mardi 2 juillet 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Dijon |
| Section | Tribunal Administratif de Dijon |
| N° Dossier | TA21-2400625 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 2ème chambre |
| Avocat requérant | SCP AUDARD & ASSOCIES |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 23 février 2024, M. A B, représenté par Me Audard, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 29 novembre 2023 par lequel le préfet de Saône-et-Loire a refusé de lui délivrer un titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel il est susceptible d'être reconduit d'office ;
2°) d'enjoindre à ce préfet de lui délivrer un titre de séjour ou, à défaut, de réexaminer sa demande et de lui délivrer dans l'attente une autorisation provisoire de séjour ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 000 euros, à verser à son conseil, au titre des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.
Il soutient que :
En ce qui concerne la décision de refus de séjour :
- la décision est insuffisamment motivée ;
- le préfet n'a pas sérieusement examiné les demandes présentées sur le fondement de l'article L. 423-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et au titre du pouvoir de régularisation ;
- la décision est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;
En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :
- elle est illégale du fait de l'illégalité de la décision portant refus de séjour, invoquée par la voie de l'exception ;
- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
En ce qui concerne la décision fixant le pays de destination :
- elle est illégale du fait de l'illégalité des décisions portant refus de séjour et obligation de quitter le territoire français.
Par un mémoire en défense, enregistré le 22 mars 2024, le préfet de Saône-et-Loire conclut au rejet de la requête.
Il soutient que les moyens soulevés par le requérant ne sont pas fondés.
M. B a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 22 janvier 2024 du bureau d'aide juridictionnelle près le tribunal judiciaire de Dijon.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- l'accord franco-tunisien en matière de séjour et de travail du 17 mars 1988 ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de présenter des conclusions à l'audience sur cette affaire en application des dispositions de l'article R. 732-1-1 du code de justice administrative.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Pauline Hascoët,
- et les observations de Me Audard, représentant M. B.
Considérant ce qui suit :
1. M. A B, ressortissant tunisien né le 28 juin 1992, est entré irrégulièrement en France en 2015 puis de nouveau en 2019 selon ses déclarations, après un séjour de plusieurs mois en Italie. Il a fait l'objet d'une obligation de quitter le territoire français le 17 décembre 2020 qu'il n'a pas exécutée. Il s'est marié le 15 mai 2021 avec une ressortissante française. Le 15 février 2022, il a sollicité son admission exceptionnelle au séjour en se prévalant de son mariage et de son emploi. Par un arrêté du 8 mars 2023, le préfet de Saône-et-Loire a refusé de lui délivrer un titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel il est susceptible d'être reconduit d'office. Par un jugement n° 2301030 du 23 novembre 2023, le tribunal administratif de Dijon a annulé cet arrêté et enjoint au préfet de procéder au réexamen de la situation de M. B. Par un arrêté du 29 novembre 2023 dont M. B demande l'annulation, le préfet de Saône-et-Loire a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel il est susceptible d'être reconduit d'office.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
En ce qui concerne la décision de refus de séjour :
2. En premier lieu, la décision attaquée vise l'accord franco-tunisien du 17 mars 1988, les dispositions des articles L. 423-1, L. 423-2 et L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et mentionne que M. B ne remplit pas la condition d'entrée régulière sur le territoire national prévue par l'article 10-1 a) de l'accord franco-tunisien pour bénéficier d'une carte de résident mention " conjoint de français " délivrée de plein droit, qu'il ne remplit pas davantage les conditions de l'article L. 423-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dès lors qu'il ne justifie pas du visa de long séjour prévu par l'article L. 412-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, qu'il ne peut se prévaloir de l'article L. 423-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dérogeant à l'obligation de possession d'un visa de long séjour du fait de son entrée irrégulière sur le territoire, que la demande ne saurait être examinée sur le fondement de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dès lors que l'article 7 de l'accord franco-tunisien est de compétence exclusive pour la délivrance d'une carte de séjour mention " salarié ", que l'intéressé ne remplit pas les conditions de l'accord franco-tunisien et qu'il ne se prévaut pas de motifs particuliers ou exceptionnels ou de circonstances spécifiques et personnelles qui justifieraient son admission au séjour. Par suite, la décision qui comporte les considérations de droit et de fait sur lesquelles elle se fonde, est suffisamment motivée.
3. En deuxième lieu, il ressort des termes de la décision attaquée que le préfet a examiné la demande présentée par M. B sur le fondement de l'article L. 423-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Constatant que M. B remplissait la condition concernant le mariage avec une ressortissante française, il a cependant considéré que la demande devait être rejetée du fait de l'absence d'un visa de long séjour. S'agissant de la demande de régularisation, il ressort des termes de la décision attaquée que le préfet, qui a à bon droit écarté l'application des dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, a considéré qu'il n'existait pas de circonstances spécifiques et personnelles justifiant sa régularisation à titre exceptionnel. Le moyen tiré du défaut d'examen sérieux des demandes doit être écarté.
4. En troisième lieu, si M. B fait valoir qu'il est présent et travaille en France depuis 2015, il ressort des pièces du dossier que sa présence continue n'est pas établie avant 2019. Il a d'ailleurs lui-même déclaré, lors d'une audition par les services de gendarmerie en 2020, qu'il avait quitté la France pendant environ six mois en 2018 ou 2019 pour travailler en Italie, ce qui lui avait permis d'obtenir une fausse carte d'identité italienne. S'il est marié avec une ressortissante française depuis plus de deux ans à la date de la décision attaquée et s'il justifie travailler depuis le mois d'avril 2019 dans le domaine de la restauration rapide, il a fait l'objet, le 17 décembre 2020, avant son mariage, d'une obligation de quitter le territoire français sans délai qu'il n'a pas exécutée et la vie commune antérieure au mariage n'est pas établie par les pièces du dossier. En outre, il ne justifie pas de qualifications particulières pour son emploi et il ressort des pièces du dossier qu'il a utilisé une fausse carte d'identité italienne pour travailler en France. Il n'est par ailleurs pas dépourvu d'attaches en Tunisie où il a vécu jusqu'à l'âge de 23 ans selon ses déclarations. Compte tenu de l'ensemble de ces éléments, le préfet n'a pas commis d'erreur manifeste d'appréciation en refusant de régulariser sa situation.
En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire français :
5. En premier lieu, le requérant n'ayant pas établi l'illégalité de la décision de refus de séjour, il n'est pas fondé à se prévaloir, par la voie de l'exception, de l'illégalité de cette décision.
6. En deuxième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale () ".
7. M. B fait valoir qu'il réside en France depuis 2015, qu'il a toujours travaillé, qu'il a de nombreux membres de sa famille en France et qu'il est marié avec une ressortissante française. Toutefois, comme il a été dit au point 4 du jugement, sa présence stable et continue en France n'est pas établie avant le mois d'avril 2019. Il a à cet égard lui-même déclaré aux services de gendarmerie en décembre 2020 avoir quitté la France pendant plusieurs mois pour travailler en Italie. S'il justifie s'être marié en France avec une ressortissante française le 15 mai 2021, aucune vie commune antérieure n'est attestée par les pièces du dossier. Il a en outre fait l'objet, préalablement à ce mariage encore récent, d'une obligation de quitter le territoire français qu'il n'a pas exécutée. Aucun enfant n'est né de cette union. M. B, qui a changé à plusieurs reprises d'employeur, ne justifie par ailleurs pas de qualifications particulières dans l'exécution de son emploi dans le secteur de la restauration rapide. Enfin, il n'est pas dépourvu de liens en Tunisie, où il a vécu jusqu'à l'âge de vingt-trois ans et où résident ses parents, même si plusieurs autres membres de sa famille résident en France en situation régulière. Compte tenu de ces éléments, le préfet n'a pas porté une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale en l'obligeant à quitter le territoire français. Le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté.
En ce qui concerne la décision fixant le pays de destination
8. Le requérant n'ayant pas établi l'illégalité des décisions portant refus de séjour et obligation de quitter le territoire français il n'est pas fondé à se prévaloir de l'illégalité de ces décisions.
9. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation de l'arrêté du 29 novembre 2023 doivent être rejetées. Doivent également être rejetées par voie de conséquence les conclusions à fin d'injonction et les conclusions présentées au titre des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de M. B est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A B, à Me Audard et au préfet de Saône-et-Loire.
Copie sera adressée au ministre de l'intérieur et des outre-mer.
Délibéré après l'audience du 4 juin 2024, à laquelle siégeaient :
M. Philippe Nicolet, président,
Mme Pauline Hascoët, première conseillère,
M. Hamza Cherief, conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 2 juillet 2024.
La rapporteure,
P. Hascoët
Le président,
P. Nicolet
La greffière,
L. Curot
La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition,
La greffière,
lc
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026