mardi 24 septembre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Dijon |
| Section | Tribunal Administratif de Dijon |
| N° Dossier | TA21-2400017 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 3ème chambre |
| Avocat requérant | CENTAURE AVOCATS |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 3 janvier 2024, M. B A, représenté par Me Ben Hadj Younes, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 26 octobre 2023 par lequel le préfet de la Côte-d'Or a refusé de lui délivrer un titre de séjour ;
2°) d'enjoindre au préfet de la Côte-d'Or de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement, ou à défaut, dans le même délai, de procéder au réexamen de sa situation ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 2 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
M. A soutient que :
- l'arrêté attaqué est entaché d'une insuffisance de motivation ;
- l'arrêté attaqué est entaché d'un défaut d'examen particulier de sa situation personnelle ;
- l'arrêté attaqué méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- l'arrêté attaqué méconnaît les stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;
- l'arrêté attaqué méconnaît les dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
Par un mémoire en défense, enregistré le 22 février 2024, le préfet de la Côte-d'Or, représenté par la SELARL Centaure Avocats, conclut au rejet de la requête.
Le préfet soutient que les moyens soulevés par M. A ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention internationale relative aux droits de l'enfant signée à New York le 26 janvier 1990 ;
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- le code de justice administrative.
Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Bois,
- et les observations de Me Djermoune substituant Me Ben Hadj Younes, représentant M. A.
Considérant ce qui suit :
1. M. A, ressortissant géorgien né en 1989, entré en France, selon ses déclarations, en 2011, a présenté une demande d'asile qui a été successivement rejetée par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides (OFPRA) et la Cour nationale du droit d'asile (CNDA) les 29 mars 2013 et 17 octobre 2013. Sa demande de réexamen de sa demande d'asile a été rejetée successivement par l'OFPRA et la CNDA les 31 décembre 2013 et 5 novembre 2014. L'OFPRA et la CNDA ont ensuite rejeté, les 10 février 2015 et 27 mai 2015, la deuxième demande de réexamen présentée par M. A. Sa troisième demande de réexamen de sa demande d'asile a été rejetée par l'OFPRA le 19 janvier 2016.
2. M. A a fait l'objet de mesures d'éloignement les 4 juillet 2014 et 8 janvier 2016 dont la légalité a été confirmée par des jugements des tribunaux administratifs de Dijon et de Melun respectivement rendus les 16 décembre 2014 et 12 janvier 2016. L'intéressé a ensuite été éloigné à destination de la Géorgie le 3 février 2016.
3. M. A, revenu en France le 16 mars 2016 muni d'un visa C pour les Pays-Bas, a présenté une quatrième demande de réexamen de sa demande d'asile qui a été successivement rejetée par l'OFPRA et la CNDA les 13 avril 2017 et 18 juillet 2017. L'intéressé a fait l'objet d'une troisième mesure d'éloignement le 25 octobre 2017 qui est restée inexécutée. M. A a présenté le 6 décembre 2018 une demande d'admission exceptionnelle au séjour qui a été rejetée et a fait l'objet d'une quatrième mesure d'éloignement assortie d'une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de deux ans le 8 avril 2019 dont la légalité a été confirmée par le tribunal administratif de Dijon par un jugement du 18 juin 2019. Cette mesure est restée inexécutée. Le 11 janvier 2022, l'intéressé a fait l'objet d'une cinquième mesure d'éloignement assortie d'une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de deux ans dont la légalité a été confirmée par un arrêt de la cour administrative d'appel de Lyon du 27 avril 2023.
4. Le 25 janvier 2022, A a demandé au préfet de la Côte-d'Or de lui délivrer une carte de séjour temporaire sur le fondement de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par un arrêté du 26 octobre 2023, dont M. A demande l'annulation, le préfet de la Côte-d'Or a refusé de lui délivrer un titre de séjour.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
5. En premier lieu, l'arrêté attaqué, qui vise en particulier l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme, retrace le parcours du requérant sur le territoire français et fait état de sa situation familiale, comporte l'énoncé des considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement. Il n'a dès lors pas méconnu les dispositions des articles L. 211-2 et L. 211-5 du code des relations entre le public et l'administration.
6. En deuxième lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier que le préfet de la Côte-d'Or aurait omis de procéder à un examen personnalisé de la situation de M. A et n'aurait pas pris en compte les éléments relatifs à sa situation personnelle avant de statuer sur sa demande de titre de séjour.
7. En troisième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".
8. M. A fait valoir qu'il réside sur le territoire français depuis 2011, qu'il pourvoit à l'éducation de ses deux enfants nés en France en 2011 et 2013, qu'il entretient des liens significatifs avec ces derniers et qu'il dispose d'une activité professionnelle dans l'automobile en qualité d'auto-entrepreneur depuis 2022.
9. Il est vrai que la commission du titre de séjour a rendu le 11 mai 2023 un avis favorable à la demande de titre de séjour présentée par M. A sur le fondement de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Toutefois, tout d'abord, il n'est pas établi que M. A est dépourvu de tout lien avec son pays d'origine où il a résidé la majeure partie de sa vie. Ensuite, comme il a été dit aux points 1 à 3, les quatre demandes de réexamen de la demande d'asile présentées par l'intéressé ont été rejetées et il n'a pas exécuté quatre mesures d'éloignement prononcées à son encontre. Ainsi, en maintenant une prétendue vie familiale avec la présence de ses deux enfants nés sur le territoire français en 2011 et 2013 alors qu'il savait que sa situation été irrégulière au regard de la législation française sur l'immigration, M. A a fait un choix personnel dont il ne peut pas aujourd'hui se prévaloir pour mettre l'Etat devant le fait accompli. Enfin, d'une part, il ne ressort pas des pièces du dossier, et en particulier des seules sept attestations produites, peu circonstanciées, que M. A entretiendrait avec ses enfants des liens significatifs ou contribuerait effectivement régulièrement à leur éducation alors que ces derniers résident avec leur mère, l'ex-épouse de l'intéressé. D'autre part, si l'intéressé justifie avoir une activité professionnelle effective depuis 2023 en qualité d'auto-entrepreneur dans la réparation mécanique de véhicules automobiles, cette seule activité, très récente en dépit de la longue durée de présence de M. A sur le territoire national, ne peut être regardée comme étant significative. Dans ces conditions, l'arrêté lui refusant le droit de séjourner en France n'a pas porté au droit de M. A au respect de sa privée et familiale une atteinte disproportionnée aux buts en vue desquels elle a été prise. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté.
10. En quatrième lieu, aux termes de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir peut se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié ", " travailleur temporaire " ou " vie privée et familiale ", sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1 () ".
11. Pour les mêmes motifs que ceux énoncés au point 9 et alors que l'avis de la commission du titre de séjour n'est pas un avis conforme mais un avis simple, le préfet de la Côte-d'Or n'a pas commis une erreur manifeste d'appréciation en estimant que l'admission au séjour de M. A ne répondait pas à des considérations humanitaires et n'était pas davantage justifiée au regard de motif exceptionnels et en refusant de lui délivrer un titre de séjour sur le fondement de l'article L. 435-1.
12. En dernier lieu, aux termes de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant : " 1. Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait d'institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale () ". Il résulte de ces stipulations, qui peuvent être utilement invoquées à l'appui d'un recours pour excès de pouvoir, que, dans l'exercice de son pouvoir d'appréciation, l'autorité administrative doit accorder une attention primordiale à l'intérêt supérieur des enfants dans toutes les décisions les concernant.
13. Comme il a été dit au point 9, M. A, qui ne réside pas avec ses deux enfants, ne justifie pas contribuer à leur éducation et avoir des liens significatifs avec ces derniers. Dès lors, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant doit être écartée.
14. Il résulte de tout ce qui précède que M. A n'est pas fondé à demander l'annulation de l'arrêté du 26 octobre 2023. Ses conclusions à fin d'annulation doivent par suite être rejetées.
Sur les conclusions à fin d'injonction :
15. Le présent jugement, qui rejette les conclusions à fin d'annulation présentées par M. A, n'implique, par lui-même, aucune mesure d'exécution. Par suite, les conclusions à fin d'injonction présentées par le requérant doivent être rejetées.
Sur les frais liés au litige :
16. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mis à la charge de l'Etat, qui n'est pas dans la présente instance la partie perdante, le versement de la somme que demande M. A au titre des frais qu'il a exposés et qui ne sont pas compris dans les dépens.
DECIDE :
Article 1er : La requête de M. A est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et au préfet de la Côte d'Or.
Une copie de ce jugement sera transmise, pour information, au ministre de l'intérieur et des outre-mer.
Délibéré après l'audience du 6 septembre 2024 à laquelle siégeaient :
- M. Boissy, président,
- Mme Laurent, première conseillère,
- Mme Bois, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 24 septembre 2024.
La rapporteure,
C. BoisLe président,
L. BoissyLa greffière,
A. Roussilhe
La République mande et ordonne au préfet de la Côte-d'Or, en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.
Pour expédition conforme,
Le greffier
Tribunal Administratif de VERSAILLES — N° TA78-2608798
03/08/2026
Tribunal Administratif de VERSAILLES — N° TA78-2606201
03/08/2026
Tribunal Administratif de VERSAILLES — N° TA78-2600562
03/08/2026
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03/08/2026