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AccueilJurisprudence administrativeN° TA21-2400130

Tribunal Administratif de Dijon — Décision N° TA21-2400130

mardi 12 mars 2024

JuridictionTribunal Administratif de Dijon
SectionTribunal Administratif de Dijon
N° DossierTA21-2400130
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
FormationCH 3 JU
Avocat requérantBEN HADJ YOUNES SANA

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 15 janvier 2024, Mme A C, représentée par Me Ben Hadj Younes, demande au tribunal :

1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;

2°) à titre principal, d'annuler l'arrêté du 20 décembre 2023 par lequel le préfet de Saône-et-Loire ne l'a pas autorisée à résider en France au titre de l'asile, lui a fait obligation de quitter le territoire dans un délai de trente jours, a fixé le pays de destination et a prononcé une interdiction de retour pour une durée d'un an ;

3°) à titre subsidiaire, de prononcer la suspension de la décision du préfet de Saône-et-Loire en date du 20 décembre 2023 lui faisant obligation de quitter le territoire français, et ce jusqu'à la décision de la cour nationale du droit d'asile ;

4°) dans tous les cas, de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros à verser à son conseil en application des dispositions combinées du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Mme C soutient que :

- sa requête est recevable au regard des délais de recours ;

- en ce qui concerne la décision d'éloignement, son droit d'être entendue a été méconnu ;

- il y a erreur manifeste d'appréciation compte-tenu des motifs de sa demande d'asile ;

- en ce qui concerne la décision portant interdiction de retour, il y a méconnaissance de son droit à être entendue ;

- il y a erreur d'appréciation dès lors qu'elle n'a pas fait l'objet de la moindre mesure d'éloignement et est demeuré en situation régulière, une attestation de demande d'asile lui ayant été remise ;

- en ce qui concerne la suspension de la décision du 20 décembre 2023, elle justifie d'éléments sérieux permettant de remettre en cause le bien-fondé de la décision attaquée.

Le préfet de Saône-et-Loire a produit une pièce le 22 janvier 2024.

Le préfet fait valoir que les moyens invoqués par le requérant ne sont pas fondés.

Vu :

- la décision du 5 février 2024 du bureau d'aide juridictionnel près le tribunal judiciaire de Dijon accordant à Mme C le bénéfice de l'aide juridictionnel totale ;

- les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a, par une décision du 25 janvier 2024, désigné M. B, magistrat honoraire inscrit sur la liste mentionnée à l'article L. 222-2-1 du code de justice administrative par un arrêté du vice-président du Conseil d'Etat en date du 30 novembre 2023, pour statuer, en application des dispositions de l'article R. 776-13-3 du code de justice administrative, sur les requêtes relevant de la procédure prévue à l'article L. 614-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement convoquées à l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. B,

- les observations de Me Djermoune, substituant Me Ben Hadj Younes, représentant Mme C.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. Mme C, ressortissante géorgienne née le 22 octobre 1994 et entrée irrégulièrement en France le 2 décembre 2022, a présenté une demande d'asile qui a été rejetée par une décision de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides (OFPRA) en date du 28 septembre 2023, selon la procédure accélérée. Mme C a interjeté appel de la décision devant la cour nationale du droit d'asile. Par un arrêté du 20 décembre 2023, pris notamment sur le fondement du 4° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, le préfet de Saône-et-Loire ne l'a pas autorisée à résider en France au titre de l'asile, lui a fait obligation de quitter le territoire dans un délai de trente jours en fixant le pays de renvoi et en prononçant une interdiction de retour d'une durée d'un an. Mme C demande l'annulation de cet arrêté du 20 décembre 2023 ou, à titre subsidiaire, sa suspension.

Sur l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle :

2. Par une décision n° 2024/000094 du 5 février 2024, le bureau d'aide juridictionnelle a accordé à Mme C l'aide juridictionnelle totale. Il n'y a plus lieu, par suite, de statuer sur ses conclusions tendant à l'admission à l'aide juridictionnelle provisoire.

Sur les conclusions en annulation de la décision du préfet de Saône-et-Loire en date du 20 décembre 2023 :

En ce qui concerne la décision d'éloignement du territoire :

3. En premier lieu, Mme C conservait la faculté, pendant la durée d'instruction de son dossier de demande d'asile et avant l'intervention de la décision lui faisant obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et fixant le pays de destination, de faire valoir auprès de l'administration tous éléments de nature à influer sur le contenu de ces mesures. Elle ne fait état d'aucun élément de cette nature. Par suite, elle n'a pas été privée du droit d'être entendue tel qu'il est consacré notamment par le droit de l'Union européenne.

4. En second lieu, si Mme C soutient que la décision attaquée est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation compte-tenu des motifs de sa demande d'asile, elle n'apporte aucune précision sur la nature de ces motifs de nature à permettre au tribunal d'en apprécier la pertinence.

En ce qui concerne la décision d'interdiction de retour :

Sans qu'il soit besoin de statuer sur l'autre moyen de la requête :

5. Aux termes de l'article L. 612-8 du code de l'entrée et du séjour et du droit d'asile, sur le fondement duquel a été prise la décision attaquée : " Lorsque l'étranger n'est pas dans une situation mentionnée aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative peut assortir la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. / Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder deux ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français ". La décision attaquée précise elle-même que Mme C n'a pas fait l'objet d'une précédente mesure d'éloignement et que sa présence en France ne constitue pas en tant que telle une menace pour l'ordre public. Il ressort des pièces du dossier que la décision attaquée n'a été prise qu'au seul motif qu'elle ne portait pas une atteinte disproportionnée au droit de l'intéressée à mener une vie privée et familiale. Cette seule circonstance n'est pas de nature à justifier une interdiction de retour sur le territoire. Il y a lieu, par suite, d'accueillir le moyen tiré de ce que la décision de retour sur le territoire est entachée d'une erreur d'appréciation.

Sur les conclusions tendant à la suspension de la décision du préfet de Saône-et-Loire en date du 20 décembre 2023 :

6. Aux termes de l'article L. 752-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers : " L'étranger dont le droit au maintien sur le territoire a pris fin en application des b ou d du 1° de l'article L. 542-2 et qui fait l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français peut, dans les conditions prévues à la présente section, demander au tribunal administratif la suspension de l'exécution de cette décision jusqu'à l'expiration du délai de recours devant la Cour nationale du droit d'asile ou, si celle-ci est saisie, soit jusqu'à la date de la lecture en audience publique de la décision de la cour, soit, s'il est statué par ordonnance, jusqu'à la date de la notification de celle-ci ". Et aux termes de l'article L. 542-2 du même code : " Par dérogation à l'article L. 542-1, le droit de se maintenir sur le territoire français prend fin : / 1° Dès que l'Office français de protection des réfugiés et apatrides a pris les décisions suivantes : () / b) une décision d'irrecevabilité en application du 3° de l'article L. 531-32, en dehors du cas prévu au b du 2° du présent article ; () d) une décision de rejet dans les cas prévus à l'article L. 531-24 et au 5° de l'article L. 531-27 ".

7. Mme C se borne à soutenir qu'elle justifie d'éléments sérieux de nature à remettre en cause le bien-fondé de la décision attaquée sans apporter aucune précision de nature à permettre au tribunal d'apprécier la portée de ses allégations. Le moyen doit dès lors être écarté.

8. Il résulte de tout ce qui précède Mme C est seulement fondée à demander l'annulation de l'arrêté du 20 décembre 2023 en tant qu'il prononce à son encontre une interdiction du territoire d'une durée d'un an.

Sur les frais liés au litige :

9. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, et en application des dispositions combinées du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 000 euros au bénéfice du conseil de la requérante au titre des frais liés au litige, et sous réserve que cette dernière renonce au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

DECIDE :

Article 1er : Il n'y a pas lieu de statuer sur la demande d'aide juridictionnelle provisoire.

Article 2 : L'arrêté du 20 décembre 2023 du préfet de Saône-et-Loire est annulé en tant qu'il prononce à l'encontre de Mme C une interdiction du territoire d'une durée d'un an.

Article 3 : Il est mis à la charge de l'Etat une somme de 1 000 euros à verser au conseil de la requérante au titre des frais liés au litige, et sous réserve que ledit conseil renonce au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Article 4 : Le surplus de la requête de Mme C est rejeté.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié à Mme A C, au préfet de Saône-et-Loire et à Me Ben Hadj Younes.

Une copie de ce jugement sera transmise, pour information, au ministre de l'intérieur et des outre-mer.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 12 mars 2024.

Le magistrat désigné,

P. BLa greffière,

A. Roussilhe

La République mande et ordonne au préfet de Saône-et-Loire, en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.

Pour expédition conforme,

Le greffier, 0

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