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AccueilJurisprudence administrativeN° TA21-2400620

Tribunal Administratif de Dijon — Décision N° TA21-2400620

mardi 10 septembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Dijon
SectionTribunal Administratif de Dijon
N° DossierTA21-2400620
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
Formation2ème chambre
Avocat requérantRIQUET-MICHEL ADRIENNE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 23 février 2024, M. C, représenté par Me Riquet Michel, demande au tribunal :

1°) de lui accorder le bénéfice, à titre provisoire, de l'aide juridictionnelle ;

2°) d'annuler la décision implicite par laquelle le préfet de la Côte-d'Or a rejeté sa demande de titre de séjour ;

3°) d'enjoindre au préfet de la Côte-d'Or de lui délivrer une carte de séjour temporaire ou, à titre subsidiaire, de réexaminer sa demande et de lu délivrer, pendant la durée de ce réexamen, un récépissé l'autorisant à travailler, dans un délai de dix jours à compter de la notification du jugement à intervenir ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- sa requête n'est pas tardive ;

- la décision implicite est entachée d'incompétence, dès lors qu'il n'est pas établi que le préfet de la Côte-d'Or, seul compétent, aurait instruit sa demande ;

- malgré sa demande, formée le 10 janvier 2024, de motifs de la décision implicite née du silence du préfet, celui-ci ne lui a pas apporté de réponse, en méconnaissance des dispositions de l'article L. 232-4 du code des relations entre le public et l'administration ;

- la décision attaquée méconnaît les dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;

- elle a été prise en violation des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et du 1 de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant.

La requête a été communiquée le 14 mars 2024 au préfet de la Côte-d'Or, qui n'a pas produit de mémoire en défense, malgré la mise en demeure qui lui a été adressée le 22 avril 2024.

Par une ordonnance du 21 mai 2024, la clôture de l'instruction a été fixée au 21 juin 2024 à 12 heures.

M. A a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 11 mars 2024.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

A été entendu au cours de l'audience publique le rapport de M. Hugez.

Considérant ce qui suit :

1. M. C, ressortissant macédonien, né en 1997 à Skopje, qui déclare être entré en France le 1er septembre 2018 pour rejoindre sa compagne, s'est marié avec Mme B le 18 avril 2019 à Dijon. M. A a formé une demande de titre de séjour au titre de la vie privée et familiale en début d'année 2022 et a été mis en possession de récépissés successifs depuis cette date. Il demande au tribunal d'annuler la décision implicite de rejet née du silence du préfet de la Côte-d'Or sur cette demande.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. Aux termes des trois premiers alinéas de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration : " Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent. / A cet effet, doivent être motivées les décisions qui : / 1° Restreignent l'exercice des libertés publiques ou, de manière générale, constituent une mesure de police ; ". Selon l'article L. 211-5 du même code : " La motivation exigée par le présent chapitre doit être écrite et comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision. ". Enfin, aux termes de l'article L. 232-4 de ce code : " Une décision implicite intervenue dans les cas où la décision explicite aurait dû être motivée n'est pas illégale du seul fait qu'elle n'est pas assortie de cette motivation. / Toutefois, à la demande de l'intéressé, formulée dans les délais du recours contentieux, les motifs de toute décision implicite de rejet devront lui être communiqués dans le mois suivant cette demande. Dans ce cas, le délai du recours contentieux contre ladite décision est prorogé jusqu'à l'expiration de deux mois suivant le jour où les motifs lui auront été communiqués. ".

3. Par une lettre, en date du 9 janvier 2024, dont les services de la préfecture de la Côte-d'Or ont accusé réception le lendemain, M. A a demandé, dans le délai de recours contentieux, la communication des motifs de refus de sa demande de titre de séjour. L'administration n'a pas communiqué les motifs de cette décision implicite de rejet dans le délai d'un mois imparti par les dispositions précitées. Par suite, la décision implicite en litige est, pour ce motif, entachée d'illégalité.

4. Il résulte de tout ce qui précède, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur les autres moyens de la requête, que M. A est fondé à demander l'annulation de la décision implicite, par laquelle le préfet de la Côte-d'Or a rejeté sa demande de titre de séjour au titre de la vie privée et familiale.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

5. Eu égard au motif d'annulation retenu, seul susceptible de la fonder, la présente décision n'implique pas que soit délivré à M. A un titre de séjour. Elle implique seulement d'enjoindre au préfet de la Côte-d'Or de procéder, dans un délai d'un mois, au réexamen de la demande de titre de séjour présentée par M. A, et de lui délivrer, dans l'attente, une autorisation provisoire de séjour.

Sur les conclusions relatives à l'application des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 :

6. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu de faire droit aux conclusions présentées sur le fondement de ces dispositions.

D É C I D E :

Article 1er : La décision implicite, par laquelle le préfet de la Côte-d'Or a rejeté la demande de titre de séjour de M. A est annulée.

Article 2 : Il est enjoint au préfet de la Côte-d'Or de procéder, dans le délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement, au réexamen de la demande de titre de séjour formée par M. A et de lui délivrer, dans l'attente, une autorisation provisoire de séjour.

Article 3 : Le surplus des conclusions de la requête de M. A est rejeté.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. C, au préfet de la Côte-d'Or et à Me Adrienne Riquet Michel.

Copie en sera adressée au ministre de l'intérieur et des outre-mer et au procureur de la République près le tribunal judiciaire de Dijon.

Délibéré après l'audience du 3 septembre 2024, à laquelle siégeaient :

M. Nicolet, président,

M. Hugez, premier conseiller,

M. Cherief, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 10 septembre 2024.

Le rapporteur,

I. Hugez

Le président,

Ph. Nicolet

La greffière,

L. Curot

La République mande et ordonne au préfet de la Côte-d'Or en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition,

La greffière,

lc

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