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AccueilJurisprudence administrativeN° TA21-2303711

Tribunal Administratif de Dijon — Décision N° TA21-2303711

jeudi 20 juin 2024

JuridictionTribunal Administratif de Dijon
SectionTribunal Administratif de Dijon
N° DossierTA21-2303711
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationCH 1 JU
Avocat requérantBREY CÉLINE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 26 décembre 2023, Mme G C F, représentée par Me Brey, demande au tribunal :

1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;

2°) d'annuler l'arrêté du 4 décembre 2023 par lequel le préfet de Saône-et-Loire l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel elle est susceptible d'être reconduite d'office ;

3°) d'enjoindre au préfet de Saône-et-Loire de lui délivrer un titre de séjour dans un délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat le versement à son conseil de la somme de 2 000 euros au titre des dispositions combinées des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique.

Elle soutient que :

- la décision portant obligation de quitter le territoire français est entachée d'erreur de droit ;

- cette décision méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et procède d'une erreur manifeste d'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle ;

- elle méconnaît l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

- les décisions lui accordant un délai de départ volontaire et fixant le pays de destination sont illégales par voie de conséquence de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français ;

- la décision fixant le pays de destination méconnaît les articles 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- à titre subsidiaire, l'arrêté attaqué doit être regardé comme entaché d'un vice d'incompétence, sauf à justifier d'une délégation conférée à son signataire.

Le préfet de Saône-et-Loire a produit des pièces, enregistrées le 3 janvier 2024.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné Mme Viotti, en application des dispositions de l'article R. 776-13-3 du code de justice administrative, pour statuer sur les requêtes relevant de la procédure prévue à l'article L. 614-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement convoquées à l'audience du 10 juin 2024 à 14 heures.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Viotti, conseillère,

- les observations de Me Brey, représentant Mme C F, qui a repris les conclusions et moyens exposés dans sa requête.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. Mme C F, ressortissante colombienne née le 27 avril 1992 à Tulula, déclare être entrée régulièrement le 29 septembre 2022 munie d'un passeport colombien valable du 12 août 2022 au 11 août 2032 qui l'autorisait à séjourner dans les pays membres de l'espace Schengen pour une durée maximale de quatre-vingt-dix jours sur une période de cent-quatre-vingt jours. Par décision du 20 décembre 2022, l'Office français de protection des réfugiés et apatrides a rejeté sa demande d'asile, rejet confirmé par la Cour nationale du droit d'asile le 26 septembre 2023. Par un arrêté du 4 décembre 2023, le préfet de Saône-et-Loire l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel elle est susceptible d'être reconduite d'office. Mme C F en demande l'annulation.

Sur l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle :

2. Il a lieu de prononcer, en application des dispositions de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique, l'admission provisoire de Mme C F au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Sur les conclusions aux fins d'annulation et d'injonction :

En ce qui concerne le moyen visant l'arrêté attaqué dans son ensemble :

3. Par un arrêté du 13 mars 2023, régulièrement publié au recueil des actes administratifs spécial du même jour, le préfet de Saône-et-Loire a donné délégation à Mme A E, directrice de la citoyenneté et de la légalité, à l'effet de signer les mesures d'éloignement. Il suit de là que le moyen tiré de l'incompétence de l'auteur de l'acte attaqué doit être écarté.

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :

4. En premier lieu, il ne ressort pas de la motivation de l'arrêté attaqué ni des autres pièces du dossier que le préfet de Saône-et-Loire aurait négligé de procéder à un examen attentif et complet de la situation de Mme C F. Si la requérante reproche au préfet d'avoir tenu compte de son concubinage avec M. B D, lequel demeure en Colombie, alors qu'elle expose que cette relation a pris fin, elle n'établit pas en avoir informé les services de la préfecture préalablement à l'édiction de la décision attaquée. Par suite, le moyen tiré de l'erreur de droit ne peut qu'être écarté.

5. En deuxième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale () ". Pour l'application de ces stipulations, l'étranger qui invoque la protection due à son droit au respect de sa vie privée et familiale en France doit apporter toute justification permettant d'apprécier la réalité et la stabilité de ses liens personnels et familiaux effectifs en France au regard de ceux qu'il a conservés dans son pays d'origine.

6. En l'espèce, il ressort des pièces du dossier que Mme C F résidait en France depuis à peine un an à la date de la décision attaquée, après en avoir résidé trente en Colombie, où elle a nécessairement conservé des attaches, quand bien même son père et son frère vivraient désormais au Panama. Par ailleurs, la présence en France de sa mère, de nationalité française, ne suffit pas, en tant que telle, à lui conférer un droit au séjour, alors en outre qu'elles vivent séparées depuis une durée indéterminée. Enfin, la seule circonstance que Mme C F ait suivi des cours de français durant la période scolaire 2022-2023 ne suffit pas à caractériser une insertion sociale ou professionnelle particulière sur le territoire français. Enfin, la requérante ne démontre pas qu'elle serait dans l'impossibilité de mener une vie privée et familiale normale en cas de retour en Colombie. Compte tenu de la durée et des conditions de séjour en France de la requérante, la décision l'obligeant à quitter le territoire français n'a pas porté à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée aux buts en vue desquels il a été pris et n'a donc pas méconnu les stipulations précitées de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Pour les mêmes motifs, le moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation doit être écarté.

7. En troisième lieu, aux termes de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant : " Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait des institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale ". Il résulte de ces stipulations que, dans l'exercice de son pouvoir d'appréciation, l'autorité administrative doit accorder une attention primordiale à l'intérêt supérieur des enfants dans toutes les décisions les concernant.

8. La décision en litige n'a ni pour objet ni pour effet de séparer Mme C F de son fils, lequel pourra la suivre en Colombie. Par suite, la décision en litige n'a pas méconnu l'intérêt supérieur de l'enfant tel que protégé par l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant.

En ce qui concerne la décision accordant un délai de départ volontaire :

9. Les moyens invoqués à l'encontre de la décision l'obligeant à quitter le territoire français ayant été écartés, la requérante n'est pas fondée à exciper de l'illégalité de cette décision à l'appui de ses conclusions dirigées contre la décision lui accordant un délai de départ volontaire.

En ce qui concerne la décision fixant le pays de destination :

10. Il résulte de ce qui a été dit précédemment que Mme C F excipe en vain de l'illégalité de la décision l'obligeant à quitter le territoire français à l'appui des conclusions dirigées contre la décision fixant le pays de destination.

11. Aux termes des stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants ". Aux termes de l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " () Un étranger ne peut être éloigné à destination d'un pays s'il établit que sa vie ou sa liberté y sont menacées ou qu'il y est exposé à des traitements contraires aux stipulations de l'article 3 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales du 4 novembre 1950 ".

12. Le moyen tiré de la méconnaissance des articles 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ne sont pas assortis des précisions permettant au tribunal d'en apprécier le bien-fondé.

13. Il résulte de l'ensemble de ce qui précède que Mme C F n'est pas fondée à demander l'annulation de l'arrêté du 4 décembre 2023. Par voie de conséquence, ses conclusions à fin d'injonction ne peuvent qu'être rejetées.

Sur les frais liés au litige :

14. Les dispositions combinées des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'Etat, qui n'est pas partie perdante dans la présente instance, la somme que Mme C F demande au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.

D É C I D E :

Article 1er : M. C F est admise à titre provisoire au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Article 2 : La requête de Mme C F est rejetée.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à Mme G C F, au préfet de Saône-et-Loire et à Me Brey.

Copie en sera adressée au ministre de l'intérieur et des outre-mer ainsi qu'au bureau d'aide juridictionnelle près le tribunal judiciaire de Dijon.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 20 juin 2024.

La magistrate désignée,

O. VIOTTILa greffière,

C. SIVIGNON

La République mande et ordonne au préfet de Saône-et-Loire, en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

No 2303711

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