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AccueilJurisprudence administrativeN° TA21-2400661

Tribunal Administratif de Dijon — Décision N° TA21-2400661

lundi 18 mars 2024

JuridictionTribunal Administratif de Dijon
SectionTribunal Administratif de Dijon
N° DossierTA21-2400661
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationREFERE
Avocat requérantBALIMA ROMUALD

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

I- Par une requête, enregistrée le 28 février 2024 sous le n° 2400661, M. A C, représenté par Me Balima, demande au tribunal :

1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;

2°) d'annuler l'arrêté du 26 février 2024 par lequel le préfet de la Côte-d'Or a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays à destination duquel il est susceptible d'être reconduit d'office, et a prononcé à son encontre une décision d'interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de deux ans ;

3°) d'enjoindre au préfet de la Côte-d'Or de lui délivrer un titre de séjour dans un délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte d'une somme de 150 euros par jour de retard, et à défaut de réexaminer sa situation dans le même délai et sous la même astreinte ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat les dépens et la somme 1 500 euros à verser à son conseil au titre des dispositions combinées des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi n° 91-647 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

- les décisions attaquées sont entachées d'incompétence de l'auteur de l'acte et d'un défaut de motivation ;

- les décisions de refus de séjour, d'éloignement, fixant le pays de destination et d'interdiction de retour sur le territoire français sont entachées d'une erreur manifeste d'appréciation et méconnaissent les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la décision refusant d'accorder un délai de départ volontaire méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Par un mémoire en défense, enregistré le 4 mars 2024, le préfet de la Côte-d'Or conclut au rejet de la requête et à ce que la somme de 500 euros soit mise à la charge du requérant au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que les moyens soulevés ne sont pas fondés.

Par une décision du 11 mars 2024, l'aide juridictionnelle totale a été accordée à M. C dans l'instance n° 2400661.

II- Par une requête, enregistrée le 28 février 2024 sous le n° 2400662, M. A C, représenté par Me Balima, demande au tribunal :

1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;

2°) d'annuler l'arrêté du 26 février 2024 par lequel le préfet de la Côte-d'Or l'a assigné à résidence pour une durée de quarante-cinq jours ;

3°) d'enjoindre au préfet de la Côte-d'Or de lui délivrer un titre de séjour dans un délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte d'une somme de 150 euros par jour de retard, et à défaut de réexaminer sa situation dans le même délai et sous la même astreinte ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat les dépens et la somme 1 500 euros à verser à son conseil au titre des dispositions combinées des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi n° 91-647 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que la décision attaquée est entachée d'incompétence de l'auteur de l'acte, d'un défaut de motivation et d'une erreur manifeste d'appréciation.

Par un mémoire en défense, enregistré le 4 mars 2024, le préfet de la Côte-d'Or conclut au rejet de la requête et à ce que la somme de 500 euros soit mise à la charge du requérant au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que les moyens soulevés ne sont pas fondés.

Par une décision du 11 mars 2024, l'aide juridictionnelle totale a été refusée à M. C dans l'instance n° 2400662.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné M. B en application des dispositions de l'article R. 776-15 du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

M. B a lu son rapport lors de l'audience publique qui s'est tenue en l'absence des parties.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. M. A C, ressortissant algérien né le 21octobre 2000, demande au tribunal d'annuler l'arrêté du 24 février 2024, par lequel le préfet de la Côte-d'Or a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays à destination duquel il est susceptible d'être reconduit d'office, et a prononcé à son encontre une décision d'interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de deux ans, ainsi que l'arrêté du même jour par lequel le préfet de la Côte-d'Or l'a assigné à résidence pour une durée de quarante-cinq jours, par les deux requêtes susvisées qu'il y a lieu de joindre pour statuer par un seul jugement.

2. Dès lors que l'aide juridictionnelle totale a été accordée en cours d'instance au requérant dans l'instance n° 2400661 et refusée dans l'instance n° 2400662, il n'y a plus lieu de statuer sur les demandes de l'intéressé tendant au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.

Sur l'étendue du litige :

3. D'une part, aux termes de l'article L. 614-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui fait l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français peut, dans les conditions et délais prévus au présent chapitre, demander au tribunal administratif l'annulation de cette décision, ainsi que l'annulation de la décision relative au séjour, de la décision relative au délai de départ volontaire et de la décision d'interdiction de retour sur le territoire français qui l'accompagnent le cas échéant. / Les dispositions du présent chapitre sont applicables au jugement de la décision fixant le pays de renvoi contestée en application de l'article L. 721-5 et de la décision d'assignation à résidence contestée en application de l'article L. 732-8. ". Aux termes de l'article L. 614-8 du même code : " Lorsque la décision portant obligation de quitter le territoire français est notifiée avec une décision d'assignation à résidence prise en application de l'article L. 731-1 () le président du tribunal administratif peut être saisi dans le délai de quarante-huit heures suivant la notification de ces mesures. ".

4. D'autre part, aux termes de l'article R. 776-17 du code de justice administrative, applicable en cas d'assignation à résidence : " () lorsque le requérant a formé des conclusions contre la décision relative au séjour notifiée avec une obligation de quitter le territoire, il est statué sur cette décision dans les conditions prévues à la sous-section 1 ou à la sous-section 2 de la section 2, selon le fondement de l'obligation de quitter le territoire. ".

5. Il résulte des dispositions précitées qu'il appartient au magistrat désigné de se prononcer sur les conclusions tendant à l'annulation des décisions portant obligation de quitter le territoire français, refus d'octroi d'un délai de départ volontaire, fixation du pays de destination, et interdiction de retour sur le territoire français, et des conclusions accessoires dont elles sont assorties. En revanche, il ne lui appartient pas de se prononcer sur les conclusions tendant à l'annulation de la décision portant refus de séjour ni sur les conclusions accessoires dont elles sont assorties. Il y a également lieu de renvoyer à la formation collégiale du tribunal les conclusions relatives aux frais de l'instance.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

6. Les décisions attaquées ont été signées pour le préfet et par délégation, par Mme Amelle Ghayou, secrétaire générale adjointe. En vertu d'un arrêté du 18 janvier 2024, régulièrement publié au recueil des actes administratifs spécial du 22 janvier 2024 de la préfecture, le préfet de la Côte-d'Or a donné délégation à M. Johann Mougenot, secrétaire général de la préfecture de la Côte-d'Or et, en cas d'absence ou d'empêchement de M. D, à Mme Amelle Ghayou, secrétaire générale adjointe, à l'effet de signer tous arrêtés, décisions, circulaires, rapports, correspondances et documents relevant des attributions de l'État dans le département de la Côte-d'Or, à l'exception d'actes au nombre desquels ne figurent pas les décisions attaquées. Il n'est pas établi, ni même allégué, que M. D n'aurait pas été absent ou empêché à la date de l'édiction de ces décisions. Il suit de là que le moyen tiré de l'incompétence de l'auteur des décisions contestées doit être écarté.

7. Les décisions contestées, qui mentionnent les considérations de droit et de fait sur lesquelles elles se fondent, alors que la décision d'interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de deux a en outre pris effectivement en compte les critères prescrits par l'article L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, sont ainsi suffisamment motivées.

8. Aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale () / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ". Pour l'application de ces stipulations, l'étranger qui invoque la protection due à son droit au respect de sa vie privée et familiale en France doit apporter toute justification permettant d'apprécier la réalité et la stabilité de ses liens personnels et familiaux effectifs en France au regard de ceux qu'il a conservés dans son pays d'origine. Les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, ni aucune disposition légale ne garantissent aux ressortissants étrangers le droit de choisir le lieu le plus approprié pour développer leur vie privée et familiale. Le droit au respect de la vie privée et familiale ne saurait s'interpréter comme une obligation pour un Etat de s'incliner devant le choix fait par un étranger de s'installer sur son territoire, en dépit de la législation relative à l'entrée et au séjour des étrangers sur son territoire.

9. Le requérant, né le 21 octobre 2000, a déclaré lors de son audition qu'il est entré en France en avril 2023, qu'il est célibataire et sans charge de famille, et que sa famille, composée de quatre frères et de quatre sœurs, réside en Algérie, à l'exception d'un frère qui réside en France, sans aucunement préciser ni la nature ni l'intensité des liens qui l'unissent à ce frère. Dans ces conditions, la décision d'éloignement en litige n'a pas porté une atteinte excessive à son droit à une vie privée et familiale, garanti par les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, au regard des buts en vue desquels elle a été adoptée, et elle n'est pas entachée d'une erreur manifeste d'appréciation au regard de ses conséquences sur sa situation personnelle.

10. La seule circonstance que le frère du requérant réside en France n'est pas de nature à établir que la décision refusant d'accorder un délai de départ volontaire aurait été prise en méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

11. Le moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation soulevé à l'encontre des conclusions à fin d'annulation de la décision fixant le pays de destination doit être écarté pour les mêmes motifs que ceux précédemment exposés au point 9 du présent jugement.

12. La décision d'interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de deux ans n'est pas entachée d'erreur d'appréciation au regard des faits mentionnés au point 9 du présent jugement qui correspondent aux critères effectivement pris en compte en application de l'article L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, alors même que le requérant ne représente pas une menace pour l'ordre public.

13. Le moyen tiré de ce que la décision d'assignation à résidence serait entachée d'erreur d'appréciation dès lors que ses obligations seraient très contraignantes n'est assorti d'aucune précision permettant d'en apprécier le bien-fondé.

14. Il résulte de tout ce qui précède que le requérant n'est pas fondé à demander l'annulation des décisions portant obligation de quitter le territoire français, refus d'un délai de départ volontaire, fixation du pays de destination, interdiction de retour sur le territoire français et d'assignation à résidence en litige. Par suite, ses conclusions à fin d'injonction doivent également être rejetées, en tant qu'elles constituent des conclusions accessoires aux conclusions à fin d'annulation sur lesquelles il vient d'être statué.

D E C I D E :

Article 1er : Il n'y a pas lieu de statuer sur les demandes de M. C tendant au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.

Article 2 : Les conclusions de la requête de M. C dirigées contre la décision portant refus de séjour, contenue dans l'arrêté du 26 février 2024, par lequel le préfet de la Côte-d'Or a rejeté sa demande de titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination et a assorti ces décisions d'une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de deux ans, les conclusions accessoires dont elles sont assorties, et les conclusions relatives aux frais de l'instance des parties, sont renvoyées à une formation collégiale du tribunal.

Article 3 : Le surplus des conclusions des deux requêtes est rejeté.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. A C, au préfet de la Côte-d'Or et à Me Balima.

Copie en sera adressée au ministre de l'intérieur et des outre-mer et au bureau d'aide juridictionnelle.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 18 mars 2024.

Le magistrat désigné,

P. BLe greffier,

L. Lelong

La République mande et ordonne au préfet de la Côte-d'Or en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition,

Le greffier,

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