vendredi 13 décembre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Dijon |
| Section | Tribunal Administratif de Dijon |
| N° Dossier | TA21-2303587 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 1ère chambre |
| Avocat requérant | GRENIER |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 14 décembre 2023 M. C A, représenté par Me Grenier demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 5 octobre 2023 par lequel le préfet de la Côte-d'Or a refusé de lui délivrer un titre de séjour ;
2°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros à verser à son conseil sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.
Il soutient que :
- la décision est entachée d'un vice de procédure, dès lors que le préfet n'a pas saisi la commission du titre de séjour ;
- elle est entachée d'un défaut d'examen particulier ;
- le préfet a commis une erreur de droit en prenant en compte un avertissement solennel prononcé par le tribunal pour enfants auquel il ne pouvait avoir légalement accès, ce qui entache également la décision d'un vice de procédure ;
- elle a été prise en violation de l'article L. 423-22 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et est entachée d'erreur manifeste d'appréciation.
Par un mémoire en défense, enregistré le 12 février 2024, le préfet de la Côte-d'Or conclut au rejet de la requête et demande au tribunal de mettre à la charge de M. A une somme de
500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il fait valoir que les moyens soulevés ne sont pas fondés.
M. A a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par décision du
22 décembre 2023.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
La rapporteure publique a été dispensée de prononcer des conclusions à l'audience, sur sa proposition.
Les parties ont été régulièrement convoquées à l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme D,
- les observations de Me Grenier, représentant M. A.
Considérant ce qui suit :
1. M. A, ressortissant albanais né le 11 mai 2004, est entré en France en avril 2016 et a été confié aux services de l'aide sociale à l'enfance. Le 2 mai 2022, il a demandé la délivrance d'un titre de séjour sur le fondement de l'article L. 423-22 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Cette demande a été rejetée par arrêté du 5 octobre 2023 du préfet de la Côte-d'Or, dont M. A demande l'annulation.
Sur les conclusions aux fins d'annulation :
2. Aux termes de l'article L. 423-22 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Dans l'année qui suit son dix-huitième anniversaire ou s'il entre dans les prévisions de l'article L. 421-35, l'étranger qui a été confié au service de l'aide sociale à l'enfance ou à un tiers digne de confiance au plus tard le jour de ses seize ans se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1./ Cette carte est délivrée sous réserve du caractère réel et sérieux du suivi de la formation qui lui a été prescrite, de la nature des liens de l'étranger avec sa famille restée dans son pays d'origine et de l'avis de la structure d'accueil ou du tiers digne de confiance sur son insertion dans la société française ". Lorsqu'il examine une demande de titre de séjour de plein droit portant la mention " vie privée et familiale " présentée sur le fondement de l'article L. 423-22 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, le préfet vérifie tout d'abord que l'étranger est dans l'année qui suit son dix-huitième anniversaire, qu'il a été confié à l'aide sociale à l'enfance au plus tard le jour de ses seize ans, qu'il justifie suivre la formation qui lui a été prescrite et que sa présence en France ne constitue pas une menace pour l'ordre public. Si ces conditions sont remplies, il ne peut alors refuser la délivrance du titre qu'en raison de la situation de l'intéressé, appréciée de façon globale au regard du caractère réel et sérieux du suivi de sa formation, de la nature de ses liens avec la famille restée dans le pays d'origine et de l'avis de la structure d'accueil sur l'insertion de cet étranger dans la société française. Le juge de l'excès de pouvoir exerce sur cette appréciation un entier contrôle.
3. Pour refuser de délivrer à M. A le titre de séjour demandé, le préfet de la Côte-d'Or a considéré que l'intéressé ne justifiait pas du caractère réel et sérieux du suivi de la formation qui lui a été prescrite, ni d'une bonne insertion dans la société française eu égard à l'avertissement solennel dont il a fait l'objet, ni de liens familiaux intenses en France.
4. Il ressort des pièces du dossier que M. A a, dans un premier temps, été scolarisé, en collège, puis en lycée, et n'a pas, lors de ces premières années de formation, fait preuve d'investissement suffisant. Toutefois, il a ensuite, en 2021/2022, intégré un cursus d'apprentissage en tant que couvreur. Si le préfet souligne qu'au cours de cette année scolaire, l'intéressé a obtenu une moyenne en dessous de 10/20 et une seule moyenne en dessus de 12/20 et que huit heures d'absence étaient injustifiées, ces seuls éléments ne permettent pas de considérer que M. A ne justifiait pas du caractère sérieux de la formation suivie, alors que le rapport de la structure d'accueil souligne que son employeur était très satisfait du travail accompli. Si le préfet indique ensuite que M. A a rompu son contrat d'apprentissage, il ressort du rapport de la structure d'accueil que cette rupture est consécutive à un accident du travail, à la suite duquel M. A a subi plusieurs fractures à la mâchoire, nécessitant une rééducation longue. Cet accident a contraint le requérant à changer d'orientation pour conclure un nouveau contrat d'apprentissage en vue de préparer un CAP de peintre applicateur. En se bornant à relever que M. A a obtenu deux moyennes en dessous de 10/20 et n'a pas justifié une heure d'absence et trois retards, le préfet ne démontre pas que l'intéressé ferait preuve d'un défaut de sérieux dans le suivi de cette formation alors que son nouvel employeur atteste de l'efficacité de son travail, de son investissement et de sa ponctualité.
5. Le préfet de la Côte-d'Or fait également valoir que M. A a fait l'objet, le 2 juin 2021, d'un avertissement solennel prononcé par le tribunal pour enfants de B pour des faits d'outrage à une personne chargée d'une mission de service public et de violences sur une personne chargée d'une mission de service public sans incapacité. Toutefois, les faits en cause ont été commis en novembre 2018, près de cinq ans avant la décision en litige. Ces faits demeurent isolés, et la structure d'accueil, dans son rapport rédigé en avril 2022, émet un avis très favorable sur l'insertion de M. A dans la société, en indiquant qu'il a une très bonne connaissance du français écrit et oral et possède une moralité conforme à ce qui peut être attendu d'un citoyen français. Ce rapport indique également que M. A a entrepris des démarches pour obtenir la nationalité française, et qu'après différents passages dans des structures de protection de l'enfance où régnait un climat de violence important, son comportement a évolué favorablement. Enfin, M. A est présent en France depuis l'âge de douze ans, et si sa relation de concubinage avec une ressortissante de l'Union européenne ne peut être regardée comme établie avant le mois de juin 2023, il fournit des éléments montrant qu'il entretient des liens depuis plusieurs années avec sa partenaire et sa famille.
6. Au regard de l'ensemble de ce qui précède, et quand bien même des membres de sa famille proche vivent toujours en Albanie, M. A est fondé à soutenir qu'en refusant de lui délivrer le titre de séjour auquel il pouvait prétendre en application de l'article L. 423-22 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, le préfet de la Côte-d'Or a fait une inexacte application de ces dispositions.
7. Il résulte de ce qui précède, et sans qu'il soit besoin de se prononcer sur les autres moyens soulevés, que M. A est fondé à demander l'annulation de l'arrêté du 5 octobre 2023 par lequel le préfet de la Côte-d'Or a refusé de lui délivrer un titre de séjour.
Sur les frais liés au litige
8. Les dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 font obstacle à ce que soit mis à la charge de M. A, qui n'est pas, dans la présente instance, la partie perdante, le versement de quelque somme que ce soit au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu de mettre à la charge de l'Etat la somme que réclame M. A au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
DÉCIDE :
Article 1er : L'arrêté du 5 octobre 2023 du préfet de la Côte-d'Or est annulé.
Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête et les conclusions du préfet de la
Côte-d'Or au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetés.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. C A, au préfet de la Côte-d'Or et à Me Grenier.
Copie en sera adressée au ministre de l'intérieur et au procureur de la République près le tribunal judiciaire de B.
Délibéré après l'audience du 28 novembre 2024, à laquelle siégeaient :
M. Olivier Rousset, président,
Mme Marie-Eve Laurent, première conseillère,
Mme Valérie Zancanaro, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 13 décembre 2024.
La rapporteure,
M-E D
Le président,
O. Rousset
La greffière,
C. Chapiron
La République mande et ordonne au préfet de la Côte-d'Or en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.
Pour expédition,
La greffière,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026