vendredi 8 décembre 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Dijon |
| Section | Tribunal Administratif de Dijon |
| N° Dossier | TA21-2303462 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | REFERE |
| Avocat requérant | MANHOULI |
Vu la procédure suivante :
Par une requête sommaire enregistrée le 5 décembre 2023, et un mémoire enregistré le 7 décembre 2023, Mme D C, représentée par Me Manhouli, demande au tribunal :
1°) de lui accorder, à titre provisoire, le bénéfice de l'aide juridictionnelle ;
2°) d'annuler l'arrêté du 29 novembre 2023 par lequel le préfet du Doubs a prononcé sa remise aux autorités suédoises ;
3°) d'annuler l'arrêté du 29 novembre 2023 par lequel le préfet du Doubs l'a assignée à résidence dans l'Yonne pour une durée de quarante-cinq jours ;
4°) d'enjoindre au préfet du Doubs de réexaminer sa situation, dans un délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir.
Elle soutient que :
S'agissant de l'arrêté portant remise aux autorités suédoises :
- il appartient au préfet du Doubs d'établir qu'elle a bénéficié d'un entretien individuel, conformément à l'article 5 du règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013, réalisé par une personne qualifiée en vertu du droit national, le résumé de l'entretien ne mentionnant ni l'identité ni la signature de cet agent ni celles de l'interprète ; il n'est pas établi que l'entretien aurait été mené dans des conditions garantissant la confidentialité ;
- le préfet du Doubs a commis une erreur manifeste d'appréciation au regard des articles 17 du règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013 et 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant, dès lors qu'elle vit en France depuis plusieurs années avec ses trois enfants mineurs scolarisés, que la famille est établie dans l'Yonne et que ses enfants ne connaissent ni la Suède, ni ses mœurs ni sa langue.
S'agissant de l'arrêté portant assignation à résidence :
- l'arrêté portant transfert étant illégal, l'arrêté portant assignation à résidence est dépourvu de base légale.
Par un mémoire en défense, enregistré le 7 décembre 2023, le préfet du Doubs conclut au rejet de la requête.
Il soutient que la requête est irrecevable, dès lors qu'aucun moyen n'est invoqué à l'encontre de la décision portant transfert en Suède.
Par un nouveau mémoire en défense, enregistré le 7 décembre 2023, le préfet du Doubs conclut au rejet de la requête.
Il soutient que les moyens soulevés par la requérante ne sont pas fondés.
La requête a été communiquée le 6 décembre 2023 au préfet de l'Yonne, qui n'a pas produit d'observations.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;
- le règlement (UE) n° 604/2013 du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné M. A en application des dispositions de l'article R. 776-15 du code de justice administrative pour statuer sur les requêtes prévues à l'article R. 777-3-8 de ce code, dans les conditions prévues aux articles L. 614-7 à L. 614-13 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
Les parties ont été régulièrement convoquées à l'audience du 8 décembre 2023 à 9 heures 00 minutes.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Irénée Hugez ;
- et les observations de Me Manhouli, représentant Mme B C, qui reprend les moyens soulevés dans ses écritures.
Le préfet du Doubs n'était ni présent ni représenté.
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience à 09 heures 03 minutes.
Considérant ce qui suit :
1. Mme D C, ressortissante somalienne, née en 1997 à Mogadiscio en Somalie, est entrée irrégulièrement sur le territoire français. Elle a présenté une demande d'asile le 5 octobre 2023. L'examen de ses empreintes digitales a fait apparaître qu'elle a déposé une demande d'asile le 26 mai 2021 en Suède. Les autorités suédoises ont été saisies d'une demande de reprise en charge et ont explicitement donné leur accord le 19 octobre 2023. Le 29 novembre 2023, le préfet du Doubs a pris deux arrêtés, notifiés le 4 décembre 2023 par voie administrative, l'un prononçant la remise de l'intéressée aux autorités suédoises et l'autre l'assignant à résidence dans le département de l'Yonne pour une durée de quarante-cinq jours, renouvelable trois fois. Mme B C demande au tribunal l'annulation de ces deux arrêtés.
Sur les conclusions à fin d'admission provisoire à l'aide juridictionnelle :
2. Aux termes du premier alinéa de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence (), l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée soit par la juridiction compétente ou son président. ".
3. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de prononcer l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle de Mme B C.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
En ce qui concerne la remise aux autorités suédoises :
4. En premier lieu, aux termes de l'article 5, intitulé " Entretien individuel ", du règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013 : " 1. Afin de faciliter le processus de détermination de l'État membre responsable, l'État membre procédant à cette détermination mène un entretien individuel avec le demandeur. Cet entretien permet également de veiller à ce que le demandeur comprenne correctement les informations qui lui sont fournies conformément à l'article 4. () / 4. L'entretien individuel est mené dans une langue que le demandeur comprend ou dont on peut raisonnablement supposer qu'il la comprend et dans laquelle il est capable de communiquer. Si nécessaire, les États membres ont recours à un interprète capable d'assurer une bonne communication entre le demandeur et la personne qui mène l'entretien individuel. / 5. L'entretien individuel a lieu dans des conditions garantissant dûment la confidentialité. Il est mené par une personne qualifiée en vertu du droit national. / 6. L'État membre qui mène l'entretien individuel rédige un résumé qui contient au moins les principales informations fournies par le demandeur lors de l'entretien. Ce résumé peut prendre la forme d'un rapport ou d'un formulaire type. L'État membre veille à ce que le demandeur et/ou le conseil juridique ou un autre conseiller qui représente le demandeur ait accès en temps utile au résumé. ".
5. Il résulte des dispositions précitées que les autorités de l'Etat membre doivent, afin de faciliter le processus de détermination de l'Etat membre responsable de la demande d'asile, mener un entretien individuel avec le demandeur à l'effet notamment de veiller à ce que celui-ci a reçu et comprend les informations prévues à l'article 4.
6. Il ressort des pièces du dossier que, le 5 octobre 2023, Mme B C a bénéficié d'un entretien individuel réalisé en langue somali, langue que l'intéressée ne conteste pas comprendre et parler, au cours duquel elle a pu présenter ses observations et mentionner les raisons qui l'ont amenée à fuir son pays d'origine, et à l'issue duquel elle a attesté avoir reçu l'information sur les règlements communautaires. Le résumé de cet entretien comporte un tampon de la préfecture et mentionne qu'il a été conduit par un agent qualifié de la préfecture de la Côte-d'Or, qui est une personne qualifiée en vertu du droit national au sens de l'article 5 du règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013, la requérante ne faisant état, quant à elle, d'aucun élément circonstancié de nature à laisser supposer que cet entretien ne se serait pas déroulé dans les conditions ainsi décrites. La seule circonstance que le compte-rendu de l'entretien individuel ne comporte pas d'indication sur l'identité de cet agent n'est pas, à elle seule, de nature à établir que cet agent n'aurait pas été qualifié en vertu du droit national pour mener un tel entretien. De même, aucun élément du dossier ne permet de considérer que la confidentialité de cet entretien n'aurait pas été garantie. En outre, aucune disposition du règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013, ni aucune autre disposition législative ou réglementaire, n'impose que les nom, prénom et qualité de l'agent ayant mené l'entretien individuel, ni ceux de l'interprète, ni la signature de ce dernier soient mentionnés sur la fiche relatant cet entretien. Enfin, contrairement à ce que soutient la requérante, le résumé de l'entretien est revêtu de la signature de l'agent ayant mené l'entretien. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article 5 du règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013 doit être écarté.
7. En deuxième lieu, aux termes de l'article 17, paragraphe 1, du règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013 : " Par dérogation à l'article 3, paragraphe 1, chaque État membre peut décider d'examiner une demande de protection internationale qui lui est présentée par un ressortissant de pays tiers ou un apatride, même si cet examen ne lui incombe pas en vertu des critères fixés dans le présent règlement () ". Aux termes du 1 de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant : " Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait () des tribunaux, des autorités administratives (), l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale. ".
8. La faculté laissée aux autorités françaises, par les dispositions de l'article 17 du règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013, de décider d'examiner une demande de protection internationale qui lui est présentée par un ressortissant de pays tiers ou un apatride, même si cet examen ne lui incombe pas en vertu des critères fixés dans le règlement précité, est discrétionnaire et ne constitue nullement un droit pour les demandeurs d'asile.
9. Si la requérante soutient, dans la présente instance, qu'elle vit en France depuis plusieurs années avec ses trois enfants mineurs scolarisés, que la famille est établie dans l'Yonne et que ses enfants ne connaissent ni la Suède, ni ses mœurs ni sa langue, elle n'établit pas et ne mentionne pas même la durée de cette présence en France, qui est au plus limitée à quelques mois, eu égard, d'une part, à ses propres déclarations, selon lesquelles elle a d'abord résidé en Suède, puis en Allemagne, avant d'arriver en France, et d'autre part, à la date de sa demande d'asile en Allemagne, formée le 20 mars 2023. Dès lors, et alors en outre que la requérante a vécu, avec ses enfants et son mari, selon ses propres déclarations, en Suède pendant plusieurs mois, le préfet du Doubs n'a pas commis d'erreur manifeste d'appréciation en ne faisant pas usage de la clause discrétionnaire prévue au paragraphe 1 de l'article 17 précité du règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013. Ce préfet n'a pas davantage méconnu les stipulations du 1 de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant qui n'imposent pas de préserver l'unité de la cellule familiale en France exclusivement, et alors que rien ne fait obstacle à ce que ses enfants, qui ne résident en France que depuis au plus quelques mois, et dont la scolarisation en France n'est pas même établie dans la présente instance, poursuivent leur scolarité dans un autre pays.
10. Il résulte de ce qui précède que Mme B C n'est pas fondée à demander l'annulation de l'arrêté du 29 novembre 2023, par lequel le préfet du Doubs a prononcé sa remise aux autorités suédoises.
En ce qui concerne l'assignation à résidence :
11. Les moyens invoqués à l'encontre de la décision prononçant son transfert aux autorités suédoises ayant été écartés, Mme B C n'est pas fondée à exciper de l'illégalité de cette décision à l'appui de ses conclusions dirigées contre la décision l'assignant à résidence. Dès lors, en l'absence d'autre moyen venant au soutien des conclusions dirigées contre la mesure d'assignation à résidence, Mme B C n'est pas fondée à en demander l'annulation.
12. Il résulte de tout ce qui précède, sans qu'il soit besoin de statuer sur la fin de non-recevoir soulevée en défense par le préfet du Doubs, que les conclusions à fin d'annulation présentées par Mme B C doivent être rejetées.
Sur les conclusions à fin d'injonction :
13. Le présent jugement, qui rejette les conclusions à fin d'annulation présentées par Mme B C, n'implique aucune mesure d'exécution. Par suite, les conclusions à fin d'injonction doivent également être rejetées.
D E C I D E :
Article 1er : Mme B C est admise, à titre provisoire, au bénéfice de l'aide juridictionnelle.
Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête de Mme B C est rejeté.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à Mme B C, au préfet du Doubs, et à Me Karima Manhouli.
Copie en sera adressée au bureau d'aide juridictionnelle près le tribunal judiciaire de Dijon, au ministre de l'intérieur et des outre-mer et au préfet de l'Yonne.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 8 décembre 2023.
Le magistrat désigné,
I. A
Le greffier,
J. Testori La République mande et ordonne au préfet du Doubs en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition,
Le greffier,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026