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AccueilJurisprudence administrativeN° TA21-2400473

Tribunal Administratif de Dijon — Décision N° TA21-2400473

jeudi 19 septembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Dijon
SectionTribunal Administratif de Dijon
N° DossierTA21-2400473
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation1ère chambre
Avocat requérantCABINET CLEMANG

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

I/ Par une requête enregistrée le 12 février 2024 sous le n°2400473, M. B A, représenté par Me Clémang, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision implicite par lequel le préfet de la Côte-d'Or a refusé de lui délivrer un titre de séjour ;

2°) d'enjoindre au préfet de la Côte-d'Or de lui délivrer un titre de séjour " vie privée et familiale ".

Il soutient que la décision n'est pas motivée, a été prise en violation de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et est entachée d'erreur de droit.

Par un mémoire en défense, enregistré le 14 juin 2024, le préfet de la Côte-d'Or conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir qu'il a pris le 28 mai 2024 un arrêté portant refus de séjour qui s'est substitué à la décision attaquée et que les moyens soulevés ne sont pas fondés.

M. A a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par décision du

26 février 2024.

II/ Par une requête enregistrée le 30 mai 2024 sous le n° 2401711, M. B A, représenté par Me Clémang, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 28 mai 2024 par lequel le préfet de la Côte-d'Or a refusé de lui délivrer un titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination et a prononcé à son encontre une interdiction de retour durant dix-huit mois ;

2°) d'enjoindre au préfet de la Côte-d'Or de lui délivrer un titre de séjour " vie privée et familiale " dans un délai d'un mois suivant la notification du jugement ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 000 euros à verser à son conseil sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

- la décision de refus de séjour a été prise en violation de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, des articles 3 et 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et est entachée d'erreur manifeste d'appréciation ;

- la décision lui faisant obligation de quitter le territoire français est illégale dès lors qu'elle se fonde sur une décision de refus de séjour illégale ;

- la décision de refus de délai de départ volontaire est entachée d'erreur manifeste d'appréciation ;

- la décision fixant le pays de destination a été prise en violation de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la décision d'interdiction de retour sera annulée par voie d'exception d'illégalité et est entachée d'erreur manifeste d'appréciation.

Par un mémoire en défense, enregistré le 12 juin 2024, le préfet de la Côte-d'Or conclut au rejet de la requête et à ce que soit mise à la charge de M. A une somme de 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il fait valoir que les moyens soulevés ne sont pas fondés.

M. A a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par décision du

10 juin 2024.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de justice administrative.

La rapporteure publique a été dispensée de prononcer des conclusions à l'audience, sur sa proposition.

Les parties ont été régulièrement convoquées à l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme C,

- les observations de Me Clemang représentant M. A.

Considérant ce qui suit :

1. M. A, ressortissant malien né en 1993, est entré en France avec un visa court séjour en octobre 2007. Après avoir été placé à l'aide sociale à l'enfance, il a bénéficié d'un titre de séjour " vie privée et familiale " de mai 2010 à juillet 2016. Sa demande de renouvellement de ce titre n'ayant été complétée qu'en juin 2017, il a été regardé comme ayant alors déposé une nouvelle demande. Le préfet de la Côte-d'Or a, par arrêté du 13 février 2019, rejeté cette demande et assorti cette décision d'une obligation de quitter le territoire français. Par jugement du 27 août 2019, le tribunal administratif de Dijon a annulé cet arrêté et a enjoint au préfet de la Côte-d'Or de réexaminer dans un délai de trois mois la demande de titre de séjour de l'intéressé. Par jugement du 7 juillet 2020, le tribunal a réitéré cette injonction. Par arrêté du 17 septembre 2021 pris, à la suite de cette nouvelle injonction, le préfet de la Côte-d'Or a refusé de délivrer un titre de séjour à M. A. La requête de M. A contre cet arrêté a été rejetée par jugement du tribunal administratif de Dijon du 20 octobre 2022, confirmé par la cour administrative d'appel de Lyon par ordonnance du

9 mai 2023.

2. Le 9 décembre 2022, M. A a présenté une demande de titre de séjour en raison de son état de santé. Faute de réponse, une décision implicite de rejet de cette demande est intervenue le 9 avril 2023. Par la requête n° 2400473, M. A demande l'annulation de cette décision. Par arrêté du 28 mai 2024, dont M. A demande l'annulation par la requête n°2401711, le préfet de la Côte-d'Or a refusé de lui délivrer un titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination et a prononcé à son encontre une interdiction de retour durant dix-huit mois. Ces deux requêtes sont relatives à des décisions de refus opposées à la même demande. Il y lieu de les joindre pour qu'il y soit statué par un jugement unique.

Sur l'étendue du litige :

3. Si le silence gardé par l'administration sur une demande de titre de séjour fait naître une décision implicite de rejet qui peut être déférée au juge de l'excès de pouvoir, une décision explicite de rejet intervenue postérieurement, qu'elle fasse suite, ou non, à une demande de communication des motifs de la décision implicite, se substitue à la première décision, quand bien même elle aurait été prise après l'expiration du délai d'un mois imparti par l'article L. 232-4 du code des relations entre le public et l'administration.

4. Par conséquent, les conclusions à fin d'annulation de la décision implicite par lequel le préfet de la Côte-d'Or a refusé de délivrer un titre de séjour à M. A doivent être regardées comme dirigées contre la décision de refus de séjour contenue dans l'arrêté du 28 mai 2024.

Sur les conclusions aux fins d'annulation de l'arrêté du 28 mai 2024 :

5. Aux termes de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger, résidant habituellement en France, dont l'état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et qui, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans le pays dont il est originaire, ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an. La condition prévue à l'article L. 412-1 n'est pas opposable. La décision de délivrer cette carte de séjour est prise par l'autorité administrative après avis d'un collège de médecins du service médical de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, dans des conditions définies par décret en Conseil d'Etat. () ".

6. Par avis du 26 mai 2023, le collège de médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration a estimé que l'état de santé de M. A nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et qu'eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans le pays dont il est originaire, il ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié. Le préfet de la Côte-d'Or ne conteste pas que M. A pouvait bénéficier d'un titre de séjour de plein droit sur le fondement de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Toutefois, il a décidé, après avoir saisi la commission du titre de séjour qui a émis un avis favorable à la régularisation de l'intéressé, que ce titre de séjour pouvait être refusé en raison de la menace pour l'ordre public que présente le comportement de M. A. La décision attaquée rappelle sur ce point que le requérant est défavorablement connu des forces de l'ordre. Elle mentionne la liste des condamnations dont il a fait l'objet, relève qu'il s'inscrit dans un parcours de délinquance dès sa majorité marqué par la réitération des actes et l'absence de volonté de s'amender, et conclut que son comportement délictuel et récidiviste constitue une menace à l'ordre public.

7. Il ressort des pièces du dossier que M. A a été condamné le 28 mars 2013 à trois mois d'emprisonnement avec sursis pour recel de biens provenant d'un vol, faits commis le

3 novembre 2012 ; le 20 mars 2015, à 350 euros d'amende pour conduite d'un véhicule sans permis, faits commis le 3 février 2015 ; le 27 avril 2015, à 300 euros d'amende pour recel de biens provenant d'un vol, faits commis le 10 juillet 2014 ; le 19 décembre 2016, à trente jours-amende pour conduite d'un véhicule sans permis, faits commis le 22 avril 2015 et à trente jours d'emprisonnement pour ne pas avoir réglé ces jours- amende ; le 10 mars 2017, à huit mois d'emprisonnement dont quatre mois avec sursis et mise à l'épreuve pour détention non autorisée de stupéfiants, offre ou cession, usage illicite des transports, faits commis de mai 2016 à février 2017 ; le 16 janvier 2018, à trente jours-amende pour usage illicite de stupéfiants, fait commis le 8 août 2017 ; et le 7 juin 2018, à soixante-dix heures de travaux d'intérêt général pour conduite d'un véhicule sans permis, recel d'un bien provenant d'un vol et refus d'obtempérer, faits commis le

19 juillet 2015. Faute d'avoir exécuté ces travaux d'intérêt général, le juge d'application des peines l'a condamné le 2 février 2021 à trois mois d'emprisonnement.

8. Il résulte de ce qui précède que M. A a fait l'objet de plusieurs condamnations entre 2013 et 2021, pour des faits commis entre novembre 2012 et août 2017. Il n'avait toutefois pas commis de nouvelles infractions depuis plus de sept ans à la date de la décision attaquée, les dernières condamnations prononcées à son encontre ne portant pas sur des faits nouveaux, mais reposant sur le défaut d'exécution de deux précédentes condamnations à des travaux d'intérêt général, que l'intéressé indique n'avoir pu exécuter en raison de l'absence de titre de séjour l'autorisant à travailler. Par suite, eu égard à l'ancienneté et à la nature des faits en cause, c'est à tort que le préfet a estimé que le comportement de l'intéressé constituait une menace à l'ordre public et refusé pour ce motif de lui délivrer un titre de séjour sur le fondement de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

9. Dès lors, et sans qu'il soit besoin de se prononcer sur les autres moyens soulevés,

M. A est fondé à demander l'annulation de la décision de refus de séjour ainsi que, par voie de conséquence, de la décision lui faisant obligation de quitter le territoire français prise sur son fondement.

10. M. A qui établit que son état de santé nécessite des soins qui doivent être poursuivis pour une durée de douze mois et qui ne peuvent être dispensés au Mali, ainsi que cela ressort de l'avis non contesté émis le 26 mai 2023 par le collège de médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, est dès lors fondé à soutenir que les décisions fixant le délai de départ volontaire et le pays de destination sont illégales et doivent être annulées.

11. Enfin, la décision prononçant une interdiction de retour sur le territoire français doit être annulée par voie de conséquence de l'annulation de la décision lui faisant obligation de quitter le territoire français.

Sur les conclusions aux fins d'injonction :

12. L'exécution du présent jugement implique nécessairement que, dans le délai de deux mois suivant sa notification, le préfet de la Côte-d'Or délivre à M. A un titre de séjour sur le fondement de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Sur les frais liés à l'instance :

13. Les dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 font obstacle à ce que soit mise à la charge de M. A qui n'est pas, dans la présente instance, la partie perdante, la somme que demande le préfet de la Côte-d'Or dans l'instance

n° 2401711 au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Dans les circonstances de l'espèce, les conclusions présentées dans la même instance par M. A au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative doivent être rejetées.

DÉCIDE :

Article 1er : L'arrêté du 28 mai 2024 du préfet de la Côte-d'Or est annulé.

Article 2 : Il est enjoint au préfet de la Côte-d'Or de délivrer à M. A un titre de séjour sur le fondement de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dans le délai de deux mois suivant la notification du présent jugement.

Article 3 : Les conclusions des parties au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. B A, au préfet de la Côte-d'Or et à

Me Clemang.

Copie en sera transmise au ministre de l'intérieur et des outre-mer.

Délibéré après l'audience du 5 septembre 2024, à laquelle siégeaient :

M. Olivier Rousset, président,

Mme Marie-Eve Laurent, première conseillère,

Mme Valérie Zancanaro, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 19 septembre 2024.

La rapporteure,

M-E C

Le président,

O. Rousset

La greffière,

C. Chapiron

La République mande et ordonne au préfet de la Côte-d'Or en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.

Pour expédition,

La greffière,

2 N°2401711

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