et 27 mai 2019 ont été relevées par procès-verbal électronique et ont donné lieu à l'émission d'un titre exécutoire d'amende forfaitaire majorée. Il ressort des pièces produites par le ministre de l'intérieur que le requérant a signé le procès-verbal de ces infractions, sous la mention " qui reconnaît avoir été informé avant paiement des dispositions suivantes () ", dispositions reprenant l'ensemble des informations exigées par la loi. Dès lors il est établi que M. B a reçu les informations prévues par les articles L. 223-3 et R. 223-3 du code de la route avant le retrait de point correspondant à ces infractions.
7. En troisième lieu, si le ministre de l'intérieur et des outre-mer produit une copie du procès-verbal électronique dressé à la suite de l'infraction commise le 4 janvier 2019, ce document, non signé par le requérant, ne comporte aucune des informations exigées par la loi ni la mention d'un refus de signer. Par ailleurs, la production d'un historique des documents émis, mentionnant une notification de cet avis de contravention remis à La Poste le 10 janvier 2019 et indiquant " NON " dans la case " Retour NPAI " ne saurait suffire à justifier de la réception par l'intéressé de cet avis de contravention, ni davantage établir que le requérant a eu connaissance des informations requises avant la décision de retrait de points contestée. Dans ces conditions, dès lors que l'administration n'apporte pas la preuve qu'elle a satisfait à son obligation d'information, la décision de retrait de points consécutive à l'infraction relevée le
4 janvier 2019 doit être annulée. La décision implicite de rejet du recours gracieux de
M. B en tant qu'elle portait sur cette décision doit également être annulée.
En ce qui concerne le moyen tiré du défaut de réalité des infractions :
8. En vertu de l'article L. 223-1 du code de la route, le nombre de points affecté au permis de conduire est réduit de plein droit lorsqu'est établie, par le paiement d'une amende forfaitaire, l'émission du titre exécutoire de l'amende forfaitaire majorée, l'exécution d'une composition pénale ou par une condamnation définitive, la réalité de l'infraction donnant lieu à retrait de points.
9. Il résulte des dispositions des articles L. 223-1 et L. 225-1 du code de la route, combinées avec celles des articles 529 et suivants du code de procédure pénale et du premier alinéa de l'article 530 du même code, que le mode d'enregistrement et de contrôle des informations relatives aux infractions au code de la route conduit à estimer que la réalité de l'infraction est établie dans les conditions prévues à l'article L. 223-1 de ce code dès lors qu'est inscrite, dans le système national des permis de conduire, la mention du paiement de l'amende forfaitaire ou de l'émission du titre exécutoire de l'amende forfaitaire majorée, sauf si l'intéressé justifie avoir présenté une requête en exonération dans les quarante-cinq jours de la constatation de l'infraction ou de l'envoi de l'avis de contravention ou avoir formé, dans les conditions prévues à l'article 530 du code de procédure pénale, une réclamation ayant entraîné l'annulation du titre exécutoire de l'amende forfaitaire majorée.
10. Il n'appartient pas au juge administratif de se prononcer sur la recevabilité d'une réclamation contre le titre exécutoire d'une amende forfaitaire majorée, laquelle est appréciée par l'officier du ministère public sous le contrôle de la juridiction pénale devant laquelle l'auteur de la réclamation dispose d'un recours. Si le titulaire du permis de conduire peut utilement faire valoir devant le tribunal administratif, à l'appui d'une contestation relative au retrait de points, que la réalité de l'infraction n'est pas établie compte tenu de l'annulation du titre exécutoire du fait d'une réclamation, il ne saurait se borner à justifier de la présentation de cette réclamation mais doit établir qu'elle a été regardée comme recevable et a par suite entraîné l'annulation du titre. Cette preuve peut être apportée soit par un document émanant de l'autorité judiciaire, soit, au besoin, par le document couramment nommé " bordereau de situation des amendes et des condamnations pécuniaires ", tenu par le comptable public pour chaque contrevenant et dont la personne concernée peut obtenir communication en application de l'article L. 311-1 du code des relations entre le public et l'administration.
11. En premier lieu, il résulte du relevé d'information intégral versé au dossier qu'un titre exécutoire d'amende forfaitaire majoré a été émis à raison de l'infraction commise le
16 janvier 2019. En l'absence de tout élément avancé par l'intéressé de nature à mettre en doute l'exactitude de cette mention, la réalité de cette infraction est, dès lors, établie dans les conditions prévues à l'article L. 223-1 du code de la route.
12. En second lieu, il résulte de l'instruction que les infractions au code de la route relevées les 22 avril 2022, 3 février 2022, 27 mai 2019 ont donné lieu à l'émission les
28 février 2023, 2 juin 2022 et 27 septembre 2019, d'un titre exécutoire d'amende forfaitaire majorée à l'encontre de M. B. Si ce dernier indique avoir formé le 11 août 2023 par lettre dont il produit les copies, une réclamation contre ces titres exécutoires devant l'officier du ministère public, il ne verse à l'instance aucun document permettant d'établir que ces réclamations ont été regardées comme recevables et ont, par suite, entraîné l'annulation du titre exécutoire. Dès lors, le moyen tiré de l'absence de réalité de ces infractions doit être écarté.
13. Il résulte de l'ensemble de ce qui précède que M. B est seulement fondé à demander l'annulation de la décision consécutive à l'infraction relevée le 4 janvier 2019 lui retirant quatre points de son permis de conduire et de la décision implicite de rejet de son recours gracieux en tant qu'elle portait sur cette décision.
Sur les conclusions à fin d'injonction :
14. Aux termes de l'article L. 911-1 du code de justice administrative : " Lorsque sa décision implique nécessairement qu'une personne morale de droit public ou un organisme de droit privé chargé de la gestion d'un service public prenne une mesure d'exécution dans un sens déterminé, la juridiction, saisie de conclusions en ce sens, prescrit, par la même décision, cette mesure assortie, le cas échéant, d'un délai d'exécution. ". Et aux termes de l'article L. 911-2 du même code : " Lorsque sa décision implique nécessairement qu'une personne morale de droit public ou un organisme de droit privé chargé de la gestion d'un service public prenne à nouveau une décision après une nouvelle instruction, la juridiction, saisie de conclusions en ce sens, prescrit, par la même décision juridictionnelle, que cette nouvelle décision doit intervenir dans un délai déterminé ".
15. Si l'annulation contentieuse d'une décision ou de plusieurs décisions de retrait de points implique nécessairement que le ministre de l'intérieur et des outre-mer reconnaisse à l'intéressé le bénéfice des points illégalement retirés, le capital de points dont dispose ce dernier doit être recalculé en tenant compte également des retraits de points légalement intervenus à son encontre, et le cas échéant, des décisions de retrait ou de reconstitution de points qui n'avaient pu être prises en compte par l'administration aussi longtemps que l'invalidation annulée était exécutoire. Il y a lieu dès lors, d'enjoindre à l'administration de reconnaître à l'intéressé, dans la limite de douze points, le bénéfice de quatre points irrégulièrement retirés à la suite de l'infraction constatée le 4 janvier 2019 et de réexaminer la situation de M. B dans le sens des observations qui précèdent, en tirant elle-même toutes les conséquences sur le capital de points et le droit de conduire de l'intéressé. Ce réexamen devra intervenir dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement.
Sur les frais liés au litige :
16. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu de faire droit aux conclusions présentées par M. B sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
DECIDE :
Article 1er : Il n'y a pas lieu de statuer sur les conclusions à fin d'annulation dirigées contre la décision de retrait de points consécutive à l'infraction du 4 décembre 2021, la décision 48 SI du 14 juin 2023 et la décision implicite rejetant le recours gracieux de M. B en tant qu'elle portait sur ces deux décisions.
Article 2 : La décision de retrait des points consécutive à l'infraction du 4 janvier 2019 et la décision implicite de rejet du recours gracieux de M. B en tant qu'elle portait sur cette décision sont annulées.
Article 3 : Il est enjoint au ministre de l'intérieur et des outre-mer, dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement, de reconnaître à M. B le bénéfice de quatre points illégalement retirés, de réexaminer sa situation pour en tirer les conséquences sur son capital de points et son permis de conduire et de lui restituer son permis de conduire si le solde est positif.
Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 5 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et au ministre de l'intérieur et des outre-mer.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 21 mai 2024.
Le magistrat désigné,
O. RoussetLa greffière,
M. C
La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.
Pour expédition,
La greffière,
Tribunal Administratif de VERSAILLES — N° TA78-2608798
03/08/2026
Tribunal Administratif de VERSAILLES — N° TA78-2606201
03/08/2026
Tribunal Administratif de VERSAILLES — N° TA78-2600562
03/08/2026
Tribunal Administratif de MELUN — N° TA77-2611484
03/08/2026