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AccueilJurisprudence administrativeN° TA21-2400568

Tribunal Administratif de Dijon — Décision N° TA21-2400568

lundi 18 mars 2024

JuridictionTribunal Administratif de Dijon
SectionTribunal Administratif de Dijon
N° DossierTA21-2400568
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Avocat requérantCABINET ADAES AVOCATS (SARL)

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 20 février 2024 et un mémoire complémentaire produit le 12 mars 2024, Mme B A, représentée par Me Abramovitch, demande au juge des référés :

1°) d'ordonner, sur le fondement des dispositions de l'article L 521-1 du code de justice administrative, la suspension de l'exécution de la délibération, en date du 21 décembre 2023, par laquelle le conseil municipal d'Auxerre a approuvé la cession à l'Association de la jeunesse auxerroise, dite AJA Auxerre, la parcelle cadastrée CO 464 et, pour partie, la parcelle attenante cadastrée CO 431, sises route de Vaux, au prix de 308 000 euros hors taxes ;

2°) de mettre à la charge de la commune d'Auxerre la somme de 2 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative ;

Elle soutient que :

- elle justifie, en sa seule qualité de membre du conseil municipal, d'un intérêt lui donnant qualité pour agir ;

- compte tenu du prix de vente prévu, très inférieur à la valeur du tènement, et de l'absence de déclassement de celui-ci, la délibération attaquée préjudicie gravement aux intérêts de la commune, de ses contribuables et habitants, ainsi que des acquéreurs potentiels des terrains en cause, de sorte que la condition d'urgence est remplie ; le démarrage des travaux est imminent ; le terrain concerné joue un rôle écologique important, de sorte que le projet méconnaît les objectifs de la loi dite " climat et résilience ", qu'aucune urgence, non plus qu'aucun intérêt public, par ailleurs, ne s'attache à la réalisation rapide de la vente qu'autorise la délibération attaquée, adoptée de façon précipitée, ce d'autant qu'aucune solution alternative n'a été examinée ;

Il est fait état de moyens propres à faire naître un doute sérieux quant à la légalité de la délibération attaquée ; en effet :

• les membres du conseil municipal n'ont pas été rendus destinataires d'une note explicative de synthèse, en méconnaissance de l'article L. 2121-12 du code général des collectivités territoriales :

• ils n'ont pas été mis en mesure de délibérer en connaissance de cause sur les conditions de la vente et ses caractéristiques essentielles et la délibération attaquée est sur ce point insuffisamment motivée ;

• l'information donnée aux élus n'a pas satisfait aux exigences de l'article L. 2121-13 du code général des collectivités territoriales ;

• l'un des conseillers municipaux qui a pris part au vote de la délibération attaquée était personnellement intéressé à l'affaire, de sorte que cette délibération est illégale en vertu de l'article L. 2131-11 du même code ;

• les parcelles en cause étant des dépendances du domaine public communal, leur cession ne pouvait être légalement décidée sans déclassement préalable, suivant les prévisions de l'article L. 2141-1 du code général de la propriété des personnes publiques ;

• le prix de cession est anormalement inférieur à la valeur réelle des terrains, sans que cela soit justifié par un quelconque motif d'intérêt général et sans contrepartie effective et suffisante pour la commune ; l'évaluation faite par les services de l'Etat s'appuie sur une méthode inappropriée et une description tronquée du bien.

Par des mémoires en défense enregistrés les 11 et 13 mars 2024, la commune d'Auxerre, représentée par Me Corneloup, conclut au rejet de la requête et à ce que la somme de 4 000 euros soit mise à la charge de Mme A en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- l'urgence alléguée n'est pas démontrée, dès lors que la vente ne pourra être réalisée sans désaffectation et déclassement préalables et n'est d'ailleurs pas prévue à court terme ; ni l'attractivité du camping, ni la prétendue insistance de l'AJA Auxerre, ni l'existence, à la supposer établie, de solutions alternatives ne permettent de caractériser une situation d'urgence ; le préjudice financier subi par la commune n'est en rien établi ;

- aucun des moyens invoqués n'est de nature à faire naître un doute sérieux quant à la légalité de la décision attaquée ; en effet :

•les membres du conseil municipal ont reçu avec leur convocation le projet de délibération, l'avis du service des domaines, le projet de convention cadre et une notice des travaux, de sorte que l'absence de note explicative de synthèse n'affecte pas la régularité de la délibération attaquée ;

•celle-ci satisfait à l'exigence de motivation fixée par l'article L. 2241-1 du code général des collectivités territoriales ;

•l'élu prétendument intéressé au vote de la délibération attaquée s'est en réalité abstenu ;

•l'article L. 2121-13 du même code, concernant l'information des élus, a été respecté ;

•si la vente de parcelles domaniales ne peut être réalisée avant leur désaffectation et leur déclassement, le principe d'une telle vente peut, comme en l'espèce, être décidé avant ;

•la requérante ne démontre pas que l'évaluation des parcelles litigieuses par le service des domaines reposerait sur une méthode erronée ou une mauvaise description de ce tènement ; elle ne démontre pas davantage que le prix envisagé, supérieur de 10 % à l'estimation de ce service, serait inférieur aux prix du marché.

Par des mémoires enregistrés les 11 et 13 mars 2024, la société par actions simplifiées AJA Auxerre conclut au rejet de la requête.

Elle fait valoir que :

- le projet, loin d'être précipité, est négocié avec la commune depuis plus de six ans ;

- le prix envisagé est supérieur de 10 % à l'estimation du service des domaines et n'apparaît pas sous-évalué par rapport aux prix du marché ;

- l'opération permettra de moderniser et enrichir les équipements sportifs.

La requête a été communiquée à l'association AJA Auxerre, qui n'a pas produit d'observations.

Vu :

- les autres pièces du dossier ;

- la requête au fond n° 2400569, enregistrée le 20 février 2024.

Vu :

- le code général des collectivités territoriales ;

- le code général de la propriété des personnes publiques ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus, au cours de l'audience publique, tenue en présence de Mme Lelong, greffière d'audience :

- le rapport de M. Zupan, juge des référés ;

- les observations de Me Abramovitch, pour Mme A, ainsi que celles de cette dernière, qui ont repris les conclusions et moyens exposés dans la requête et le mémoire complémentaire visés ci-dessus ;

- les observations de Me Corneloup, ainsi que celles de Mmes C et Vernin, représentant la commune d'Auxerre, qui a repris les conclusions et moyens exposés dans ses mémoires en défense ;

L'instruction a été déclarée close à l'issue de l'audience.

La commune d'Auxerre a produit des notes en délibéré les 13 et 14 mars 2024.

Mme A a produit une note en délibéré le 14 mars 2024.

Considérant ce qui suit :

1. Mme A demande au juge des référés d'ordonner la suspension de l'exécution de la délibération, en date du 21 décembre 2023, par laquelle le conseil municipal d'Auxerre a approuvé la cession à l'Association de la jeunesse auxerroise (AJA Auxerre) de la parcelle domaniale cadastrée CO 464 et, pour partie, la parcelle attenante cadastrée CO 431, sises route de Vaux, au prix de 308 000 euros hors taxes, à proximité immédiate du stade de l'Abbé-Deschamps.

Sur la demande de suspension :

2. Aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision () ". L'article R. 522-1 du même code dispose, en son premier alinéa : " La requête visant au prononcé de mesures d'urgence doit () justifier de l'urgence de l'affaire ".

3. Il résulte de ces dispositions que l'urgence justifie que soit prononcée la suspension d'un acte administratif lorsque l'exécution de celui-ci porte atteinte, de manière suffisamment grave et immédiate, à un intérêt public, à la situation du requérant ou aux intérêts qu'il entend défendre. Il appartient au juge des référés d'apprécier concrètement, compte tenu des justifications fournies par le requérant, si les effets de l'acte litigieux sont de nature à caractériser une urgence justifiant que, sans attendre le jugement de la requête au fond, l'exécution de la décision soit suspendue. L'urgence, en outre, doit être évaluée de manière objective et globale, en fonction de l'ensemble des circonstances de l'affaire, y compris la préservation des intérêts publics attachés à la mesure litigieuse.

4. L'illégalité alléguée de la délibération en litige ne saurait, par elle-même, caractériser une situation d'urgence au sens des dispositions citées ci-dessus. En particulier, ni le fait que cette délibération approuve le principe de la cession du tènement en cause alors que celui-ci, aménagé en aire de campement municipal et qui constitue ainsi une dépendance du domaine public, n'a pas fait l'objet d'un acte de déclassement, ni la circonstance, à la supposer établie, que le prix consenti à l'AJA Auxerre pour son acquisition soit notablement inférieur à sa valeur réelle ne peuvent suffire à démontrer l'urgence. Il en va de même du grief tenant au fait que l'autorité communale n'aurait étudié aucune solution alternative permettant à l'AJA Auxerre d'étendre ou améliorer ses équipements tout en conservant les parcelles litigieuses dans le patrimoine de la commune. Au demeurant, la réalisation de la vente ne saurait être tenue pour imminente alors que lesdites parcelles, ainsi qu'il vient d'être dit, ne peuvent légalement être aliénées sans avoir préalablement fait l'objet d'une procédure de déclassement. Enfin, la volonté pressante, voire la précipitation imputées par la requérante à l'AJA Auxerre à l'effet de mener à bien son projet de création d'un parc de stationnement et de diverses installations sportives ne peut davantage traduire l'urgence alléguée, dès lors qu'en tout état de cause, la vente envisagée n'autorise pas, par elle-même, de tels travaux, dont la réalisation est subordonnée à l'obtention de permis d'aménager ou de construire. Ainsi, la condition d'urgence n'est pas remplie.

Sur les frais liés au litige :

5. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que la commune d'Auxerre, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, verse à Mme A la somme qu'elle réclame en remboursement des frais exposés et non compris dans les dépens. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de faire droit aux conclusions présentées sur le même fondement par la commune d'Auxerre.

O R D O N N E :

Article 1er : La requête de Mme A est rejetée.

Article 2 : Les conclusions de la commune d'Auxerre tendant à l'application de l'article L. 671-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 3 : La présente ordonnance sera notifiée à Mme B A, à la commune d'Auxerre, à la société par actions simplifiées AJA Auxerre et à l'association AJA Auxerre.

Fait à Dijon, le 18 mars 2024.

Le président du tribunal, juge des référés,

D. ZUPAN

La République mande et ordonne au préfet de l'Yonne, en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition,

La greffière

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