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AccueilJurisprudence administrativeN° TA21-2400220

Tribunal Administratif de Dijon — Décision N° TA21-2400220

mercredi 17 avril 2024

JuridictionTribunal Administratif de Dijon
SectionTribunal Administratif de Dijon
N° DossierTA21-2400220
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationCH 1 JU
Avocat requérantMEGAM JACQUES

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 23 janvier 2024 et un mémoire enregistré le 21 mars 2024, M. A D, représenté par Me Megam, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 3 janvier 2024 par lequel le préfet de la Côte-d'Or a refusé de lui délivrer un titre de séjour, a prononcé à son encontre une obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours, et a fixé le pays de destination ;

2°) d'enjoindre au préfet de la Côte-d'Or de mettre fin à toutes les mesures de contrôle et de lui délivrer une autorisation de séjour dans un délai d'un mois à compter du jugement à intervenir et sous astreinte de 50 euros par jour de retard, et de lui délivrer un titre de séjour en raison de son état de santé dans un délai de deux mois à compter du jugement à intervenir et sous astreinte de

50 euros par jour de retard ;

3°) de lui accorder le bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire et de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 200 euros à verser à son conseil sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

- l'arrêté a été pris par une autorité incompétente ;

- il est entaché de défaut de motivation et a été pris sans examen particulier de sa situation ;

- la décision de refus de séjour méconnait l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, faute de justificatifs apportés par le préfet et est entachée d'erreur manifeste d'appréciation ;

- la décision d'obligation de quitter le territoire français est entachée d'erreur d'appréciation et d'erreur de fait ;

- la décision fixant le pays de destination sera annulée par voie de conséquence de la décision d'éloignement ;

- elle a été prise en violation de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- les décisions d'éloignement fixant le pays de destination ont été prises en violation de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et le refus d'admission exceptionnelle au séjour est entaché d'erreur manifeste d'appréciation.

Par un mémoire en défense, enregistré le 4 mars 2024, le préfet de la Côte-d'Or conclut au rejet de la requête et demande au tribunal de mettre à la charge de M. D une somme de

500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il fait valoir que les moyens soulevés ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné Mme E en application des dispositions de l'article R. 776-13-1 du code de justice administrative pour statuer sur les requêtes prévues à l'article

L. 614-5 et L. 614-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement convoquées à l'audience du 27 mars 2024.

A été entendu au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme E.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience, à laquelle les parties n'étaient ni présentes ni représentées.

Considérant ce qui suit :

1. M. A D, ressortissant macédonien né le 2 novembre 2003, est entré en France en novembre 2022, en compagnie de ses parents, pour y solliciter l'asile. Il a également demandé un titre de séjour sur le fondement de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Sa demande d'asile a été rejetée par décision de 1'Office français de protection des réfugiés et des apatrides (Ofpra) du 31 mai 2023, confirmée par la Cour nationale du droit d'asile (CNDA) le 31 août 2023. Par arrêté du 3 janvier 2024, dont M. D demande l'annulation, le préfet la Côte-d'Or a refusé de lui délivrer un titre de séjour et lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours.

Sur l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle :

2. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de prononcer l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle de M. D.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

3. En premier lieu, par un arrêté du 4 décembre 2023, publié au recueil des actes administratifs spécial de la préfecture de la Côte-d'Or le 5 décembre 2023, le préfet de la Côte-d'Or a délégué sa signature à Mme Amelle Ghayou, secrétaire générale adjointe, à l'effet de signer la décision en litige, en cas d'absence ou empêchement de M. Frédéric Carre, secrétaire général de la préfecture. Il ne ressort pas des pièces du dossier que M. B n'aurait pas été absent ou empêché le 3 janvier 2024. Par suite, le moyen tiré de ce que Mme C était incompétente pour signer l'arrêté en litige doit être écarté.

4. En deuxième lieu, l'arrêté contesté vise les dispositions pertinentes du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dont il fait application. Il procède à une analyse suffisante de la situation personnelle et familiale de M. D et mentionne les motifs qui ont conduit à prononcer à son égard les décisions attaquées. Il comporte ainsi les considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de chacune de ces décisions. Dans ces conditions, le moyen tiré du défaut de motivation manque en fait et doit être écarté.

5. En troisième lieu, il ne ressort ni des termes de l'arrêté en litige, ni des autres pièces du dossier que le préfet n'aurait pas procédé à un examen particulier de la situation personnelle de M. D.

6. En quatrième lieu, aux termes des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui. ".

7. M. D, qui est entré en France en 2022, a conservé des liens familiaux dans son pays d'origine, où ses parents, qui ont fait l'objet de mesures d'éloignement à la suite du rejet de leur demande d'asile, ont vocation à retourner, en compagnie de son frère cadet. Il ne justifie pas d'une insertion ni de liens particuliers sur le territoire français. Compte tenu de l'ensemble de ces éléments, M. D n'est pas fondé à soutenir que les décisions attaquées méconnaissent les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ni qu'elles emportent des conséquences d'une exceptionnelle gravité sur sa situation.

8. En cinquième lieu, aux termes de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger, résidant habituellement en France, dont l'état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et qui, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans le pays dont il est originaire, ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention "vie privée et familiale" d'une durée d'un an. () / La décision de délivrer cette carte de séjour est prise par l'autorité administrative après avis d'un collège de médecins du service médical de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, dans des conditions définies par décret en Conseil

d'Etat. () ".

9.Il ressort des termes de la décision attaquée que, pour rejeter la demande de titre de séjour de M. D, le préfet de la Côte-d'Or s'est fondé sur un avis du collège des médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) du 25 août 2023 selon lequel l'état de santé du requérant nécessite une prise en charge médicale dont le défaut peut entraîner des conséquences d'une exceptionnelle gravité mais qu'eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans le pays dont il est originaire, il peut bénéficier effectivement d'un traitement approprié et qu'au vu des éléments du dossier et à la date de l'avis, l'état de santé de l'intéressé peut lui permettre de voyager sans risque vers son pays d'origine.

10.Si M. D produit des certificats médicaux indiquant que faute de transplantation rénale, il décèdera en dialyse, il ne produit en revanche aucun élément permettant de considérer qu'il ne pourrait bénéficier effectivement d'une telle transplantation dans son pays d'origine. Le collège des médecins de l'OFII ayant considéré que l'intéressé pourra bénéficier effectivement d'un traitement approprié dans ce pays, le préfet n'avait pas à apporter d'éléments supplémentaires de justification sur ce point, M. D n'ayant pour sa part produit aucun élément de nature à contredire cet avis. Par suite, le préfet n'a pas fait une inexacte application des dispositions précitées en refusant de délivrer à M. D un titre de séjour en raison de son état de santé.

11.En sixième lieu, M. D n'établit pas avoir présenté une demande d'admission exceptionnelle au séjour et ne peut dès lors utilement soutenir que le préfet a entaché sa décision refusant une telle demande d'une erreur manifeste d'appréciation.

12.En septième lieu, pour les mêmes motifs que ceux mentionnés au point 10. M. D n'est pas fondé à soutenir que le préfet a entaché la décision d'éloignement d'une erreur de fait, ou d'une erreur d'appréciation, au regard de son état de santé.

13.Il résulte de ce qui précède que M. D n'établit pas l'illégalité de la décision lui faisant obligation de quitter le territoire français, et n'est par suite pas fondé à exciper de son illégalité à l'appui de ses conclusions dirigées contre la décision fixant le pays de destination.

14.En dernier lieu, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être rejeté, ce moyen étant fondé sur l'indisponibilité du traitement nécessaire à l'état de santé de

M. D en Macédoine, qui n'est pas établie, et sur des faits de harcèlement et menaces dont il aurait fait l'objet dans ce pays, qui ne sont étayés par aucun élément.

15.Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation doivent être rejetées.

Sur les conclusions en injonction :

16.L'exécution du présent jugement n'appelle aucune mesure d'exécution. Les conclusions en injonction doivent par suite être rejetées.

Sur les frais liés à l'instance :

17.Les dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 font obstacle à ce que soit mis à la charge de l'Etat, qui n'est pas, dans la présente instance, la partie perdante, le versement à l'avocat de M. D de quelque somme que ce soit au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu de mettre à la charge de M. D la somme que réclame le préfet de la Côte-d'Or au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

DÉCIDE :

Article 1er : M. A D est admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.

Article 2 : La requête de M. A D est rejetée.

Article 3 : Les conclusions du préfet de la Côte-d'Or au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. A D, au préfet de la Côte-d'Or et à

Me Megam.

Copie en sera adressée au ministre de l'intérieur et des outre-mer et au bureau d'aide juridictionnelle près le Tribunal judiciaire de Dijon.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 17 avril 2024.

La magistrate désignée,

M-E E

La greffière,

M. F

La République mande et ordonne au préfet de la Côte-d'Or en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.

Pour expédition,

La greffière,

N°2400220

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