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AccueilJurisprudence administrativeN° TA21-2303640

Tribunal Administratif de Dijon — Décision N° TA21-2303640

mardi 12 mars 2024

JuridictionTribunal Administratif de Dijon
SectionTribunal Administratif de Dijon
N° DossierTA21-2303640
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationCH 3 JU
Avocat requérantBREY CÉLINE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 18 décembre 2023, Mme A C, représentée par Me Brey, demande au tribunal :

1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;

2°) d'annuler l'arrêté du 4 décembre 2023 par lequel le préfet de Saône-et-Loire lui a fait obligation de quitter le territoire dans un délai de trente jours, a fixé le pays de destination et a prononcé une interdiction de retour d'un an ;

3°) d'enjoindre au préfet de Saône-et-Loire ou tout préfet compétent d'enregistrer sa demande d'asile et de lui délivrer une attestation de demande d'asile dans le délai de quinze jours à compter de la notification du présent jugement et ce en application des dispositions de l'article L.911-1 du code de justice administrative ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 2 000 euros à verser à son conseil en application des dispositions combinées du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sous réserve de la renonciation par le conseil au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Mme C soutient que :

- l'auteur de la décision est incompétent ;

- il y a violation du principe général du droit de l'Union européenne des droits de la défense et du droit d'être entendu ;

- s'agissant de la décision d'éloignement, il y a erreur de droit et erreur manifeste d'appréciation, en ce que sa demande d'asile est toujours en cours en France ;

- il y a violation de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et de l'article 3-1 de la convention internationale de droits de l'enfant, et erreur manifeste d'appréciation au regard de sa situation personnelle et familiale ;

- s'agissant de l'interdiction de retour, la décision est illégale du fait de l'illégalité de la décision d'éloignement ;

- son droit à être entendu a été méconnu ;

- il y a erreur de droit en ce qu'elle n'a jamais fait l'objet précédemment d'une mesure d'éloignement ;

- il y a violation des articles 3 et 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- s'agissant du pays de destination, elle est illégale du fait de l'illégalité, constatée par voie d'exception, des précédentes décisions ;

- il y a violation des articles L.721-43 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

Le préfet de Saône-et-Loire a produit six pièces, enregistrées le 22 décembre 2023.

Vu :

- la décision du 15 janvier 2024 du bureau d'aide juridictionnel près le tribunal judiciaire de Dijon accordant à Mme C le bénéfice de l'aide juridictionnel totale ;

- les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la convention internationale des droits de l'enfant ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a, par une décision du 25 janvier 2024, désigné M. B, magistrat honoraire inscrit sur la liste mentionnée à l'article L. 222-2-1 du code de justice administrative par un arrêté du vice-président du Conseil d'Etat en date du 30 novembre 2023, pour statuer, en application des dispositions de l'article R. 776-13-3 du code de justice administrative, sur les requêtes relevant de la procédure prévue à l'article L. 614-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement convoquées à l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. B,

- les observations de Me Brey, représentant Mme C.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Une note en délibéré présentée pour Mme C a été enregistrée le 29 février 2024.

Considérant ce qui suit :

1. Mme C, ressortissante arménienne née le 9 juin 1991 et entrée en France le 21 février 2022 avec un passeport muni d'un visa délivré par les autorités estoniennes en Géorgie, a présenté une demande d'asile qui a fait l'objet d'une demande de prise en charge adressée aux autorités estoniennes, lesquelles l'ont acceptée le 11 mai 2022. L'arrêté de transfert n'a cependant pu être exécuté, Mme C ayant été déclarée en fuite le 11 août 2022. Mme C a été interpellée sur le territoire de la commune d'Autun (Saône-et-Loire). Par un arrêté du 4 décembre 2023, le préfet de Saône-et-Loire lui a fait obligation de quitter le territoire dans un délai de trente jours en fixant le pays de renvoi et en prononçant, en outre, une interdiction du territoire pour une durée d'un an. Mme C demande l'annulation de cet arrêté du 4 décembre 2023.

Sur l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle :

2. Par une décision n° 2024/000008 du 15 janvier 2024, le bureau d'aide juridictionnelle a accordé à Mme C l'aide juridictionnelle totale. Il n'y a plus lieu, par suite, de statuer sur ses conclusions tendant à l'admission à l'aide juridictionnelle provisoire.

Sur les conclusions en annulation de la décision du préfet de Saône-et-Loire en date du 4 décembre 2023 :

Sans qu'il soit besoin de statuer sur les autres moyens de la requête :

3. Aux termes du paragraphe 1 de l'article 29 du règlement n° 604/2013 susvisé, le transfert du demandeur vers l'Etat membre responsable de l'examen de sa demande d'asile doit s'effectuer " dès qu'il est matériellement possible et, au plus tard, dans un délai de six mois à compter de l'acceptation par un autre Etat membre de la requête aux fins de la prise en charge ou de reprise en charge de la personne concernée ou de la décision définitive sur le recours ou la révision lorsque l'effet suspensif est accordé conformément à l'article 27, paragraphe 3 ". Et aux termes du paragraphe 2 du même article : " Si le transfert n'est pas exécuté dans le délai de six mois, l'Etat membre responsable est libéré de son obligation de prendre en charge ou de reprendre en charge la personne concernée et la responsabilité est alors transférée à l'Etat membre requérant. Ce délai peut être porté à un an au maximum s'il n'a pas pu être procédé au transfert en raison d'un emprisonnement de la personne concernée ou à dix-huit mois au maximum si la personne concernée prend la fuite ". Il résulte de cette stipulation que, dans l'hypothèse où la personne concernée a pris la fuite, la responsabilité est transférée à l'Etat membre requérant après un délai de dix-huit mois suivant la décision d'acceptation par un autre Etat membre de la prise en charge de la personne concernée.

4. En l'espèce, il est constant que les autorités estoniennes ont accepté la reprise en charge de Mme C par un courrier du 11 mai 2022. Mme C ayant été déclaré en fuite le 11 août 2022, le délai de dix-huit mois mentionné au point 4 ci-dessus expirait le 11 novembre 2023, ainsi que le retient la décision attaquée elle-même. A la date de l'arrêté attaqué, soit le 4 décembre 2023, ce délai de dix-huit mois était expiré et la responsabilité de l'examen de la demande d'asile était transférée à la France. Une attestation de demande d'asile a au demeurant été délivrée à Mme C par le préfet de la Côte-d'Or le 20 février 2024, valable jusqu'au 19 août 2024. Eu égard à cette procédure de demande d'asile en cours, le préfet de Saône-et-Loire ne pouvait légalement prendre à l'encontre de Mme C une décision portant obligation de quitter le territoire français.

5. Il résulte de ce qui précède que Mme C est fondée à demander l'annulation de la décision du 4 décembre 2023 portant obligation de quitter le territoire français, et, par suite, des décisions fixant le délai pour quitter le territoire et le pays de destination, et prononçant une interdiction de retour d'un an.

Sur les conclusions en injonction :

6. Ainsi qu'il a été dit au point 5 ci-dessus, la demande d'asile de Mme C a été enregistrée, et une attestation de demande d'asile lui a été délivrée. Il n'y a par suite pas lieu de statuer sur les conclusions de sa requête tendant à ce qu'il soit enjoint à l'administration d'enregistrer sa demande d'asile et de lui délivrer une telle attestation.

Sur les frais liés au litige :

7. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de faire application des dispositions combinées du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, et de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 000 euros à verser au conseil de Mme C, sous réserve de sa renonciation au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

DECIDE :

Article 1er : Il n'y a plus lieu de statuer sur les conclusions de la requête de Mme C tendant à ce qu'il soit admis à l'aide juridictionnelle provisoire.

Article 2 : L'arrêté attaqué du 4 décembre 2023 est annulé.

Article 3 : Il n'y a pas lieu de statuer sur les conclusions en injonction de la requête de Mme C.

Article 3 : Il est mis à la charge de l'Etat (préfecture de Saône-et-Loire) une somme de 1 000 euros à verser au conseil de Mme C, sous réserve de sa renonciation au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à Mme A C, au préfet de Saône-et-Loire et à Me Brey.

Une copie de ce jugement sera transmise, pour information, au ministre de l'intérieur et des outre-mer.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 12 mars 2024.

Le magistrat désigné,

P. BLa greffière,

A. Roussilhe

La République mande et ordonne au préfet de Saône-et-Loire, en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.

Pour expédition conforme,

Le greffier, 0

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