mardi 18 février 2025
| Juridiction | Tribunal Administratif de Dijon |
| Section | Tribunal Administratif de Dijon |
| N° Dossier | TA21-2400585 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 1ère chambre |
| Avocat requérant | DE MESNARD ADÈLE |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 21 février 2024, M. A C A D, représenté par Me de Mesnard, demande au tribunal :
1°) d'annuler la décision du 1er février 2024 par laquelle l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) a rejeté son recours administratif préalable obligatoire formé contre la décision du 18 janvier 2024 de la directrice territoriale de Dijon de cet office lui refusant le bénéfice des conditions matérielles d'accueil des demandeurs d'asile ;
2°) d'enjoindre à l'OFII de lui octroyer le bénéfice des conditions matérielles d'accueil à compter du 18 janvier 2024, dans un délai de sept jours à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 150 euros par jour de retard et, à défaut, de réexaminer sa situation ;
3°) de mettre à la charge de l'OFII la somme de 1 000 euros à verser à son conseil, au titre des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du
10 juillet 1991.
Il soutient que :
- les décisions des 18 janvier 2024 et 1er février 2024 sont insuffisamment motivées et sont entachées d'un défaut d'examen réel et sérieux de sa situation personnelle ;
- il n'a pas été en mesure de présenter ses observations préalablement à la décision du
18 janvier 2024 ;
- la décision du 1er février 2024 est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation, en violation des articles L. 522-3 et L. 551-15 du code de l'entrée et du séjour des étrangers.
La requête a été communiquée le 22 février 2024 à l'OFII, qui n'a pas produit de mémoire en défense.
Par une décision du 26 février 2024, M. C A D a été admis à l'aide juridictionnelle totale.
Par une ordonnance du 31 octobre 2024, la clôture de l'instruction a été fixée au
18 novembre 2024.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code de justice administrative.
Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
A seul été entendu au cours de l'audience publique, le rapport de Mme B, les parties n'étant ni présentes ni représentées.
Considérant ce qui suit :
1. M. C A D, ressortissant soudanais né en 1998, a présenté une demande d'asile le 18 janvier 2024. Par une décision du même jour, la directrice territoriale de Dijon de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) lui a refusé le bénéfice des conditions matérielles d'accueil. Par une décision du 1er février 2024, le directeur général adjoint de l'OFII a rejeté le recours administratif préalable obligatoire formé contre la décision du 18 janvier 2024 de la directrice territoriale de l'OFII. Par la présente requête, M. C A D demande au tribunal d'annuler la décision du 1er février 2024.
2. En premier lieu, aux termes de l'article D. 551-17 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dans sa rédaction applicable au litige : " La décision de refus des conditions matérielles d'accueil prise en application de l'article L. 551-15 est écrite, motivée et prend en compte la vulnérabilité du demandeur. Elle prend effet à compter de sa signature. / Dans un délai de deux mois à compter de la notification de cette décision, le bénéficiaire peut introduire un recours devant le directeur général de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, à peine d'irrecevabilité du recours contentieux. La décision comporte la mention des voies et délais dans lesquels ce recours peut être formé. / Le directeur général de l'office dispose d'un délai de deux mois pour statuer. A défaut, le recours est réputé rejeté. Toute décision de rejet doit être motivée ".
3. L'institution d'un recours administratif, préalable obligatoire à la saisine du juge, a pour effet de laisser à l'autorité compétente pour en connaître le soin d'arrêter définitivement la position de l'administration. Il s'ensuit que la décision prise à la suite du recours se substitue nécessairement à la décision initiale et qu'elle est seule susceptible d'être déférée au juge de la légalité. Cette substitution ne fait toutefois pas obstacle à ce que soient invoqués à leur encontre des moyens tirés de la méconnaissance de règles de procédure applicables aux décisions initiales qui, ne constituant pas uniquement des vices propres à ces décisions, sont susceptibles d'affecter la régularité des décisions soumises au juge.
4. D'une part, le requérant ne peut utilement invoquer l'insuffisance de motivation de la décision initiale du 18 janvier 2024, qui est en tout état de cause propre à cette dernière et a nécessairement disparu avec elle.
5. D'autre part, la décision du 1er février 2024 par laquelle le directeur général adjoint de l'OFII a refusé à M. C A D le bénéfice des conditions matérielles d'accueil précise les textes dont elle fait application, notamment les articles L. 551-15, D. 551-17 et
L. 522-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Elle précise en outre qu'il est refusé le bénéfice des conditions matérielles d'accueil au motif que le requérant n'a pas sollicité l'asile, sans motif légitime, dans le délai de quatre-vingt- dix jours suivant son entrée en France. Il s'ensuit que la décision en litige qui vise les textes dont elle fait application et mentionne les faits qui en constituent le fondement, est suffisamment motivée pour permettre au requérant d'en contester le bien-fondé. Le moyen tiré du défaut de motivation ne peut dès lors qu'être écarté.
6. En deuxième lieu, le requérant ne peut utilement invoquer le défaut d'examen de sa situation particulière lors de la décision initiale du 18 janvier 2024, qui est en tout état de cause propre à cette dernière. Par ailleurs, il ne ressort pas des pièces du dossier que l'OFII n'aurait pas procédé à un examen réel et sérieux de la situation de M. C A D lors de la décision prise à la suite du recours administratif préalable obligatoire. Par suite, le moyen tiré de ce que la décision du 1er février 2024 serait entachée d'un défaut d'examen de la situation personnelle du requérant doit être écarté.
7. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 551-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Le demandeur est informé, dans une langue qu'il comprend ou dont il est raisonnable de penser qu'il la comprend, que le bénéfice des conditions matérielles d'accueil peut lui être refusé ou qu'il peut y être mis fin dans les conditions et selon les modalités prévues aux articles L. 551-15 et L. 551-16 ". Aux termes de l'article L. 551-15 de ce code : " () La décision de refus des conditions matérielles d'accueil prise en application du présent article est écrite et motivée. Elle prend en compte la vulnérabilité du demandeur ". Selon l'article L. 551-16 de ce code : " Il peut être mis fin, partiellement ou totalement, aux conditions matérielles d'accueil dont bénéficie le demandeur dans les cas suivants : / () La décision mettant fin aux conditions matérielles d'accueil prise en application du présent article () est prise après que l'intéressé a été mis en mesure de présenter ses observations écrites selon des modalités définies par décret. () ". Enfin, selon l'article D. 551-18 de ce code : " La décision mettant fin aux conditions matérielles d'accueil prise en application de l'article L. 551-16 est écrite, motivée et prise après que le demandeur a été mis en mesure de présenter à l'Office français de l'immigration et de l'intégration ses observations écrites dans un délai de quinze jours. () ".
8. Il résulte des dispositions précitées que l'obligation de mettre le demandeur d'asile en mesure de présenter des observations avant l'intervention de la décision ne s'applique qu'aux décisions mettant fin aux conditions matérielles d'accueil et non aux décisions refusant d'accorder le bénéfice de ces conditions matérielles d'accueil.
9. En l'espèce, le requérant fait valoir qu'il n'a pas été en mesure de présenter ses observations préalablement à l'édiction de la décision du 18 janvier 2024. Ainsi qu'il a été dit au point 3, la substitution de la décision prise à la suite du recours administratif ne fait pas obstacle à ce que soient invoqués à son encontre des moyens tirés de la méconnaissance de règles de procédure applicables à la décision initiale et qui ne constituent pas uniquement des vices propres à cette décision. Toutefois, et en tout état de cause, cette décision initiale n'avait pas à être précédée d'une procédure contradictoire dès lors qu'elle avait pour objet de refuser d'accorder le bénéfice des conditions matérielles d'accueil et non d'y mettre fin. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance du principe du contradictoire doit être écarté.
10. En quatrième lieu, aux termes de l'article L. 522-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'évaluation de la vulnérabilité vise, en particulier, à identifier les mineurs, les mineurs non accompagnés, les personnes en situation de handicap, les personnes âgées, les femmes enceintes, les parents isolés accompagnés d'enfants mineurs, les victimes de la traite des êtres humains, les personnes atteintes de maladies graves, les personnes souffrant de troubles mentaux et les personnes qui ont subi des tortures, des viols ou d'autres formes graves de violence psychologique, physique ou sexuelle, telles que des mutilations sexuelles féminines ". Aux termes de l'article L.551-15 de ce code : " Les conditions matérielles d'accueil peuvent être refusées, totalement ou partiellement, au demandeur dans les cas suivants : / () 4° Il n'a pas sollicité l'asile, sans motif légitime, dans le délai prévu au 3° de l'article L. 531-27. / La décision de refus des conditions matérielles d'accueil () prend en compte la vulnérabilité du demandeur ".
11. En se bornant à faire valoir, sans en justifier, qu'il " ne dispose d'aucune ressource et ne reçoit aucune aide financière particulière de sa famille, [et que] sa famille ne peut pas plus l'héberger ", M. C A D ne démontre pas qu'il présente des facteurs de vulnérabilité. Par ailleurs, si l'intéressé se prévaut de circonstances particulières telles que le passé diplomatique de son père et sa demande tardive d'asile du fait de sa précarité, ces circonstances ne suffisent pas à caractériser un motif légitime, alors que l'intéressé ne justifie pas avoir entrepris la moindre démarche pour se renseigner ou s'être heurté à des obstacles l'ayant empêché de connaître la procédure à suivre pour présenter sa demande d'asile. Dans ces conditions, le requérant n'est pas fondé à soutenir qu'en refusant de lui accorder le bénéfice des conditions matérielles d'accueil, le directeur général adjoint de l'OFII aurait commis une erreur d'appréciation en méconnaissance des dispositions des articles L. 522-3 et L. 551-15 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
12. Il résulte de ce tout ce qui précède que M. C A D n'est pas fondé à demander l'annulation de la décision du 1er février 2024 par laquelle le directeur général adjoint de l'OFII a rejeté son recours administratif préalable obligatoire dirigé contre la décision du 18 janvier 2024 refusant de lui accorder le bénéfice des conditions matérielles d'accueil. Par voie de conséquence, les conclusions à fin d'injonction ainsi que celles présentées sur le fondement des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du
10 juillet 1991 doivent également être rejetées.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de M. C A D est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A C A D, à l'Office français de l'immigration et de l'intégration et à Me de Mesnard.
Délibéré après l'audience du 6 février 2025, à laquelle siégeaient :
M. Olivier Rousset, président,
Mme Céline Frey, première conseillère,
Mme Valérie Zancanaro, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 18 février 2025.
La rapporteure,
V. B
Le Président,
O. Rousset
La greffière,
C. Chapiron
La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition,
La greffière,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026