jeudi 10 octobre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Dijon |
| Section | Tribunal Administratif de Dijon |
| N° Dossier | TA21-2400129 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 3ème chambre |
| Avocat requérant | SI HASSEN MYRIAM |
Vu la procédure suivante :
Par une ordonnance du 12 janvier 2024, le président de la 4ème chambre du tribunal administratif de Strasbourg a renvoyé au tribunal administratif de Dijon le dossier de la requête, enregistrée le 8 janvier 2024, par laquelle Mme D A demande l'annulation de l'arrêté du préfet du Haut-Rhin du 13 décembre 2023 décidant de son expulsion vers le Cameroun.
Par des mémoires, enregistrés le 20 avril 2024 et le 15 juillet 2024, Mme A, représentée par Me Si Hassen, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 13 décembre 2023 par lequel le préfet du Haut-Rhin a décidé de l'expulser vers le Cameroun et de lui retirer son titre de séjour ;
2°) de mettre à la charge de l'Etat le versement à son conseil d'une somme de 1 500 euros en application des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991.
Mme A soutient que :
- la décision d'expulsion est entachée de vices de procédure, tirés de l'irrégularité de la composition de la commission d'expulsion, de l'absence de respect du délai de convocation de quinze jours devant cette commission et de la méconnaissance des droits de la défense devant la commission d'expulsion ;
- la décision d'expulsion est entachée d'une insuffisance de motivation ;
- la décision d'expulsion est entachée d'un défaut d'examen de sa situation personnelle ;
- la décision d'expulsion est entachée d'une erreur d'appréciation au regard des dispositions de l'article L. 631-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la décision d'expulsion méconnait les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- la décision de retrait de son titre de séjour est illégale par voie de conséquence de l'illégalité de la décision d'expulsion ;
- la décision fixant le pays de renvoi est illégale par voie de conséquence de l'illégalité de la décision d'expulsion et méconnait les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
Par un mémoire en défense, enregistré le 3 juillet 2024, le préfet du Haut-Rhin conclut au rejet de la requête.
Le préfet soutient que les moyens soulevés par Mme A ne sont pas fondés.
Mme A été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 26 février 2024.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Desseix,
- les conclusions de M. B,
- et les observations de Me Si Hassen, representant Mme A.
Considérant ce qui suit :
1. Mme D A, ressortissante camerounaise née le 2 mars 1998, est entrée une première fois en France au cours du mois de décembre 2005, à l'âge de sept ans, pour y rejoindre sa mère. Repartie au Cameroun en 2010, elle est revenue, pour la dernière fois, sur le territoire français au cours de l'année 2012. L'intéressée a bénéficié d'une première carte de séjour temporaire, valable du 12 décembre 2017 au 11 décembre 2018, puis d'une nouvelle carte de séjour temporaire valable du 7 avril 2021 au 6 avril 2022. Elle s'est vue délivrer, en dernier lieu, une carte de séjour pluriannuelle valable du 6 avril 2022 au 5 avril 2024. Le préfet du Haut-Rhin a initié, le 13 septembre 2023, une procédure d'expulsion du territoire français à l'encontre de Mme A à la suite de la condamnation de l'intéressée à une peine de six ans de réclusion criminelle par la cour d'assises du Haut-Rhin le 1er février 2023 pour des faits de violences volontaires ayant entraîné la mort sans l'intention de la donner sur mineur de quinze ans. Par un avis du 4 octobre 2023, la commission d'expulsion a rendu un avis favorable à cette mesure d'expulsion. Par un arrêté du 13 décembre 2023, le préfet du Haut-Rhin l'a expulsée du territoire français, lui a retiré son titre de séjour et a fixé le pays de renvoi. Mme A demande l'annulation de cet arrêté du 13 décembre 2023.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
En ce qui concerne la décision d'expulsion :
S'agissant de la légalité externe :
2. En premier lieu, d'une part, il ressort des pièces du dossier que le bulletin informant Mme A de la procédure d'expulsion et valant convocation devant la commission d'expulsion du Haut-Rhin lui a été notifié par voie administrative, pendant sa détention, le 13 septembre 2023, soit plus de quinze jours avant la réunion de la commission d'expulsion qui a eu lieu le 29 septembre suivant. D'autre part, il ressort des pièces du dossier, et en particulier du procès-verbal de séance, que la commission d'expulsion était présidée par la présidente du tribunal judiciaire de Colmar et comprenait en outre un vice-président du même tribunal ainsi qu'une première conseillère du tribunal administratif de Strasbourg qui ont été désignés comme présidente et membres de la commission d'expulsion par un arrêté du 19 juillet 2023 et un arrêté modificatif du 19 septembre 2023, régulièrement publiés au recueil des actes administratifs de la préfecture du Haut-Rhin des 7 août et 28 septembre 2023. Les moyens tirés de ce que les règles de convocation et de composition de la commission d'expulsion définies aux articles L. 632-1 et L. 632-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ont été méconnues doivent par suite être écartés.
3. En deuxième lieu, il ressort des pièces du dossier que Mme A a été entendue par la commission d'expulsion, assistée de son avocat, et qu'elle a pu à cette occasion faire valoir ses observations. Dans ces conditions, alors même qu'elle a rencontré l'avocat commis d'office seulement quelques minutes avant son audition devant la commission et qu'elle n'aurait pas été mise à même de produire des documents justificatifs à l'appui de ses observations orales, la requérante n'est en tout état de cause pas fondée à soutenir que la décision d'expulsion serait intervenue en méconnaissance des droits de la défense.
4. En dernier lieu, la décision d'expulsion comporte les considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement et n'a dès lors pas méconnu les dispositions des articles L. 211-2 et L. 211-5 du code des relations entre le public et l'administration.
S'agissant de la légalité interne :
5. En premier lieu, il ne ressort ni des termes de la décision attaquée ni des autres pièces du dossier que le préfet du Haut-Rhin aurait omis de procéder à un examen préalable de la situation de Mme A avant de décider son expulsion du territoire français.
6. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 631-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut décider d'expulser un étranger lorsque sa présence en France constitue une menace grave pour l'ordre public, sous réserve des conditions propres aux étrangers mentionnés aux articles L. 631-2 et L. 631-3 ".
7. Les infractions pénales commises par un étranger ne sauraient, à elles seules, justifier légalement une mesure d'expulsion et ne dispensent pas l'autorité compétente d'examiner, d'après l'ensemble des circonstances de l'affaire, si la présence de l'intéressé sur le territoire français est de nature à constituer une menace grave pour l'ordre public. Lorsque l'administration se fonde sur l'existence d'une telle menace pour prononcer l'expulsion d'un étranger, il appartient au juge de l'excès de pouvoir, saisi d'un moyen en ce sens, de rechercher si les faits qu'elle invoque à cet égard sont de nature à justifier légalement sa décision.
8. Pour prononcer l'expulsion de Mme A, le préfet du Haut-Rhin s'est notamment fondé sur des faits de violences volontaires, commis dans la nuit du 16 au 17 septembre 2018, ayant entraîné, sans intention de la donner, la mort d'un mineur de moins de quinze ans, en l'occurrence son jeune frère âgé de neuf ans.
9. Il ressort des pièces du dossier, notamment de l'ordonnance de mise en accusation devant la cour d'assises du 22 février 2022, que la victime a fait l'objet de violences répétées, commises en réunion par son frère ainé et sa sœur, Mme A, alors âgée de vingt ans. Ces violences, qui ont conduit à la mort de l'enfant, ont duré pendant près de six heures et ont été commises avec l'aide d'une ceinture puis d'un manche à balai retrouvé cassé en trois morceaux après s'être brisé à la suite des coups portés à l'enfant. Si l'intéressée a finalement appelé les secours après six heures de sévices corporels et psychologiques infligés à la victime, elle est également à l'origine d'un pacte fraternel invitant les protagonistes au silence quant au martyr de leur jeune frère et elle a par ailleurs, lors de son audition par les services de police, banalisé la violence et justifié le calvaire infligé à son jeune frère par un déterminisme socio-culturel. Mme A soutient qu'elle a effectué un important travail psychologique en détention, qu'elle assume pleinement la responsabilité et les conséquences de ses actes, et qu'elle procède volontairement, depuis fin 2023, à des versements à hauteur de dix euros mensuels visant à indemniser les parties civiles. Toutefois, alors que les conclusions des rapports d'expertise psychologique et psychiatrique réalisés dans le cadre de l'enquête pénale relevaient des carences dans la construction de sa personnalité résultant d'une éducation au sein d'une famille dysfonctionnelle et une minimisation de sa propre responsabilité dans le décès de son jeune frère pour l'attribuer à son frère aîné, les circonstances dont se prévaut l'intéressée ne sont pas de nature à justifier d'une évolution tangible dans la reconnaissance de la gravité des faits qu'elle a commis. Par ailleurs, si Mme A se prévaut de son bon comportement pendant sa détention, du fait qu'elle suit un programme personnalisé d'accompagnement et d'insertion professionnelle, qu'elle a entamé en janvier 2024 une formation d'assistante " PME/TPE administration commerciale communication " et qu'elle a travaillé en qualité de téléconseillère au cours d'une période de libération sous contrôle judiciaire entre octobre 2021 et mars 2023, ces éléments ne suffisent pas à établir qu'elle disposerait de perspectives réelles et sérieuses de réinsertion, notamment professionnelles, à l'issue de sa détention prévue en mai 2026. Dans ces conditions, eu égard à la particulière gravité des faits, et en dépit du comportement favorable de Mme A en détention, le préfet du Haut-Rhin n'a pas fait une inexacte application de l'article L. 631-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile en retenant que la présence de l'intéressée en France constituait une menace grave pour l'ordre public.
10. En troisième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".
11. Mme A se prévaut de la durée de son séjour en France, de la présence de ses frères et de sa mère sur le territoire national, et de l'absence d'attaches privées et familiales au Cameroun. Il ressort toutefois des pièces du dossier que le frère aîné et la mère de la requérante, tous deux de nationalité camerounaise, ont été condamnés pour les mêmes faits de violences volontaires ayant entraîné la mort du plus jeune de ses frères, en qualité d'auteur pour le premier et de complice pour la seconde, à des peines respectives de quinze et cinq années d'emprisonnement criminel, et sont actuellement en détention. La mère de l'intéressée fait également l'objet d'un arrêté d'expulsion à destination du Cameroun pris par le préfet du Haut-Rhin le 13 décembre 2023. Par ailleurs, Mme A, âgée de 25 ans à la date de la décision attaquée, est célibataire et sans enfant et n'établit pas être dépourvue de toute attache personnelle ou familiale au Cameroun, pays dans lequel sa mère a également vocation à retourner. Enfin, son comportement constitue, ainsi qu'il a été dit au point 9, une menace grave pour l'ordre public. Dans ces conditions, eu égard aux conditions du séjour en France de Mme A et en dépit des liens dont elle se prévaut avec son plus jeune frère, le préfet du Haut-Rhin, en décidant son expulsion du territoire français, n'a pas porté à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée aux buts en vue desquels cette décision a été prise. Le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit par suite être écarté.
En ce qui concerne la décision de retrait du titre de séjour :
12. Il résulte de ce qui précède que la décision ordonnant l'expulsion de Mme A du territoire français n'est pas illégale. Par suite, l'intéressée n'est pas fondée à exciper de son illégalité à l'appui de ses conclusions dirigées contre la décision de retrait de son titre de séjour.
En ce qui concerne la décision fixant le pays de renvoi :
13. En premier lieu, la décision ordonnant l'expulsion de Mme A du territoire français n'étant pas illégale, l'intéressée n'est pas fondée à exciper de son illégalité à l'appui de ses conclusions dirigées contre la décision désignant le pays de renvoi.
14. En second lieu, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté pour les motifs qui ont été exposés au point 11.
15. Il résulte de tout ce qui précède que Mme A n'est pas fondée à demander l'annulation de l'arrêté attaqué. Ses conclusions à fin d'annulation doivent par suite être rejetées.
Sur les frais liés au litige :
16. Les dispositions combinées du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'Etat, qui n'est pas dans la présente instance la partie perdante, une quelconque somme au bénéfice du conseil de Mme A au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.
DECIDE :
Article 1er : La requête de Mme A est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme D A, au préfet du Haut-Rhin et à Me Si Hassen.
Une copie de ce jugement sera transmise, pour information, au ministre de l'intérieur.
Délibéré après l'audience du 19 septembre 2024 à laquelle siégeaient :
- M. Boissy, président,
- Mme Desseix, première conseillère,
- Mme Bois, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 10 octobre 2024.
La rapporteure,
M. DesseixLe président,
L. BoissyLa greffière,
M. C
La République mande et ordonne au préfet du Haut-Rhin, en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.
Pour expédition conforme,
Le greffier
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026