mardi 22 octobre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Dijon |
| Section | Tribunal Administratif de Dijon |
| N° Dossier | TA21-2400076 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 2ème chambre |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 9 janvier 2024, M. A B soumet au tribunal un litige relatif à la décision du 15 septembre 2023 par laquelle le préfet de la Côte-d'Or a procédé au classement sans suite de sa demande de naturalisation.
Il soutient que :
- il n'a jamais été averti par courriel, courrier postal ou service de messages courts de l'existence d'une correspondance déposée à son attention dans son espace personnel, en méconnaissance de l'article 3 de l'arrêté du 3 février 2023 relatif aux modalités de dépôt et aux conditions de notification des communications de l'administration dans le cadre des différentes procédures dématérialisées d'acquisition ou de perte de la nationalité française ;
- le préfet a pris une décision de classement sans suite, dès le 15 septembre 2023, soit trois semaines après la prise de connaissance de sa correspondance, alors qu'il était encore en attente d'un certificat de travail délivré par son employeur et alors que la demande mentionnait qu'il disposait pour répondre d'un délai de deux mois à compter de la date de lecture de la demande ;
- il n'a pas reçu de réponse à son recours gracieux du 22 septembre 2023, dans le délai de deux mois.
La requête a été communiquée le 17 janvier 2024 au préfet de la Côte-d'Or, qui n'a pas produit de mémoire en défense, malgré une mise en demeure, qui lui a été adressée le 18 mars 2024.
Par une ordonnance du 22 avril 2024, la clôture de l'instruction a été fixée au 22 mai 2024 à 12 heures.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code civil ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- la loi n° 98-170 du 16 mars 1998 ;
- le décret n° 93-1362 du 30 décembre 1993 ;
- l'arrêté du 30 juillet 2021 fixant le calendrier de déploiement des différentes procédures dématérialisées d'acquisition ou de perte de la nationalité française ;
- l'arrêté du 3 février 2023 pris pour l'application du décret n° 93-1362 du 30 décembre 1993, relatif aux modalités de dépôt et aux conditions de notification des communications de l'administration dans le cadre des différentes procédures dématérialisées d'acquisition ou de perte de la nationalité française ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Irénée Hugez,
- et les conclusions de M. Thierry Bataillard, rapporteur public.
Considérant ce qui suit :
1. M. A B soutient avoir formé le 27 avril 2023, auprès de la plateforme interdépartementale de la naturalisation de la préfecture de la Côte-d'Or une demande de naturalisation. Par une correspondance mise à sa disposition sur le téléservice prévu à cet effet le 24 mai 2023, le préfet de la Côte-d'Or lui a demandé de produire divers documents nécessaires à l'instruction de sa demande. Par une décision du 15 septembre 2023, le préfet de la Côte-d'Or a décidé de procéder au classement sans suite de son dossier de demande d'acquisition de la nationalité française au motif de l'absence de production, à cette date, des documents demandés. Le silence de l'administration a fait naître une décision implicite de rejet du recours gracieux du 22 septembre 2023 de l'intéressé. M. B doit être regardé comme demandant au tribunal d'annuler la décision du 15 septembre 2023 du préfet de la Côte-d'Or.
Sur l'acquiescement aux faits :
2. Aux termes de l'article R. 612-6 du code de justice administrative : " Si, malgré une mise en demeure, la partie défenderesse n'a produit aucun mémoire, elle est réputée avoir acquiescé aux faits exposés dans les mémoires du requérant. ". En vertu de ces dispositions, d'une part, une mise en demeure peut être adressée à la partie appelée à produire un mémoire dans le cadre de l'instruction qui n'a pas respecté le délai qui lui a été imparti à cet effet et, d'autre part, si malgré une mise en demeure, la partie défenderesse n'a produit aucun mémoire, elle est réputée avoir acquiescé aux faits exposés dans les écritures du requérant. Néanmoins, cette circonstance ne dispense pas le tribunal, d'une part, de vérifier que les faits allégués par le requérant ne sont pas contredits par les pièces versées au dossier, d'autre part, de se prononcer sur les moyens de droit qu'il invoque.
3. En l'espèce, le préfet de la Côte-d'Or a été mis en demeure de produire ses observations le 18 mars 2024. Cette mise en demeure est restée sans effet. Dans ces conditions, cette autorité administrative est réputée, conformément aux dispositions précitées de l'article R. 612-6, avoir admis l'exactitude matérielle des faits allégués par M. B et non contredits par les pièces du dossier.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
4. D'une part, aux termes de l'article 40 du décret du 30 décembre 1993 relatif aux déclarations de nationalité, aux décisions de naturalisation, de réintégration, de perte, de déchéance et de retrait : " L'autorité qui a reçu la demande ou le ministre chargé des naturalisations peut, à tout moment de l'instruction de la demande de naturalisation ou de réintégration, mettre en demeure le demandeur de produire les pièces complémentaires ou d'accomplir les formalités administratives qui sont nécessaires à l'examen de sa demande. / Si le demandeur ne défère pas à cette mise en demeure dans le délai qu'elle fixe, la demande peut être classée sans suite. Le demandeur est informé par écrit de ce classement. ".
5. D'autre part, aux termes du dernier alinéa de l'article 35 du même décret : " Lorsque la demande a été déposée au moyen du téléservice mentionné au premier alinéa, les notifications adressées au demandeur se font au moyen de celui-ci dans des conditions précisées par un arrêté du ministre chargé des naturalisations. Le demandeur est alerté de toute nouvelle communication par un message envoyé à l'adresse électronique qu'il a indiquée dans son compte usager. Ce message précise l'objet de la communication et, le cas échéant, le délai qu'elle impartit à l'intéressé. ". Aux termes de l'article 3 de l'arrêté du 3 février 2023 pris pour l'application du décret n° 93-1362 du 30 décembre 1993, relatif aux modalités de dépôt et aux conditions de notification des communications de l'administration dans le cadre des différentes procédures dématérialisées d'acquisition ou de perte de la nationalité française : " En cas de dépôt d'une demande au moyen de l'application informatique mentionnée à l'article 1er, toute communication de l'administration à l'égard de l'usager donne lieu à l'envoi d'un message sur l'espace personnel de ce dernier créé dans l'application, accompagné, le cas échéant, d'un ou plusieurs fichiers. / La date et l'heure de l'envoi et de la mise à disposition de ce message et, le cas échéant, du fichier associé, sont établies par un accusé de mise à disposition et celles de la première consultation de ce message, par un accusé de lecture. / Tout envoi d'un message sur l'espace personnel de l'usager donne lieu à l'envoi automatique d'un message sur l'adresse électronique qu'il a communiquée lors de la souscription de sa déclaration ou du dépôt de sa demande. Ce message précise l'objet de la communication et, le cas échéant, le délai qu'elle impartit à l'intéressé. / Tout message sur l'espace personnel de l'usager est réputé lui être notifié à la date de sa première consultation, certifiée par l'accusé de lecture délivré par l'application. A défaut d'une telle consultation dans le délai de quinze jours calendaire suivant sa date de mise à disposition sur l'espace personnel, ce message ainsi que, le cas échéant, le fichier joint, sont réputés notifiés à cette dernière date, à l'issue de ce délai. ".
6. Le requérant ne conteste pas avoir été destinataire d'une demande de pièces complémentaires, dans le cadre de l'instruction de sa demande de naturalisation, mise à disposition sur son espace personnel, dans les conditions définies par les dispositions précitées, le 24 mai 2023. Le préfet, pour sa part, qui n'a pas produit de mémoire en défense et a acquiescé aux faits, ne conteste pas que cette demande octroyait à l'intéressé un délai de deux mois pour y apporter une réponse. Alors qu'il appartenait à M. B de se connecter régulièrement sur cet espace pour suivre l'avancée de sa demande, cette demande est réputée, en vertu du dernier alinéa de l'article 3 de l'arrêté précité du 3 février 2023, lui avoir été notifiée le 8 juin 2023, sans qu'ait d'incidence sur ce constat la circonstance, pour regrettable qu'elle soit, selon laquelle l'intéressé n'aurait pas été averti de cette demande par message électronique. Le requérant soutient lui-même n'avoir répondu à cette demande que le 23 septembre 2023, soit après l'expiration du délai qui lui était imparti. La circonstance selon laquelle un message fixe rappelle, sur la page du téléservice permettant la consultation des messages que " L'ouverture d'une notification fait office, pour l'administration, d'accusé de réception et déclenche donc le délai dans lequel vous devez répondre à une demande de l'agent en charge de votre dossier ", sans mentionner la deuxième phrase du quatrième alinéa de l'article 3 de l'arrêté du 3 février 2023 est sans incidence sur la légalité de la décision attaquée. Par suite, le moyen soulevé, tiré de ce que le requérant aurait répondu dans le délai imparti doit être écarté.
7. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 231-1 du code des relations entre le public et l'administration : " Le silence gardé pendant deux mois par l'administration sur une demande vaut décision d'acceptation. ". Aux termes de l'article L. 231-4 du même code : " Par dérogation à l'article L. 231-1, le silence gardé par l'administration pendant deux mois vaut décision de rejet : / () 2° Lorsque la demande () présente le caractère d'une réclamation ou d'un recours administratif ; () ".
8. La circonstance que le préfet de la Côte-d'Or n'aurait pas répondu au recours gracieux de M. B, qui a seulement eu pour conséquence de faire naître une décision implicite de rejet de sa demande est sans incidence sur la légalité de la décision attaquée.
9. Il résulte de tout ce qui précède que M. B n'est pas fondé à demander l'annulation de la décision du 15 septembre 2023 par laquelle le préfet de la Côte-d'Or a procédé au classement sans suite de sa demande de naturalisation. Par suite, sa requête doit être rejetée.
D É C I D E :
Article 1er : La requête de M. B est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et au ministre de l'intérieur.
Copie en sera adressée au préfet de la Côte-d'Or.
Délibéré après l'audience du 15 octobre 2024, à laquelle siégeaient :
M. Nicolet, président,
M. Hugez, premier conseiller,
M. Cherief, conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 22 octobre 2024.
Le rapporteur,
I. Hugez
Le président,
Ph. Nicolet
La greffière,
L. Curot
La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
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