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AccueilJurisprudence administrativeN° TA21-2303559

Tribunal Administratif de Dijon — Décision N° TA21-2303559

jeudi 7 novembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Dijon
SectionTribunal Administratif de Dijon
N° DossierTA21-2303559
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation3ème chambre
Avocat requérantRIQUET-MICHEL ADRIENNE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

I- Par une requête, enregistrée le 12 décembre 2023 sous le n° 2303559, Mme D C, représentée par Me Riquet-Michel, demande au tribunal :

1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;

2°) d'annuler la décision par laquelle le préfet de la Côte-d'Or a implicitement refusé de lui délivrer un titre de séjour et de modifier son état civil ;

3°) d'enjoindre au préfet de la Côte-d'Or de lui délivrer une carte de résident portant la mention " réfugié " dans un délai de dix jours à compter de la notification du jugement ou, à défaut, de procéder au réexamen de sa demande et de lui délivrer dans cette attente une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros à verser à son conseil en application des dispositions combinées du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Mme C soutient que :

- la décision attaquée est entachée d'une insuffisance de motivation dès lors que le préfet de la Côte-d'Or, en méconnaissance de l'article L. 232-4 du code des relations entre le public et l'administration, n'a pas répondu à sa demande de communication de motifs ;

- la décision attaquée est entachée d'un vice de procédure tiré de l'absence de saisine de la commission du titre de séjour ;

- la décision attaquée est entachée d'un défaut d'examen particulier de sa situation, d'une erreur manifeste d'appréciation et méconnaît en outre les dispositions de l'article L. 424-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Mme C a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 15 janvier 2024.

II- Par une requête, enregistrée le 12 décembre 2023 sous le n° 2303562, M. A E, représenté par Me Riquet-Michel, demande au tribunal :

1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;

2°) d'annuler la décision par laquelle le préfet de la Côte-d'Or a implicitement refusé de lui délivrer un titre de séjour et de modifier son état civil ;

3°) d'enjoindre au préfet de la Côte-d'Or de lui délivrer une carte de résident portant la mention " réfugié " dans un délai de dix jours à compter de la notification du jugement ou, à défaut, de procéder au réexamen de sa demande et de lui délivrer dans cette attente une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros à verser à son conseil en application des dispositions combinées du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

M. E soutient que :

- la décision attaquée est entachée d'une insuffisance de motivation dès lors que le préfet de la Côte-d'Or, en méconnaissance de l'article L. 232-4 du code des relations entre le public et l'administration, n'a pas répondu à sa demande de communication de motifs ;

- la décision attaquée est entachée d'un vice de procédure tiré de l'absence de saisine de la commission du titre de séjour ;

- la décision attaquée est entachée d'un défaut d'examen particulier de sa situation, d'une erreur manifeste d'appréciation et méconnaît en outre les dispositions de l'article L. 424-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

M. E a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 15 janvier 2024.

Vu les autres pièces des dossiers.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Desseix,

- et les observations de Me Riquet-Michel, représentant Mme C et M. E.

Considérant ce qui suit :

1. Mme D C et M. A E, respectivement nés le 2 avril 1974 et le 1er février 1969 sur des territoires de l'ex-Yougoslavie, exposent qu'ils ont bénéficié de la reconnaissance de la qualité de réfugié en 2004 sous les noms de Slavica C et de Senko Suljic. Ils ont été condamnés par un arrêt de la chambre correctionnelle de la Cour d'appel de Dijon du 29 mars 2018 à des peines de douze mois d'emprisonnement, assortis en totalité du sursis simple en ce qui concerne Mme C, pour avoir usé d'une fausse identité à leur arrivée en France tant pour eux-mêmes que pour leurs enfants, dans le but d'obtenir le statut de réfugiés. Par une décision du 1er août 2019, le directeur de l'office français de protection des réfugiés et apatrides (OFPRA) a néanmoins informé M. E du maintien de sa qualité de réfugié et l'a invité à saisir le procureur de la République près le tribunal de grande instance de Paris afin de faire rectifier son identité. Les 13 et 20 mars 2023, le directeur de l'OFPRA a délivré à l'ensemble des membres de la famille des certificats de naissance, tenant lieu d'actes d'état civil rectifiés, conformément aux décisions du procureur de la République. Le 18 avril 2023, Mme C et M. E, qui étaient titulaires de cartes de résident délivrées sous leurs fausses identités respectivement valables jusqu'au 20 octobre et 20 septembre 2024, ont déclaré leur changement d'identité au préfet de la Côte-d'Or. Le 29 septembre 2023, ils ont notamment rappelé au préfet leurs demandes tendant à la modification de leur identité et à la délivrance de cartes de résident rectifiées. Par des requêtes nos 2303559 et 2303562, qu'il y a lieu de joindre pour statuer par un seul jugement, Mme C et M. E demandent l'annulation des décisions implicites rejetant leurs demandes.

Sur les conclusions à fin d'admission à l'aide juridictionnelle provisoire :

2. Aux termes de l'article 20 de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 : " Dans les cas d'urgence (), l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée soit par le président du bureau ou de la section compétente du bureau d'aide juridictionnelle, soit par la juridiction compétente ou son président ".

3. Les requérants ayant été admis, en cours d'instance, au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par décisions du 15 janvier 2024, leurs conclusions tendant à l'octroi de l'aide juridictionnelle à titre provisoire sont devenues sans objet.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

4. D'une part, en application du 1° de l'article L. 211-2 et de l'article L. 211-5 du code des relations entre le public et l'administration, une décision refusant à un étranger le droit de séjourner en France constitue une mesure de police qui doit être motivée et comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement. D'autre part, aux termes de l'article L. 232-4 du même code : " Une décision implicite intervenue dans les cas où la décision explicite aurait dû être motivée n'est pas illégale du seul fait qu'elle n'est pas assortie de cette motivation. / Toutefois, à la demande de l'intéressé, formulée dans les délais du recours contentieux, les motifs de toute décision implicite de rejet devront lui être communiqués dans le mois suivant cette demande. Dans ce cas, le délai du recours contentieux contre ladite décision est prorogé jusqu'à l'expiration de deux mois suivant le jour où les motifs lui auront été communiqués ".

5. Il ressort des pièces du dossier et n'est pas contesté que, le 29 septembre 2023, dans le délai de recours contentieux, Mme C et M. E ont demandé la communication des motifs des décisions implicites rejetant leurs demandes de rectification de leurs états civils et de délivrance de cartes de résident rectifiées. En s'abstenant de communiquer les motifs de ces décisions dans le délai d'un mois suivant la réception de ces demandes, le préfet la Côte-d'Or a méconnu l'article L. 232-4 du code des relations entre le public et l'administration.

6. Il résulte de tout ce qui précède que, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur les autres moyens des requêtes, Mme C et M. E sont fondés à demander l'annulation des décisions attaquées.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

7. Aux termes de l'article L. 911-1 du code de justice administrative : " Lorsque sa décision implique nécessairement qu'une personne morale de droit public ou un organisme de droit privé chargé de la gestion d'un service public prenne une mesure d'exécution dans un sens déterminé, la juridiction, saisie de conclusions en ce sens, prescrit, par la même décision, cette mesure assortie, le cas échéant, d'un délai d'exécution. / La juridiction peut également prescrire d'office cette mesure ".

8. Il résulte de l'instruction que M. E et Mme C étaient titulaires de cartes de résident respectivement valables jusqu'au 20 septembre et 20 octobre 2024. Dès lors que la validité de ces titres de séjour est désormais expirée, l'exécution du présent jugement n'implique pas nécessairement qu'il soit enjoint au préfet de la Côte-d'Or de procéder à la délivrance de titres de séjour rectifiés ou au réexamen de la situation des intéressés. Il appartiendra seulement au préfet, saisi de demandes en ce sens, d'apprécier le droit des requérants au renouvellement de leurs cartes de résident et de leur délivrer, le cas échéant, des titres mentionnant leurs véritables identités.

Sur les frais liés au litige :

9. Mme C et M. E ont obtenu le bénéfice de l'aide juridictionnelle. Par suite, leur avocate peut se prévaloir des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991. Il n'y a toutefois pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat le versement de la somme demandée par les requérants au titre de ces dispositions.

DECIDE :

Article 1er : Il n'y a pas lieu de statuer sur les conclusions présentées par Mme C et M. E tendant à l'octroi de l'aide juridictionnelle provisoire.

Article 2 : Les décisions par lesquelles le préfet de la Côte-d'Or a implicitement rejeté les demandes de changement d'identité et de délivrance de cartes de résident rectifiées présentées par Mme C et M. E le 18 avril 2023 sont annulées.

Article 3 : Les conclusions de Mme C et de M. E sont rejetées pour le surplus.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à Mme D C, à M. A E, au préfet de la Côte-d'Or et à Me Riquet-Michel.

Une copie de ce jugement sera transmise, pour information, au ministre de l'intérieur.

Délibéré après l'audience du 10 octobre 2024 à laquelle siégeaient :

- M. Boissy, président,

- Mme Desseix, première conseillère,

- Mme Bois, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 7 novembre 2024.

La rapporteure,

M. DesseixLe président,

L. BoissyLa greffière,

M. B

La République mande et ordonne au préfet de la Côte-d'Or, en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.

Pour expédition conforme,

Le greffier

Nos 2303559, 230356

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