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AccueilJurisprudence administrativeN° TA21-2400439

Tribunal Administratif de Dijon — Décision N° TA21-2400439

mercredi 24 juillet 2024

JuridictionTribunal Administratif de Dijon
SectionTribunal Administratif de Dijon
N° DossierTA21-2400439
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation3ème chambre
Avocat requérantROTHDIENER GAËTAN

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 9 février 2024, Mme E C, alias Mme A B, représentée par Me Rothdiener, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 14 décembre 2023 par laquelle le préfet de Saône-et-Loire a refusé de lui délivrer une carte de séjour pluriannuelle ;

2°) d'enjoindre au préfet de Saône-et-Loire de lui délivrer une carte de séjour pluriannuelle ou, à défaut, de réexaminer sa situation dans un délai de trente jours à compter de la notification du jugement et sous astreinte de 50 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros à verser à son conseil en application des dispositions combinées du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Mme C alias Mme B soutient que :

- la décision attaquée est entachée d'un vice d'incompétence ;

- la décision attaquée, qui a le caractère d'une décision de retrait d'une décision tacite, méconnaît les dispositions des articles L. 121-1 et suivants et L. 242-1 du code des relations entre le public et l'administration ;

- la décision attaquée méconnaît les dispositions des articles L. 424-9 et L. 424-15 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Par un mémoire en défense, enregistré le 5 mars 2024, le préfet de Saône-et-Loire conclut au rejet de la requête.

Le préfet soutient que les moyens soulevés par Mme C alias B ne sont pas fondés.

Mme C alias Mme B a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 26 février 2024.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de Mme Bois a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. Mme C, alias Mme B, ressortissante éthiopienne indiquant être née en 1981, entrée en France en 2016 sous couvert d'un visa de type D, a bénéficié d'un titre de séjour en 2016 en qualité de conjointe d'un ressortissant français. L'intéressée a ensuite présenté une demande d'asile qui a été rejetée le 8 août 2022 par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides (OFPRA). Par une décision du 30 décembre 2022, la Cour nationale du droit d'asile (CNDA) a annulé la décision du 8 août 2022 et a accordé à Mme C le bénéfice de la protection subsidiaire. Le 5 janvier 2023, l'intéressée a demandé une carte de séjour pluriannuelle sur le fondement de l'article L. 424-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Le 14 décembre 2023, le préfet de Saône-et-Loire a accordé à Mme C une autorisation provisoire de séjour valable six mois mais a décidé de refuser de lui délivrer une carte de séjour pluriannuelle. La requérante demande au tribunal d'annuler cette dernière décision.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. Aux termes de l'article L. 424-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui a obtenu le bénéfice de la protection subsidiaire se voit délivrer une carte de séjour pluriannuelle portant la mention " bénéficiaire de la protection subsidiaire " d'une durée maximale de quatre ans () ".

3. Le préfet de Saône-et-Loire a rejeté la demande de carte de séjour pluriannuelle présentée par Mme C au motif, révélé par le mémoire en défense, que celle-ci avait commis une fraude délibérée à son état civil qui était constitutive d'une " menace à l'ordre public ".

4. Mme C, alias Mme B, a obtenu le bénéfice de la protection subsidiaire par une décision définitive de la CNDA du 30 décembre 2022 sous le nom de Mme B. Mme C a ensuite présenté une demande de carte de séjour pluriannuelle sur le fondement de l'article L. 424-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Dans le cadre de l'instruction de sa demande, le préfet de Saône-et-Loire a saisi les services de l'OFPRA d'une éventuelle fraude à l'état civil commise par Mme C dans le cadre de l'examen de sa demande d'asile. En dépit de ce signalement, l'OFPRA a décidé de maintenir la protection subsidiaire de Mme C, et, le 16 mai 2023, la même autorité a établi le certificat de naissance tenant lieu d'acte d'état civil de la requérante au nom de Mme B. Par ailleurs, selon les dires de la requérante, une demande de modification de son état civil a été transmise au tribunal judiciaire de Paris. Il ne ressort dès lors pas des pièces du dossier que, dans les circonstances particulières de l'espèce, l'utilisation d'un alias par Mme C lors de sa demande d'asile constituerait une menace à l'ordre public. En refusant, pour un tel motif, de délivrer à l'intéressée une carte de séjour pluriannuelle, le préfet de Saône-et-Loire a par suite commis une erreur d'appréciation.

5. Il résulte de tout ce qui précède que, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur les autres moyens de la requête, la requérante est fondée à demander l'annulation de la décision attaquée.

Sur les conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte :

6. Compte tenu du motif retenu pour annuler l'arrêté en litige, l'exécution du présent jugement implique nécessairement, sous réserve de toute modification de droit ou de fait pouvant affecter la situation de Mme C alias Mme B, que le préfet de Saône-et-Loire lui délivre une carte de séjour pluriannuelle portant la mention " bénéficiaire de la protection subsidiaire " dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement. Il n'y a en revanche pas lieu d'assortir cette injonction d'une astreinte.

Sur les frais liés au litige :

7. Mme C alias Mme B a obtenu le bénéfice de l'aide juridictionnelle. Par suite, son avocat peut se prévaloir des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, et sous réserve que Me Rothdiener, avocat de Mme C alias Mme B, renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'État, de mettre à la charge de l'Etat le versement à son profit de la somme de 1 000 euros.

DECIDE :

Article 1er : La décision du 14 décembre 2023 par laquelle le préfet de Saône-et-Loire a refusé de délivrer à Mme C alias Mme B une carte de séjour pluriannuelle est annulée.

Article 2 : Il est enjoint au préfet de Saône-et-Loire, sous réserve d'un changement dans les circonstances de fait ou de droit pouvant affecter sa situation, de délivrer à Mme C alias Mme B une carte de séjour pluriannuelle portant la mention " bénéficiaire de la protection subsidiaire " dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement.

Article 3 : L'Etat versera à Me Rothdiener la somme de 1 000 euros, en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve que cet avocat renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat.

Article 4 : Les conclusions présentées par Mme C alias Mme B sont rejetées pour le surplus.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié à Mme E C alias Mme A B, au préfet de Saône-et-Loire et à Me Rothdiener.

Une copie de ce jugement sera transmise, pour information, au ministre de l'intérieur et des outre-mer.

Délibéré après l'audience du 27 juin 2024 à laquelle siégeaient :

- M. Boissy, président,

- Mme Desseix, première conseillère,

- Mme Bois, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 24 juillet 2024.

La rapporteure,

C. BoisLe président,

L. BoissyLa greffière,

M. D

La République mande et ordonne au préfet de Saône-et-Loire, en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.

Pour expédition conforme,

Le greffier

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