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AccueilJurisprudence administrativeN° TA21-2400828

Tribunal Administratif de Dijon — Décision N° TA21-2400828

jeudi 30 mai 2024

JuridictionTribunal Administratif de Dijon
SectionTribunal Administratif de Dijon
N° DossierTA21-2400828
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
FormationCH 1 JU
Avocat requérantDESPRAT

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 13 mars 2024, M. A E représenté par Me Desprat demande au tribunal :

1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;

2°) d'annuler les décisions du 21 février 2024 par lesquelles le préfet de la Côte-d'Or lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel il pourra être reconduit d'office et l'a assigné à résidence ;

3°) d'enjoindre au préfet de la Côte-d'Or de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour ou à défaut de procéder à un nouvel examen de sa situation dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement sous astreinte de 50 euros par jour de retard ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 200 euros à verser à son avocat au titre des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 ou à lui-même si l'aide juridictionnelle ne lui était pas accordée.

Il soutient que :

-les décisions doivent être regardées comme entachées d'un vice d'incompétence, sauf à justifier d'une délégation conférée à son signataire ;

-il était en droit de se maintenir sur le territoire français à la date à laquelle a été pris l'arrêté attaqué dès lors que le préfet ne rapporte pas la preuve que la décision de l'Office français de protection des réfugiés et des apatrides rejetant sa demande d'asile lui a été notifiée ;

-son maintien sur le territoire est indispensable pour lui permettre d'assurer sa défense de manière effective devant la Cour nationale du droit d'asile ;

-les décisions n'ont pas été précédées d'un examen particulier de sa situation personnelle, le préfet s'étant estimé à tort en situation de compétence liée vis-à-vis de la décision de l'Office français de protection des réfugiés et apatride ;

-il n'a pas été informé par la préfecture, par écrit et dans une langue qu'il comprend, en méconnaissance de l'article L. 431-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, qu'il pouvait solliciter la délivrance d'un titre de séjour sur un fondement autre que l'asile;

-son droit à être entendu a été méconnu ;

- la décision lui faisant obligation de quitter le territoire français méconnait l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la décision fixant le pays de renvoi est insuffisamment motivée ;

- la décision fixant le pays de renvoi méconnait l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Des pièces, enregistrées le 9 avril 2024, ont été versées à l'instance par le préfet de la Côte-d'Or.

Par une décision du 2 avril 2024, M. E a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale.

Par courrier du 13 mai 2024, les parties ont été informées, en application des dispositions de l'article R. 611-7 du code de justice administrative que le jugement était susceptible d'être fondé sur un moyen relevé d'office, tiré de l'irrecevabilité des conclusions dirigées contre la décision d'assignation à résidence du 21 février 2024 qui n'existe pas.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné M. D pour statuer sur les requêtes instruites selon les dispositions de l'article L. 614-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

A seul été entendu au cours de l'audience publique le rapport de M. D, les parties n'étant ni présentes ni représentées.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. M. E ressortissant albanais né le 27 octobre 1985, qui est entré irrégulièrement sur le territoire français le 20 septembre 2023 y a sollicité l'asile. Sa demande, enregistrée en procédure accélérée, a été rejetée par une décision de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides (OFPRA) du 1er février 2024 notifiée le 13 février 2024. Son recours formé devant la Cour nationale du droit d'asile a été enregistré le 21 mars 2024. Par la présente requête, M. E demande au tribunal d'annuler les décisions du 21 février 2024 par lesquelles le préfet de la Côte-d'Or lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le pays à destination duquel il pourra être reconduit d'office et l'a assigné à résidence.

Sur l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle :

2. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence (), l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée par la juridiction compétente ou son président () ".

3. Par une décision du 2 avril 2024, M. E a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale. Par suite, sa demande tendant à l'octroi de l'aide juridictionnelle provisoire est devenue sans objet.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne l'étendue du litige :

4. Il ne ressort pas du dispositif de l'arrêté attaqué, ni davantage de ses motifs que le préfet de la Côte-d'Or, qui s'est borné à obliger M. E à quitter le territoire français dans un délai de trente jours à destination de l'Albanie, l'aurait par ailleurs assigné à résidence. Par suite, les conclusions présentées contre une décision l'assignant à résidence, laquelle n'existe pas, doivent être rejetées comme irrecevables.

En ce qui concerne les moyens communs aux décisions d'obligation de quitter le territoire, fixant le délai de départ et le pays de destination :

5. En premier lieu, il ressort des pièces du dossier que par arrêté du 8 janvier 2024, régulièrement publié le 10 janvier 2024 au recueil des actes administratifs spécial, le préfet de la Côte-d'Or a donné délégation à Mme C, cheffe du service d'immigration et d'intégration, pour signer l'arrêté contesté en cas d'absence ou d'empêchement du délégataire de premier rang, M. B. Il suit de là que le moyen tiré de l'incompétence de la signataire de l'arrêté en litige doit être écarté.

6. En deuxième lieu, il ne ressort ni des termes de l'arrêté en litige, qui est suffisamment motivé en droit et en fait, que le préfet de la Côte-d'Or n'aurait pas procédé à un examen particulier de la situation personnelle de M. E au vu des éléments qui avaient été portés à sa connaissance, avant de prendre les décisions attaquées. En particulier, il ne ressort d'aucune des pièces du dossier que le préfet de la Côte-d'Or se serait estimé en situation de compétence liée vis-à-vis de la décision de l'Office français de protection des réfugiés et apatride pour lui faire obligation de quitter le territoire français. Ainsi, le moyen tiré du défaut d'examen particulier de la situation personnelle de l'intéressé doit être écarté.

7. En troisième lieu, d'une part, aux termes de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français lorsqu'il se trouve dans les cas suivants : / () 4° La reconnaissance de la qualité de réfugié ou le bénéfice de la protection subsidiaire a été définitivement refusé à l'étranger ou il ne bénéficie plus du droit de se maintenir sur le territoire français en application des articles L. 542-1 et L. 542-2, à moins qu'il ne soit titulaire de l'un des documents mentionnés au 3° ; () ".

8. D'autre part, aux termes de l'article L. 542-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " () Lorsqu'un recours contre la décision de rejet de l'office a été formé dans le délai prévu à l'article L. 532-1, le droit du demandeur de se maintenir sur le territoire français prend fin à la date de la lecture en audience publique de la décision de la Cour nationale du droit d'asile ou, s'il est statué par ordonnance, à la date de la notification de celle-ci ". Par dérogation à cet article, les dispositions de l'article L. 542-2 du même code prévoient que le droit de se maintenir sur le territoire français prend fin : " 1° Dès que l'Office français de protection des réfugiés et apatrides a pris les décisions suivantes : () d) une décision de rejet dans les cas prévus à l'article L. 531-24 et au 5° de l'article L. 531-27 ; () ". L'article L. 531-24 de ce code dispose : " L'Office français de protection des réfugiés et apatrides statue en procédure accélérée dans les cas suivants : / 1° Le demandeur provient d'un pays considéré comme un pays d'origine sûr au sens de l'article L. 531-25 ; () ". Par décision du 9 octobre 2015, le conseil d'administration de l'OFPRA a décidé que l'Albanie devait être considéré comme un pays d'origine sûr.

9. Il ressort des pièces du dossier que l'OFPRA a statué sur la demande de M. E en procédure accélérée, sur le fondement de l'article L. 531-24 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile précité, dans la mesure où le requérant provient d'un pays considéré comme d'origine sûr, l'Albanie. Selon les données issues de l'application informatique TelemOfpra, qui en vertu de l'article R. 531-19 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile font foi jusqu'à preuve du contraire, la décision du 1er février 2024 par laquelle l'Office a rejeté la demande d'asile présentée par le requérant lui a été notifiée le 13 février suivant. Il s'ensuit qu'en application des dispositions de l'article L. 542-2 précité du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, son droit au maintien sur le territoire français a pris fin à cette date. Dans ces conditions, le préfet de la Côte-d'Or n'a commis aucune erreur de droit, ni d'erreur d'appréciation en édictant à l'encontre du requérant une obligation de quitter le territoire français prise sur le fondement du 4° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, cela quand bien même l'intéressé avait formé un recours devant la Cour nationale du droit d'asile et qu'il ne pourra pas se maintenir sur le territoire français jusqu'à l'issue de ce recours.

10. En quatrième lieu, M. E, qui se borne à soutenir que son droit à être entendu a été méconnu, n'établit, ni même n'allègue qu'il aurait sollicité en vain un entretien avec les services préfectoraux ou qu'il aurait été empêché de présenter ses observations avant que ne soit prise la mesure d'éloignement litigieuse et ne fait pas état, dans le cadre de la présente instance, d'éléments qui, s'ils avaient été connus du préfet, auraient pu le conduire à prendre une décision différente. Par suite, le moyen tiré de la violation de son droit à être entendu doit, en tout état de cause, être écarté. Il en va de même de la méconnaissance de l'article 41 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne, lequel s'adresse non pas aux Etats membres mais uniquement aux institutions, organes et organismes de l'Union.

11. En cinquième lieu, aux termes des dispositions de l'article L. 431-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'un étranger a présenté une demande d'asile qui relève de la compétence de la France, l'autorité administrative, après l'avoir informé des motifs pour lesquels une autorisation de séjour peut être délivrée et des conséquences de l'absence de demande sur d'autres fondements à ce stade, l'invite à indiquer s'il estime pouvoir prétendre à une admission au séjour à un autre titre et, dans l'affirmative, à déposer sa demande dans un délai fixé par décret. ".

12. A la supposer établie, la méconnaissance de l'obligation d'information prévue à l'article L. 431-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile a seulement pour effet de rendre inopposables à l'intéressé les délais de procédure prévus par les dispositions des articles D. 431-7 et R. 425-12 du même code. Le refus de séjour se fondant sur de tels délais serait illégal et entacherait d'illégalité une obligation de quitter le territoire fondée sur ce refus de séjour en application des dispositions du 3° de l'article L. 611-1 du même code. En revanche, la méconnaissance d'une telle obligation d'information est sans influence sur la légalité interne d'une obligation de quitter le territoire français fondée sur les dispositions du 4° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile lorsque la reconnaissance de la qualité de réfugié ou le bénéfice de la protection subsidiaire a été définitivement refusé à l'étranger ou, comme en l'espèce, qu'il ne bénéficie plus du droit de se maintenir sur le territoire français en application des articles L. 542-1 et L. 542-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Il s'ensuit que le moyen tiré de la méconnaissance de l'article L. 431-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doit être écarté.

En ce qui concerne le moyen dirigé contre la décision lui faisant obligation de quitter le territoire français :

13. Aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance () ".

14. M. E soutient que le préfet de la Côte-d'Or, en lui faisant obligation de quitter le territoire français, a porté une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale dès lors qu'il a développé " une situation personnelle justifiant son maintien sur le territoire français ". Toutefois, il réside en France depuis moins d'un an et il ne justifie d'aucune attache privée ou familiale sur le territoire français. Par ailleurs, il ressort des mentions non contestées de l'arrêté en litige qu'il ne sera pas isolé en Albanie, pays dans lequel résident ses deux enfants et où, y ayant vécu pendant trente-huit ans, il a nécessairement conservé des attaches. Dans ces conditions, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ne peut qu'être écarté.

En ce qui concerne les moyens dirigés contre la décision fixant le pays de renvoi :

15. En premier lieu, la décision fixant le pays de renvoi, qui vise les dispositions de l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ainsi que les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et qui indique, après avoir rappelé que la demande d'asile de M. E a été rejetée, qu'aucune circonstance ne justifie qu'il ne puisse pas poursuivre sa vie en Albanie, énonce ainsi de manière suffisamment circonstanciée les considérations de droit et de fait qui la fondent pour mettre le requérant, dont la situation a fait l'objet d'un examen suffisant, en mesure d'en discuter utilement les motifs. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation de la décision attaquée doit être écarté.

16. En second lieu, aux termes de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants

17. M. E soutient qu'en cas de retour dans son pays d'origine, il serait exposé à des persécutions. Toutefois, l'intéressé n'apporte pas le moindre commencement de preuve à l'appui de ses allégations. Sa demande d'asile a, au demeurant, été rejetée par une décision de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides du 1er février 2024. Dans ces conditions, le préfet de la Côte-d'Or n'a pas méconnu les stipulations précitées en fixant l'Albanie comme pays de renvoi.

18. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation présentées par M. E doivent être rejetées.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

19. Par voie de conséquence du rejet des conclusions à fin d'annulation, les conclusions à fin d'injonction doivent être rejetées.

Sur les frais liés au litige :

20. Les dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'Etat, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, une somme au titre des frais exposés par M. E non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : Il n'y a pas lieu de statuer sur les conclusions aux fins d'admission à l'aide juridictionnelle provisoire présentées par M. E.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. A E, au préfet de la Côte-d'Or et à

Me Desprat.

Copie en sera adressée au ministre de l'intérieur et des outre-mer.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 30 mai 2024.

Le magistrat désigné,

O. D La greffière,

C. Sivignon

La République mande et ordonne au préfet de la Côte-d'Or en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition,

La greffière,

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