mercredi 10 janvier 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Dijon |
| Section | Tribunal Administratif de Dijon |
| N° Dossier | TA21-2400030 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | REFERE |
| Avocat requérant | BEN HADJ YOUNES SANA |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire, enregistrés le 5 janvier 2024 et le 9 janvier 2024, Mme A C, représentée par Me Ben Hadj Younes, demande au tribunal :
1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;
2°) d'annuler l'arrêté du 7 décembre 2023 par lequel le préfet du Doubs a prononcé sa remise aux autorités suédoises ;
3°) d'annuler l'arrêté du même jour par lequel le préfet du Doubs l'a assignée à résidence pour une durée de quarante-cinq jours dans le département de la Côte-d'Or ;
4°) d'enjoindre au préfet du Doubs, à titre principal, de lui délivrer une attestation de demande d'asile sous procédure normale et de lui remettre le formulaire permettant d'introduire sa demande auprès de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides dans un délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir ;
5°) d'enjoindre au préfet du Doubs, à titre subsidiaire, de procéder au réexamen de sa situation dans le même délai ;
6°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 000 euros, à verser à son conseil, au titre des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.
Elle soutient que :
En ce qui concerne la décision de transfert :
- la décision est entachée d'un vice de procédure dès lors que les brochures d'information ne lui ont été remises que le 23 octobre 2023 alors qu'elle a présenté une demande d'asile dès le 7 octobre 2023 ; les articles 4 et 5 du règlement (UE) 604/2013 ont été méconnus et elle a été privée d'une garantie ; l'article R. 351-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile a également été méconnu ; elle a respecté le délai de huit jours fixé par le visa de régularisation ; le non-respect de ce délai serait inopérant, aucune disposition ne prévoyant une forme de caducité du visa ;
- la décision est entachée d'une erreur de droit au regard de l'article L. 351-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ; dès lors qu'elle a été autorisée à séjourner en France au titre de l'asile par le ministre de l'intérieur, le préfet du Doubs ne disposait pas de la faculté de procéder, à nouveau, à la détermination de l'Etat responsable et était tenu de l'autoriser à présenter à sa demande d'asile auprès de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides ; il résulte des dispositions des articles L. 351-1, L. 352-2, L. 352-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile que la procédure de détermination de l'Etat membre responsable doit avoir lieu à la frontière, dès l'introduction de la demande d'asile, et que le ministre peut, après avoir examiné la responsabilité de l'Etat membre responsable, décider de soumettre la situation de l'étranger à un agent de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides ; le préfet est en situation de compétence liée pour lui délivrer l'attestation prévue par l'article L. 351-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation au regard de l'article 17 du règlement n° 604/2013 et de l'article L. 571-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
En ce qui concerne la décision portant assignation à résidence :
- elle sera annulée par voie de conséquence de l'annulation de la décision de transfert.
Par un mémoire en défense enregistré le 8 janvier 2024, le préfet du Doubs conclut au rejet de la requête.
Il soutient que les moyens soulevés par la requérante ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le règlement (UE) n° 604/2013 du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné Mme B en application des dispositions de l'article R. 776-15 du code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement convoquées à l'audience du 9 janvier 2024 à 14 heures.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Pauline Hascoët, qui a indiqué en outre, en application de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, que le jugement était susceptible d'être fondé sur un moyen relevé d'office tiré de la méconnaissance du champ d'application des dispositions de l'article 12.4 du règlement susvisé du 26 juin 2013 dès lors que Mme C a nécessairement quitté le territoire des Etats membres après l'expiration du visa de court séjour délivré par les autorités suédoises de sorte qu'elle ne relève pas de ces dispositions ;
- les observations de Me Ben Hadj Younes, représentant Mme C, qui s'en rapporte pour l'essentiel à ses écritures et fait valoir que la France est nécessairement responsable de l'examen de la demande de Mme C, que la procédure de détermination de l'Etat responsable devait être menée dès le 7 octobre 2023 et que la procédure de remise à un autre Etat ne pouvait plus être mise en œuvre après la délivrance du visa de régularisation ; elle ajoute que la requérante a procédé à des démarches en vue de déposer sa demande d'asile avant l'expiration de son visa de régularisation mais qu'elle n'a été convoquée que le 23 octobre 2023 ; elle fait valoir que Mme C a la volonté de stabiliser désormais sa vie, qu'elle fait l'objet d'un suivi psychologique et d'un accompagnement et que le transfert en Suède serait inapproprié ; elle indique enfin que Mme C n'est pas entrée sur le territoire des Etats membres sous couvert du visa délivré par les autorités suédoises.
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience à 14h19.
Considérant ce qui suit :
1. Mme A C, ressortissante algérienne née le 12 juillet 1999, est entrée en France irrégulièrement le 7 octobre 2023, par un vol en provenance de Dubai et a exprimé son intention de solliciter l'asile. Elle a été placée en zone d'attente à la frontière et entendue par un agent de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides. Par une décision du 9 octobre 2023, le ministre de l'intérieur a autorisé Mme C à entrer sur le territoire français et lui a délivré un visa de régularisation valable huit jours pour lui permettre de déposer une demande d'asile auprès d'une préfecture. Le 23 octobre 2023, Mme C a présenté une demande d'asile auprès des services de la préfecture de la Côte d'Or. La consultation du fichier européen VISABIO ayant révélé que Mme C avait bénéficié d'un visa délivré par les autorités suédoises à Abu Dhabi le 24 avril 2023, valable du 12 mai 2023 au 3 juin 2023 pour un séjour de huit jours, les autorités suédoises ont été saisies d'une demande de prise en charge et ont donné un accord explicite le 10 novembre 2023 sur le fondement de l'article 12.4 du règlement n° 604/2013 du 26 juin 2013. Par un arrêté du 7 décembre 2023, notifié le 3 janvier 2024, le préfet du Doubs a prononcé la remise de l'intéressée aux autorités suédoises. Par un deuxième arrêté du même jour, ce préfet l'a assignée à résidence dans le département de la Côte-d'Or pour une durée de quarante-cinq jours, renouvelable trois fois. Par sa requête, Mme C demande l'annulation de ces deux arrêtés.
Sur l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle :
2. Aux termes du premier alinéa de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence (), l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée soit par la juridiction compétente ou son président. ".
3. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de prononcer l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle de Mme C.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
En ce qui concerne la décision portant remise aux autorités suédoises :
4. Aux termes de l'article 12.4 du règlement du 26 juin 2013 susvisé : " Si le demandeur est seulement titulaire d'un ou de plusieurs titres de séjour périmés depuis moins de deux ans ou d'un ou de plusieurs visas périmés depuis moins de six mois lui ayant effectivement permis d'entrer sur le territoire d'un État membre, les paragraphes 1, 2 et 3 sont applicables aussi longtemps que le demandeur n'a pas quitté le territoire des États membres. / Lorsque le demandeur est titulaire d'un ou plusieurs titres de séjour périmés depuis plus de deux ans ou d'un ou plusieurs visas périmés depuis plus de six mois lui ayant effectivement permis d'entrer sur le territoire d'un État membre et s'il n'a pas quitté le territoire des États membres, l'État membre dans lequel la demande de protection internationale est introduite est responsable ".
5. L'arrêté de transfert aux autorités suédoises litigieux est fondé sur les dispositions précitées de l'article 12.4 du règlement. Toutefois, il ressort des pièces du dossier que Mme C est entrée en France le 7 octobre 2023 en provenance directe des Emirats Arabes Unis, par avion, alors que le visa que lui avaient délivré les autorités suédoises était expiré depuis moins de six mois. Dès lors, à supposer même que l'intéressée soit entrée sur le territoire d'un Etat membre au moyen du visa délivré par les autorités suédoises, ce qui ne ressort d'aucune pièce du dossier et est contesté par Mme C, il est patent qu'elle a nécessairement quitté le territoire des Etats membres avant d'arriver en France par avion, depuis Dubai, le 7 octobre 2023. Par suite, sa situation ne relève pas du champ d'application des dispositions de l'article 12.4 du règlement du 26 juin 2013 et le préfet ne pouvait légalement prononcer sa remise aux autorités suédoises sur ce fondement.
6. Il résulte de ce qui précède que, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur les moyens de la requête soulevés à l'encontre de la décision de transfert, celle-ci doit être annulée.
En ce qui concerne l'assignation à résidence :
7. La décision portant assignation à résidence qui ne pouvait être légalement prise en l'absence de décision de remise aux autorités suédoises doit être annulée par voie de conséquence de l'annulation de cette décision de remise aux autorités suédoises.
Sur les conclusions à fin d'injonction :
8. Aux termes de l'article L. 911-1 du code de justice administrative : " Lorsque sa décision implique nécessairement qu'une personne morale de droit public ou un organisme de droit privé chargé de la gestion d'un service public prenne une mesure d'exécution dans un sens déterminé, la juridiction, saisie de conclusions en ce sens, prescrit, par la même décision, cette mesure assortie, le cas échéant, d'un délai d'exécution. ". Aux termes de l'article L. 572-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Si la décision de transfert est annulée, il est immédiatement mis fin aux mesures de surveillance prévues au livre V. L'autorité administrative statue à nouveau sur le cas de l'intéressé. ".
9. S'il résulte des dispositions précitées que l'annulation d'une décision de transfert implique dans tous les cas que le préfet examine à nouveau la situation du demandeur, le motif d'annulation retenu en l'espèce, tenant à l'absence de responsabilité des autorités suédoises, implique nécessairement, en l'absence de changement de circonstances de droit ou de fait y faisant obstacle et ressortant des pièces du dossier et en l'absence de tout élément de nature à indiquer qu'un autre critère de détermination de l'Etat responsable du règlement susvisé du 26 juin 2013 puisse être appliqué, que la demande d'asile de Mme C soit traitée par les autorités françaises. Il y a donc lieu, sur le fondement des dispositions précitées, d'enjoindre au préfet du Doubs, ou au préfet territorialement compétent, d'enregistrer la demande d'asile de Mme C en procédure normale et de lui délivrer l'attestation de demande d'asile mentionnée à l'article L. 521-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dans le délai de quinze jours à compter de la notification du présent jugement.
Sur les frais liés au litige :
10. Mme C a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire. Son conseil peut ainsi se prévaloir des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a toutefois pas lieu de mettre à la charge de l'Etat le versement, au profit de l'avocate de Mme C, de quelque somme que ce soit au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.
D E C I D E :
Article 1er : Mme C est admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.
Article 2 : L'arrêté du 7 décembre 2023 par lequel le préfet du Doubs a décidé de remettre Mme C aux autorités suédoises est annulé.
Article 3 : L'arrêté du 7 décembre 2023 par lequel le préfet du Doubs a décidé d'assigner à résidence Mme C est annulé.
Article 4 : Il est enjoint au préfet du Doubs, ou au préfet territorialement compétent, d'enregistrer la demande d'asile présentée par Mme C en procédure normale et de lui délivrer l'attestation de demande d'asile mentionnée à l'article L. 521-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dans un délai de quinze jours à compter de la notification du présent jugement.
Article 5 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 6 : Le présent jugement sera notifié à Mme A C, à Me Sana Ben Hadj Younes et au préfet du Doubs.
Copie en sera adressée préfet de la Côte-d'Or, au ministre de l'intérieur, au procureur de la république près le tribunal judiciaire de Besançon et au bureau d'aide juridictionnelle près le tribunal judiciaire de Dijon.
Fait à Dijon, le 10 janvier 2024.
La magistrate désignée,
Signé
P. B
La greffière,
S. Kieffer
La République mande et ordonne au préfet du Doubs, en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition,
La greffière
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026