vendredi 20 décembre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Dijon |
| Section | Tribunal Administratif de Dijon |
| N° Dossier | TA21-2400403 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 2ème chambre |
| Avocat requérant | CENTAURE AVOCATS |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 6 février 2024, Mme E A B, représentée par Me Si Hassen, demande au tribunal :
1°) de l'admettre à titre provisoire au bénéfice de l'aide juridictionnelle ;
2°) d'annuler l'arrêté du 24 janvier 2024 par lequel le préfet de l'Yonne a refusé de lui délivrer un titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le pays à destination duquel elle pourra être reconduite d'office et l'a informée que si elle se maintient irrégulièrement sur le territoire au-delà du délai de départ volontaire, l'autorité administrative édictera une interdiction de retour sur le territoire français ;
3°) d'enjoindre au préfet de l'Yonne, à titre principal, de lui délivrer un titre de séjour dans le délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir ou, à titre subsidiaire, de réexaminer sa situation et de prendre une nouvelle décision dans le même délai ;
4°) de mettre à la charge de l'Etat, à verser à Me Si Hassen, une somme de 1 500 euros, au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, et en ce cas lui donner acte de ce qu'elle renonce au bénéfice de l'aide juridictionnelle, conformément aux dispositions de l'article 37 de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique.
Elle soutient que :
S'agissant des moyens communs à l'ensemble des décisions attaquées :
- l'arrêté attaqué est entaché d'incompétence ;
- il est entaché d'une insuffisance de motivation ;
S'agissant du refus de titre de séjour :
- la décision attaquée est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation quant au refus de titre de séjour sollicité au titre de l'asile, dès lors que les risques de persécutions en cas de retour dans son pays d'origine sont réels ;
- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation quant au refus de titre de séjour sollicité en qualité de parent d'enfant malade ;
S'agissant de l'obligation de quitter le territoire français :
- l'obligation de quitter le territoire français est illégale en raison de l'illégalité, soulevée par la voie de l'exception, de la décision portant refus de séjour ;
- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
S'agissant de la décision fixant le pays de destination :
- la décision attaquée est illégale, en raison de l'illégalité, soulevée par la voie de l'exception, de la décision portant obligation de quitter le territoire français ;
- elle méconnaît l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
Par un mémoire en défense, enregistré le 28 février 2024, le préfet de l'Yonne, représenté par la société d'exercice libéral à responsabilité limitée Centaure Avocats, conclut au rejet de la requête et à ce que la somme de 500 euros soit mise à la charge de Mme A B en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que les moyens soulevés par la requérante ne sont pas fondés.
Mme A B a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 12 février 2024 du bureau d'aide juridictionnelle près le tribunal judiciaire de Dijon.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
Le président de la formation de jugement, sur proposition du rapporteur public, l'a dispensé de présenter des conclusions sur cette affaire en application des dispositions de l'article R. 732-1-1 du code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Hamza Cherief,
- et les observations de Me Cordin, substituant Me Si Hassen, représentant Mme A B et de Me Lacoeuilhe représentant le préfet.
Considérant ce qui suit :
1. Mme A B, ressortissante angolaise née en août 1970, déclare être entrée irrégulièrement sur le territoire français le 7 décembre 2022. Elle a sollicité, le 21 mars 2023, une première demande de titre de séjour en qualité de parent d'enfant malade, en raison de l'état de santé de son fils. Par un arrêté du 24 janvier 2024, le préfet de l'Yonne a refusé de lui délivrer le titre de séjour demandé, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le pays à destination duquel elle pourra être reconduite d'office et l'a informée que, si elle se maintenait irrégulièrement sur le territoire au-delà du délai de départ volontaire, l'autorité administrative édictera à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français. Mme A B demande au tribunal l'annulation de l'ensemble de ces décisions.
Sur l'admission à l'aide juridictionnelle provisoire :
2. Par une décision du 12 février 2024 du bureau d'aide juridictionnelle près le tribunal judiciaire de Dijon, Mme A B a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale. Par suite, il n'y a plus lieu de statuer sur les conclusions de la requête tendant à ce qu'elle soit admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.
Sur les conclusions à fin d'annulation
En ce qui concerne les moyens communs à l'ensemble des décisions attaquées :
3. En premier lieu, par un arrêté du 14 septembre 2023, régulièrement publié au recueil des actes administratifs spécial du même jour, le préfet de l'Yonne a donné délégation à Mme C D, sous-préfète et secrétaire générale de la préfecture de l'Yonne, à l'effet de signer tous arrêtés relevant des attributions de l'Etat dans le département, à l'exception des réquisitions à comptable et des arrêtés de conflits. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence de la signataire des décisions attaquées manque en fait et doit être écarté.
4. En second lieu, l'arrêté attaqué vise les textes applicables, notamment la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, les articles L. 425-9, L. 611-1 (1° et 4°), L. 611-3, L. 612-1, L. 612-5, L. 612-12, L. 613-3, L. 721-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Il mentionne également l'ensemble des considérations de fait sur lesquelles sont fondées chacune des décisions qu'il contient. S'il ne mentionne pas explicitement les dispositions de l'article L. 425-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, il précise que Mme A B a formé une demande de titre de séjour en qualité de parent d'enfant malade et s'approprie l'avis rendu par le collège de médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration concernant l'état de santé du fils de la requérante. L'arrêté attaqué est ainsi motivé, en droit et en fait, avec une précision suffisante pour permettre à la requérante d'en contester utilement le bien-fondé. Par suite, le moyen tiré de ce que les décisions attaquées ne sont pas suffisamment motivées doit être écarté.
En ce qui concerne la décision portant refus de titre de séjour :
5. En premier lieu, la décision attaquée se bornant à rejeter la demande de titre de séjour formée par Mme A B en qualité de parent d'enfant malade sur le fondement des dispositions de l'article L. 425-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, l'intéressée ne peut utilement faire valoir que cette décision est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation quant au refus de titre de séjour sollicité au titre de l'asile. A supposer même que le préfet ait également entendu édicter une décision de refus de séjour au titre de l'asile, il s'est, ce faisant, borné à tirer les conséquences du rejet, intervenu le 20 mars 2023, de la demande d'asile de Mme A B par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides et de celui, intervenu le 31 octobre 2023, du recours introduit par la requérante à l'encontre de cette décision, par la Cour nationale du droit d'asile. A cet égard, si Mme A B soutient qu'elle remplit les conditions pour bénéficier de l'asile, dès lors que les risques de persécutions en cas de retour dans son pays d'origine sont réels, un tel moyen est inopérant à l'encontre de la décision portant " refus de séjour au titre de l'asile ", en ce qu'il n'appartient pas au préfet de se prononcer sur le bien-fondé d'une demande d'asile ou de protection subsidiaire, ni d'apprécier une demande de réexamen, qui, les unes et les autres, relèvent de la décision de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides. Par suite, et en tout état de cause, le moyen tiré de ce que la décision attaquée est entachée d'une erreur d'appréciation quant au refus de titre de séjour sollicité au titre de l'asile doit être écarté.
6. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger, résidant habituellement en France, dont l'état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et qui, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans le pays dont il est originaire, ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an. La condition prévue à l'article L. 412-1 n'est pas opposable. / La décision de délivrer cette carte de séjour est prise par l'autorité administrative après avis d'un collège de médecins du service médical de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, dans des conditions définies par décret en Conseil d'Etat. / Sous réserve de l'accord de l'étranger et dans le respect des règles de déontologie médicale, les médecins de l'office peuvent demander aux professionnels de santé qui en disposent les informations médicales nécessaires à l'accomplissement de cette mission. Les médecins de l'office accomplissent cette mission dans le respect des orientations générales fixées par le ministre chargé de la santé. / Si le collège de médecins estime dans son avis que les conditions précitées sont réunies, l'autorité administrative ne peut refuser la délivrance du titre de séjour que par une décision spécialement motivée. () ". Aux termes de l'article L. 425-10 du même code : " Les parents étrangers de l'étranger mineur qui remplit les conditions prévues à l'article L. 425-9, ou l'étranger titulaire d'un jugement lui ayant conféré l'exercice de l'autorité parentale sur ce mineur, se voient délivrer, sous réserve qu'ils justifient résider habituellement en France avec lui et subvenir à son entretien et à son éducation, une autorisation provisoire de séjour d'une durée maximale de six mois. La condition prévue à l'article L. 412-1 n'est pas opposable. / Cette autorisation provisoire de séjour ouvre droit à l'exercice d'une activité professionnelle. / Elle est renouvelée pendant toute la durée de la prise en charge médicale de l'étranger mineur, sous réserve que les conditions prévues pour sa délivrance continuent d'être satisfaites. / Elle est délivrée par l'autorité administrative, après avis d'un collège de médecins du service médical de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, dans les conditions prévues à l'article L. 425-9. ".
7. Lorsqu'il constate que la décision contestée devant lui aurait pu être prise, en vertu du même pouvoir d'appréciation, sur le fondement d'un autre texte que celui dont la méconnaissance est invoquée, le juge de l'excès de pouvoir peut substituer ce fondement à celui qui a servi de base légale à la décision attaquée, sous réserve que l'intéressé ait disposé des garanties dont est assortie l'application du texte sur le fondement duquel la décision aurait dû être prononcée. Une telle substitution relevant de l'office du juge, celui-ci peut y procéder de sa propre initiative, au vu des pièces du dossier, mais sous réserve dans ce cas d'avoir au préalable mis les parties à même de présenter des observations sur ce point.
8. Pour rejeter la demande de Mme A B, le préfet de l'Yonne a relevé que celle-ci ne satisfaisait pas aux conditions posées par l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile pour se voir délivrer un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale ". Cependant, ces dispositions ne sont pas applicables aux autorisations provisoires de séjour d'une durée maximale de six mois, délivrées, sur le fondement de l'article L. 425-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, aux parents étrangers de l'étranger mineur qui remplit les conditions prévues à l'article L. 425-9 du même code. Dans son mémoire en défense, le préfet de l'Yonne fait valoir qu'il a " recueilli l'avis de l'autorité compétente, refusé la délivrance d'un titre de séjour en qualité de parent d'étranger malade " et que " la partie requérante ne démontre pas, qu'eu égard à l'état de santé de son enfant, elle pourrait se voir délivrer un titre de séjour sur le fondement des dispositions de l'article L. 425-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ". Il doit, par conséquent, être regardé comme sollicitant une substitution de base légale.
9. Dans les circonstances très particulières de l'espèce, le préfet, qui s'est approprié l'avis rendu le 4 septembre 2023 par le collège de médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, disposait du même pouvoir d'appréciation et aurait pu prendre la même décision en examinant la demande de Mme A B sur le fondement des dispositions de l'article L. 425-10 précitées, lesquelles peuvent ainsi être substituées aux dispositions de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, cette substitution n'ayant pour effet de priver l'intéressée d'aucune garantie dès lors que le collège de médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration a rendu son avis sur la situation du fils de la requérante.
10. Dans son avis du 4 septembre 2023, le collège de médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration a indiqué que, si l'état de santé du fils de Mme A B nécessite une prise en charge médicale, son défaut ne devrait pas entraîner de conséquences d'une exceptionnelle gravité, son état de santé lui permettant, par ailleurs, de voyager sans risque vers son pays d'origine. Il ressort, en outre, du dossier médical du fils de Mme A B, que ce dernier souffre d'un retard du développement physiologique, se manifestant par une déficience intellectuelle sévère, un retard psychomoteur sévère, un trouble de l'acquisition du langage oral et écrit, une énurésie nocturne et une intolérance à la frustration. Le traitement suivi par l'enfant consiste en un suivi psychologique et de psychomotricité et nécessite un suivi hospitalier pédiatrique et pédopsychiatrique. Pour contester cet avis, dont le préfet s'est approprié la teneur, Mme A B se borne à faire valoir que la décision attaquée est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation et à produire une attestation d'un psychologue clinicien, ethno psychologue, selon lequel l'enfant de Mme A B présente un trouble du langage ainsi que des signes de troubles du spectre autistique, l'intéressée n'ayant pu trouver de structures, ni de soins adaptés, pour son fils dans son pays d'origine. Toutefois, ce document, rédigé en des termes généraux et qui traite avant tout de l'état de santé de Mme A B, n'est pas de nature à établir que le défaut de prise en charge de l'état de santé de son enfant serait susceptible d'avoir, pour ce dernier, des conséquences d'une exceptionnelle gravité ni, en tout état de cause, qu'il ne pourrait bénéficier, dans son pays d'origine, d'un traitement approprié. Ainsi, les éléments produits par Mme A B ne sont pas de nature à remettre en cause l'avis du collège de médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration du 4 septembre 2023. Par suite, les moyens tirés de ce que la décision attaquée est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation et méconnaît les dispositions précitées de l'article L. 425-9 et de l'article L. 425-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doivent être écartés.
En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire français :
11. En premier lieu, les moyens invoqués à l'encontre de la décision lui refusant un titre de séjour ayant été écartés, Mme A B n'est pas fondée à exciper de l'illégalité de cette décision à l'appui de ses conclusions dirigées contre la décision l'obligeant à quitter le territoire français. Par suite, ce moyen doit être écarté.
12. En second lieu, Mme A B déclare être entrée irrégulièrement sur le territoire français le 7 décembre 2022. Sa demande d'asile a été rejetée par une décision du 20 mars 2023 de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides, décision qui a été confirmée par la Cour nationale du droit d'asile le 31 octobre 2023. Il ne ressort pas des pièces du dossier que la requérante, qui est célibataire, disposerait d'attaches personnelles anciennes, stables et intenses en France. Elle n'établit pas davantage qu'elle serait dépourvue de toute attache dans son pays d'origine, où elle a vécu la majeure partie de son existence, et ne justifie d'aucune insertion professionnelle ou sociale d'une intensité particulière au sein de la société française. Enfin, il est constant que ses deux enfants, mineurs, possèdent la nationalité angolaise et que leur demande d'asile a été rejetée par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides le 20 mars 2023, aucune circonstance ne faisant, par conséquent, obstacle à ce que la cellule familiale puisse se reconstituer en Angola, eu égard notamment à ce qui a été dit au point 10 du présent jugement. Par conséquent, la décision attaquée ne porte pas au droit de l'intéressée à une vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des buts en vue desquels elle a été adoptée. Dès lors, le moyen tiré de ce que la décision attaquée méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté.
En ce qui concerne la décision fixant le pays de destination :
13. En premier lieu, les moyens invoqués à l'encontre de la décision portant obligation de quitter le territoire français ayant été écartés, Mme A B n'est pas fondée à exciper de l'illégalité de cette décision à l'appui de ses conclusions dirigées contre la décision fixant le pays de destination. Par suite, ce moyen doit être écarté.
14. En second lieu, aux termes de l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut désigner comme pays de renvoi : / 1° Le pays dont l'étranger a la nationalité, sauf si l'Office français de protection des réfugiés et apatrides ou la Cour nationale du droit d'asile lui a reconnu la qualité de réfugié ou lui a accordé le bénéfice de la protection subsidiaire ou s'il n'a pas encore été statué sur sa demande d'asile ; / 2° Un autre pays pour lequel un document de voyage en cours de validité a été délivré en application d'un accord ou arrangement de réadmission européen ou bilatéral ; / 3° Ou, avec l'accord de l'étranger, tout autre pays dans lequel il est légalement admissible. / Un étranger ne peut être éloigné à destination d'un pays s'il établit que sa vie ou sa liberté y sont menacées ou qu'il y est exposé à des traitements contraires aux stipulations de l'article 3 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales du 4 novembre 1950. ". Aux termes de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants ".
15. Mme A B fait valoir qu'elle risque d'être atteinte dans son intégrité physique en cas de retour en Angola. A l'appui de ses allégations, la requérante produit une attestation d'un psychologue clinicien, ethno psychologue, selon lequel elle-même et sont fils ont été à plusieurs reprises menacés de mort, les troubles du spectre autistique étant méconnus en Angola, où ils sont interprétés comme de la sorcellerie, son enfant étant considéré comme un danger pour la communauté et l'intéressée étant elle-même assimilée à la sorcellerie. Toutefois, ainsi que cela a été dit au point 12 du présent jugement, la demande d'asile formée par Mme A B a été rejetée par une décision du 20 mars 2023 de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides, décision qui a été confirmée par la Cour nationale du droit d'asile le 31 octobre 2023. Par ailleurs, l'attestation produite est rédigée en des termes généraux et ne contient l'énoncé d'aucun fait, précis et circonstancié, de nature à établir que l'intéressée, ou son fils, courent un risque personnel et actuel d'être soumis à la torture ou à des peines ou traitements inhumains ou dégradants en cas de retour en Angola. Par suite, les moyens tirés de ce que la décision attaquée méconnaît l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doivent être écartés.
16. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation présentées par Mme A B doivent être rejetées ainsi que, par voie de conséquence, les conclusions à fin d'injonction.
Sur les frais liés au litige :
17. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'Etat, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, la somme demandée par le conseil de Mme A B au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.
18. Par ailleurs, il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de Mme A B la somme demandée par le préfet de l'Yonne au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de Mme A B est rejetée.
Article 2 : Les conclusions présentées par le préfet de l'Yonne sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à Mme E A B, à Me Si Hassen et au préfet de l'Yonne.
Copie en sera adressée au ministre de l'intérieur.
Délibéré après l'audience du 3 décembre 2024, à laquelle siégeaient :
M. Nicolet, président,
Mme Hascoët, première conseillère,
M. Cherief, conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 20 décembre 2024.
Le rapporteur,
H. Cherief
Le président,
Ph. Nicolet
La greffière,
L. Curot
La République mande et ordonne au préfet de l'Yonne en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition,
La greffière,
No 2400403lc
Tribunal Administratif de VERSAILLES — N° TA78-2608798
03/08/2026
Tribunal Administratif de VERSAILLES — N° TA78-2606201
03/08/2026
Tribunal Administratif de VERSAILLES — N° TA78-2600562
03/08/2026
Tribunal Administratif de MELUN — N° TA77-2611484
03/08/2026