mercredi 11 septembre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Dijon |
| Section | Tribunal Administratif de Dijon |
| N° Dossier | TA21-2303742 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | D |
| Formation | CH 1 JU |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire enregistrés les 28 décembre 2023 et 19 avril 2024,
Mme A D, représentée par Me Thiel, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 20 septembre 2023 par lequel le préfet de la Côte-d'Or a suspendu la validité de son permis de conduire pour une durée de six mois ;
2°) d'enjoindre au préfet de la Côte-d'Or de lui restituer son permis de conduire dans un délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 200 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- l'arrêté est entaché d'incompétence ;
- l'arrêté est entaché d'erreur de droit au regard des articles L. 224-2 et R. 224-5 du code de la route, dès lors qu'elle a été privée de son droit à contre-expertise par prélèvement sanguin dans les conditions prévues par les articles R. 235-5, R. 235-6 et R. 235-11 du même code ;
- l'arrêté est entaché d'une erreur d'appréciation, tant dans le principe de la mesure qu'il édicte que dans la durée de celle-ci ;
- les poursuites pénales diligentées à son encontre ont été classées sans suite.
La requête a été communiquée au préfet de la Côte-d'Or qui n'a pas produit de mémoire en défense.
Par une ordonnance du 22 avril 2024 la clôture de l'instruction a été fixé au 9 mai 2024.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- le code de la route ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné M. Rousset, vice-président, pour statuer sur les litiges en application des dispositions de l'article R. 222-13 du code de justice administrative.
La rapporteure publique a été dispensée, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Le rapport de M. Rousset a été seul entendu au cours de l'audience publique, les parties n'étant ni présentes ni représentées.
Considérant ce qui suit :
1. Mme D a fait l'objet d'une mesure de rétention de son permis de conduire le
16 septembre 2023, à la suite d'un prélèvement salivaire positif aux substances ou plantes classées comme stupéfiants. Par un arrêté du 20 septembre 2023, le préfet de la Côte-d'Or a suspendu la validité de son permis de conduire pour une durée de six mois. Par la présente requête,
Mme D demande au tribunal d'annuler cette décision.
Sur les conclusions aux fins d'annulation et d'injonction :
2. En premier lieu, le signataire de l'arrêté attaqué, M. B C, chef du bureau de la défense et de la sécurité, a reçu délégation pour signer les arrêtés portant suspension et annulation du permis de conduire, par arrêté du 17 octobre 2022 du préfet de la Côte-d'Or publié au recueil des actes administratifs spécial le 18 octobre 2022. Ainsi, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de l'acte doit être écarté.
3. En deuxième lieu, d'une part, aux termes du premier alinéa de l'article R. 235-11 du code de la route : " Dans un délai de cinq jours suivant la notification des résultats de l'analyse de son prélèvement salivaire ou sanguin, à condition, dans le premier cas, qu'il se soit réservé la possibilité prévue au deuxième alinéa du I de l'article R. 235-6, le conducteur peut demander au procureur de la République, au juge d'instruction ou à la juridiction de jugement qu'il soit procédé à partir du tube prévu au second alinéa de l'article R. 235-9 à un examen technique ou à une expertise en application des articles 60,77-1 et 156 du code de procédure pénale. ". D'autre part, aux termes de l'article R. 235-6 du code de la route : " I - Le prélèvement salivaire est effectué par un officier ou agent de police judiciaire de la gendarmerie ou de la police nationales territorialement compétent à l'aide d'un nécessaire, en se conformant aux méthodes et conditions prescrites par l'arrêté prévu à l'article R. 235-4. / A la suite de ce prélèvement, l'officier ou l'agent de police judiciaire demande au conducteur s'il souhaite se réserver la possibilité de demander l'examen technique ou l'expertise prévus par l'article R. 235-11 ou la recherche de l'usage des médicaments psychoactifs prévus au même article. / Si la réponse est positive, il est procédé dans le plus court délai possible à un prélèvement sanguin dans les conditions fixées au II () ".
4. Si la requérante soutient qu'à la suite de son prélèvement salivaire un gendarme lui aurait indiqué que l'expertise prévue par l'article R. 235-11 du code de la route était payante alors qu'elle est en réalité gratuite et que cette information erronée l'aurait conduite ne pas se réserver la possibilité d'y recourir comme le permet l'article R. 235-6 du code de la route, elle ne l'établit pas en se bornant à produire une attestation de son épouse qui n'était pas présente dans la pièce dans laquelle elle a été entendue à la gendarmerie de Sombernon. Par suite, le moyen tiré de ce qu'une information erronée donnée par des gendarmes l'aurait privée de la possibilité de solliciter un examen technique ou une expertise devant le juge judiciaire doit être écarté.
5. En troisième lieu, il ressort des pièces du dossier que Mme D a été contrôlée le
16 septembre 2023 à 22 heures 45 à Sombernon. L'intéressée a fait l'objet d'un dépistage révélant qu'elle conduisait sous l'empire de substances ou plantes classées comme stupéfiants. Ces circonstances étaient de nature à faire regarder la conductrice comme représentant un danger grave et immédiat pour la sécurité des usagers de la route, de ses éventuels passagers et pour elle-même. Par ailleurs, la circonstance qu'elle dispose d'un solde de douze points sur son permis de conduire ne saurait rendre moins graves les faits en litige. Si la requérante soutient que le résultat positif de son test salivaire s'explique par son traitement médical et par sa consommation de CBD, elle ne l'établit pas par les pièces qu'elle produit. Enfin, s'il n'est pas contesté qu'elle souffre d'un handicap, elle ne verse à l'instance aucune pièce justifiant qu'elle n'était pas en mesure d'emprunter un autre mode de transport que son véhicule pour se rendre, pendant la période de suspension en litige, sur son lieu de travail. Dans ces conditions, c'est sans commettre d'erreur d'appréciation tant sur le principe que sur la durée de la mesure contestée que le préfet de la
Côte-d'Or a suspendu le permis de conduire de l'intéressée pour une durée de six mois.
6. En dernier lieu, la circonstance que dans le cadre de l'alternative aux poursuites, le procureur de la République ait classé sans suite l'infraction commise par Mme D sous réserve qu'elle effectue un stage de sensibilisation à la sécurité routière dans un centre agréé est sans incidence sur la légalité de l'arrêté attaqué.
7. Il résulte de tout ce qui précède que Mme D n'est pas fondée à demander l'annulation de la décision par laquelle le préfet de la Côte-d'Or a suspendu son permis de conduire pour une durée de six mois, ni, par voie de conséquence, à demander qu'il soit enjoint au préfet de la Côte-d'Or de lui restituer son permis de conduire.
Sur les frais liés au litige :
8. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mis à la charge de l'Etat, qui n'est pas, dans la présente instance, la partie perdante, le versement d'une somme au titre des frais exposés par Mme D et non compris dans les dépens.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de Mme D est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme A D et au ministre de l'intérieur et des outre-mer.
Copie en sera adressée au préfet de la Côte-d'Or.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 11 septembre 2024.
Le président,
O. RoussetLa greffière,
M. E
La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer, en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition,
La greffière,
Tribunal Administratif de VERSAILLES — N° TA78-2608798
03/08/2026
Tribunal Administratif de VERSAILLES — N° TA78-2606201
03/08/2026
Tribunal Administratif de VERSAILLES — N° TA78-2600562
03/08/2026
Tribunal Administratif de MELUN — N° TA77-2611484
03/08/2026