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AccueilJurisprudence administrativeN° TA21-2400482

Tribunal Administratif de Dijon — Décision N° TA21-2400482

lundi 4 mars 2024

JuridictionTribunal Administratif de Dijon
SectionTribunal Administratif de Dijon
N° DossierTA21-2400482
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Avocat requérantCABINET LITTNER BIBARD

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 13 févier 2024, Mme D B, Mme E A et M. C A, représentés par Me C, demandent au juge des référés, saisi sur le fondement de l'article L. 521-4 du code de justice administrative :

1°) de réformer l'ordonnance de référé n° 2301775 du 11 juillet 2023 ordonnant la suspension partielle de l'exécution de l'arrêté de mise en sécurité pris par le maire de Montcenis le 2 mai 2023 en tant qu'il prescrit la démolition des bâtiments sis 1 place du Perron et 19 rue Sous les Halles afin d'étendre cette suspension à l'article 3 dudit arrêté, portant interdiction de pénétrer dans les lieux ;

2°) de condamner la commune de Montcenis à leur verser la somme de 3 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Ils soutiennent que :

- ils justifient d'un intérêt leur donnant qualité pour agir ;

- l'expertise ordonnée le 2 novembre 2023 par le juge des référés du tribunal constitue un élément nouveau ;

- l'article 3 de l'arrêté de mise en sécurité du 2 mai 2023, en tant qu'il interdit de pénétrer dans les lieux, y compris pour y mener les investigations nécessaires et permettre leur sécurisation est contre-productif ; sa suspension est indispensable pour permettre à l'expert d'effectuer sa mission puis aux entreprises de réaliser les travaux de confortement nécessaires.

Par un mémoire enregistré le 23 février 2024, la commune de Montcenis, représentée par Me Littner Bibard, conclut :

1°) au rejet de la requête ;

2°) subsidiairement, à ce que soit levée l'interdiction d'accès à l'intérieur des immeubles en litige, cela uniquement pour leurs propriétaires et les professionnels du bâtiments mandatés par eux ;

3°) en tout état de cause, à la condamnation in solidum de Mme D B, Mme E A et M. C A à lui verser la somme de 3 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, ainsi à supporter les dépens.

Elle fait valoir que :

- en interdisant l'accès à l'intérieur des bâtiments, le maire s'est borné à mettre en œuvre les préconisations de l'expert initialement désigné dans le cadre de la procédure de mise en sécurité ;

- les requérants n'ont pas sollicité, dans l'instance n° 2301775, la suspension de l'article 3 de l'arrêté du 2 mai 2023 ;

- l'expert désigné par l'ordonnance n° 2301498 du 2 novembre 2023 a pu établir son pré-rapport sans pénétrer dans les immeubles ;

- la situation actuelle de ceux-ci n'est due qu'à l'inertie des consorts F, l'autorité municipale n'étant mue, quant à elle, que par les exigences de la sécurité publique ;

Vu :

- les autres pièces du dossier ;

- l'ordonnance de référé n° 2301775 et l'ensemble des pièces de ce dossier ;

- le dossier de fond n° 2301765.

Vu :

- le code de la construction et de l'habitation ;

- le code général des collectivités territoriales ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus, au cours de l'audience publique, tenue en présence de Mme Lelong, greffier d'audience,

- le rapport de M. Zupan, juge des référés ;

- les observations de Me Weber, pour les consorts F, qui a repris les conclusions et moyens exposés dans le mémoire introductif d'instance.

L'instruction a été déclarée close à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. Par un arrêté de mise en sécurité du 2 mai 2023, le maire de Montcenis, s'appuyant sur les conclusions d'un expert désigné suivants les prévisions de par l'article L. 511-9 du code de la construction et de l'habitation, a, d'une part, mis en demeure les propriétaires des bâtiments sis 1 place du Perron et 19 rue Sous les Halles (parcelles cadastrées sous la section AL nos 108 et 109) de procéder à leur démolition, d'autre part, dans l'attente de cette démolition, interdit à toute personne de pénétrer dans les lieux. Par une ordonnance n° 2301775 du 11 juillet 2023, le juge des référés de ce tribunal, saisis par Mme D B, Mme E A et M. C A, propriétaires des immeubles en cause, a suspendu l'exécution de cet arrêté en tant qu'il prescrit leur démolition. Ils sollicitent désormais la modification de ladite ordonnance afin que soit également ordonnée la suspension de l'article 3 de l'arrêté de mise en sécurité du 2 mai 2023 portant interdiction de pénétrer dans les lieux.

2. Aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision () ". Selon l'article L. 521-4 du même code : " Saisi par toute personne intéressée, le juge des référés peut, à tout moment, au vu d'un élément nouveau, modifier les mesures qu'il avait ordonnées ou y mettre fin ".

3. En premier lieu, cette disposition permet, le cas échéant, d'étendre la suspension partielle de l'exécution d'un acte administratif ordonnée par le juge des référés quand bien même le requérant n'avait pas déjà sollicité, dans le cadre de son action initiale, la suspension des dispositions de cet acte désormais visées par sa nouvelle saisine du juge des référés. Ainsi, l'observation de la commune de Montcenis, à la supposer d'ailleurs constitutive d'une fin de non-recevoir, selon laquelle les consorts F n'avaient pas sollicité, dans le cadre de l'instance n° 2301775, la suspension de l'article 3 de l'arrêté de mise en sécurité du 2 mai 2023, leurs conclusions ne visant alors que les dispositions de cet arrêté relatives à la démolition des immeubles, est sans influence sur la recevabilité de leur présente action en référé.

4. En deuxième lieu, par ordonnance n° 2301498 du 2 novembre 2023, constitutive d'un élément nouveau au sens de l'article L. 521-4 du code de justice administrative, le juge des référés du tribunal, a ordonné, à la demande des consorts F, une expertise plus poussée des bâtiments litigieux. Or, il résulte de l'instruction que le maire de Montcenis entend opposer l'interdiction d'accès prescrite par l'article 3 de son arrêté de mise en sécurité du 2 mai 2023 à l'expert ainsi désigné, l'empêchant ainsi de mener à bien l'ensemble des investigations que requiert sa mission et empêchant également, alors que l'injonction de démolition figurant dans ce même arrêté a été suspendue, la réalisation de travaux de confortement potentiellement indispensables. Il en résulte une situation d'urgence au sens de l'article L. 521-1 précité du code de justice administrative.

5. En troisième lieu, le moyen tiré de ce que l'article 3 de l'arrêté du maire de Montcenis est entaché d'erreur d'appréciation en tant qu'il étend l'interdiction d'accès aux immeubles litigieux aux hommes de l'art dont l'intervention est nécessaire pour en expertiser la structure et pour réaliser les travaux de confortement nécessaires, ainsi qu'aux propriétaires s'ils sont accompagnés de ces professionnels, est de nature à susciter un doute sérieux quant à sa légalité, dans cette seule mesure.

6. Il résulte de tout ce qui précède que les consorts F sont fondés à demander que la suspension ordonnée par l'ordonnance de référé n° 2301775 du 11 juillet 2023 soit étendue à l'article 3 de l'arrêté du maire de Montcenis du 2 mai 2023 en tant qu'il interdit l'accès des bâtiments implantés sur les parcelles AL nos 108 et 109 aux professionnels de la construction chargés d'expertiser ces bâtiments et d'y réaliser les travaux nécessaires.

Sur les frais liés au litige :

7. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de faire droit aux conclusions accessoires présentées par les consorts F sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative. La demande présentée au même titre par la commune de Montcenis, partie perdante à l'instance, ne peut quant à elle qu'être également rejetée.

O R D O N N E :

Article 1er : La suspension partielle ordonnée par l'ordonnance de référé n° 2301775 du 11 juillet 2023 est étendue à l'exécution de l'article 3 de l'arrêté de mise en sécurité pris par le maire de Montcenis le 2 mai 2023, en tant qu'il interdit l'accès aux bâtiments sis 1 place du Perron et 19 rue Sous les Halles (parcelles cadastrées sous la section AL nos 108 et 109) aux professionnels de la construction chargés d'expertiser ces bâtiments et d'y réaliser les travaux nécessaires ainsi qu'aux propriétaires desdits bâtiments, accompagnés de ces professionnels.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête des consorts F ainsi que les conclusions de la commune de Montcenis présentées sur le fondement de l'article L. 761- du code de justice administrative sont rejetés.

Article 3 : La présente ordonnance sera notifiée à Mme D B, à Mme E A, à M. C A et à la commune de Montcenis.

Copie en sera adressée, conformément à l'article R. 522-14, au procureur de la République près le tribunal judiciaire de Dijon.

Fait à Dijon, le 4 mars 2024.

Le président du tribunal, juge des référés,

D. ZUPAN

La République mande et ordonne au préfet de Saône-et-Loire en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition,

La greffière

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