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AccueilJurisprudence administrativeN° TA21-2303526

Tribunal Administratif de Dijon — Décision N° TA21-2303526

mardi 13 février 2024

JuridictionTribunal Administratif de Dijon
SectionTribunal Administratif de Dijon
N° DossierTA21-2303526
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationCH 2 JU
Avocat requérantBEN HADJ YOUNES SANA

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 8 décembre 2023, M. A B, représenté par Me Ben Hadj Younes, demande au tribunal :

1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;

2°) d'annuler l'arrêté du 5 décembre 2023 par lequel le préfet de la Côte-d'Or lui a fait obligation de quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays à destination duquel il est susceptible d'être reconduit d'office et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de trois ans ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 000 euros, à verser à son conseil, en application des dispositions combinées des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

- l'arrêté litigieux méconnaît le droit à être entendu, tel que garanti par l'article 41 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne, dès lors qu'il n'est pas établi qu'il a été mis en mesure de produire tous éléments utiles à l'appui de ses observations ;

- la décision portant obligation de quitter le territoire français est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation au regard de sa vie privée et familiale dès lors qu'il vit en concubinage avec une ressortissante française ;

- la décision lui refusant l'octroi d'un délai de départ volontaire est illégale du fait de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français ;

- la décision fixant le pays de destination est illégale du fait de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français ;

- la décision portant interdiction de retour sur le territoire français est insuffisamment motivée ;

- elle est entachée d'une erreur d'appréciation ;

- elle est illégale du fait de l'illégalité des décisions portant obligation de quitter le territoire français et lui refusant l'octroi d'un délai de départ volontaire.

Par un mémoire en défense, enregistré le 12 janvier 2024, le préfet de la Côte-d'Or, représenté par la SELARL Centaure Avocats, conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que l'ensemble des moyens soulevés par le requérant ne sont pas fondés.

M. B a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 15 janvier 2024 du bureau d'aide juridictionnelle près le tribunal judiciaire de Dijon.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné M. Nicolet, conformément à l'article R. 776-13-3 du code de justice administrative, pour statuer en qualité de juge du contentieux de l'éloignement sur les requêtes instruites selon les dispositions de l'article L. 614-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Nicolet, magistrat désigné,

- les observations de Me Ben Hadj Younes, représentant le requérant,

- et les observations de Me Ioannidou, représentant le préfet de la Côte-d'Or.

Par une ordonnance du 15 janvier 2024, la clôture de l'instruction a été reportée au 17 janvier 2024 à 12 heures.

Le préfet de la Côte-d'Or a produit des pièces, enregistrées les 15 et 16 janvier 2024, qui ont été communiquées.

Par une ordonnance du 17 janvier 2024, la clôture de l'instruction a été reportée au 19 janvier 2024 à 12 heures.

Considérant ce qui suit :

1. M. B, ressortissant algérien né le 3 mars 2003, déclare être entré sur le territoire français en 2017. Le 5 décembre 2023, il a été interpellé par les services de police de Dijon et a été placé en garde à vue pour des faits de vol par ruse, effraction ou escalade dans un local d'habitation ou lieu d'entrepôt aggravé par une autre circonstance. Par un arrêté du 5 décembre 2023, dont il est demandé l'annulation, le préfet de la Côte-d'Or lui a fait obligation de quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays à destination duquel il est susceptible d'être reconduit d'office et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de trois ans.

Sur l'admission provisoire au bénéfice de l'aide juridictionnelle :

2. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence (), l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée par la juridiction compétente ou son président. () ".

3. Le requérant ayant été admis en cours d'instance au bénéfice de l'aide juridictionnelle, sa demande d'aide juridictionnelle provisoire a perdu son objet. Il n'y a donc pas lieu d'y statuer.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne le moyen commun à l'ensemble des décisions attaquées :

4. Il ressort du " formulaire de renseignement administratif éloignement pour trouble à l'ordre public " que, lors d'une audition du 5 décembre 2023, M. B a été entendu par les services de police de Dijon. A cette occasion, il a été informé de ce qu'une mesure d'éloignement était susceptible d'être prise à son encontre. Il a été précisément interrogé sur sa situation personnelle et a pu présenter les observations qu'il jugeait utiles concernant notamment les liens personnels et familiaux qu'il détient en France et dans son pays d'origine. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance du droit d'être entendu tel qu'il est notamment exprimé au 2 de l'article 41 de la Charte des droits fondamentaux de l'Union européenne doit, en tout état de cause, être écarté.

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :

5. Aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales relatif au droit au respect de la vie privée et familiale : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance () ".

6. M. B, qui séjourne sur le territoire français depuis six ans à la date de la décision attaquée, se prévaut de sa relation de concubinage avec une ressortissante française en se bornant à produire une unique attestation de cette dernière, postérieure à la date de la décision attaquée, établissant l'existence d'une relation récente de quelques mois. Si le requérant se prévaut d'une promesse d'embauche afin d'exercer le métier de chauffeur livreur, ce seul élément ne permet pas d'établir qu'il est inséré professionnellement au sein de la société française. Par ailleurs, le requérant produit deux attestations, l'une émanant de son cousin et l'autre de l'ami de ce dernier, qui indiquent entretenir des liens avec le requérant sans toutefois établir leur caractère intense, ancien et stable. Enfin, le requérant n'établit pas avoir entrepris des démarches afin de régulariser sa situation administrative et n'établit pas être isolé dans son pays d'origine, l'Algérie, où il a vécu la majeure partie de sa vie. Dans ces conditions, le préfet n'a porté aucune atteinte disproportionnée au droit au respect de la vie privée et familiale du requérant. Par suite, le moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation au regard de sa vie privée et familiale doit être écarté.

En ce qui concerne la décision refusant l'octroi d'un délai de départ volontaire :

7. La décision portant obligation de quitter le territoire français n'encourant pas la censure du tribunal, il est en vain excipé de son illégalité à l'appui des conclusions dirigées contre la décision refusant l'octroi d'un délai de départ volontaire.

En ce qui concerne la décision fixant le pays de destination :

8. La décision portant obligation de quitter le territoire français n'encourant pas la censure du tribunal, il est en vain excipé de son illégalité à l'appui des conclusions dirigées contre la décision fixant le pays de destination.

En ce qui concerne la décision portant interdiction de retour sur le territoire français :

9. Aux termes de l'article L. 613-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Les décisions relatives au refus et à la fin du délai de départ volontaire prévues aux articles L. 612-2 et L. 612-5 et les décisions d'interdiction de retour et de prolongation d'interdiction de retour prévues aux articles L. 612-6, L. 612-7, L. 612-8 et L. 612-11 sont distinctes de la décision portant obligation de quitter le territoire français. Elles sont motivées ". Aux termes de l'article L. 612-6 du même code : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour. Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder trois ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français ". Selon l'article L. 612-10 du même code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français. () ".

10. En premier lieu, les décisions portant obligation de quitter le territoire français et refusant l'octroi d'un délai de départ volontaire n'encourant pas la censure du tribunal, il est en vain excipé de leur illégalité à l'appui des conclusions dirigées contre la décision portant interdiction de retour sur le territoire français.

11. En deuxième lieu, la décision d'interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de trois ans mentionne les dispositions de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et indique que le requérant, qui est célibataire et déclare vivre en concubinage avec une ressortissante française, sans enfant ni liens personnels et familiaux anciens, intenses et stables sur le territoire français, qui a vécu dans son pays d'origine la majeure partie de sa vie, ne justifie d'aucune circonstance humanitaire particulière. Elle précise également que la présence de l'intéressé en France constitue une menace pour l'ordre public. La décision litigieuse, qui comporte les considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement et prend en compte les critères prescrits par l'article L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, est suffisamment motivée.

12. En troisième lieu, ainsi qu'il a été dit au point 6 du présent jugement, le requérant est présent sur le territoire français depuis six ans à la date de la décision attaquée, mais ne justifie pas d'une insertion particulière sur le territoire français et n'établit pas avoir tissé des liens intenses, stables et anciens en France. Dans ces conditions, il ne ressort pas des pièces du dossier qu'en prononçant une interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de trois ans à l'encontre du requérant, le préfet aurait entaché sa décision d'une erreur d'appréciation.

13. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation présentées par le requérant doivent être rejetées.

Sur les frais liés à l'instance :

14. Les dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 font obstacle à ce que soit mis à la charge de l'Etat, qui n'est pas partie perdante dans la présente instance, le versement au conseil du requérant de quelque somme que ce soit au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : Il n'y a pas lieu de statuer sur les conclusions de M. B tendant au bénéfice de l'aide juridictionnelle, à titre provisoire.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. A B, au préfet de la Côte-d'Or et à Me Ben Hadj Younes.

Copie en sera adressée au ministre de l'intérieur et des outre-mer.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 13 février 2024.

Le magistrat désigné,

P. NicoletLa greffière,

L. Curot

La République mande et ordonne au préfet de la Côte-d'Or en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,lc

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