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AccueilJurisprudence administrativeN° TA21-2303620

Tribunal Administratif de Dijon — Décision N° TA21-2303620

jeudi 2 mai 2024

JuridictionTribunal Administratif de Dijon
SectionTribunal Administratif de Dijon
N° DossierTA21-2303620
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation2ème chambre

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 15 décembre 2023, Mme B D née A C, représentée par la SELARL Cabinet Cotessat-Buisson, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 14 novembre 2023 par laquelle le préfet de Saône-et-Loire a refusé de lui délivrer un titre de séjour ;

2°) d'enjoindre au préfet de Saône-et-Loire de faire droit à sa demande de titre de séjour dans un délai de trente jours à compter de la notification de la décision à intervenir, sous astreinte de cent euros par jour de retard ;

3°) de mettre la somme de 2 000 euros à la charge de l'Etat au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- la décision méconnaît les dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le préfet dispose d'un pouvoir d'appréciation et n'est pas tenu par les dispositions du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la décision porte une atteinte disproportionnée à son droit à mener une vie familiale normale au sens de stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Par un mémoire en défense, enregistré le 9 janvier 2024, le préfet de Saône-et-Loire conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés par la requérante ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de présenter des conclusions à l'audience sur cette affaire en application des dispositions de l'article R. 732-1-1 du code de justice administrative.

Le rapport de Mme Pauline Hascoët a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. Mme B A C épouse D, ressortissante comorienne née le 12 mars 1997, est entrée régulièrement en France le 17 mars 2021 munie d'un visa de long séjour mention " stagiaire ". Elle a sollicité le 14 avril 2023 la délivrance d'un titre de séjour sur le fondement de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par une décision du 14 novembre 2023, le préfet de Saône-et-Loire a refusé de délivrer le titre sollicité et a fait obligation à Mme A C de quitter le territoire français dans un délai de trente jours. Par sa requête, Mme A C demande au tribunal d'annuler la décision de refus de séjour.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne le refus de délivrance du titre de séjour :

2. En premier lieu, aux termes de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui n'entre pas dans les catégories prévues aux articles L. 423-1, L. 423-7, L. 423-14, L. 423-15, L. 423-21 et L. 423-22 ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, et qui dispose de liens personnels et familiaux en France tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1 () ".

3. Dès lors qu'elle entre, en raison de son mariage avec un compatriote titulaire d'un titre de séjour, dans les catégories ouvrant droit au regroupement familial, Mme A C épouse D ne peut utilement se prévaloir des dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

4. En deuxième lieu, à supposer que la requérante ait entendu soulever un moyen tiré de l'erreur de droit en indiquant que le préfet n'était pas tenu de rejeter sa demande de titre de séjour au motif qu'elle relevait du regroupement familial, il ressort des termes mêmes de la décision attaquée que le préfet a examiné si le refus de délivrance du titre de séjour méconnaîtrait les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Par suite, ce moyen doit être écarté.

5. En troisième lieu, aux termes de l'article 8 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale () ".

6. Il ressort des pièces du dossier que Mme A C, épouse D, est entrée en France régulièrement le 17 mars 2021, après son mariage avec un compatriote célébré aux Comores le 26 janvier 2021, sous couvert d'un visa portant la mention " stagiaire " et qu'elle s'est maintenue en situation irrégulière sur le territoire français à l'expiration de celui-ci le 10 septembre 2021. Elle n'a ensuite sollicité la délivrance d'un titre de séjour qu'en avril 2023. A la date de la décision attaquée, son mariage est relativement récent et aucun enfant n'est né de cette relation avec un compatriote dont le titre de séjour pluriannuel est valable jusqu'au 2 janvier 2025. Les époux ne pouvaient pas ignorer que leurs perspectives communes d'établissement en France étaient incertaines puisque l'intéressée n'était pas autorisée à séjourner durablement sur le territoire national. La requérante ne fait état d'aucun obstacle à ce que la cellule familiale se reconstitue aux Comores dont ils sont ressortissants et où la requérante ne justifie pas être dépourvue d'attaches familiales. Si la requérante fait valoir que son demi-frère vit en France en région parisienne, elle n'établit pas avoir de liens particuliers avec lui. Si elle établit que le couple s'occupe de son neveu, qui a été confié à son époux en novembre 2021 et scolarisé en France, la décision attaquée n'a ni pour objet ni pour effet d'empêcher cet enfant de demeurer en France ou de suivre la requérante, selon leurs souhaits. En outre, l'effectivité et l'intensité des liens affectifs noués avec cet enfant ne sont pas établies. Enfin, l'activité professionnelle de la requérante en France, en tant qu'assistante maternelle, était très récente à la date de la décision attaquée. Dans ces conditions, la décision portant refus de délivrance d'un titre de séjour ne méconnaît pas les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

7. Il résulte de ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation doivent être rejetées. Doivent également être rejetées par voie de conséquence les conclusions à fin d'injonction, celles à fin d'astreinte et celles présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de Mme A C est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme B A C épouse D et au préfet de la Saône-et-Loire.

Copie sera adressée au ministre de l'intérieur.

Délibéré après l'audience du 12 mars 2024, à laquelle siégeaient :

M. Philippe Nicolet, président,

Mme Pauline Hascoët, première conseillère,

M. Hamza Cherief, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 2 mai 2024.

La rapporteure,

P. Hascoët

Le président,

P. Nicolet

La greffière,

L. Curot

La République mande et ordonne au préfet de Saône-et-Loire en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition,

La greffière,

lc

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