vendredi 5 avril 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Dijon |
| Section | Tribunal Administratif de Dijon |
| N° Dossier | TA21-2401050 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | REFERE |
| Avocat requérant | RIQUET-MICHEL ADRIENNE |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 2 avril 2024, M. A B, représenté par Me Riquet-Michel, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 31 mars 2024 par lequel le préfet de la Côte-d'Or l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays à destination duquel il pourra être reconduit et lui a fait interdiction de retour durant deux ans ainsi que l'arrêté du 31 mars 2024 par lequel le préfet de la Côte-d'Or l'a assigné à résidence durant 45 jours ;
2°) d'enjoindre au préfet de la Côte-d'Or de lui délivrer une carte de séjour temporaire, dans le délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir ou, à défaut, de procéder à un réexamen de sa situation dans le même délai ;
3°) de l'admettre à l'aide juridictionnelle provisoire et de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros au titre des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique.
Il soutient que :
- la décision portant obligation de quitter le territoire français est insuffisamment motivée ;
- elle est entachée d'un défaut d'examen particulier de sa situation personnelle ;
- il n'a pas été mis à même de présenter des observations et n'a pas été entendu sur un éventuel changement de sa situation personnelle ;
- la décision est entachée d'erreur manifeste d'appréciation, méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ainsi que celles de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la décision refusant l'octroi d'un délai de départ volontaire est insuffisamment motivée ;
- elle est entachée d'un défaut d'examen particulier de sa situation ;
- elle méconnait l'article L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et est entachée d'erreur manifeste d'appréciation ;
- elle est illégale, par la voie de l'exception de l'illégalité de l'obligation de quitter le territoire français ;
- les décisions fixant le pays de destination, portant interdiction de retour et l'assignation à résidence sont illégales, par la voie de l'exception de l'illégalité de l'obligation de quitter le territoire français.
Vu les autres pièces des dossiers.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné Mme C en application des dispositions de l'article R. 776-15 du code de justice administrative pour exercer les pouvoirs qui lui sont conférés par les articles L. 614-7 à L. 614-13 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
Les parties ont été régulièrement convoquées à l'audience du 5 avril 2024 à 14 h.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Marie-Eve Laurent,
- et les observations de Me Riquet-Michel, représentant M. B, qui reprend les moyens et conclusions de la requête.
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.
Considérant ce qui suit :
1. M. B, ressortissant ivoirien né le 1er janvier 1981, est entré irrégulièrement sur le territoire français le 5 mars 2019 et a fait l'objet le 4 octobre suivant d'un transfert auprès des autorités italiennes, responsables de l'examen de sa demande d'asile. L'intéressé est entré une seconde fois en France et a sollicité, le 4 mars 2022, un titre de séjour sur le fondement de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par arrêté du 13 décembre 2022, le préfet de la Côte-d'Or a refusé de lui délivrer le titre sollicité et l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours. Le recours de M. B contre cet arrêté a été rejeté par décision du tribunal du 10 juillet 2023, contre lequel M. B a interjeté appel. Le 30 mars 2024, il a été interpelé pour conduite d'un véhicule sans permis. Par arrêtés du 31 mars 2024, le préfet de la Côte-d'Or a d'une part, prononcé une nouvelle obligation de quitter le territoire français, sans délai de départ volontaire, a fixé le pays à destination et a prononcé une interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de deux ans, et, d'autre part a assigné à résidence M. B durant 45 jours. M. B demande l'annulation de ces arrêtés.
Sur l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle :
2. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de prononcer l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle de M. B.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire français :
3. En premier lieu, la décision attaquée vise les dispositions pertinentes du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dont il est fait application, notamment son article L. 611-1. Elle mentionne la précédente décision d'éloignement prise à son encontre ainsi que son maintien en France à l'issue du délai de départ volontaire. Par suite, cette décision est suffisamment motivée.
4. En deuxième lieu, l'article L. 100-1 du code des relations entre le public et l'administration dispose que : " Le présent code régit les relations entre le public et l'administration en l'absence de dispositions spéciales applicables. ". A supposer que M. B puisse utilement invoquer les dispositions de l'article L. 121-1 de ce code, il ressort des pièces du dossier qu'il a été entendu dans le cadre de son audition par les services de police le 30 mars 2024, au cours duquel il a été interrogé sur la perspective d'une mesure d'éloignement et pu faire valoir ses observations, notamment au sujet de son état de santé. Par suite, l'intéressé n'est, en tout état de cause, pas fondé à soutenir que les dispositions précitées du code des relations entre le public et l'administration n'auraient pas été respectées.
5. En troisième lieu, il ne ressort ni de la motivation de la décision attaquée, ni des autres pièces du dossier que le préfet de la Côte-d'Or aurait négligé de procéder à un examen attentif de la situation personnelle de l'intéressé.
6. En quatrième lieu, M. B soutient que le préfet n'a pas tenu compte de son état de santé et que la décision d'éloignement a été prise en violation de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Ce moyen est inopérant à l'encontre de la décision d'obligation de quitter le territoire français en litige, qui n'est pas une décision de refus de séjour et n'est pas fondée sur une telle décision, mais sur la circonstance que M. B s'est maintenu irrégulièrement en France après la précédente mesure d'éloignement dont il a fait l'objet.
7. En cinquième lieu, M. B soutient que son état de santé le place dans une situation humanitaire exceptionnelle justifiant l'octroi d'un titre de séjour à titre exceptionnel. Toutefois, les éléments nouveaux produits par le requérant ne sont pas suffisants pour considérer qu'aucun traitement approprié à son état de santé serait disponible en Côte-d'Ivoire, et à contredire sur ce point l'avis du collège de médecins de l'Office français de l'intégration et de l'immigration qui s'est prononcé sur sa demande de titre de séjour et ce qu'a jugé le tribunal dans sa décision du 10 juillet 2023. Par suite, le moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation de sa situation doit être écarté.
8. En sixième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui. ".
9. Il ressort des pièces du dossier que M. B, qui est célibataire et sans enfant, est entré irrégulièrement en France après avoir fait l'objet d'un transfert en Italie. Il est présent en France depuis moins de cinq ans depuis ce transfert, et il a déclaré lors de son audition vivre dans un squat, n'avoir pour seule attache en France qu'un cousin et dépendre de l'aide humanitaire pour ses besoins élémentaires. S'il produit une attestation d'embauche en tant que saisonnier dans une exploitation viticole, ce seul élément ne peut permettre d'établir une insertion particulière dans la société française. Par suite, le préfet de la Côte-d'Or n'a pas méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, ni commis une erreur manifeste d'appréciation des conséquences de sa décision sur la situation personnelle de M. B.
En ce qui concerne la décision portant fixation du délai de départ volontaire :
10. En premier lieu, il résulte de ce qui précède que M. B n'est pas fondé à demander l'annulation de la décision portant obligation de quitter le territoire français. Il n'est, par suite, pas fondé à soutenir que la décision portant fixation d'un délai de départ volontaire serait illégale, par voie de conséquence de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français.
11 En deuxième lieu, la décision attaquée vise les articles L. 612-1, L. 612-2 3° et L. 612-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, et indique que M. B s'est soustrait à L'exécution d'une précédente mesure d'éloignement. Elle est ainsi suffisamment motivée.
12 En troisième lieu, il ne ressort ni de la motivation de la décision attaquée, ni des autres pièces du dossier que le préfet de la Côte-d'Or aurait négligé de procéder à un examen attentif de la situation personnelle de l'intéressé.
13 En dernier lieu, aux termes de l'article L. 612-1: " L'étranger faisant l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français dispose d'un délai de départ volontaire de trente jours à compter de la notification de cette décision. () ". Selon l'article L. 612-2 du même code : " Par dérogation à l'article L. 612-1, l'autorité administrative peut refuser d'accorder un délai de départ volontaire dans les cas suivants : 1° Le comportement de l'étranger constitue une menace pour l'ordre public ; 2° L'étranger s'est vu refuser la délivrance ou le renouvellement de son titre de séjour, du document provisoire délivré à l'occasion d'une demande de titre de séjour ou de son autorisation provisoire de séjour au motif que sa demande était manifestement infondée ou frauduleuse ; 3° Il existe un risque que l'étranger se soustraie à la décision portant obligation de quitter le territoire français dont il fait l'objet ". Enfin aux termes de l'article L. 612-3 de ce code : " Le risque mentionné au 3° de l'article L. 612-2 peut être regardé comme établi, sauf circonstance particulière, dans les cas suivants : () 3° L'étranger s'est maintenu sur le territoire français plus d'un mois après l'expiration de son titre de séjour, du document provisoire délivré à l'occasion d'une demande de titre de séjour ou de son autorisation provisoire de séjour, sans en avoir demandé le renouvellement ;()".
14 Eu égard à la situation de M. B, rappelée au point 1., le préfet n'a pas fait une inexacte application des dispositions précitées de l'article L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile en estimant que le requérant présentait le risque de se soustraire de nouveau à l'obligation qui lui est faite par l'arrêté en litige de quitter le territoire français,
En ce qui concerne les autres décisions :
15 La décision portant obligation de quitter le territoire français n'encourant pas l'annulation, il est en vain excipé de son illégalité à l'encontre des décisions fixant le pays de renvoi, prononçant une interdiction de retour, et à l'encontre de la décision portant assignation à résidence.
16 Il résulte de l'ensemble de ce qui précède que M. B n'est pas fondé à demander l'annulation des arrêtés attaqués. Par voie de conséquence, ses conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte ne peuvent qu'être rejetées.
Sur les frais liés au litige :
17 Les dispositions combinées des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 font obstacle à ce que l'Etat, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, verse quelque somme que ce soit à M. B au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.
D E C I D E :
Article 1er : M. B est admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.
Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête de M. B est rejeté.
Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. A B, au préfet de la Côte-d'Or et à Me Riquet-Michel.
Copie en sera adressée au ministre de l'intérieur et au bureau d'aide juridictionnelle près le tribunal judiciaire de Dijon.
Fait à Dijon, le 5 avril 2024
Le magistrate désignée,
M-E. C
La greffière,
L. Lelong
La République mande et ordonne au préfet de la Côte-d'Or, en ce qui le concerne ou à tous huissiers de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition,
Le greffier,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026