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AccueilJurisprudence administrativeN° TA21-2400148

Tribunal Administratif de Dijon — Décision N° TA21-2400148

mercredi 31 janvier 2024

JuridictionTribunal Administratif de Dijon
SectionTribunal Administratif de Dijon
N° DossierTA21-2400148
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Avocat requérantKATAM AVOCATS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 17 janvier 2024 et un mémoire complémentaire produit le 30 janvier 2024, la société Bouygues Telecom et la société Cellnex France Infrastructures, représentées par Me Hamri, demandent au juge des référés :

1°) d'ordonner, sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, la suspension de l'exécution de l'arrêté, en date du 8 novembre 2023, par lequel le maire de Perrigny s'est opposé à la déclaration préalable de travaux déposée par la société Cellnex France Infrastructures en vue de l'installation d'une antenne relais de téléphonie mobile sur un terrain sis au lieudit " La Montagne " ;

2°) d'enjoindre au service compétent de reprendre l'instruction de cette déclaration préalable et d'y statuer par une nouvelle décision dans le mois suivant la notification de l'ordonnance à venir, sous astreinte de 500 euros par jour de retard ;

3°) de condamner la commune de Perrigny à leur verser la somme de 5 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elles soutiennent que :

- la condition d'urgence est remplie, compte tenu, d'une part, de l'intérêt général qui s'attache au développement du réseau de téléphonie mobile de la société Bouygues Telecom et à la continuité de ce service, d'autre part, des obligations qui sont imposées à cette société par l'autorisation dont elle bénéficie ; l'installation projetée est nécessaire pour assurer une couverture complète du territoire de la commune de Perrigny et remédier à la saturation des sites avoisinants ;

- il est fait état de moyens propres à créer un doute sérieux quant à la légalité de l'arrêté attaqué, lequel :

•est insuffisamment motivé et ne satisfait donc pas aux exigences des articles L. 424-3 et R. 424-5 du code de l'urbanisme et des articles L. 211-2 et suivants du code des relations entre le public et l'administration ;

•est entaché d'erreur de droit en ce qu'il relève que l'installation projetée n'est pas au nombre de celles qui peuvent être implantées en zone An du pan local d'urbanisme alors que l'article I-2 du titre IV du règlement de ce plan y autorise les équipements d'intérêt collectif et de services publics d'une surface inférieure à 10 mètres carrés ;

•procède d'une erreur d'appréciation au regard de l'article II-2 du même titre et de l'article R. 111-27 du code de l'urbanisme, dès lors que le site d'implantation du pylône projeté est dépourvu de caractère particulier et que cet ouvrage a été conçu de manière à en limiter au maximum l'impact visuel.

Par un mémoire en défense enregistré le 25 janvier 2024, la commune de Perrigny, représentée par Me Lherminier, conclut au rejet de la requête et à la condamnation des sociétés Bouygues Telecom et Cellnex France Infrastructures à lui verser la somme de 3 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- l'urgence n'est pas démontrée, dès lors que le territoire de la commune est déjà largement couvert par le réseau de la société Bouygues Telecom, laquelle, en outre, a quasiment atteint l'objectif de couverture qui lui est assigné à l'échelle nationale ; la continuité du service public des télécommunications auquel participe cette société n'est pas menacée par la situation actuelle ; en outre, il n'est pas justifié de l'impossibilité de parvenir au même niveau de service au moyen de la mutualisation prévue par l'article D. 98-6-1 du code des postes et des communications électroniques, alors qu'existent à proximité du site retenu nombre d'installations d'autres opérateurs ; la saturation alléguée n'est en rien démontrée ;

- aucun des moyens invoqués n'est de nature à faire naître un doute sérieux quant à la légalité de l'arrêté en litige ; en effet :

•cet arrêté est suffisamment motivé, tant en droit qu'en fait ;

•l'installation projetée ayant une surface de 39 mètres carrés -peu important à cet égard son emprise au sol-, elle n'est pas au nombre des équipements d'intérêts collectifs qui peuvent être implantés en zone An en vertu de l'article I-2 du titre IV du règlement du plan local d'urbanisme ;

•le site litigieux, demeuré rural et préservé, présente un fort intérêt paysager, que les auteurs du plan local d'urbanisme ont entendu protéger et sur lequel l'équipement projeté, visible de loin, d'une hauteur importante et dépourvu de tout élément d'insertion, aurait un impact négatif, de sorte que l'arrêté attaqué n'est pas entaché d'erreur manifeste d'appréciation en ce qu'il oppose l'atteinte à l'intérêt et au caractère des lieux avoisinants ;

- les conclusions en injonction sont irrecevables, le juge des référés ne pouvant prescrire des mesures semblables à celles qu'impliquerait l'annulation de l'acte en cause, et en tout état de cause infondées.

Vu :

- les autres pièces du dossier ;

- la requête au fond n° 2400021, enregistrée le 3 janvier 2024.

Vu :

- le code général des collectivités territoriales ;

- le code des postes et des communications électroniques ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de l'urbanisme ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus, au cours de l'audience publique, tenue en présence de Mme Kieffer, greffière d'audience :

- le rapport de M. Zupan, juge des référés ;

- les observations de Me Miloux, représentant la société Bouygues Telecom et la société Cellnex France Infrastructures, qui a repris les conclusions et moyens exposés dans le mémoire introductif d'instance et le mémoire complémentaire ;

- les observations de Me Roulette, représentant la commune de Perrigny, qui a repris les conclusions et moyens exposés dans le mémoire en défense.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. La société Cellnex France Infrastructures a déposé en mairie de Perrigny une déclaration préalable de travaux en vue de créer, sur un terrain situé au lieudit " La Montagne ", une station relais de téléphonie mobile devant être exploitée par la société Bouygues Telecom. Par arrêté du 8 novembre 2023, le maire de Perrigny s'est opposé à cette déclaration de travaux. Les sociétés Cellnex Franc Infrastructures e et Bouygues Telecom demandent au juge des référés d'ordonner la suspension de l'exécution dudit arrêté.

2. Aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision () ". L'article R. 522-1 du même code dispose, en son premier alinéa : " La requête visant au prononcé de mesures d'urgence doit () justifier de l'urgence de l'affaire ".

3. En premier lieu, il résulte de ces dispositions que l'urgence justifie que soit prononcée la suspension d'un acte administratif lorsque l'exécution de celui-ci porte atteinte, de manière suffisamment grave et immédiate, à un intérêt public, à la situation du requérant ou aux intérêts qu'il entend défendre. Il appartient au juge des référés d'apprécier concrètement, compte tenu des justifications fournies par le requérant, si les effets de l'acte litigieux sont de nature à caractériser une urgence justifiant que, sans attendre le jugement de la requête au fond, l'exécution de la décision soit suspendue. L'urgence, en outre, doit être évaluée de manière objective et globale, en fonction de l'ensemble des circonstances de l'affaire, y compris la préservation des intérêts publics attachés à la mesure litigieuse.

4. Les sociétés requérantes ont versé aux débats des " cartes de couverture " rendant compte du maillage, à ce jour incomplet, du territoire de la commune de Perrigny par le réseau de quatrième générations (" 4G ") de la société Bouygues Telecom. Ces documents, dont la valeur technique et la sincérité ne paraissent pas devoir être remis en cause, quand bien même ils ont été élaborés par la société Bouygues Telecom elle-même, permettent de relever que la nouvelle installation permettra de couvrir la partie nord-est de l'agglomération de Perrigny ainsi que le village des Bréandes, soit une population d'environ 460 habitants, et d'assurer une substantielle amélioration des communications à l'intérieur des habitations. Dans ces conditions, compte tenu de l'intérêt public qui s'attache à la couverture de l'ensemble du territoire par les réseaux de téléphonie mobile et aux intérêts propres de la société Bouygues Telecom, laquelle a pris des engagements vis à vis des pouvoirs publics quant au déploiement de ses installations, la condition d'urgence doit en l'espèce être regardée comme remplie, sans qu'y fassent obstacle la circonstance, à la supposer établie, que cette société a atteint à ce jour 99 % de ses objectifs à l'échelle nationale, non plus que les perspectives éventuellement offertes par la mutualisation des installations des différents opérateurs, dont les dispositions du code des postes et des communications électroniques encouragent le développement.

5. En second lieu, les moyens tirés de la méconnaissance, d'une part, de l'article I-2 du titre IV du règlement du plan local d'urbanisme, régissant la zone agricole, et, d'autre part, des dispositions de l'article II-2 du même règlement et de l'article R. 111-27 du code de l'urbanisme, sont de nature à susciter un doute sérieux, en l'état de l'instruction, quant à la légalité de l'arrêté attaqué.

6. Il doit enfin être relevé, pour l'article L. 600-4-1 du code de l'urbanisme, qu'aucun autre moyen n'est susceptible de fonder, en l'état du dossier, la suspension dudit arrêté.

7. Il résulte de tout ce qui précède que la société Bouygues Telecom et la société Cellnex France Infrastructures sont fondées à demander la suspension de l'exécution de l'arrêté du maire de Perrigny du 8 novembre 2023.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

8. La présente ordonnance implique nécessairement que, comme le demandent les sociétés Bouygues Telecom et Cellnex France Infrastructures, le maire de Perrigny reprenne l'instruction de la déclaration préalable de travaux litigieuse et y statue par une nouvelle décision, cela à titre provisoire, jusqu'à ce qu'il soit statué sur le recours au fond n° 2400021. Il y a lieu de lui adresser une injonction en ce sens et de lui impartir à cet effet un délai d'un mois.

Sur les frais liés au litige :

9. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de faire droit aux conclusions accessoires des sociétés Bouygues Telecom et Cellnex France Infrastructures tendant à l'application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative. La demande présentée sur le même fondement par la commune de Perrigny, partie perdante à l'instance, ne peut quant à elle qu'être également rejetée.

O R D O N N E :

Article 1er : L'exécution de l'arrêté du maire de Perrigny du 8 novembre 2023 portant opposition à la déclaration préalable de travaux déposée par la société Cellnex France Infrastructures est suspendue.

Article 2 : Il est fait injonction au maire de Perrigny de réexaminer la déclaration préalable de travaux déposée par la société Cellnex France Infrastructures et d'y statuer à titre provisoire, jusqu'à ce qu'il soit statué sur le recours au fond n° 2400021, par une nouvelle décision, cela dans le mois suivant la notification de la présente ordonnance.

Article 3 : Les conclusions des parties tendant à l'application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 4 : La présente ordonnance sera notifiée à la société Cellnex France Infrastructures, à la société Bouygues Télécom et à la commune de Perrigny.

Fait à Dijon, le 31 janvier 2024.

Le président du tribunal,

juge des référés,

D. ZUPAN

La République mande et ordonne au préfet de l'Yonne, en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition,

La greffière

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