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AccueilJurisprudence administrativeN° TA21-2400146

Tribunal Administratif de Dijon — Décision N° TA21-2400146

mardi 12 mars 2024

JuridictionTribunal Administratif de Dijon
SectionTribunal Administratif de Dijon
N° DossierTA21-2400146
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationCH 3 JU
Avocat requérantBAH OUMAR

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 16 janvier 2024, M. B A, représenté par Me Bah, demande au tribunal :

1°) de l'admettre au titre de l'aide juridictionnelle ;

2°) à titre principal, d'annuler l'arrêté du 18 décembre 2023 par lequel le préfet de la Côte-d'Or ne l'a pas autorisé à résider en France au titre de l'asile, lui a fait obligation de quitter le territoire dans un délai de trente jours, et a fixé le pays de destination ;

3°) d'enjoindre au préfet de la Côte-d'Or d'avoir à réexaminer sa situation et de lui délivrer un titre de séjour provisoire ;

4°) à titre subsidiaire, de prononcer la suspension de la décision du préfet de la Côte-d'Or en date du 18 décembre 2023 lui faisant obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours à destination de la Guinée, et ce jusqu'à la décision de la cour nationale du droit d'asile ;

5°) dans tous les cas, de mettre à la charge de l'Etat une somme de 600 euros à verser à son conseil en application des dispositions combinées du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

M. A soutient que :

- il y a violation de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales au regard des risques encourus en cas de retour dans son pays d'origine ;

- il s'apprête à déposer un recours en examen devant la cour nationale du droit d'asile ;

Le préfet de la Côte- d'Or a produit six pièces, enregistrées au greffe le 15 février 2024.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a, par une décision du 25 janvier 2024, désigné M. C, magistrat honoraire inscrit sur la liste mentionnée à l'article L. 222-2-1 du code de justice administrative par un arrêté du vice-président du Conseil d'Etat en date du 30 novembre 2023, pour statuer, en application des dispositions de l'article R. 776-13-3 du code de justice administrative, sur les requêtes relevant de la procédure prévue à l'article L. 614-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement convoquées à l'audience.

Le rapport de M. C a été entendu au cours de l'audience publique.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. M. A, ressortissant guinéen né le 10 février 1999 et entré irrégulièrement en France le 29 novembre 2022, a présenté une demande d'asile qui a été rejetée par une décision de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides (OFPRA) en date du 31 mars 2023, confirmée par une décision de la Cour nationale du droit d'asile du 29 novembre 2023, devenue définitive. Par un arrêté du 18 décembre 2023, pris notamment sur le fondement du 4° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, le préfet de la Côte-d'Or ne l'a pas autorisé à résider en France au titre de l'asile et lui a fait obligation de quitter le territoire dans un délai de trente jours en fixant le pays de renvoi. M. A demande l'annulation de cet arrêté du 18 décembre 2023 ou, à titre subsidiaire, sa suspension.

Sur l'admission à l'aide juridictionnelle provisoire :

2. Aux termes du premier alinéa l'article 20 de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 : " Dans les cas d'urgence (), l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée soit par le président du bureau ou de la section compétente du bureau d'aide juridictionnelle, soit par la juridiction compétente ou son président ".

3. La présente requête présente les caractéristiques de l'urgence prévue par les dispositions citées au point 2. Il y a dès lors lieu d'admettre, à titre provisoire, M. A au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Sur les conclusions en annulation de la décision du préfet de la Côte-d'Or en date du 18 décembre 2023 :

4. M. A se prévaut d'un unique moyen tiré de la violation de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Aux termes de cette stipulation : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants ". Si M. A soutient que sa vie serait menacée en cas de retour dans son pays d'origine, il n'apporte aucun élément de nature à établir la pertinence de ses allégations, alors que, ainsi qu'il a été dit au point 1, sa demande d'asile a été rejetée par une décision de la Cour nationale du droit d'asile, devenue définitive. A l'appui du présent recours, il se borne à produire un document intitulé " synthèse " ou " complément d'information recours M. A ", par lequel il réitère sa version d'évènements qui se seraient déroulés en Guinée et auraient motivé son départ de ce pays, document au demeurant ni daté, ni signé, ainsi qu'une carte d'adhérent au parti de l'Union des Forces Démocratiques de Guinée, également sans référence de date ou de période. Le moyen doit par suite être écarté, tant en ce qui concerne la décision d'éloignement que celle fixant le pays de destination.

5. Il résulte de ce qui précède que les conclusions de la requête de M. A tendant à l'annulation de la décision par laquelle le préfet de la Côte-d'Or ne l'a pas autorisé à résider en France au titre de l'asile, lui a fait obligation de quitter le territoire dans un délai de trente jours, et a fixé le pays de renvoi doivent être rejetées.

Sur les conclusions en injonction :

6. Le présent jugement, qui rejette les conclusions à fin d'annulation présentées par le requérant, n'implique, par lui-même, aucune mesure d'exécution. Par suite, les conclusions à fin d'injonction présentées par M. A doivent être rejetées.

Sur les conclusions tendant à la suspension de la décision du préfet de la Côte-d'Or en date du 18 décembre 2023 :

7. Aux termes de l'article L. 752-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers : " L'étranger dont le droit au maintien sur le territoire a pris fin en application des b ou d du 1° de l'article L. 542-2 et qui fait l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français peut, dans les conditions prévues à la présente section, demander au tribunal administratif la suspension de l'exécution de cette décision jusqu'à l'expiration du délai de recours devant la Cour nationale du droit d'asile ou, si celle-ci est saisie, soit jusqu'à la date de la lecture en audience publique de la décision de la cour, soit, s'il est statué par ordonnance, jusqu'à la date de la notification de celle-ci ". Et aux termes de l'article L. 542-2 du même code : " Par dérogation à l'article L. 542-1, le droit de se maintenir sur le territoire français prend fin : / 1° Dès que l'Office français de protection des réfugiés et apatrides a pris les décisions suivantes : () / b) une décision d'irrecevabilité en application du 3° de l'article L. 531-32, en dehors du cas prévu au b du 2° du présent article ; () d) une décision de rejet dans les cas prévus à l'article L. 531-24 et au 5° de l'article L. 531-27 ".

8. M. A, qui se borne à soutenir qu'il s'apprête à introduire un recours en examen devant la Cour nationale du droit d'asile, ne se prévaut ainsi d'aucune décision de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides au sens des b et d de l'article L. 542-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. En tout état de cause, aux termes de l'article L. 752-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Le président du tribunal administratif ou le magistrat désigné, saisi en application des articles L. 752-6 ou L. 752-7, fait droit à la demande de l'étranger lorsque celui-ci présente des éléments sérieux de nature à justifier, au titre de sa demande d'asile, son maintien sur le territoire durant l'examen de son recours par la Cour nationale du droit d'asile ". M. A n'apporte aucun élément sérieux à l'appui de ses conclusions.

9. Il résulte de ce qui précède que la requête de M. A doit être rejetée.

Sur les frais liés au litige :

10. Les dispositions combinées du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'Etat, qui n'est pas dans la présente instance la partie perdante, une quelconque somme au bénéfice du conseil du requérant au titre des frais liés au litige.

DECIDE :

Article 1er : M. B A est admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.

Article 2 : La requête de M. A est rejetée.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. B A, au préfet de la Côte-d'Or et à Me Bah.

Une copie de ce jugement sera adressée, pour information, au ministre de l'intérieur et des outre-mer.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 12 mars 2024.

Le magistrat désigné,

P. CLa greffière,

A. Roussilhe

La République mande et ordonne au préfet de la Côte-d'Or, en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.

Pour expédition conforme,

Le greffier,0

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