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AccueilJurisprudence administrativeN° TA21-2400293

Tribunal Administratif de Dijon — Décision N° TA21-2400293

jeudi 16 janvier 2025

JuridictionTribunal Administratif de Dijon
SectionTribunal Administratif de Dijon
N° DossierTA21-2400293
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation3ème chambre
Avocat requérantFIDUCIAL LEGAL BY LAMY

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 29 janvier 2024, le centre régional d'études, d'actions et d'informations de Bourgogne Franche-Comté (CREAI-BFC) demande au tribunal :

1°) d'annuler le contrat conclu entre le département de la Côte-d'Or et la société Néorizons le 7 novembre 2023 ;

2°) de condamner le département de la Côte-d'Or à lui verser une somme de 50 000 euros en réparation des préjudices qu'il a subis.

Le CREAI-BFC soutient que :

- l'avis d'appel public à la concurrence comporte des passages semblables à la proposition qu'il avait émise le 1er avril 2021 ;

- l'avis d'appel public à la concurrence, qui ne mentionne pas la loi n°2022-140 du 7 février 2022 relative à la protection de l'enfance, est insuffisant ;

- à défaut d'avoir auditionné les candidats, le département de la Côte-d'Or a entaché le contrat en litige d'un vice de procédure ;

- la décision du 4 décembre 2023 rejetant son recours gracieux est entachée d'un vice d'incompétence, ne reconnaît pas le " plagiat " qui a été opéré entre sa proposition et l'avis d'appel public à concurrence, ne justifie pas l'absence de mention de la loi du 7 février 2022 dans cet avis et est entachée d'une insuffisance de motivation sur les notations attribuées ;

- la notation obtenue sur le critère de la valeur technique de son offre est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.

Par un mémoire en défense, enregistré le 30 juillet 2024, le département de la Côte-d'Or, représenté par Me Karpenschif, conclut au rejet de la requête et à ce qu'une somme de 2 500 euros soit mise à la charge du CREAI-BFC au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Le département soutient que :

- à défaut d'avoir produit la pièce n°8 visée dans son inventaire et d'avoir omis de viser le CCTP du marché dans l'inventaire et de numéroter ce dernier, la requête du CREAI-BFC méconnaît les dispositions de l'article R. 412-2 du code de justice administrative ;

- la requête du CREAI-BFC n'est pas recevable dès lors que, en méconnaissance des dispositions de l'article R. 431-2 du code de justice administrative, elle n'a pas été présentée par un avocat ;

- la requête est tardive et n'est dès lors pas recevable ;

- en l'absence de décision administrative préalable liant le contentieux, les conclusions indemnitaires présentées par le CREAI-BFC ne sont pas recevables ;

- les moyens soulevés par le CREAI-BFC ne sont pas fondés.

La requête a été communiquée à la société Néorizons qui n'a pas produit de mémoire en défense.

Par une ordonnance du 14 mai 2024, la clôture d'instruction a été fixée au 30 août 2024.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'action sociale et des familles ;

- le code de la commande publique ;

- la loi n° 2022-140 du 7 février 2022 relative à la protection des enfants ;

- le décret n°2022-1728 du 30 décembre 2022 relatif au référentiel national d'évaluation des situations de danger ou de risque de danger pour l'enfant ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Bois,

- les conclusions de M. B,

- et les observations de Me Romatier substituant Me Karpenschif, représentant le département de la Côte-d'Or.

Considérant ce qui suit :

1. En 2021, un référentiel national d'évaluation des informations préoccupantes des enfants a été élaboré par la Haute autorité de santé (HAS). Par l'effet de la loi n°2022-140 du 7 février 2022 et de son décret d'application n°2022-1728 du 30 décembre 2022, ce référentiel a été intégré dans le code de l'action sociale et des familles. Afin d'assurer le respect de ce référentiel national, le département de la Côte-d'Or a lancé une consultation, le 6 juillet 2023, selon la procédure adaptée, en vue d'attribuer un accord-cadre à bons de commande ayant pour objet la " formation des professionnels de la protection de l'enfance au référentiel national pour l'évaluation des informations préoccupantes ". Deux organismes, le CREAI-BFC et la société Néorizons, ont présenté une offre. Le 16 octobre 2023, le département de la Côte-d'Or a informé le CREAI-BFC du rejet de son offre et a ensuite signé le contrat avec la société Néorizons le 7 novembre 2023. Le recours gracieux exercé par le CREAI-BFC contre ce contrat a été rejeté par le conseil départemental de la Côte-d'Or le 4 décembre 2023. Le CREAI-BFC demande au tribunal, d'une part, d'annuler le contrat conclu le 7 novembre 2023 et, d'autre part, de condamner le département de la Côte-d'Or à lui verser une somme de 50 000 euros en réparation des préjudices qu'il estime avoir subis en raison de son éviction irrégulière de ce contrat.

Sur le cadre juridique applicable :

2. Tout d'abord, indépendamment des actions dont disposent les parties à un contrat administratif et des actions ouvertes devant le juge de l'excès de pouvoir contre les clauses réglementaires d'un contrat ou devant le juge du référé contractuel sur le fondement des articles L. 551-13 et suivants du code de justice administrative, un tiers à la conclusion d'un contrat administratif est recevable à former devant le juge du contrat un recours de pleine juridiction contestant la validité du contrat ou de certaines de ses clauses non réglementaires qui en sont divisibles. Ce tiers ne peut invoquer que des vices en rapport direct avec l'intérêt lésé dont il se prévaut ou ceux d'une gravité telle que le juge devrait les relever d'office. Il ne peut ainsi, à l'appui d'un recours contestant la validité de ce contrat, utilement invoquer, outre les vices d'ordre public, que les manquements aux règles applicables à la passation de ce contrat qui sont en rapport direct avec son éviction.

3. Ensuite, il appartient au juge, saisi de conclusions contestant la validité d'un contrat administratif, lorsqu'il constate l'existence de vices entachant la validité du contrat, d'en apprécier les conséquences. Il lui revient, après avoir pris en considération la nature de ces vices, soit de décider que la poursuite de l'exécution du contrat est possible, soit d'inviter les parties à prendre des mesures de régularisation dans un délai qu'il fixe, sauf à résilier ou résoudre le contrat. En présence d'irrégularités qui ne peuvent être couvertes par une mesure de régularisation et qui ne permettent pas la poursuite de l'exécution du contrat, il lui revient de prononcer, le cas échéant avec un effet différé, après avoir vérifié que sa décision ne portera pas une atteinte excessive à l'intérêt général, soit la résiliation du contrat, soit, si le contrat a un contenu illicite ou s'il se trouve affecté d'un vice de consentement ou de tout autre vice d'une particulière gravité que le juge doit ainsi relever d'office, l'annulation totale ou partielle de celui-ci.

4. Enfin, le juge du contrat, s'il en est saisi, peut faire droit, y compris lorsqu'il invite les parties à prendre des mesures de régularisation, à des conclusions tendant à l'indemnisation du préjudice découlant de l'atteinte à des droits lésés. Ainsi, lorsqu'un candidat à l'attribution d'un contrat public demande la réparation du préjudice né de son éviction irrégulière de ce contrat et qu'il existe un lien direct de causalité entre la faute résultant de l'irrégularité et les préjudices invoqués par le requérant à cause de son éviction, il appartient au juge de vérifier si le candidat était ou non dépourvu de toute chance de remporter le contrat. En l'absence de toute chance, il n'a droit à aucune indemnité. Dans le cas contraire, il a droit en principe au remboursement des frais qu'il a engagés pour présenter son offre. Il convient en outre de rechercher si le candidat irrégulièrement évincé avait des chances sérieuses d'emporter le contrat conclu avec un autre candidat. Si tel est le cas, il a droit à être indemnisé de son manque à gagner, qui inclut nécessairement, puisqu'ils ont été intégrés dans ses charges, les frais de présentation de l'offre.

Sur les conclusions à fin de contestation de la validité du contrat :

5. En premier lieu, alors que la première proposition du CREAI-BFC de formation présentée au département de la Côte-d'Or le 1er avril 2021 était elle-même inspirée du référentiel de la HAS mentionné au point 1, la circonstance que certaines de ses formulations ont été reprises in extenso dans l'avis d'appel public à concurrence est sans incidence sur la validité du contrat conclu en litige.

6. En deuxième lieu, le seul défaut de mention de la loi n° 2022-140 du 7 février 2022 dans l'avis d'appel public en concurrence est sans incidence sur la validité du contrat conclu entre le département de la Côte-d'Or et la société Néorizons.

7. En troisième lieu, aucune disposition légale ou réglementaire et aucune disposition du règlement de consultation n'imposant au pouvoir adjudicateur de procéder à une négociation voire à l'audition des candidats dans le cadre d'une procédure adaptée en vue de la conclusion d'un accord-cadre, le moyen de vice de procédure est inopérant et doit être écarté.

8. En quatrième lieu, les moyens tirés du vice d'incompétence, de l'absence de reconnaissance de plagiat et de l'absence de justification quant à l'omission de la loi n°2022-140 du 7 février 2022 entachant la décision du 4 décembre 2023, qui n'ont pas d'incidence sur la validité du contrat en litige, sont inopérants et doivent être écartés pour ce motif.

9. En cinquième lieu, aux termes de l'article R. 2181-1 du code de la commande publique : " L'acheteur notifie sans délai à chaque candidat ou soumissionnaire concerné sa décision de rejeter sa candidature ou son offre ". Aux termes de l'article R. 2181-2 de ce code : " Tout candidat ou soumissionnaire dont la candidature ou l'offre a été rejetée peut obtenir les motifs de ce rejet dans un délai de quinze jours à compter de la réception de sa demande à l'acheteur () ".

10. Il résulte de l'instruction que, dès la notification du rejet de son offre, le CREAI-BFC a disposé des notes obtenues ainsi que des notes obtenues par la société attributaire puis, par le rejet de son recours gracieux du 4 décembre 2023, le département de la Côte-d'Or a explicité le motif l'ayant conduit à l'attribution des notes obtenues pour chaque sous-critère évalué. Dès lors, et en tout état de cause, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation du rejet de l'offre doit être écarté.

11. En dernier lieu, selon les termes du règlement de consultation et de la note méthodologique, laquelle est un document contractuel, les offres des candidats ont été évaluées sur un critère financier, noté sur 40 points, et sur un critère technique, noté sur 60 points, lequel comportait deux éléments d'appréciation à savoir, d'une part, " les méthodes pédagogiques ", comportant la description de la méthode de conduite, les outils proposés pour les sessions et les fondements théoriques proposés et, d'autre part, la " qualité des intervenants ". Le CCTP de l'accord-cadre a par ailleurs exigé que les formateurs favorisent les échanges dans les groupes et utilisent des outils permettant une bonne appropriation des contenus enseignés.

12. Le CREAI-BFC, qui a bénéficié de la totalité des 40 points sur le critère " prix ", a en revanche était doté de 39 points sur le critère tenant à la valeur technique de son offre, soit un total de 79 points. La société attributaire a quant à elle bénéficié de 58 points sur le critère de la valeur technique et de 36,50 points sur le critère financier, soit un total de 94,50 points.

13. Tout d'abord, s'agissant des " méthodes pédagogiques ", il résulte de l'instruction que le CREAI-BFC n'a pas précisé pour chaque module le contenu du support utilisé, se bornant à mentionner pour plusieurs modules l'utilisation d'un " diaporama " et n'a fait que décrire l'objet et l'intitulé des exercices sans préciser en quoi il répondait aux exigences des modules de la formation. Ensuite, le CREAI-BFC n'a pas précisé de manière détaillée les modalités de restitution des fondements théoriques proposés. Enfin, le département de la Côte-d'Or a attribué une note sensiblement supérieure à la moyenne sur l'appréciation de la qualité des intervenants. Dans ces conditions, en attribuant une note de 39 sur 60 sur le critère tenant à la valeur technique de l'offre du CREAI-BFC, le département de la Côte-d'Or n'a pas entaché son évaluation d'une erreur manifeste d'appréciation.

14. Il résulte de tout ce qui précède que, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur les fins de non-recevoir opposées en défense, les conclusions du CREAI-BFC tendant à la contestation de la validité du contrat attaqué doivent être rejetées.

Sur les conclusions à fin de condamnation :

15. D'une part, aux termes de l'article R. 421-1 du code de justice administrative : " () Lorsque la requête tend au paiement d'une somme d'argent, elle n'est recevable qu'après l'intervention de la décision prise par l'administration sur une demande préalablement formée devant elle () ".

16. Le CREAI-BFC, qui n'a pas présenté de demande indemnitaire préalable tendant à la réparation d'un préjudice en dépit de la demande qui lui a été adressée par le tribunal et de la fin de non-recevoir opposée en défense, ne justifie donc pas, à la date du présent jugement, que le département de la Côte-d'Or a pris une décision refusant de lui verser une somme d'argent à ce titre. Le requérant a ainsi méconnu les dispositions de l'article R. 421-1 du code de justice administrative.

17. D'autre part, il résulte de ce qui a été dit au point 14 que le CREAI-BFC n'a pas été irrégulièrement évincé du contrat attaqué. Ce dernier n'est donc pas fondé à soutenir que cette éviction serait la cause du préjudice qu'il invoque.

18. Compte tenu de ce qui a été dit aux points 16 et 17, le CREAI-BFC n'est ni recevable ni fondé à demander la condamnation du département de la Côte-d'Or. Ses conclusions à fin de condamnation doivent dès lors être rejetées.

Sur les frais liés au litige :

19. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge du CREAI-BFC le versement de la somme que demande le département de la Côte-d'Or au titre des frais qu'il a exposés et qui ne sont pas compris dans les dépens.

DECIDE :

Article 1er : La requête du CREAI-BFC est rejetée.

Article 2 : Les conclusions présentées par le département de la Côte-d'Or au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié au centre régional d'études, d'actions et d'informations de Bourgogne Franche-Comté, au département de la Côte-d'Or et à la société Néorizons.

Délibéré après l'audience du 19 décembre 2024 à laquelle siégeaient :

- M. Boissy, président,

- Mme Hascoët, première conseillère,

- Mme Bois, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 16 janvier 2025.

La rapporteure,

C. BoisLe président,

L. BoissyLa greffière,

M. A

La République mande et ordonne au préfet de la Côte-d'Or, en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.

Pour expédition conforme,

La greffière

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