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AccueilJurisprudence administrativeN° TA21-2400143

Tribunal Administratif de Dijon — Décision N° TA21-2400143

mardi 12 mars 2024

JuridictionTribunal Administratif de Dijon
SectionTribunal Administratif de Dijon
N° DossierTA21-2400143
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationCH 3 JU
Avocat requérantBOUGHLITA SABIRA

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 16 janvier 2024, M. B C, représenté par Me Boughlita, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 18 décembre 2023 par lequel le préfet de la Côte-d'Or ne l'a pas autorisé à résider en France au titre de l'asile, lui a fait obligation de quitter le territoire dans un délai de trente jours, et a fixé le pays de destination ;

2°) d'enjoindre au préfet de la Côte-d'Or d'avoir à reprendre l'examen de son dossier en application de l'article L 911-2 du code de justice administrative ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 200 euros à verser à son conseil en application des dispositions combinées du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

M. C soutient que :

- l'arrêté attaqué est insuffisamment motivé ;

- il y a erreur de fait et erreur manifeste d'appréciation, défaut d'examen particulier des circonstances de l'espèce et de sa situation personnelle, et violation des articles 3 et 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales au regard des risques qu'il encourt en cas de retour dans son pays d'origine, de l'état de santé de ses parents, du fait qu'il travaille en qualité d'agent de service à temps complet depuis le 10 août 2023 dans une société hôtelière, et du fait qu'il n'a plus aucune famille en Géorgie.

Le préfet de la Côte-d'Or a produit quatre pièces, enregistrées au greffe le 2 février 2024.

Vu :

- la décision du 22 janvier 2024 du bureau d'aide juridictionnel près le tribunal judiciaire de Dijon accordant à M. C le bénéfice de l'aide juridictionnel totale ;

- les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a, par une décision du 25 janvier 2024, désigné M. A, magistrat honoraire inscrit sur la liste mentionnée à l'article L. 222-2-1 du code de justice administrative par un arrêté du vice-président du Conseil d'Etat en date du 30 novembre 2023, pour statuer, en application des dispositions de l'article R. 776-13-3 du code de justice administrative, sur les requêtes relevant de la procédure prévue à l'article L. 614-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement convoquées à l'audience.

Le rapport de M. A a été entendu au cours de l'audience publique :

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. M. C, ressortissant géorgien né le 21 août 1990 et entré régulièrement en France le 30 juillet 2023, a présenté une demande d'asile qui a été rejetée par une décision de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides (OFPRA) en date du 19 octobre 2023. Par un arrêté du 18 décembre 2023, pris notamment sur le fondement du 4° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, le préfet de la Côte-d'Or ne l'a pas autorisé à résider en France au titre de l'asile et lui a fait obligation de quitter le territoire dans un délai de trente jours en fixant le pays de renvoi. M. C demande l'annulation de cet arrêté du 18 décembre 2023.

2. En premier lieu, la décision contestée, qui vise notamment les dispositions du 4° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, mentionne notamment que la demande d'asile du requérant a été rejetée par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides le 19 octobre 2023, et indique que l'intéressé ne remplit pas les conditions pour se voir attribuer une carte de résident en application des dispositions de l'article L. 424-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, n'étant pas reconnu réfugié, ni une carte de séjour pluriannuelle en application des dispositions de l'article L. 424-9 de ce code, n'ayant pas obtenu le bénéfice de la protection subsidiaire. Elle comporte ainsi l'ensemble des considérations de droit et de fait qui la fondent. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation de la décision contestée doit être écarté.

3. En deuxième lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier que le préfet de la Côte-d'Or, qui a examiné la situation de M. C au regard des articles 3 et 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, n'ait pas procédé à un examen particulier des circonstances de l'espèce et de la situation personnelle de l'intéressé.

4. En troisième lieu, aux termes de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants ". Si M. C soutient que sa vie serait menacée en cas de retour dans son pays d'origine, il n'apporte aucune précision sur la nature des risques encourus, se bornant à faire valoir, sans autre précision, " les risques que présentent pour lui le départ précipité de ses parents ", trois ans plutôt, des menaces contre ses parents, et des menaces pour sa propre vie. Par suite, et alors que sa demande d'asile a été définitivement rejetée par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides, le moyen ne peut être qu'être écarté. Pour les mêmes raisons, il y a lieu d'écarter le moyen tiré de l'erreur de fait et de l'erreur d'appréciation au regard des risques encourus en cas de retour dans le pays d'origine.

5. En quatrième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ". M. C invoque l'état de santé de ses parents. Les certificats médicaux qu'il produit au dossier ne font cependant pas mention de la nécessité d'une assistance par une tierce personne. Si le requérant allègue qu'il serait " le seul fils à même de rester aux côtés de ses parents en France et de les soutenir et aider dans leur démarche de régularisation et de suivi médical ", il n'apporte aucun élément de nature à établir ce fait. De même, il n'apporte aucun élément de nature à établir qu'il serait isolé en cas de retour dans son pays d'origine. Par suite, et alors même qu'il dispose d'un contrat à durée déterminée dans une société hôtelière, son moyen tiré de la violation de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté. Il en va de même, pour les mêmes raisons, du moyen tiré de l'erreur de fait et de l'erreur d'appréciation au regard da situation professionnelle et familiale.

6. Il résulte de ce qui précède que les conclusions de la requête de M. C tendant à l'annulation de la décision par laquelle le préfet de la Côte-d'Or ne l'a pas autorisé à résider en France au titre de l'asile, lui a fait obligation de quitter le territoire dans un délai de trente jours, et a fixé le pays de renvoi doivent être rejetées.

Sur les conclusions en injonction :

7. Le présent jugement, qui rejette les conclusions à fin d'annulation présentées par le requérant, n'implique, par lui-même, aucune mesure d'exécution. Par suite, les conclusions à fin d'injonction présentées par M. C doivent être rejetées.

Sur les frais liés au litige :

8. Les dispositions combinées du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'Etat, qui n'est pas dans la présente instance la partie perdante, une quelconque somme au bénéfice du conseil de la requérante au titre des frais liés au litige.

DECIDE :

Article 1er : La requête de M. C est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B C, au préfet de la Côte-d'Or.

Une copie de ce jugement sera adressée, pour information, au ministre de l'intérieur et des outre-mer.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 12 mars 2024.

Le magistrat désigné,

P. ALa greffière,

A. Roussilhe

La République mande et ordonne au préfet de la Côte-d'Or, en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.

Pour expédition conforme,

Le greffier,0

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