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AccueilJurisprudence administrativeN° TA21-2400830

Tribunal Administratif de Dijon — Décision N° TA21-2400830

lundi 18 mars 2024

JuridictionTribunal Administratif de Dijon
SectionTribunal Administratif de Dijon
N° DossierTA21-2400830
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationREFERE
Avocat requérantNOURANI LYLIA

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire de pièces enregistrés le 13 mars 2024 et le 14 mars 2024, M. A D, représenté par Me Nourani, demande au tribunal :

1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;

2°) d'annuler l'arrêté du 12 mars 2024 par lequel le préfet de la Côte-d'Or l'a obligé à quitter le territoire français, a refusé de lui accorder un délai de départ volontaire, a fixé le pays de destination et a prononcé une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de deux ans ;

3°) d'annuler l'arrêté du même jour par lequel le préfet de la Côte-d'Or l'a assigné à résidence pour une durée de quarante-cinq jours ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 2 000 euros à verser à son conseil, en application des dispositions combinées des articles L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

- s'agissant de la décision portant obligation de quitter le territoire français :

* cette décision est entachée d'incompétence, sauf à justifier d'une délégation conférée à son signataire ;

* elle est insuffisamment motivée ;

* elle a été prise sans qu'ait été respecté son droit à être entendu, garanti par l'article 41 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;

* elle est entachée d'erreur d'appréciation au regard de l'admission exceptionnelle au séjour prévue à l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ; le préfet s'est abstenu de procéder à un examen de sa situation personnelle et familiale ;

* elle méconnait l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- s'agissant de la décision portant refus de lui accorder un délai de départ volontaire :

* cette décision est entachée d'incompétence, sauf à justifier d'une délégation conférée à son signataire ;

* elle est insuffisamment motivée ;

* elle a été prise sans qu'ait été respecté son droit à être entendu, garanti par l'article 41 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;

* elle est dépourvue de base légale du fait de l'illégalité de la mesure d'éloignement ;

* elle est entachée d'un défaut d'examen particulier de sa situation ;

* elle est entachée d'erreur d'appréciation, en l'absence de tout risque de fuite ;

- s'agissant de la décision fixant le pays de renvoi :

* cette décision est entachée d'incompétence, sauf à justifier d'une délégation conférée à son signataire ;

* elle est insuffisamment motivée ;

* elle est dépourvue de base légale du fait de l'illégalité de la mesure d'éloignement ;

* elle méconnait l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- s'agissant de la décision portant interdiction de retour :

* cette décision est entachée d'incompétence, sauf à justifier d'une délégation conférée à son signataire ;

* elle est insuffisamment motivée ;

* elle est entachée d'un défaut d'examen particulier de sa situation ;

* elle méconnaît les articles L. 612-6 et L 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

* elle a été prise en violation de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- s'agissant de la décision portant assignation à résidence :

* cette décision est entachée d'incompétence, sauf à justifier d'une délégation conférée à son signataire ;

* elle est insuffisamment motivée ;

* elle omet de mentionner l'heure à laquelle elle a été notifiée ;

* elle n'est pas justifiée au regard des hypothèses prévues à l'article L. 731-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et est entachée d'erreur manifeste d'appréciation ;

* elle est entachée d'un défaut d'examen particulier de sa situation ;

* elle est dépourvue de base légale du fait de l'illégalité de la mesure d'éloignement.

Par un mémoire en défense enregistré le 18 mars 2024, le préfet de la Côte-d'Or conclut au rejet de la requête et à ce qu'une somme de 500 euros soit mise à la charge du requérant en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il fait valoir qu'aucun des moyens soulevés par le requérant n'est fondé.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné Mme Ach en application des dispositions de l'article R. 776-15 du code de justice administrative pour exercer les pouvoirs qui lui sont conférés par les articles L. 614-7 à L. 614-15 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience du 18 mars 2024 à 10 heures 30.

Ont été entendus au cours de l'audience publique, tenue en présence de Mme Lelong, greffière d'audience :

- le rapport de Mme Ach, magistrate désignée ;

- les observations de Me Nourani, représentant M. D, qui a repris les conclusions et moyens exposés dans sa requête en insistant sur sa durée de présence en France,

- et les observations de M. B, représentant le préfet de la Côte-d'Or, qui reprend les arguments développés dans ses écritures et précise que si M. D a eu l'intention de déposer une nouvelle demande de titre de séjour, ses services n'en ont pas eu connaissance à ce jour.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. M. D, ressortissant tunisien né le 3 janvier 1984, est entré régulièrement sur le territoire français le 14 décembre 2013 muni d'un passeport tunisien revêtu d'un visa de court séjour délivré par les autorités françaises en Tunisie, valable du 29 novembre 2013 au 29 janvier 2014. Le 9 novembre 2021, M. D a sollicité un titre de séjour portant la mention " salarié ". Par un arrêté du 7 novembre 2022, le préfet de l'Yonne lui a refusé la délivrance de ce titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel il est susceptible d'être reconduit d'office. Par un jugement n° 2203141 du 23 février 2023, le tribunal a rejeté les conclusions présentées par M. D contre ces décisions. L'appel formé par l'intéressé contre ce jugement est en cours d'instance devant la cour administrative d'appel de Lyon. Par arrêtés du 12 mars 2024 édictés à la suite d'un contrôle d'identité, le préfet de la Côte-d'Or a, d'une part, obligé M. D à quitter le territoire français sans délai, a désigné le pays à destination duquel il pourra être renvoyé d'office et a prescrit à son encontre une interdiction de retour d'une durée de deux ans et, d'autre part, l'a assigné à résidence sur le territoire de la commune de Châtillon-sur-Seine pour une durée de quarante-cinq jours. M. D demande au tribunal d'annuler ces deux arrêtés.

Sur l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle :

2. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence, sous réserve de l'application des règles relatives aux commissions ou désignations d'office, l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée par la juridiction compétente ou son président ".

3. Il y a lieu, eu égard à l'urgence qui s'attache à ce qu'il soit statué sur la requête de M. D, de prononcer son admission provisoire à l'aide juridictionnelle.

Sur les conclusions dirigées contre l'arrêté d'éloignement :

En ce qui concerne le moyen commun à l'ensemble des décisions :

4. Par un arrêté du 18 janvier 2024, publié le 22 janvier 2024 au recueil des actes administratifs spécial, le préfet de la Côte-d'Or a donné délégation à M. Johann Mougenot, secrétaire général de la préfecture de la Côte-d'Or, et en son absence à Mme Armelle Ghayou, secrétaire générale adjointe, à l'effet de signer tous arrêtés, décisions, circulaires, rapports, correspondances et documents relevant des attributions de l'Etat dans le département de la Côte-d'Or, à l'exception de décisions limitativement énumérées au nombre desquelles ne figurent pas les décisions attaquées. Il ne ressort pas des pièces du dossier que M. C n'aurait pas été absent lors de l'édiction de l'arrêté litigieux. Le moyen tiré de l'incompétence de l'auteur des décisions contestées, qui manque en fait, doit être écarté.

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :

5. En premier lieu, l'arrêté en litige, en tant qu'il assigne à M. D l'obligation de quitter le territoire français, vise les textes dont il fait application, retrace la situation administrative de l'intéressé, rappelle les décisions administratives et juridictionnelles dont il a précédemment fait l'objet et relève qu'il se maintient irrégulièrement en France. Il a ainsi été satisfait à l'exigence de motivation, laquelle est en la matière imposée par l'article L. 613-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et non par les dispositions du code des relations entre le public et l'administration invoquées par le requérant.

6. En deuxième lieu, aux termes de l'article 41 de la charte des droits fondamentaux de l'Union Européenne : " 1. Toute personne a le droit de voir ses affaires traitées impartialement, équitablement et dans un délai raisonnable par les institutions organes et organismes de l'Union. 2. Ce droit comporte notamment : a) le droit de toute personne d'être entendue avant qu'une mesure individuelle qui l'affecterait défavorablement ne soit prise à son encontre ".

7. Si M. D se prévaut de l'impossibilité de faire valoir des observations quant à sa situation, il ressort des pièces du dossier qu'il a été informé des mesures susceptibles d'être prises à son encontre et a été entendu lors d'une audition réalisée le 12 mars 2024, avant l'édiction de la décision contestée. Le moyen tiré de la méconnaissance de l'article 41 de la charte des droits fondamentaux ne peut donc qu'être écarté.

8. En troisième lieu, il ne résulte ni de la motivation de la décision contestée ni des autres pièces du dossier que le préfet de la Côte-d'Or aurait négligé de procéder à un examen attentif et sérieux de la situation de l'intéressé qui, à la date de la décision contestée, n'avait pas déposé d'autre demande de titre de séjour que celle à laquelle un refus avait été opposé le 7 novembre 2022. Le moyen tiré d'une erreur de droit commise à ce titre doit donc être écarté.

9. En quatrième lieu, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, qui fixe les conditions de délivrance des titres de séjour qu'il mentionne, est sans incidence sur la légalité de la mesure d'éloignement contestée.

10. En cinquième lieu, en vertu de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, " Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance " et " il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".

11. M. D se prévaut de la durée de son séjour en France, qui n'est cependant établie par les pièces du dossier qu'à compter de 2016, et de sa situation professionnelle. Cependant, si le requérant établit qu'il a travaillé à plusieurs reprises dans le secteur de la restauration entre 2016 et 2023, il n'a sollicité un titre de séjour que le 9 novembre 2021 et a fait l'objet d'une précédente mesure d'éloignement le 7 novembre 2022, qu'il reconnait ne pas avoir exécutée. Par ailleurs, M. D, célibataire et sans enfant, n'établit ni même n'allègue avoir tissé des liens anciens, stables et intenses sur le territoire français, sur lequel il ne justifie d'aucune intégration particulière. Dans ces conditions, M. D n'est pas fondé à soutenir que la décision attaquée aurait porté à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des buts en vue desquels elle a été prise et aurait ainsi méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

En ce qui concerne la décision portant refus de délai de départ volontaire :

12. En premier lieu, la décision attaquée vise les textes qui la fondent et indique les raisons pour lesquelles aucun délai de départ volontaire n'est accordé à M. D, tenant au risque de fuite que traduit le fait de s'être soustrait à une précédente mesure d'éloignement. Le préfet a ainsi satisfait à l'obligation de motivation prescrite par l'article L. 613-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

13. En deuxième lieu, le moyen tiré de la méconnaissance du droit d'être entendu doit être écarté pour les mêmes motifs que ceux exposés au point 7 ci-dessus.

14. En troisième lieu, la décision portant obligation de quitter le territoire français n'encourant pas l'annulation, le moyen par lequel il est excipé de son illégalité ne peut qu'être écarté.

15. Aux termes, en quatrième lieu, de l'article L. 612-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger faisant l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français dispose d'un délai de départ volontaire de trente jours à compter de la notification de cette décision. () ". Selon l'article L. 612-2 du même code : " Par dérogation à l'article L. 612-1, l'autorité administrative peut refuser d'accorder un délai de départ volontaire dans les cas suivants : () 3° Il existe un risque que l'étranger se soustraie à la décision portant obligation de quitter le territoire français dont il fait l'objet ".

16. D'une part, il ne résulte ni de la motivation de la décision contestée ni des autres pièces du dossier que le préfet de la Côte-d'Or aurait négligé de procéder à un examen attentif et sérieux de la situation de l'intéressé, au regard des dispositions précitées, avant de lui refuser tout délai de départ volontaire. Le moyen tiré d'une erreur de droit commise à ce titre doit donc être écarté.

17. D'autre part, il ressort des pièces du dossier que M. D s'est soustrait à l'exécution d'une précédente mesure d'éloignement et a expressément déclaré, lors de son audition, qu'il ne souhaitait pas regagner son pays d'origine, la Tunisie, et n'entendait pas quitter la France. En estimant qu'il présentait ainsi le risque de se soustraire de nouveau à l'obligation qui lui est faite par l'arrêté en litige de quitter le territoire français, le préfet n'a pas fait une inexacte application des dispositions précitées de l'article L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

En ce qui concerne la décision fixant le pays de renvoi :

18. En premier lieu, la décision litigieuse comporte les considérations de fait et de droit qui la fondent et est ainsi suffisamment motivée.

19. En deuxième lieu, la décision portant obligation de quitter le territoire français n'encourant pas la censure du tribunal, il est en vain excipé de son illégalité à l'appui des conclusions dirigées contre la décision fixant le pays de destination.

20. En troisième lieu, pour les mêmes motifs que ceux exposés au point 11 et alors que M. D ne serait pas isolé en Tunisie où résident ses parents, un de ses frères et ses quatre sœurs, le moyen tiré de la violation de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté.

En ce qui concerne la décision portant interdiction de retour sur le territoire français :

21. Aux termes de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour. () ". Aux termes de l'article L. 612-10 du même code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français. () ".

22. En premier lieu, l'arrêté contesté, en tant qu'il prescrit une interdiction de retour à l'encontre de M. D, vise les dispositions citées ci-dessus et indique que si l'intéressé ne représente pas une menace pour l'ordre public, il est entré en France en décembre 2013, s'est soustrait à l'exécution d'une précédente mesure d'éloignement, se maintient sur le territoire, où il est dépourvu d'attache familiale, sans préparer son départ. Cette motivation, qui est circonstanciée et se réfère aux critères définis par l'article L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, est suffisante.

23. En deuxième lieu, il ne ressort ni des termes de la décision attaquée ni des autres pièces du dossier que le préfet aurait négligé de procéder à un examen particulier de la situation de M. D et commis à ce titre l'erreur de droit alléguée.

24. En troisième lieu, si M. D se prévaut de sa situation professionnelle et de l'ancienneté de son séjour en France, celle-ci s'explique par le fait qu'il a mis pas loin de huit années avant de déposer une première demande de titre de séjour et s'est soustrait à l'exécution d'une mesure d'éloignement. Au demeurant, le requérant ne justifie pas d'une insertion significative ou de liens intenses avec la France. Ainsi, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions des articles L. 612-6 et L 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doit être écarté.

25. En dernier lieu, le moyen tiré de la violation de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté pour les mêmes motifs que ceux exposés au point 11 ci-dessus.

Sur les conclusions dirigées contre l'arrêté d'assignation à résidence :

26. En premier lieu, le moyen tiré du vice d'incompétence doit être écarté pour les même raisons que celles exposées au point 4 concernant l'arrêté d'éloignement.

27. En deuxième lieu, l'arrêté attaqué vise les dispositions applicables ainsi que l'arrêté d'éloignement pris le même jour et indique que si M. D ne peut immédiatement quitter le territoire français, l'intéressé étant démuni de documents d'identité et de voyage et les modalités d'organisation matérielles de son départ, exigeant un laissez-passer consulaire, n'étant pas encore fixées, son éloignement demeure néanmoins une perspective raisonnable. Il a ainsi été satisfait à l'exigence de motivation prescrite en la matière par l'article L. 732-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

28. En troisième lieu, le moyen tiré de l'absence de mention relative à l'heure à laquelle la décision contestée a été notifiée à M. D n'a aucune incidence sur sa légalité.

29. En quatrième lieu, il ne ressort ni de la motivation de la décision querellée ni des autres pièces du dossier que le préfet de la Côte-d'Or se serait abstenu de procéder à un examen attentif et individualisé de la situation de M. D.

30. En cinquième lieu, l'arrêté d'éloignement n'encourant pas l'annulation, le requérant n'est pas fondé à exciper de son illégalité au soutien des conclusions visant la mesure d'assignation à résidence.

31. En dernier lieu, aux termes de l'article L. 731-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut assigner à résidence l'étranger qui ne peut quitter immédiatement le territoire français mais dont l'éloignement demeure une perspective raisonnable, dans les cas suivants : / 1° L'étranger fait l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français, prise moins d'un an auparavant, pour laquelle le délai de départ volontaire est expiré ou n'a pas été accordé ; () ". Selon l'article L. 733-1 du même code : " L'étranger assigné à résidence en application du présent titre se présente périodiquement aux services de police ou aux unités de gendarmerie. () ".

32. Le préfet de la Côte-d'Or a assigné M. D à résidence dans le département de la Côte-d'Or, dans la commune de Châtillon-sur-Seine où l'intéressé déclare résider, avec obligation de se présenter chaque jour, entre 8 heures et 9 heures, à la brigade de gendarmerie de la commune. Le requérant ne se prévaut d'aucune circonstance particulière de nature à établir que la décision attaquée serait entachée d'une erreur manifeste d'appréciation. Ce moyen ne peut, par conséquent, qu'être écarté.

33. Il résulte de l'ensemble de ce qui précède que M. D n'est pas fondé à demander l'annulation des arrêtés du préfet de la Côte-d'Or du 12 mars 2024.

Sur les frais liés au litige :

34. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 font obstacle à ce que l'Etat qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance supporte le paiement de quelque somme que ce soit au titre des frais de procès. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de faire droit à la demande présentée au même titre par le préfet de la Côte-d'Or, qui ne justifie d'ailleurs pas avoir exposé, pour les besoins du litige, des dépenses excédant les charges de fonctionnement normales de ses services.

D E C I D E :

Article 1er : M. D est admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 3 : Les conclusions du préfet de la Côte-d'Or tendant à l'application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. A D, à Me Nourani et au préfet de la Côte-d'Or.

Copie en sera adressée au ministre de l'intérieur et des outre-mer et au bureau d'aide juridictionnelle près le tribunal judiciaire de Dijon.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 18 mars 2024.

La magistrate désignée,

N. ACHLa greffière,

L. LELONG

La République mande et ordonne au préfet de la Côte-d'Or en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.

Pour expédition,

La greffière,

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