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AccueilJurisprudence administrativeN° TA21-2303622

Tribunal Administratif de Dijon — Décision N° TA21-2303622

jeudi 4 juillet 2024

JuridictionTribunal Administratif de Dijon
SectionTribunal Administratif de Dijon
N° DossierTA21-2303622
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation2ème chambre
Avocat requérantMOUNDOUNGA NTSIGOU SERGE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés les 16 décembre 2023 et 26 janvier 2024, M. B A, représenté par Me Moundounga, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 16 octobre 2023 par laquelle le préfet de Saône-et-Loire a refusé d'accorder le droit au séjour à son épouse sur le territoire français ;

2°) de réformer la décision préfectorale et d'autoriser le droit au séjour sur le territoire français de son épouse en autorisant la réunification familiale ;

3°) d'enjoindre au préfet de Saône-et-Loire de lui délivrer le titre sollicité ou de réexaminer sa demande dans un délai de deux mois ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat, à verser à son conseil, la somme de 1 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, combiné avec les dispositions de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

- sa requête est recevable ;

- la décision a été signée par une autorité incompétente ;

- elle est entachée d'une insuffisance de motivation ;

- elle est entachée d'une erreur de droit, dès lors qu'elle méconnaît les stipulations des articles 8 et 12 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation, dès lors que le préfet n'a pas examiné sa situation générale.

Par un mémoire en défense enregistré le 10 janvier 2024, le préfet de Saône-et-Loire conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés par M. A ne sont pas fondés.

Par un courrier du 7 mai 2024, les parties ont été informées, en application des dispositions de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, de ce que le jugement est susceptible d'être fondé sur le moyen d'ordre public, soulevé d'office, tiré de l'irrecevabilité des conclusions de la requête tendant à ce que le tribunal réforme la décision du 16 octobre 2023 du préfet de Saône-et-Loire et autorise le droit au séjour, sur le territoire français, de l'épouse de

M. A en autorisant la réunification familiale, dès lors qu'il n'appartient pas au juge administratif de faire œuvre d'administrateur.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Hamza Cherief,

- et les observations de Me Moundounga pour M. A.

Considérant ce qui suit :

1. M. A, ressortissant albanais né le 19 avril 1996, a sollicité le bénéfice du regroupement familial le 16 septembre 2022, au bénéfice de son épouse, de nationalité albanaise. Par une décision du 16 octobre 2023 dont M. A demande l'annulation, le préfet de Saône-et-Loire a rejeté sa demande au motif qu'il est connu du fichier " traitement des antécédents judiciaires " pour diverses infractions dont, en 2020, pour consommation de produits stupéfiants et en 2022 pour conduite sous l'emprise de cannabis et de cocaïne.

Sur les conclusions à fin de réformation :

2. Il n'appartient pas au juge administratif de faire œuvre d'administrateur. Dès lors le tribunal ne saurait autoriser la demande de regroupement familial de M. A. Il s'ensuit que de telles conclusions, irrecevables, ne peuvent qu'être rejetées.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

3. En premier lieu, par un arrêté du 12 mai 2023, régulièrement publié au recueil des actes administratifs spécial du même jour, le préfet de Saône-et-Loire a donné délégation à Mme Agnès Chavanon, secrétaire générale de la préfecture, à l'effet de signer tous arrêtés, décisions, circulaires, rapports, correspondances et documents relevant des attributions de l'État dans le département de Saône-et-Loire, à l'exception d'actes au nombre desquels ne figure pas la décision en litige.

4. En second lieu, la décision attaquée vise le 3° de l'article L. 434-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ainsi que les articles L. 434-1 à L. 434-9 et les articles R.434-1 et suivants du même code. Elle précise que la demande de regroupement familial de M. A est refusée au motif que l'intéressé est connu du fichier " traitement des antécédents judiciaires " pour diverses infractions dont, en 2020, pour consommation de produits stupéfiants et, en 2022, pour conduite sous l'emprise de cannabis et de cocaïne. La décision attaquée est ainsi motivée, en droit et en fait, avec une précision suffisante pour permettre au requérant d'en contester utilement le bien-fondé. Par suite, le moyen tiré de ce que la décision attaquée est entachée d'une motivation insuffisante doit être écarté.

5. En troisième lieu, aux termes de l'article 12 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " À partir de l'âge nubile, l'homme et la femme ont le droit de se marier et de fonder une famille selon les lois nationales régissant l'exercice de ce droit ". La décision attaquée n'ayant ni pour objet ni pour effet d'interdire à M. A de se marier ni de porter atteinte à son droit de fonder une famille, il ne peut se prévaloir de la méconnaissance de ces stipulations. Par suite, ce moyen doit être écarté.

6. En quatrième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1° Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance ; / 2° Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".

7. En l'espèce, M. A soutient que la décision attaquée méconnaîtrait de façon disproportionnée son droit à mener une vie privée et familiale normale, dès lors qu'il s'est marié, le 16 avril 2022, sur le territoire français. Toutefois, alors même que l'intéressé dispose d'une carte de résident valable du 24 octobre 2018 jusqu'au 23 octobre 2028, et s'est vu reconnaître le statut de réfugié par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides le 12 février 2018, son mariage est récent, et le requérant ne justifie d'aucune vie commune avec son épouse, alors qu'aucun enfant n'est né de cette union. Par ailleurs, le droit de mener une vie privée et familiale normale, garanti par l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, ne saurait s'interpréter comme comportant l'obligation générale de respecter le choix, par des couples mariés, de leur domicile commun et d'accepter l'installation de conjoints non nationaux en France. Enfin M. A ne peut utilement se prévaloir de l'ancienneté des faits inscrits aux fichier " traitement des antécédents judiciaires " et de la circonstance qu'il n'a fait l'objet d'aucune condamnation pour ces faits, cette circonstance étant sans incidence sur l'appréciation de l'atteinte portée, par le préfet de Saône-et-Loire, au droit de l'intéressé à mener une vie privée et familiale. Par suite, le moyen tiré de ce que la décision attaquée méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté ainsi que celui tiré de l'erreur manifeste d'appréciation.

8. Par suite, les conclusions à fin d'annulation présentées par M. A doivent être rejetées ainsi que, par voie de conséquence, les conclusions à fin d'injonction.

Sur les frais liés au litige :

9. Le requérant n'établissant pas avoir sollicité le bénéfice de l'aide juridictionnelle, les conclusions présentées sur le fondement des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 doivent être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B A, au préfet de Saône-et-Loire et à Me Moundounga.

Délibéré après l'audience du 14 mai 2024, à laquelle siégeaient :

M. Nicolet, président,

Mme Hascoët, première conseillère,

M. Cherief, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 4 juillet 2024.

La rapporteure,

H. Cherief

Le président,

Ph. NicoletLa greffière,

L. Curot

La République mande et ordonne au préfet de Saône-et-Loire en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition,

La greffière,

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