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AccueilJurisprudence administrativeN° TA21-2400962

Tribunal Administratif de Dijon — Décision N° TA21-2400962

jeudi 28 mars 2024

JuridictionTribunal Administratif de Dijon
SectionTribunal Administratif de Dijon
N° DossierTA21-2400962
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationREFERE
Avocat requérantSI HASSEN MYRIAM

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 22 mars 2024, M. B A, représenté par Me Si Hassen, demande au tribunal :

1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;

2°) d'annuler l'arrêté du 8 mars 2024 par lequel le préfet de Saône-et-Loire l'a assigné à résidence pour une durée de quarante-cinq jours ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 200 euros à verser à son conseil en application des dispositions combinées des articles L.761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi n°91-647 du 10 juillet 1991.

M. A soutient que :

- la décision d'assignation à résidence est insuffisamment motivée en fait ;

- cette décision est entachée d'erreur de droit et d'erreur manifeste d'appréciation.

Par un mémoire en défense enregistré le 25 mars 2024, le préfet de Saône-et-Loire conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens de la requête ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné Mme Desseix en application des dispositions de l'article R. 776-15 du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement convoquées à l'audience du 24 mars 2024 à 9h30.

Après avoir entendu, au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Desseix, magistrate désignée ;

- les observations de Me Si Hassen, représentant M. A, qui reprend et développe les arguments et moyens présentés à l'appui de sa requête.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. M. B A ressortissant russe né le 27 novembre 1988, est entré régulièrement sur le territoire français le 26 octobre 2022, muni d'un passeport russe et d'un visa Schengen de court séjour, valable du 17 octobre 2022 au 16 janvier 2023, délivré par les autorités allemandes. Le 3 janvier 2023, il a sollicité son admission exceptionnelle au séjour, sur le fondement de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par un arrêté du 29 novembre 2023, le préfet de Saône-et-Loire lui a refusé la délivrance d'un titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel il sera susceptible d'être reconduit d'office. Par un jugement du 13 février 2024, le tribunal administratif de Dijon a rejeté la requête de M. A tendant à l'annulation de cet arrêté.

2. Le 19 décembre 2023, M. A a saisi l'office français de protection des réfugiés et apatrides (OFPRA) d'une demande de protection internationale et s'est vue remettre une attestation de demande d'asile. Par courrier du 6 mars 2024, M. A a été convoqué à un entretien devant l'OFPRA le 9 avril 2024.

3. Par un arrêté du 8 mars 2024, notifié le 22 mars suivant, le préfet de Saône-et-Loire a assigné M. A à résidence pour une durée de quarante cinq jours. L'intéressé demande l'annulation de cet arrêté du 8 mars 2024.

Sur l'admission provisoire au bénéfice de l'aide juridictionnelle :

4. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " Dans les cas l'urgence (), l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée soit par le président du bureau ou de la section compétente du bureau d'aide juridictionnelle, soit par la juridiction compétente ou son président ".

5. La présente requête présente les caractéristiques de l'urgence prévue par les dispositions citées au point 2. Il y a donc lieu d'admettre, à titre provisoire, M. A au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

6. D'une part, aux termes de l'article L. 731-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut assigner à résidence l'étranger qui ne peut quitter immédiatement le territoire français mais dont l'éloignement demeure une perspective raisonnable, dans les cas suivants : / 1° L'étranger fait l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français, prise moins de trois ans auparavant, pour laquelle le délai de départ volontaire est expiré ou n'a pas été accordé ; () ". Selon l'article L. 732-3 de ce code : " L'assignation à résidence prévue à l'article L. 731-1 ne peut excéder une durée de quarante-cinq jours. / Elle est renouvelable une fois dans la même limite de durée ".

7. D'autre part, aux termes de l'article L. 541-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Le demandeur d'asile dont l'examen de la demande relève de la compétence de la France et qui a introduit sa demande auprès de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides bénéficie du droit de se maintenir sur le territoire français ". Aux termes de l'article L. 541-2 du même code : " L'attestation délivrée en application de l'article L. 521-7, dès lors que la demande d'asile a été introduite auprès de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides, vaut autorisation provisoire de séjour et est renouvelable jusqu'à ce que l'office et, le cas échéant, la Cour nationale du droit d'asile statuent ".

8. Il ressort des pièces du dossier que M. A, qui a saisi l'office français de protection des réfugiés et apatrides (OFPRA) d'une demande de protection internationale, s'est vue remettre une attestation de demande d'asile le 19 décembre 2023. Il bénéficie ainsi, jusqu'à ce que l'OFPRA et, le cas échéant, la Cour nationale du droit d'asile statuent sur sa demande, d'un droit au maintien sur le territoire faisant obstacle à l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français prononcée à son encontre. Dans ces conditions, et compte tenu de la date de convocation de M. A à son entretien devant l'OFPRA, c'est à tort que le préfet de Saône-et-Loire a considéré que l'éloignement de l'intéressé demeure, à la date de la décision attaquée, une perspective raisonnable. Le requérant est, par suite, fondé à soutenir que l'arrêté du 8 mars 2024 portant assignation à résidence méconnait les dispositions précitées de l'article L. 731-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et à en demander, pour ce motif, l'annulation.

9. Il résulte de de ce qui précède, et sans qu'il soit besoin de se prononcer sur les autres moyens de la requête, que l'arrêté du 8 mars 2024 doit être annulé.

Sur les frais liés au litige :

10. M. A étant admis, à titre provisoire, au bénéfice de l'aide juridictionnelle, son avocat peut se prévaloir des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, et sous réserve, d'une part, que Me Si Hassen, conseil de M. A, renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat et, d'autre part, que le requérant soit définitivement admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle, de mettre à la charge de l'Etat le versement de la somme de 1 000 euros à Me Si Hassen.

D E C I D E :

Article 1er : M. A est admis, à titre provisoire, au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Article 2 : L'arrêté du préfet du 8 mars 2024 par lequel le préfet de Saône-et-Loire a assigné M. A à résidence est annulé.

Article 3 : Sous réserve de l'admission définitive de M. A à l'aide juridictionnelle et sous réserve que Me Si Hassen renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'État, ce dernier versera à Me Si Hassen, avocate de M. A, une somme de 1 000 (mille) euros en application des dispositions du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991. Dans le cas où l'aide juridictionnelle ne serait pas accordée à M. A par le bureau d'aide juridictionnelle, la somme de 1 000 euros sera versée par l'Etat à M. A.

Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié à M. B A, au préfet de Saône-et-Loire et à Me Si Hassen.

Copie en sera transmise, pour information, au ministre de l'intérieur, au bureau d'aide juridictionnelle près le tribunal judiciaire de Dijon, et au procureur de la République près le tribunal judiciaire de Dijon.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 28 mars 2024.

La magistrate désignée,

M. DesseixLa greffière,

L. Lelong

La République mande et ordonne au préfet de Saône-et-Loire, en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition,

Le greffier

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