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AccueilJurisprudence administrativeN° TA21-2303516

Tribunal Administratif de Dijon — Décision N° TA21-2303516

jeudi 28 mars 2024

JuridictionTribunal Administratif de Dijon
SectionTribunal Administratif de Dijon
N° DossierTA21-2303516
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation1ère chambre
Avocat requérantCABINET CLEMANG

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par des pièces et une requête enregistrées les 8 et 11 décembre 2023, M. C, représenté par Me Clemang, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 4 juillet 2023 par lequel le préfet de Saône-et-Loire a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays à destination duquel il est susceptible d'être reconduit d'office et a pris à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français pendant une durée de deux ans ;

2°) d'enjoindre au préfet de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " sur le fondement des dispositions de l'article L. 435-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Il soutient que :

- la décision portant obligation de quitter le territoire français est entachée d'un défaut de motivation ;

- cette décision est entachée d'un " vice de procédure ", d'un défaut d'examen, d'une erreur de droit et " d'erreur de fait " dans la mesure où le dispositif de l'arrêté attaqué ne statue pas expressément sur sa demande de titre de séjour et que le préfet s'est estimé saisi à tort d'une demande de titre de séjour fondée sur les dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile alors qu'il a sollicité, sur le fondement de l'article L. 435-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, son admission exceptionnelle au séjour en raison de ses activités bénévoles au sein de la communauté Emmaüs ;

- cette même erreur de droit entache également l'éventuel refus implicite de délivrance d'un titre de séjour ;

- la décision portant obligation de quitter le territoire français est illégale par voie de conséquence de la décision implicite lui refusant un titre de séjour, à supposer qu'elle existe ;

- la décision portant obligation de quitter le territoire français méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la décision fixant le pays de destination méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, dès lors que son fils est de nationalité kosovare et sa fille apatride ;

- la décision portant interdiction de retour sur le territoire français est illégale par voie de conséquence de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français ;

- cette décision méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Par un mémoire en défense enregistré le 27 décembre 2023, le préfet de Saône-et-Loire conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir qu'aucun des moyens invoqués n'est fondé.

Par une décision du 15 janvier 2024, M. B a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale.

Par une ordonnance du 22 janvier 2024, la clôture de l'instruction a été fixée au 9 février 2024.

Par un courrier du 1er mars 2024, les parties ont été informées, en application de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, que le jugement à intervenir était susceptible d'être fondé sur un moyen d'ordre public relevé d'office, tiré de l'irrecevabilité des conclusions tendant à l'annulation de l'arrêté du 4 juillet 2023, lesquelles ont été formulées pour la première fois dans le mémoire enregistré le 11 décembre 2023, soit après l'expiration du délai de recours de quarante-huit heures prévu à l'article L. 614-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Viotti, conseillère,

- les observations de Me Clemang, représentant M. B.

Considérant ce qui suit :

1. M. B, ressortissant serbe né le 30 novembre 1958 à Beograd, déclare être entré en France le 6 décembre 2015. Suite au rejet de sa demande d'asile, il a fait l'objet d'une mesure d'éloignement prise par le préfet de la Moselle le 2 mars 2018, décision confirmée par un jugement n° 1801771 du tribunal administratif de Strasbourg rendu le 30 avril 2018 et par une ordonnance n° 18NC02640 de la présidente de la cour administrative d'appel de Nancy. L'intéressé a fait l'objet d'une seconde mesure d'éloignement assortie d'une interdiction de retour sur le territoire français par arrêté du 22 novembre 2018 pris par le préfet de la Moselle. La mesure d'éloignement étant restée inexécutée, le préfet de Saône-et-Loire a, par un arrêté du 30 juin 2020, obligé M. B à quitter le territoire français sans délai avec interdiction de retour sur le territoire pendant une durée de deux ans. Cet arrêté a été confirmé par un jugement n° 2001578 rendu par le tribunal le 1er décembre 2020. Le 11 octobre 2022, M. B a déposé une demande de titre de séjour. Par l'arrêté du 4 juillet 2023 dont il est demandé l'annulation, le préfet de Saône-et-Loire a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays à destination duquel il est susceptible d'être reconduit d'office et a pris à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français pendant une durée de deux ans.

Sur la recevabilité de la requête :

2. Aux termes de l'article L. 614-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui fait l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français peut, dans les conditions et délais prévus au présent chapitre, demander au tribunal administratif l'annulation de cette décision, ainsi que l'annulation de la décision relative au séjour, de la décision relative au délai de départ volontaire et de la décision d'interdiction de retour sur le territoire français qui l'accompagnent le cas échéant.

Les dispositions du présent chapitre sont applicables au jugement de la décision fixant le pays de renvoi contestée en application de l'article L. 721-5 et de la décision d'assignation à résidence contestée en application de l'article L. 732-8 ". Selon l'article L. 614-6 du même code : " Lorsque la décision portant obligation de quitter le territoire français n'est pas assortie d'un délai de départ volontaire, le président du tribunal administratif peut être saisi dans le délai de quarante-huit heures suivant la notification de la mesure. Il est statué sur ce recours selon la procédure et dans les délais prévus, selon le fondement de la décision portant obligation de quitter le territoire français, aux articles L. 614-4 ou L. 614-5 ". L'article R. 776-2 du code de justice administrative prévoit : " () II. - Conformément aux dispositions de l'article L. 614-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, la notification par voie administrative d'une obligation de quitter sans délai le territoire français fait courir un délai de quarante-huit heures pour contester cette obligation et les décisions relatives au séjour, à la suppression du délai de départ volontaire, au pays de renvoi et à l'interdiction de retour ou à l'interdiction de circulation notifiées simultanément. Cette notification fait courir ce même délai pour demander la suspension de l'exécution de la décision d'éloignement dans les conditions prévues à l'article L. 752-5 du même code ". Enfin, l'article R. 776-5 de ce code dispose : " () II. - Les délais de quarante-huit heures mentionnés aux articles R. 776-2 et R. 776-4 () ne sont susceptibles d'aucune prorogation ".

3. Il ressort des pièces du dossier que l'arrêté en litige du 4 juillet 2023 par lequel le préfet de Saône-et-Loire a refusé de délivrer à M. B un titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays à destination duquel il est susceptible d'être reconduit d'office et a édicté à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français, qui comporte la mention des voies et délais de recours, lui a été notifié par voie administrative le 7 décembre 2023 à 9 heures 15. Si le conseil de l'intéressé a produit, par le biais de l'application Télérecours, des pièces et notamment cet arrêté, lesquelles ont été enregistrées par le greffe du tribunal le 8 décembre 2023, la requête contenant les conclusions à fin d'annulation dudit arrêté n'a été enregistrée que le 11 décembre suivant, soit après l'expiration du délai de recours de quarante-huit heures imparti au requérant par les dispositions précitées. Par suite, les conclusions tendant à l'annulation de l'arrêté du 4 juillet 2023, présentées pour la première fois le 11 décembre 2023, sont tardives et doivent être rejetées, ainsi que, par voie de conséquence, ses conclusions à fin d'injonction.

4. Aux termes de l'article 50 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " Sans préjudice des sanctions prévues à l'article 441-7 du code pénal, le bénéfice de l'aide juridictionnelle ou de l'aide à l'intervention de l'avocat est retiré, en tout ou partie, même après l'instance ou l'accomplissement des actes pour lesquels il a été accordé, dans les cas suivants : / () 4° Lorsque la procédure engagée par le demandeur bénéficiant de l'aide juridictionnelle ou de l'aide à l'intervention de l'avocat a été jugée dilatoire, abusive, ou manifestement irrecevable ; () ". Aux termes de l'article 51 de la même loi : " Le retrait de l'aide juridictionnelle ou de l'aide à l'intervention de l'avocat peut intervenir jusqu'à quatre ans après la fin de l'instance ou de la mesure. Il peut être demandé par tout intéressé. Il peut également intervenir d'office. / Le retrait est prononcé : / () 2° Par la juridiction saisie dans le cas mentionné au 4° du même article 50 ".

5. Dans les circonstances de l'espèce, eu égard à l'irrecevabilité manifeste de la requête, et par application des articles 50 et 51 précités de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique, il y a lieu de retirer l'aide juridictionnelle accordée à M. B par décision du 15 janvier 2024 du bureau d'aide juridictionnelle près le tribunal judiciaire de Dijon.

D É C I D E :

Article 1er : La requête de M. B est rejetée.

Article 2 : Le bénéfice de l'aide juridictionnelle est retiré à M. B.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. A B, au préfet de Saône-et-Loire et à Me Clemang.

Copie en sera adressée au ministre de l'intérieur et des outre-mer ainsi qu'au bureau d'aide juridictionnelle près le tribunal judiciaire de Dijon.

Délibéré après l'audience du 7 mars 2024, à laquelle siégeaient :

M. Olivier Rousset, président,

Mme Marie-Eve Laurent, première conseillère,

Mme Océane Viotti, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 28 mars 2024.

La rapporteure,

O. ViottiLe président,

O. Rousset

La greffière,

C. Chapiron

La République mande et ordonne au préfet de Saône-et-Loire, en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.

Pour expédition conforme,

La greffière,

No 2303516

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