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AccueilJurisprudence administrativeN° TA21-2303617

Tribunal Administratif de Dijon — Décision N° TA21-2303617

vendredi 23 février 2024

JuridictionTribunal Administratif de Dijon
SectionTribunal Administratif de Dijon
N° DossierTA21-2303617
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
FormationCH 1 JU
Avocat requérantBIGARNET VALENTIN

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 15 décembre 2023, Mme A B représentée par

Me Bigarnet demande au tribunal :

1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;

2°) d'annuler l'arrêté du 29 novembre 2023 par lequel le préfet de Saône-et-Loire, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le pays à destination duquel elle pourra être reconduite d'office et lui a fait interdiction de retour sur le territoire français pour une durée d'un an ;

3°) d'enjoindre au préfet de Saône-et-Loire de lui délivrer un titre de séjour ou à défaut de procéder à un nouvel examen de sa situation sous astreinte de 150 euros par jour de retard ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 000 euros à verser à son avocat au titre des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Elle soutient que :

S'agissant de la décision lui faisant obligation de quitter le territoire français :

- la signataire de la décision était incompétente ;

- la décision est insuffisamment motivée et n'a pas été précédée d'un examen particulier de sa situation personnelle ;

-la décision est entachée d'une erreur d'appréciation sur sa situation personnelle ;

-le préfet s'est estimé à tort en situation de compétence liée pour lui faire obligation de quitter le territoire ;

-la décision méconnait l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

-la décision méconnait l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

- la décision méconnait l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

S'agissant de la décision fixant le délai de départ de trente jours :

- elle est illégale en raison de l'illégalité dont est entachée la décision lui faisant obligation de quitter le territoire français.

S'agissant de la décision fixant le pays de renvoi :

- elle est illégale en raison de l'illégalité dont est entachée la décision lui faisant obligation de quitter le territoire français.

S'agissant de la décision d'interdiction de retour sur le territoire français :

- elle est illégale en raison de l'illégalité dont est entachée la décision lui faisant obligation de quitter le territoire français.

Des pièces, enregistrées le 21 décembre 2023, ont été versées à l'instance par le préfet de Saône-et-Loire.

Par une décision du 15 janvier 2024, Mme B a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné M. C pour statuer sur les requêtes instruites selon les dispositions de l'article L. 614-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. C,

- les observations de Me Bigarnet, pour le compte de la requérante qui n'était pas présente, qui a repris les conclusions et moyens exposés dans la requête ; il soutient en outre que les pièces médicales versées à l'instance établissent la réalité des mauvais traitements subis en Géorgie,

- le préfet de Saône-et-Loire n'était ni présent ni représenté.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. Mme B, ressortissante géorgienne née en 1986, qui déclare être entrée en France le 19 juillet 2022, y a sollicité l'asile. Sa demande, enregistrée en procédure accélérée, a été rejetée par une décision de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides (OFPRA) du 27 décembre 2022 notifiée le 9 janvier 2023. Son recours formé devant la Cour nationale du droit d'asile a été rejeté par une décision du 30 mai 2023 notifié le 8 juin 2023. Par la présente requête, Mme B demande au tribunal d'annuler l'arrêté du 29 novembre 2023 par lequel le préfet de Saône-et-Loire, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le pays à destination duquel elle pourra être reconduite d'office et lui a fait interdiction de retour sur le territoire français pour une durée d'un an.

Sur l'admission provisoire au bénéfice de l'aide juridictionnelle :

2. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence (), l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée par la juridiction compétente ou son président () ".

3. Par décision du 15 janvier 2024, Mme B a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale. Par suite, sa demande tendant à l'octroi de l'aide juridictionnelle provisoire est devenue sans objet.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :

4. En premier lieu, le préfet de Saône-et-Loire a régulièrement donné délégation, par arrêté du 13 mars 2023, publié le même jour au recueil des actes administratifs de la préfecture, à Mme D, directrice de la citoyenneté et de la légalité, à l'effet de signer la décision contestée. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence de la signataire de la décision litigieuse doit être écarté.

5. En deuxième lieu, aux termes des articles L. 211-2 et L. 211-5 du code des relations entre le public et l'administration, les mesures de police doivent être motivées et " comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision ".

6. En l'espèce, la décision portant obligation de quitter le territoire français vise notamment l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ainsi que le 4° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Le préfet a également précisé l'état civil de la requérante, les modalités de son entrée sur le territoire français, le rejet de sa demande d'asile ainsi que sa situation personnelle et familiale. Il s'ensuit que la décision portant obligation de quitter le territoire français énonce de manière suffisamment circonstanciée l'ensemble des considérations de droit et de fait qui la fonde pour mettre Mme B en mesure d'en discuter utilement les motifs. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation de la décision attaquée doit être écarté.

7. En troisième lieu, il ne ressort ni des termes de l'arrêté en litige, ni des autres pièces du dossier que le préfet de Saône-et-Loire n'aurait pas procédé à un examen particulier de la situation personnelle de Mme B au vu des éléments qui avaient été portés à sa connaissance, avant de prendre la décision attaquée. Ainsi, le moyen tiré du défaut d'examen particulier de la situation personnelle de l'intéressée doit être écarté.

8. En quatrième lieu, il ne ressort pas davantage des termes de l'arrêté en litige, ni des autres pièces du dossier que le préfet de Saône-et-Loire aurait estimé être en situation de compétence liée pour faire obligation à Mme B de quitter le territoire français.

9. En cinquième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance () ".

10. Mme B soutient que le préfet de Saône-et-Loire a porté une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale dès lors qu'elle vit en France avec son époux et ses trois enfants mineurs et qu'elle y a tissé des liens sociaux et amicaux. Toutefois, il est constant que la requérante ne réside sur le territoire que depuis moins de deux ans, que son époux dont la demande d'asile a été rejetée ne bénéficie plus du droit de se maintenir en France et qu'elle n'est pas dépourvue d'attache en Géorgie, pays où elle a vécu jusqu'à l'âge de trente-six ans et dans lequel la cellule familiale pourra se reconstituer et ses enfants poursuivre leur scolarité. Dans ces conditions, la requérante ne peut être regardée comme ayant en France le centre de ses intérêts privés. Mme B n'est, par conséquent, pas fondée à soutenir que le préfet de Saône-et-Loire a méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Pour les mêmes motifs, le moyen tiré de ce que le préfet aurait commis une erreur manifeste dans l'appréciation des conséquences de sa décision sur sa situation personnelle doit être écarté.

11. En sixième lieu, aux termes des stipulations de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant : " I. Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait des institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale ". Il résulte de ces stipulations, qui peuvent être utilement invoquées à l'appui d'un recours pour excès de pouvoir, que, dans l'exercice de son pouvoir d'appréciation, l'autorité administrative doit accorder une attention primordiale à l'intérêt supérieur des enfants dans toutes les décisions les concernant.

12. Si Mme B soutient que la décision d'obligation de quitter le territoire français a été prise en méconnaissance de l'intérêt supérieur de ses trois enfants scolarisés en France, il résulte de ce qui a été dit au point 10 que rien ne s'oppose à ce que ces derniers l'accompagnent en Géorgie, pays dans lequel ils pourront poursuivre leur scolarité. Dès lors, la requérante n'est pas fondée à soutenir que la décision attaquée méconnaîtrait les stipulations précitées. Il suit de là que le moyen doit être écarté.

13. En dernier lieu, les moyens tirés de la méconnaissance de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et de l'article

L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile sont inopérants à l'encontre de la décision faisant obligation de quitter le territoire français, qui n'a pas par elle-même pour objet de renvoyer Mme B dans son pays d'origine. En tout état de cause, l'intéressée n'établit pas, par les pièces qu'elle produit, la réalité des risques et violences auxquels seraient confrontés les membres de sa famille en cas de retour dans leur pays d'origine. Sa demande d'asile a d'ailleurs été rejetée par une décision de l'OFPRA du 27 décembre 2022 confirmée par la Cour nationale du droit d'asile le 30 mai 2023.

En ce qui concerne la décision fixant le délai de départ volontaire :

14. L'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire n'ayant pas été établie, la requérante n'est pas fondée à exciper de son illégalité à l'encontre de la décision fixant le délai de départ volontaire.

En ce qui concerne la décision fixant le pays de renvoi :

15. L'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire n'ayant pas été établie, la requérante n'est pas fondée à exciper de son illégalité à l'encontre de la décision fixant le pays de renvoi.

En ce qui concerne la décision d'interdiction de retour sur le territoire français :

16. L'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire n'ayant pas été établie, la requérante n'est pas fondée à exciper de son illégalité à l'encontre de la décision d'interdiction de retour sur le territoire français.

17. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation de l'arrêté du 29 novembre 2023 ne peuvent qu'être rejetées.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

18. Par voie de conséquence du rejet des conclusions à fin d'annulation, les conclusions à fin d'injonction doivent être rejetées.

Sur les frais liés au litige :

19. Les dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'Etat, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, une somme au titre des frais exposés par Mme B et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : Il n'y a pas lieu de statuer sur les conclusions aux fins d'admission à l'aide juridictionnelle provisoire présentées par Mme B.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à Mme A B, au préfet de Saône-et-Loire et à Me Bigarnet.

Copie en sera adressée au ministre de l'intérieur et des outre-mer.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 23 février 2024.

Le magistrat désigné,

O CLa greffière,

C Chapiron

La République mande et ordonne au préfet de Saône-et-Loire en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition,

La greffière,

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