jeudi 19 décembre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Dijon |
| Section | Tribunal Administratif de Dijon |
| N° Dossier | TA21-2400296 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 3ème chambre |
| Avocat requérant | BELRHOMARI-BABIN NADIA |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 29 janvier 2024, M. C D, représenté par Me Belrhomari, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 22 janvier 2024 par lequel le préfet de la Côte-d'Or l'a expulsé du territoire français ;
2°) d'annuler l'arrêté du 22 janvier 2024 par lequel le préfet de la Côte-d'Or l'a assigné à résidence sur le territoire de la commune de Hauteville-lès-Dijon pour une durée de six mois.
M. D soutient que :
- les arrêtés attaqués sont entachés d'une insuffisance de motivation ;
- les arrêtés attaqués portent une atteinte disproportionnée à sa liberté professionnelle et à son droit de travailler, en violation de l'article 15 de la Charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;
- les arrêtés attaqués méconnaissent les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- l'arrêté d'expulsion est entaché d'erreur d'appréciation.
Par un mémoire en défense, enregistré le 1er mars 2024, le préfet de la Côte-d'Or, représenté par la SELARL Centaure avocats, conclut au rejet de la requête et à ce qu'une somme de 500 euros soit mise à la charge de M. D au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Le préfet soutient que les moyens soulevés par M. D ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- la Charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Desseix,
- les conclusions de M. B,
- et les observations de Me Belrhomari, représentant M. D et de Me Reis substituant Me Rannou, représentant le préfet de la Côte-d'Or.
Considérant ce qui suit :
1. M. D, ressortissant portugais né en 1976, est établi en France depuis 1998. Par un arrêt du 29 septembre 2017, la Cour d'assises de la Côte-d'Or a condamné l'intéressé à une peine de dix ans de réclusion criminelle pour des faits de viol incestueux et d'agression sexuelle commis sur un mineur de quinze ans par une personne ayant autorité sur la victime, de détention d'image pédopornographique et de corruption de mineur. Le 14 décembre 2023, la commission d'expulsion a rendu un avis favorable à son expulsion. Par des arrêtés du 22 janvier 2024, dont M. D demande l'annulation, le préfet de la Côte-d'Or a prononcé son expulsion du territoire français et l'a assigné à résidence sur le territoire de la commune de Hauteville-lès-Dijon pour une durée de six mois.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
En ce qui concerne les conclusions dirigées contre l'arrêté d'expulsion :
S'agissant de la légalité externe :
2. L'arrêté d'expulsion comporte les considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement et n'a dès lors pas méconnu les dispositions des articles L. 211-2 et L. 211-5 du code des relations entre le public et l'administration. Les erreurs factuelles que M. D reproche au préfet d'avoir commises, relatives au nom de son épouse, au mois de naissance et à la nationalité de son fils ont en l'espèce le caractère de simples erreurs de plume qui restent sans incidence sur la légalité de cet arrêté.
S'agissant de la légalité interne :
3. En premier lieu, aux termes de l'article L. 252-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger dont la situation est régie par le présent livre peut faire l'objet d'une décision d'expulsion, prévue à l'article L. 631-1, sous réserve que son comportement personnel représente une menace réelle, actuelle et suffisamment grave pour un intérêt fondamental de la société () ". Aux termes de l'article L. 631-1 du même code : " L'autorité administrative peut décider d'expulser un étranger lorsque sa présence en France constitue une menace grave pour l'ordre public, sous réserve des conditions propres aux étrangers mentionnés aux articles L. 631-2 et L. 631-3 ".
4. Les infractions pénales commises par un étranger ne sauraient, à elles seules, justifier légalement une mesure d'expulsion et ne dispensent pas l'autorité compétente d'examiner, d'après l'ensemble des circonstances de l'affaire, si la présence d'un étranger, citoyen de l'Union européenne, sur le territoire français représente une menace réelle, actuelle et suffisamment grave pour un intérêt fondamental de la société. Lorsque l'administration se fonde sur l'existence d'une telle menace pour prononcer l'expulsion d'un étranger, il appartient au juge de l'excès de pouvoir, saisi d'un moyen en ce sens, de rechercher si les faits qu'elle invoque à cet égard sont de nature à justifier légalement sa décision.
5. M. D a été condamné par la Cour d'assises de la Côte-d'Or, le 29 septembre 2017, à une peine de dix ans de réclusion criminelle pour des faits de viol incestueux et d'agression sexuelle commis sur un mineur de quinze ans par une personne ayant autorité sur la victime, de détention d'image pédopornographique et de corruption de mineur, faits qu'il a commis entre 2004 et 2013, soit pendant neuf ans, sur sa fille et sa belle-fille, respectivement âgées de onze et quatorze ans au moment des premiers faits. Il ressort des pièces du dossier, notamment du jugement du 8 décembre 2023 portant admission de M. D au régime de la libération conditionnelle, que les expertises psychiatriques réalisées avant la condamnation de l'intéressé relevaient une posture de déni et qu'une nouvelle expertise réalisée le 31 août 2020 relevait une prise de conscience incomplète des faits commis. Ainsi compte tenu de l'extrême gravité des faits commis sur une longue période, associée à une prise de conscience qualifiée d'incomplète par l'expert psychiatre, le préfet de la Côte-d'Or n'a en l'espèce pas entaché sa décision d'erreur d'appréciation en estimant que la présence de l'intéressé en France représentait une menace réelle, actuelle et suffisamment grave pour un intérêt fondamental de la société.
6. En deuxième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".
7. M. D se prévaut de la durée de son séjour en France, où il réside depuis 1998, de sa communauté de vie avec une compatriote qu'il a épousée en 1999, avec laquelle il a eu deux enfants nés en 2000 et 2005, et de son insertion professionnelle. Toutefois, l'intéressé ne fait état d'aucune circonstance faisant obstacle à ce que la cellule familiale se reconstitue au Portugal, son épouse et ses enfants étant comme lui de nationalité portugaise. Il ne produit par ailleurs aucune pièce de nature à établir la réalité de son insertion professionnelle. En outre, son comportement constitue, ainsi qu'il vient d'être dit, une menace grave pour un intérêt fondamental de la société. Dans ces conditions, le préfet de la Côte-d'Or, en décidant son expulsion du territoire français, n'a pas porté une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale et n'a donc, par suite, pas méconnu l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
8. En dernier lieu, aux termes de l'article 15 de la Charte des droits fondamentaux de l'Union européenne : " 1. Toute personne a le droit de travailler et d'exercer une profession librement choisie ou acceptée. / 2. Tout citoyen ou toute citoyenne de l'Union a la liberté de chercher un emploi, de travailler, de s'établir ou de fournir des services dans tout État membre. / 3. Les ressortissants des pays tiers qui sont autorisés à travailler sur le territoire des États membres ont droit à des conditions de travail équivalentes à celles dont bénéficient les citoyens ou citoyennes de l'Union ". L'article 51 de cette Charte prévoit que : " 1. Les dispositions de la présente Charte s'adressent aux institutions, organes et organismes de l'Union dans le respect du principe de subsidiarité, ainsi qu'aux États membres uniquement lorsqu'ils mettent en œuvre le droit de l'Union () ".
9. L'arrêté expulsant M. D du territoire français ne met pas en œuvre le droit de l'Union. Le requérant ne peut donc pas utilement invoquer, à l'encontre de cet arrêté, la méconnaissance de l'article 15 de la Charte des droits fondamentaux de l'Union européenne. Le moyen invoqué à ce titre doit par suite être écarté.
En ce qui concerne les conclusions dirigées contre l'arrêté d'assignation à résidence :
10. En premier lieu, l'arrêté attaqué, qui comporte l'énoncé des considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement, n'a pas méconnu les dispositions combinées de l'article L. 732-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et des articles L. 211-2 et L. 211-5 du code des relations entre le public et l'administration.
11. En deuxième lieu, la décision d'assignation à résidence, qui n'a ni pour objet ni pour effet d'éloigner M. D du territoire français, ne porte pas atteinte à son droit au respect de sa vie privée et familiale. Le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit par suite être écarté.
12. En dernier lieu, la mesure assignant M. D à résidence ne met pas en œuvre le droit de l'Union. Le requérant ne peut donc pas utilement invoquer, à l'encontre de cette décision, la méconnaissance des dispositions de l'article 15 de la Charte des droits fondamentaux de l'Union européenne. Le moyen invoqué à ce titre doit par suite être écarté.
13. Il résulte de tout ce qui précède que M. D n'est pas fondé à demander l'annulation des arrêtés attaqués. Sa requête doit par suite être rejetée.
Sur les frais liés au litige :
14. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de M. D le versement de la somme que demande le préfet de la Côte-d'Or au titre des frais qu'il a exposés et qui ne sont pas compris dans les dépens.
DECIDE :
Article 1er : La requête de M. D est rejetée.
Article 2 : Les conclusions présentées par le préfet de la Côte-d'Or au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. C D et au préfet de la Côte-d'Or.
Une copie de ce jugement sera transmise, pour information, au ministre de l'intérieur.
Délibéré après l'audience du 29 novembre 2024 à laquelle siégeaient :
- M. Boissy, président,
- Mme Desseix, première conseillère,
- Mme Bois, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition du greffe le 19 décembre 2024.
La rapporteure,
M. DesseixLe président,
L. BoissyLa greffière,
M. A
La République mande et ordonne au préfet de la Côte-d'Or, en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.
Pour expédition conforme,
Le greffier
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026