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AccueilJurisprudence administrativeN° TA21-2400624

Tribunal Administratif de Dijon — Décision N° TA21-2400624

mardi 11 juin 2024

JuridictionTribunal Administratif de Dijon
SectionTribunal Administratif de Dijon
N° DossierTA21-2400624
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation2ème chambre
Avocat requérantSI HASSEN MYRIAM

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 23 février 2024, M. B C, représenté par Me Si Hassen, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 22 février 2024, par lequel le préfet de la Marne l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays à destination duquel il pourra être reconduit d'office, a assorti ces décisions d'une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de cinq ans et l'a informé qu'il faisait l'objet d'un signalement aux fins de non-admission dans le système d'information Schengen ;

2°) à titre principal, de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros à verser à son conseil au titre des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique, et à titre subsidiaire de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros à lui verser au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, dans le cas où l'aide juridictionnelle lui serait refusée.

Il soutient que :

- il n'est pas établi que le signataire de l'arrêté litigieux disposait d'une délégation de signature régulière et publiée à cet effet ;

S'agissant de la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- cette décision est entachée d'une erreur de fait, dès lors qu'il a seulement été interpellé en possession de dix jouets en forme de téléphone portable destinés aux enfants et ne permettant pas d'être utilisés comme des téléphones, qu'il a seulement deux mentions sur son casier judiciaire, auxquelles s'ajoutent les condamnations en date des 22 mars 2023 et 16 octobre 2023 prononcées par les tribunaux correctionnels de Pontoise et de Reims et que le préfet a volontairement exagéré la menace à l'ordre public qu'il représente en mentionnant vingt-trois motifs pour lesquels il serait défavorablement connu des forces de l'ordre ; les infractions qu'il a commises constituent des atteintes aux biens et non aux personnes et revêtent de ce fait un caractère de gravité moindre ;

- les erreurs de fait commises démontrent un défaut d'examen réel et sérieux de sa situation particulière ;

- le préfet ne démontre pas qu'il représente une menace pour l'ordre public ;

- cette décision, qui apparaît superfétatoire, vexatoire et injustifiée, dès lors qu'il a déjà fait l'objet d'une obligation de quitter le territoire français notifiée le 10 mai 2023, sur la base de laquelle il pouvait être placé en rétention ou assigné à résidence, est, de ce fait, entachée d'une erreur de droit et d'une erreur manifeste d'appréciation ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

S'agissant de la décision portant refus d'un délai de départ volontaire :

- il se prévaut, par la voie de l'exception, de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français ;

S'agissant de la décision fixant le pays de destination :

- il se prévaut, par la voie de l'exception, de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français ;

- cette décision est entachée d'une erreur de droit, dès lors qu'elle ne mentionne aucun pays précis, en méconnaissance des dispositions de l'article L. 612-12 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et de l'article L. 721-4 de ce code ;

S'agissant de la décision portant interdiction de retour sur le territoire français :

- il se prévaut, par la voie de l'exception, de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français ;

- elle est entachée d'une erreur de droit dès lors que le préfet a fixé la durée de l'interdiction à cinq ans, en citant une base légale limitant cette durée à trois ans ;

S'agissant de la décision de signalement aux fins de non-admission dans le système d'information Schengen :

- il se prévaut, par la voie de l'exception, de l'illégalité des décisions portant obligation de quitter le territoire français et interdiction de retour sur le territoire français.

La requête a été communiquée le 12 mars 2024 au préfet de la Marne, qui n'a pas produit de mémoire en défense, mais des pièces, enregistrées le 19 avril 2024, malgré la mise en demeure qui lui a été adressée le 4 avril 2024.

Par une ordonnance du 12 avril 2024, la clôture de l'instruction a été fixée au 13 mai 2024 à 12 heures.

M. C a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 11 mars 2024.

Les parties ont été informées le 22 avril 2024, en application des dispositions de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, de ce que le jugement était susceptible d'être fondé sur un moyen relevé d'office, tiré de l'irrecevabilité des conclusions tendant à l'annulation du signalement aux fins de non-admission dans le système d'information Schengen, qui ne présente aucun caractère décisoire, dès lors que, lorsqu'elle prend à l'égard d'un étranger une décision d'interdiction de retour sur le territoire français, l'autorité administrative se borne à informer l'intéressé de son signalement aux fins de non-admission dans le système d'information Schengen et qu'une telle information ne constitue pas une décision distincte de la mesure d'interdiction de retour.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Hugez,

- et les observations de Me Si Hassen, représentant M. C.

Considérant ce qui suit :

1. M. B C, ressortissant algérien, né en 1993 à Alger, a déclaré être entré irrégulièrement sur le territoire français en 2020 et n'avoir jamais été en situation régulière sur le territoire français depuis cette date. Il a fait l'objet, par le passé, de trois obligations de quitter le territoire français, en date des 2 septembre 2021, 11 mai 2022 et 10 mai 2023, demeurées non exécutées. A la suite de son interpellation le 22 février 2024 par les services de police de Beaune, sous une fausse identité, l'autorité administrative a identifié que l'intéressé était connu de l'administration sous une dizaine d'identités différentes et le préfet de la Marne, par un arrêté du même jour, l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays à destination duquel il pourra être reconduit d'office et a assorti ces décisions d'une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de cinq ans. M. C demande au tribunal d'annuler cet arrêté.

Sur la recevabilité :

2. Aux termes de l'article L. 613-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger auquel est notifiée une interdiction de retour sur le territoire français est informé qu'il fait l'objet d'un signalement aux fins de non-admission dans le système d'information Schengen, conformément à l'article 24 du règlement (CE) n° 1987/2006 du Parlement européen et du Conseil du 20 décembre 2006 sur l'établissement, le fonctionnement et l'utilisation du système d'information Schengen (SIS). () ".

3. Il résulte de ces dispositions que, lorsqu'elle prend à l'égard d'un étranger une décision d'interdiction de retour sur le territoire français, l'autorité administrative se borne à informer l'intéressé de son signalement aux fins de non-admission dans le système d'information Schengen. Une telle information ne constitue pas une décision distincte de la mesure d'interdiction de retour et n'est, dès lors, pas susceptible de faire l'objet d'un recours pour excès de pouvoir. Par suite, les conclusions tendant à l'annulation du signalement aux fins de non admission de l'intéressé dans le système d'information Schengen sont irrecevables et ne peuvent qu'être rejetées.

Sur le surplus des conclusions à fin d'annulation :

4. Par un arrêté du 16 octobre 2023, régulièrement publié au recueil des actes administratifs n° 10-10 du 16 octobre 2023 de la préfecture de la Marne, le préfet de la Marne a donné délégation de signature à M. A D, sous-préfet, directeur de cabinet du préfet, à l'effet de signer notamment, en cas d'absence ou d'empêchement du secrétaire général de la préfecture et du sous-préfet territorialement compétent, toutes les décisions relatives à l'éloignement des étrangers, y compris les arrêtés de placement en rétention. Il ne ressort pas des pièces du dossier que le secrétaire général et le sous-préfet territorialement compétent n'auraient pas été absents ou empêchés. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire des décisions attaquées, qui manque en fait, doit être, pour ce motif, écarté.

En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire français :

5. Aux termes de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français lorsqu'il se trouve dans les cas suivants : / 1° L'étranger, ne pouvant justifier être entré régulièrement sur le territoire français, s'y est maintenu sans être titulaire d'un titre de séjour en cours de validité ; / () 5° Le comportement de l'étranger qui ne réside pas régulièrement en France depuis plus de trois mois constitue une menace pour l'ordre public ; () ".

6. Il ressort des termes mêmes de l'arrêté attaqué que le préfet a fondé l'obligation de quitter le territoire français en litige tout à la fois sur le 1° et sur le 5° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. A cette fin, le préfet de la Marne a constaté, d'une part, que l'intéressé a déclaré être entré irrégulièrement en France en 2018 et qu'il n'a entrepris aucune démarche en vue de régulariser sa situation et d'autre part, que l'intéressé est connu des services de police et de l'autorité judiciaire, sous douze identités différentes, pour trente-trois faits différents, pour lesquels le préfet énumère les qualifications et les dates, qu'il a été écroué à la maison d'arrêt de Châlons-en-Champagne le 14 octobre 2023 pour des faits de vol avec destruction ou dégradation, que le tribunal correctionnel de Pontoise l'a condamné le 25 mai 2022 à une amende de 500 euros avec sursis pour des faits de violation de domicile (maintien dans le domicile d'autrui à la suite d'une introduction par manœuvres, menace, voies de fait ou contrainte), que le tribunal correctionnel de Paris l'a condamné le 1er décembre 2022 à une peine de six mois d'emprisonnement avec sursis pour des faits de vol en réunion en récidive, que le tribunal correctionnel de Pontoise a ordonné le 22 mars 2023, par jugement, son maintien en détention pour une durée de trois mois, avec trois mois de sursis pour les faits de vol avec destruction ou dégradation et enfin qu'un jugement du 16 octobre 2023 a ordonné l'emprisonnement de l'intéressé pour une durée de trois mois avec maintien en détention et révocation du sursis simple prononcé le 22 mars 2023 par la tribunal judiciaire de Pontoise.

7. En premier lieu, d'une part, le préfet de la Marne s'est borné, au titre des circonstances dans lesquelles M. C a été pris en charge par les services de police de Beaune dans la Côte-d'Or, à mentionner que cette interpellation avait eu lieu pour des faits de détention de marchandise contrefaisante sans document justificatif régulier, fait réputé importation en contrebande, sans se prévaloir de ces faits au soutien du motif tiré de la menace à l'ordre public que représente l'intéressé. D'autre part, si le préfet a fait valoir, au soutien de la menace à l'ordre public que représente M. C, trente-trois faits et dates pour lesquels " il s'est fait défavorablement connaître des services de l'ordre et de la justice ", l'intéressé ne conteste pas l'exactitude de ces mentions. Il résulte de ce qui vient d'être dit que le requérant, qui ne conteste pas davantage les condamnations énumérées par le préfet, ne démontre pas que l'arrêté attaqué serait entaché d'une erreur de fait.

8. En deuxième lieu, dès lors que le moyen tiré de l'erreur de fait n'est pas fondé, le requérant n'est pas davantage fondé à se prévaloir, par voie de conséquence, d'un défaut d'examen réel et sérieux de sa situation particulière. En outre, il ne résulte d'aucune des pièces du dossier que le préfet de la Marne n'aurait pas procédé à un tel examen. Par suite, le moyen tiré du défait d'examen réel et sérieux de la situation de l'intéressé doit être écarté.

9. En troisième lieu, il ressort des pièces du dossier et n'est pas contesté que M. C a été condamné le 25 mai 2022 par le tribunal correctionnel de Pontoise à une amende de 500 euros avec sursis pour violation de domicile (maintien dans le domicile d'autrui à la suite d'une introduction par manœuvres, menace, voies de fait ou contrainte) commise du 28 juillet au 11 août 2021, le 1er décembre 2022 par le tribunal correctionnel de Paris à une peine de six mois d'emprisonnement avec sursis pour des faits de vol en réunion en récidive commis le 9 mai 2022, le 22 mars 2023 par le tribunal correctionnel de Pontoise pour des faits de vol avec destruction ou dégradation à une peine de trois mois d'emprisonnement avec sursis, le 16 octobre 2023 par le tribunal correctionnel de Reims pour des faits de vol avec destruction ou dégradation en récidive à une peine d'emprisonnement de trois mois avec révocation totale du sursis simple de trois mois prononcé par le tribunal correctionnel de Pontoise. Eu égard à l'ensemble de ces faits, en outre non contestés, et à leur caractère récent et récurrent, le préfet de la Marne a pu, sans commettre l'erreur d'appréciation qui lui est reprochée, considérer que le comportement de M. C, qui n'a jamais été en situation régulière en France, constitue une menace pour l'ordre public et prononcer, sur ce fondement, une obligation de quitter le territoire français. Par suite, le moyen tiré de ce que M. C ne constitue pas une menace pour l'ordre public doit être écarté.

10. En quatrième lieu, l'édiction le 10 mai 2023 par le préfet de la Seine-Saint-Denis d'une précédente mesure d'éloignement sans délai, assortie d'une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de trois ans, à l'encontre de M. C, ne faisait nullement obstacle à l'édiction d'une nouvelle mesure d'éloignement par le préfet de la Marne le 22 février 2024. Par suite, le moyen tiré de l'erreur de droit et de l'erreur manifeste d'appréciation à édicter une nouvelle obligation de quitter le territoire français doit être écarté.

11. En cinquième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale () ". Pour l'application de ces stipulations, l'étranger qui invoque la protection due à son droit au respect de sa vie privée et familiale en France doit apporter toute justification permettant d'apprécier la réalité et la stabilité de ses liens personnels et familiaux effectifs en France au regard de ceux qu'il a conservés dans son pays d'origine.

12. Si M. C soutient dans la présente instance être entré sur le territoire français en 2017, il ne l'établit pas, alors qu'il a lui-même déclaré être entré irrégulièrement en France en septembre 2020, lors de son audition le 11 mai 2023 par les services de police d'Ermont dans le Val-d'Oise. S'il soutient que ses parents et son unique frère sont tous décédés, de sorte qu'il ne disposerait pas d'attaches dans son pays d'origine, il ne l'établit pas. Il n'établit pas davantage les raisons pour lesquelles, comme il le soutient, " sa vie privée est aujourd'hui en France " et ne fait état d'aucun lien personnel ou familial effectif en France, ni d'aucune forme d'insertion dans la société française. Alors que l'intéressé est célibataire et sans enfant, qu'il ne conteste pas avoir résidé jusqu'à l'âge de vingt-sept ans en Algérie, et eu égard à la menace à l'ordre public que constitue son comportement, comme cela a été dit au point 9 du présent jugement, la décision contestée ne porte pas au droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée par rapport aux motifs du refus. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté.

13. Il résulte de tout ce qui précède que M. C n'est pas fondé à demander l'annulation de la mesure d'éloignement dont il fait l'objet.

En ce qui concerne la décision portant refus d'un délai de départ volontaire :

14. Il résulte de ce qui précède que M. C ne démontre pas l'illégalité de la mesure d'éloignement dont il fait l'objet. Dès lors, il n'est pas fondé à se prévaloir de cette illégalité, par la voie de l'exception, à l'appui de ses conclusions dirigées à l'encontre de la décision lui refusant un délai de départ volontaire.

En ce qui concerne la décision portant fixation du pays de destination :

15. Aux termes de l'article L. 612-12 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " La décision portant obligation de quitter le territoire français mentionne le pays, fixé en application de l'article L. 721-3, à destination duquel l'étranger est renvoyé en cas d'exécution d'office. ". Aux termes de l'article L. 721-3 du même code : " L'autorité administrative fixe, par une décision distincte de la décision d'éloignement, le pays à destination duquel l'étranger peut être renvoyé en cas d'exécution d'office d'une décision portant obligation de quitter le territoire français, d'une interdiction de retour sur le territoire français () ". Aux termes de l'article L. 721-4 de ce code : " L'autorité administrative peut désigner comme pays de renvoi : / 1° Le pays dont l'étranger a la nationalité () ; / 2° Un autre pays pour lequel un document de voyage en cours de validité a été délivré en application d'un accord ou arrangement de réadmission européen ou bilatéral ; / 3° Ou, avec l'accord de l'étranger, tout autre pays dans lequel il est légalement admissible. ".

16. En premier lieu, il résulte de ce qui précède que M. C ne démontre pas l'illégalité de la mesure d'éloignement dont il fait l'objet. Dès lors, il n'est pas fondé à se prévaloir de cette illégalité, par la voie de l'exception, à l'appui de ses conclusions dirigées à l'encontre de la décision fixant le pays à destination duquel il pourra être éloigné.

17. En deuxième lieu, en visant, pour définir le pays à destination duquel M. C pourra être reconduit d'office, " son pays d'origine ou () tout pays où il établit être légalement admissible ", le préfet de la Marne a entendu viser l'Algérie, pays dont M. C est originaire et dont il possède la nationalité, ou tout pays où il établit être légalement admissible. Ce faisant, le préfet de la Marne, contrairement à ce que soutient M. C, d'une part a mentionné le pays à destination duquel il pourra être renvoyé d'office, sans méconnaître les dispositions précitées de l'article L. 612-12 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et, d'autre part, a fait application des 1° et 3° de l'article L. 721-4 du même code, sans davantage méconnaître ces dispositions. Par suite, le moyen tiré de l'erreur de droit doit être écarté.

18. Il résulte de ce qui précède que M. C n'est pas fondé à demander l'annulation de la décision portant fixation du pays à destination duquel il pourra être éloigné d'office.

En ce qui concerne l'interdiction de retour sur le territoire français :

19. Aux termes de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dans sa version applicable depuis le 28 janvier 2024 : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour. / Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder cinq ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français, et dix ans en cas de menace grave pour l'ordre public. ".

20. En premier lieu, il résulte de ce qui précède que M. C ne démontre pas l'illégalité de la mesure d'éloignement dont il fait l'objet. Dès lors, il n'est pas fondé à se prévaloir de cette illégalité, par la voie de l'exception, à l'appui de ses conclusions dirigées à l'encontre de la décision portant interdiction de retour sur le territoire français.

21. En deuxième lieu, si, par une regrettable erreur de plume, le préfet de la Marne a mentionné dans son arrêté la version de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile applicable avant le 28 janvier 2024, il ressort des termes mêmes de cet arrêté que ce préfet, qui a fondé la mesure d'interdiction de retour sur le territoire français sur les dispositions en vigueur de cet article, a effectivement fait application de ces dispositions, dans leur rédaction en vigueur à la date de l'arrêté litigieux. Par suite, le moyen tiré de l'erreur de droit doit être écarté.

22. Il résulte de ce qui précède que M. C n'est pas fondé à demander l'annulation de la décision portant interdiction de retour sur le territoire français.

23. Il résulte de tout ce qui précède que M. C n'est pas fondé à demander l'annulation de l'arrêté du 22 février 2024, par lequel le préfet de la Marne l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays à destination duquel il pourra être reconduit d'office et a assorti ces décisions d'une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de cinq ans. Par suite, les conclusions de M. C à fin d'annulation doivent être rejetées.

Sur les conclusions relatives à l'application des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 :

24. Ces dispositions font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'État, qui n'est pas, dans la présente instance, la partie perdante, la somme demandée au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.

D É C I D E :

Article 1er : La requête de M. C est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B C, au préfet de la Marne et à Me Myriam Si Hassen.

Copie en sera adressée au ministre de l'intérieur et des outre-mer et, pour information, au préfet de la Nièvre.

Délibéré après l'audience du 4 juin 2024, à laquelle siégeaient :

M. Nicolet, président,

M. Hugez, premier conseiller,

M. Cherief, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 11 juin 2024.

Le rapporteur,

I. Hugez

Le président,

Ph. Nicolet

La greffière,

L. Curot

La République mande et ordonne au préfet de la Marne en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition,

La greffière,

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