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AccueilJurisprudence administrativeN° TA21-2400651

Tribunal Administratif de Dijon — Décision N° TA21-2400651

jeudi 27 juin 2024

JuridictionTribunal Administratif de Dijon
SectionTribunal Administratif de Dijon
N° DossierTA21-2400651
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation3ème chambre
Avocat requérantWEBER KIM

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des mémoires, enregistrés les 27 février, 13 mars et 1er juin 2024, M. B A, représenté par Me Weber, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :

1°) d'annuler l'arrêté du 12 février 2024 par lequel le préfet de Saône-et-Loire a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de renvoi et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée d'un an ;

2°) d'enjoindre au préfet de Saône-et-Loire de lui délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention vie " privée et familiale " dans un délai de deux mois à compter de la notification du jugement et sous astreinte de 100 euros par jour de retard ou, à défaut, dans le même délai et sous la même astreinte, de procéder au réexamen de sa situation ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros à verser à son conseil en application des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991.

4°) de mettre à la charge de l'Etat une somme 1 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

M. A soutient que :

- la décision de refus de séjour est entachée d'un vice d'incompétence, d'un vice de procédure tiré de l'absence de saisine préalable de la commission du titre de séjour et d'une insuffisance de motivation ;

- le préfet de Saône-et-Loire a commis une erreur d'appréciation en considérant que sa présence en France constituait une menace pour l'ordre public ;

- la décision portant obligation de quitter le territoire français est illégale par voie de conséquence de l'illégalité de la décision lui refusant un titre de séjour et méconnaît les stipulations l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

- la décision refusant de lui accorder un délai de départ volontaire est illégale par voie de conséquence de l'illégalité de la décision l'obligeant à quitter le territoire français et est en outre entachée d'un défaut d'examen particulier de sa situation personnelle, d'une méconnaissance du principe de proportionnalité, d'une erreur de droit et d'une erreur manifeste d'appréciation ;

- la décision fixant le pays de renvoi est illégale par voie de conséquence de l'illégalité de la décision l'obligeant à quitter le territoire français ;

- la décision d'interdiction de retour sur le territoire français est illégale par voie de conséquence de l'illégalité de la décision l'obligeant à quitter le territoire français, est entachée d'une erreur d'appréciation et méconnait, en outre, les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Par un mémoire en défense, enregistré le 11 mars 2024, le préfet de Saône-et-Loire conclut au rejet de la requête.

Le préfet soutient que les moyens soulevés par M. A ne sont pas fondés.

M. A a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle partielle par une décision du 22 avril 2024.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendu au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Desseix,

- et les observations de Me Weber représentant M. A.

Considérant ce qui suit :

1. M. A, ressortissant albanais né le 15 mai 1974 et entré régulièrement en France le 17 novembre 2017, a bénéficié d'une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " entre le 5 août 2020 et le 2 décembre 2022. Le 22 novembre 2022, il a sollicité le renouvellement de sa carte de séjour temporaire. Par un arrêté du 12 février 2024, le préfet de Saône-et-Loire a refusé de lui délivrer un titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de renvoi et a prononcé une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée d'un an. M. A demande l'annulation de cet arrêté.

Sur les conclusions à fin l'annulation :

2. Aux termes de l'article L. 412-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " La circonstance que la présence d'un étranger en France constitue une menace pour l'ordre public fait obstacle à la délivrance et au renouvellement de la carte de séjour temporaire, de la carte de séjour pluriannuelle et de l'autorisation provisoire de séjour prévue aux articles L. 425-4 ou L. 425-10 ainsi qu'à la délivrance de la carte de résident et de la carte de résident portant la mention " résident de longue durée-UE " ".

3. Pour refuser de renouveler le titre de séjour de M. A, le préfet de Saône-et-Loire a estimé que sa présence sur le territoire constituait une menace pour l'ordre public, compte tenu des faits de violence ayant entrainé une incapacité inférieure à huit jours commis par l'intéressé à l'encontre de son épouse.

4. Il est vrai que, par un jugement rendu par le tribunal correctionnel de Chalon-sur-Saône le 23 juin 2022, M. A a été reconnu coupable des faits de non-respect d'obligation ou interdiction imposée par le juge aux affaires familiales dans une ordonnance de protection de victime de violences familiales ou de menace de mariage forcé et a été condamné à une peine d'emprisonnement délictuel de huit mois, laquelle peine a été totalement assortie d'un sursis probatoire de deux ans.

5. Toutefois, il ressort tout d'abord des pièces du dossier que, par un jugement du 7 février 2023, le juge de l'application des peines a ordonné la mainlevée de l'interdiction d'entrer en contact avec la victime puis, par un jugement du 16 octobre 2023, a ordonné la mainlevée de l'interdiction de paraître au domicile de la victime. Ensuite, il ressort des pièces du dossier, et en particulier des mentions du jugement du 16 octobre 2023, que les époux ont repris une relation conjugale sans qu'aucun incident n'ait été porté à la connaissance de l'autorité judiciaire et qu'il a été fait droit à la demande de mainlevée afin de permettre la reprise de la vie commune. Enfin, il ressort des pièces du dossier que la vie conjugale se poursuit depuis lors, que l'épouse de M. A est en situation régulière sur le territoire français, que l'intéressé travaille dans le cadre d'un contrat à durée indéterminée depuis le mois de décembre 2022 et que le couple a quatre enfants mineurs scolarisés en France.

6. Dès lors, dans les circonstances très particulières de l'espèce, compte tenu du caractère isolé des faits de violence commis par M. A à l'encontre de son épouse, de la mainlevée des mesures d'interdiction d'entrer en contact et de se présenter au domicile conjugal prononcée par le juge d'application des peines et de la reprise de la vie familiale, le préfet de Saône-et-Loire, en estimant, le 12 février 2024, que la présence de M. A sur le territoire français constituait toujours une menace pour l'ordre public, a commis une erreur d'appréciation.

7. Il résulte de ce qui précède que M. A est fondé à demander l'annulation de la décision du 12 février 2024 par laquelle le préfet de Saône-et-Loire a refusé de lui délivrer un titre de séjour ainsi que, par voie de conséquence, des décisions portant obligation de quitter le territoire français sans délai, fixant le pays de renvoi et portant interdiction de retour sur le territoire.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

8. Eu égard aux motifs qui ont été retenus au point 6, qui apparaissent les mieux à même de régler le litige, le présent jugement implique nécessairement que le préfet procède au réexamen de la situation de M. A. Il y a dès lors lieu d'ordonner au préfet de Saône-et-Loire de procéder à ce nouvel examen dans un délai de deux mois à compter de la notification du jugement et, dans l'attente, de délivrer à M. A une autorisation provisoire de séjour dans un délai de quinze jours à compter de cette notification. Il n'y a en revanche pas lieu d'assortir cette injonction d'une astreinte.

Sur les frais liés au litige :

9. D'une part, M. A a obtenu le bénéfice de l'aide juridictionnelle partielle au taux de 25%. Par suite, son avocate peut se prévaloir des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991. Il n'y a toutefois pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat le versement, au profit du conseil du requérant, de la somme demandée sur ce fondement.

10. D'autre part, il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat une somme de 800 euros au titre des frais exposés par M. A et non compris dans les dépens.

DECIDE :

Article 1er : L'arrêté du préfet de Saône-et-Loire du 12 février 2024 est annulé.

Article 2 : Il est enjoint au préfet de Saône-et-Loire de procéder au réexamen de la situation de M. A dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement et, dans l'attente, de délivrer à l'intéressé une autorisation provisoire de séjour dans un délai de quinze jours à compter de cette notification.

Article 3 : L'Etat versera à M. A une somme de 800 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 4 : Le surplus des conclusions présentées par M. A est rejeté.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié à M. B A, au préfet de Saône-et-Loire et à Me Weber.

Une copie de ce jugement sera transmise, pour information, au ministre de l'intérieur et des outre-mer et au procureur de la République près le tribunal judicaire de Chalon-sur-Saône.

Délibéré après l'audience du 6 juin 2024 à laquelle siégeaient :

- M. Boissy, président,

- Mme Desseix, première conseillère,

- Mme Bois, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 27 juin 2024.

La rapporteure,

M. DesseixLe président,

L. BoissyLa greffière,

A. Roussilhe

La République mande et ordonne au préfet de Saône-et-Loire, en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.

Pour expédition conforme,

Le greffier

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