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AccueilJurisprudence administrativeN° TA21-2401038

Tribunal Administratif de Dijon — Décision N° TA21-2401038

mercredi 7 mai 2025

JuridictionTribunal Administratif de Dijon
SectionTribunal Administratif de Dijon
N° DossierTA21-2401038
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationCH 2 JU
Avocat requérantBREY CÉLINE

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Dijon a été saisi d’un recours en excès de pouvoir par Mme B, ressortissante macédonienne, contre un arrêté du préfet de Saône-et-Loire du 9 février 2024 lui faisant obligation de quitter le territoire français. La requérante invoquait notamment la méconnaissance de son droit au respect de sa vie privée et familiale (article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme) et soutenait pouvoir prétendre à un titre de séjour de plein droit sur le fondement des articles L. 423-23 et L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Le tribunal a rejeté l’ensemble des moyens soulevés, estimant que la décision d’éloignement était légale et proportionnée. En conséquence, il a rejeté la requête de Mme B.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 29 mars 2024, Mme A B, représentée par Me Brey, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 9 février 2024 par lequel le préfet de Saône-et-Loire l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et lui indiquant qu'à l'expiration de ce délai elle pourra être reconduite d'office à la frontière à destination du pays dont elle possède la nationalité, la Macédoine ;

2°) d'enjoindre au préfet de Saône-et-Loire de lui délivrer un titre de séjour dans un délai de quinze jours à compter de la notification du présent jugement ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 000 euros hors taxe, à verser à Me Brey, au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique et, en ce cas, donner acte à Me Brey de ce qu'elle renonce par avance au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Elle soutient que :

S'agissant des moyens communs à l'ensemble des décisions attaquées :

- l'arrêté attaqué est entaché d'incompétence ;

- il méconnaît les stipulations de l'article 41 de la Charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;

S'agissant de l'obligation de quitter le territoire français :

- le préfet ne pouvait pas prendre une nouvelle obligation de quitter le territoire français moins de trois mois avant celle qu'il avait déjà prise et ce sans abroger la précédente ;

- le préfet ne peut légalement prendre une mesure de reconduite à l'encontre d'un étranger qui peut prétendre à l'attribution d'un titre de séjour délivré de plein droit ; elle remplit les conditions posées par les dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile pour obtenir une carte de séjour " vie privée et familiale ", laquelle est délivrée de plein droit ; elle doit pouvoir rester auprès de sa mère et de ses sœurs sur le territoire français où elle vit depuis plus de cinq ans ; dès lors qu'elle peut disposer d'un titre de séjour fondé sur les dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, le préfet ne pouvait pas l'obliger à quitter le territoire français ;

- la décision est entachée d'un défaut d'examen de sa situation ;

- le préfet a entendu examiner la possibilité qu'elle puisse bénéficier d'un titre de séjour en application des dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dès lors qu'il évoque des considérations exceptionnelles ou humanitaires ; elle justifie d'une considération exceptionnelle justifiant la régularisation de sa situation sur le fondement de ces dispositions ;

- en cas de retour en Macédoine, elle est une jeune majeure et se retrouvera isolée, si ce n'est en danger, puisqu'elle pourrait à nouveau être victime de violences de la part de son père comme durant son enfance ;

- dès lors qu'elle peut prétendre à la délivrance d'un titre de séjour sur le fondement de l'article L. 423-23 et de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, la décision attaquée est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;

- la décision attaquée est entachée d'une erreur d'appréciation au regard de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et d'une erreur manifeste d'appréciation de ses conséquences sur sa situation ;

S'agissant de l'octroi d'un délai de départ volontaire :

- la décision attaquée est illégale en raison de l'illégalité, soulevée par la voie de l'exception, de la décision portant obligation de quitter le territoire français ;

S'agissant de la décision fixant le pays de destination :

- la décision attaquée est illégale en raison de l'illégalité, soulevée par la voie de l'exception, de la décision portant obligation de quitter le territoire français.

La requête a été communiquée au préfet de Saône-et-Loire qui n'a pas produit de mémoire en défense mais qui a produit des pièces, enregistrées le 5 avril 2024, et qui ont été communiquées.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la Charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné M. C, en application des dispositions de l'article R. 776-13-3 du code de justice administrative, pour statuer en qualité de juge du contentieux de l'éloignement sur les requêtes instruites selon les dispositions de l'article L. 614-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ont été ont été régulièrement convoquées à l'audience du 8 avril 2025 à 12 heures 35.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Hamza Cherief,

- les observations de Me Brey, représentant Mme B, qui reprend, en les développant, les faits et moyens contenus dans ses écritures.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. Mme B, ressortissante macédonienne née le 18 novembre 2004, est entrée irrégulièrement sur le territoire français le 18 août 2018. Par un arrêté du 9 février 2024, le préfet de Saône-et-Loire l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé la Macédoine comme pays à destination duquel elle pourra être reconduite d'office. Par la présente requête, Mme B demande au tribunal l'annulation de ces décisions.

Sur l'aide juridictionnelle :

2. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence (), l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée par la juridiction compétente ou son président ".

3. Eu égard à l'urgence, il y a lieu de prononcer, en application des dispositions précitées, l'admission provisoire de Mme B au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne les moyens communs à l'ensemble des décisions :

4. En premier lieu, par un arrêté du 3 janvier 2024, référencé 71-2024-01-03-00001, publié le même jour au recueil des actes administratifs spécial n° 71-2024-003 de la préfecture de Saône-et-Loire, le préfet de Saône-et-Loire a donné délégation à Mme E D, attachée hors classe, cheffe du bureau des migrations et de l'intégration, à l'effet de signer notamment les décisions portant obligation de quitter le territoire français, avec ou sans délai de départ volontaire, et les arrêtés fixant le pays de renvoi. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence de l'auteur de l'arrêté attaqué, qui manque en fait, doit être écarté.

5. En deuxième lieu, aux termes de l'article 41 de la Charte des droits fondamentaux de l'Union européenne : " Toute personne a le droit de voir ses affaires traitées impartialement, équitablement et dans un délai raisonnable par les institutions et organes de l'Union. / Ce droit comporte notamment : / - le droit de toute personne d'être entendue avant qu'une mesure individuelle qui l'affecterait défavorablement ne soit prise à son encontre () ".

6. S'il résulte de la jurisprudence de la Cour de justice de l'Union européenne que l'article 41 s'adresse, non pas aux Etats membres, mais uniquement aux institutions, organes et organismes de l'Union, de sorte que le moyen tiré de leur violation par une autorité d'un Etat membre est inopérant, il résulte cependant de cette même jurisprudence que le droit d'être entendu fait partie intégrante du respect des droits de la défense, principe général du droit de l'Union, et qu'il appartient aux Etats membres, dans le cadre de leur autonomie procédurale, de déterminer les conditions dans lesquelles le respect de ce droit est assuré. Ce droit se définit comme celui de toute personne de faire connaître, de manière utile et effective, son point de vue au cours d'une procédure administrative avant l'adoption de toute décision susceptible d'affecter de manière défavorable ses intérêts. Il ne saurait cependant être interprété en ce sens que l'autorité nationale compétente est tenue, dans tous les cas, d'entendre l'intéressé lorsque celui-ci a déjà eu la possibilité de présenter, de manière utile et effective, son point de vue sur la décision en cause.

7. Il ressort des pièces du dossier que, préalablement à l'édiction de l'arrêté en litige, le préfet de Saône-et-Loire a, par un courrier du 3 novembre 2023, notifié le 6 novembre 2023 à Mme B, informé l'intéressée qu'il envisageait de prendre à son encontre une obligation de quitter le territoire français assorti d'une interdiction de retour sur le territoire français. Par ce même courrier, le préfet a invité Mme B à présenter ses observations écrites ou orales. Dès lors, le moyen tiré de la violation de l'article 41 de la Charte des droits fondamentaux de l'Union européenne doit être écarté.

En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire français :

8. En premier lieu, il ressort des pièces du dossier que la décision attaquée du 9 février 2024 est identique, dans ses motifs et son dispositif, à celle du 16 novembre 2023 qui a fait l'objet d'un précédent recours par Mme B. Par suite, cet arrêté doit être regardé comme ayant implicitement, mais nécessairement, retiré l'arrêté du 16 novembre 2023, si bien que Mme B n'est pas fondée à faire valoir que le préfet ne pouvait pas prendre une nouvelle obligation de quitter le territoire moins de trois mois avant celle qu'il avait déjà prise et ce sans abroger la précédente. Par suite ce moyen doit être écarté.

9. En deuxième lieu, lorsque la loi prescrit l'attribution de plein droit d'un titre de séjour à un étranger, cette circonstance fait obstacle à ce qu'il puisse légalement être l'objet d'une mesure d'obligation de quitter le territoire français. Tel n'est pas le cas de la mise en œuvre des dispositions de l'article L. 435-1 du même code, lesquelles ne prescrivent pas la délivrance d'un titre de plein droit mais laissent à l'administration un large pouvoir pour apprécier si l'admission au séjour d'un étranger répond à des considérations humanitaires ou si elle se justifie au regard des motifs exceptionnels dont l'intéressé se prévaut. Le législateur n'a ainsi pas entendu imposer à l'administration d'examiner d'office si l'étranger remplit les conditions prévues par cet article ni, le cas échéant, de consulter d'office la commission du titre de séjour quand l'intéressé est susceptible de justifier d'une présence habituelle en France depuis plus de dix ans. Il en résulte qu'un étranger ne peut pas utilement invoquer le moyen tiré de la méconnaissance de l'article L. 435-1 à l'encontre d'une obligation de quitter le territoire français alors qu'il n'avait pas présenté une demande de titre de séjour sur le fondement de cet article et que l'autorité compétente n'a pas procédé à un examen d'un éventuel droit au séjour à ce titre.

10. Il ressort des pièces du dossier que Mme B, est entrée sur le territoire national le 18 août 2018, alors qu'elle était mineure, accompagnée de sa mère et de ses trois sœurs mineures, qui possèdent la nationalité macédonienne. Il est constant que, à sa majorité, la requérante n'a sollicité aucun titre de séjour afin de régulariser sa situation, qu'elle est célibataire et sans enfants. Si Mme B se prévaut de la présence en France des membres de sa famille, elle n'établit pas que sa présence au côté de sa mère, qui est en situation irrégulière, et de ses sœurs, mineures et qui font l'objet d'un placement auprès des services de l'aide sociale à l'enfance, serait nécessaire. Elle ne justifie pas davantage de la nature, de l'intensité et de la pérennité des liens qu'elle entretiendrait avec sa demi-sœur. Par ailleurs, la double circonstance que ses trois sœurs et sa demi-sœur, qui n'a aucun lien avec son père biologique, fassent l'objet d'un placement auprès des services de l'aide sociale à l'enfance et que sa mère ait déposé une demande de titre de séjour ne fait pas obstacle à ce que la cellule familiale puisse se reconstituer en Macédoine, ou Mme B n'établit pas être dépourvue de toute attache. A cet égard, la requérante ne justifie pas de la réalité et de l'actualité des violences qu'elle serait susceptible de subir de la part de son père en cas de retour dans son pays d'origine. Enfin, il ne ressort d'aucune pièce du dossier que la requérante serait particulièrement insérée au sein de la société française. Dès lors, en l'état du dossier, Mme B ne peut se prévaloir d'un droit au séjour fondé sur l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, lequel ferait obstacle à ce qu'une mesure d'éloignement soit prise à son encontre. Par suite, ce moyen doit être écarté.

11. En troisième lieu, à supposer même que le préfet ait entendu examiner d'office la situation de Mme B au regard des dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, et pour des motifs identiques à ceux exposés au point 10 du présent jugement, la requérante ne peut être regardée comme justifiant de motifs humanitaires ou de circonstances exceptionnelles de nature à justifier son admission exceptionnelle au séjour sur le fondement de ces dispositions. Par suite, et en tout état de cause, le moyen tiré de ce que la décision attaquée est entachée d'une erreur de fait et d'une erreur de droit doit être écarté.

12. En quatrième lieu, le moyen tiré de ce que la décision portant obligation de quitter le territoire français méconnaît les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales est inopérant, cette mesure n'impliquant pas, par elle-même, le retour de l'intéressée dans son pays d'origine. Par suite, le moyen tiré de ce qu'en cas de retour en Macédoine, Mme B pourrait à nouveau être victime de violences de la part de son père comme durant son enfance doit être écarté.

13. En cinquième lieu, et pour des motifs identiques à ceux exposés au point 10 du présent jugement, le moyen tiré de ce que la décision attaquée est entachée d'une erreur d'appréciation au regard de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et d'une erreur manifeste d'appréciation de ses conséquences sur sa situation doit être écarté.

14. En sixième lieu, il résulte de ce qui a été dit aux points 10 et 11 du présent jugement que le moyen tiré de ce que la décision attaquée est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation, dès lors que Mme B peut prétendre à la délivrance d'un titre de séjour sur le fondement de l'article L. 423-23 et de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, doit être écarté.

15. En septième lieu, il ne ressort ni des termes de la décision attaquée ni d'aucune pièce du dossier que le préfet n'aurait pas, préalablement à l'édiction de cette décision, procédé à un examen particulier de la situation de Mme B. Par suite, le moyen tiré de ce que la décision est entachée d'un défaut d'examen particulier de sa situation doit être écarté.

En ce qui concerne l'octroi d'un délai de départ volontaire :

16. Dès lors qu'elle n'établit pas l'illégalité de la décision l'obligeant à quitter le territoire français, Mme B n'est pas fondée à s'en prévaloir à l'appui de ses conclusions dirigées contre la décision lui octroyant un délai de départ volontaire de trente jours. Par suite, ce moyen doit être écarté.

En ce qui concerne la fixation du pays de destination :

17. Dès lors qu'elle n'établit pas l'illégalité de la décision l'obligeant à quitter le territoire français, Mme B n'est pas fondée à s'en prévaloir à l'appui de ses conclusions dirigées contre la décision fixant le pays de destination. Par suite, ce moyen doit être écarté.

18. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation présentées par Mme B doivent être rejetées.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

19. Le présent jugement, qui rejette les conclusions à fin d'annulation présentées par Mme B, n'implique aucune mesure d'exécution. Par suite, les conclusions à fin d'injonction doivent être rejetées.

Sur les frais liés à l'instance :

20. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique font obstacle à ce qu'une quelconque somme soit mise à la charge de l'Etat qui n'est pas, dans la présente instance, la partie perdante. Par suite, les conclusions présentées sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique par le conseil de Mme B doivent être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : Mme B est admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à Mme A B, à Me Brey et au préfet de Saône-et-Loire.

Copie en sera adressée au ministre d'Etat, ministre de l'intérieur et au bureau d'aide juridictionnelle près le tribunal judiciaire de Dijon.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 7 mai 2025.

Le magistrat désigné,

H. C

La greffière,

L. Curot

La République mande et ordonne au préfet de Saône-et-Loire, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition,

La greffière,

lc

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