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AccueilJurisprudence administrativeN° TA21-2401103

Tribunal Administratif de Dijon — Décision N° TA21-2401103

jeudi 19 septembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Dijon
SectionTribunal Administratif de Dijon
N° DossierTA21-2401103
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationCH 2 JU
Avocat requérantCABINET YOUNESS JAMIL & ASSOCIES

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une ordonnance du 5 avril 2024, enregistrée le même jour au greffe du tribunal, la présidente du tribunal administratif de Versailles a transmis au tribunal, en application de l'article R. 351-3 du code de justice administrative, la requête présentée pour M. A.

Par une requête enregistrée le 24 mars 2024 par le tribunal administratif de Versailles, M. B A, représenté par le cabinet Youness Jami et associés, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 22 mars 2024 par lequel le préfet des Yvelines l'a obligé à quitter le territoire français ;

2°) d'enjoindre au préfet des Yvelines de le convoquer dans un délai de soixante-douze heures afin de lui permettre de déposer une demande d'admission exceptionnelle au séjour.

Il soutient que :

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- elle est insuffisamment motivée ; la décision ne mentionne pas qu'il vient d'être embauché et qu'il est venu en France en risquant sa vie ;

- elle est entachée d'un défaut d'examen sérieux de sa situation personnelle ;

- elle porte une atteinte grave à sa vie privée ;

- il peut prétendre à la délivrance d'une carte de séjour salarié de plein droit ;

- il encourt un danger s'il rentre dans son pays d'origine.

La requête a été communiquée au préfet des Yvelines qui a seulement produit des pièces, enregistrées le 23 août 2024.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné Mme Hascoët, première conseillère, pour exercer les pouvoirs qui lui sont attribués par les dispositions du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de Mme Hascoët, magistrate désignée, a été entendu au cours de l'audience.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. M. B A, ressortissant tunisien né le 22 septembre 1996, déclare être entré en France en mars 2023. Par un arrêté du 22 mars 2024 dont il demande l'annulation, le préfet des Yvelines l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays à destination duquel il est susceptible d'être reconduit d'office et a prononcé une interdiction de retour sur le territoire français pendant deux ans.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. En premier lieu, la décision portant obligation de quitter le territoire français vise notamment les dispositions du 1° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dont il donne la teneur et mentionne que M. A est entré en France en mars 2023 sans être en possession des documents et visas exigés à l'article L. 311-1 du même code, qu'il ne peut justifier d'aucune démarche depuis son arrivée en France et qu'il n'a en particulier pas sollicité la délivrance d'un titre de séjour depuis son entrée en France. Cette décision comporte ainsi les considérations de droit et de fait sur lesquelles elle se fonde. Le préfet, qui n'était tenu d'énoncer tous les éléments de fait que le requérant estime lui être favorables, a ainsi suffisamment motivé sa décision portant obligation de quitter le territoire français.

3. En deuxième lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier que le préfet n'aurait pas procédé à un examen sérieux de sa situation particulière, alors même qu'il n'a pas mentionné que le requérant était employé en qualité de boulanger, circonstance qui n'était pas déterminante en l'espèce.

4. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 421-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui exerce une activité salariée sous contrat de travail à durée indéterminée se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié " d'une durée maximale d'un an. / La délivrance de cette carte de séjour est subordonnée à la détention préalable d'une autorisation de travail, dans les conditions prévues par les articles L. 5221-2 et suivants du code du travail () ". Aux termes l'article L. 412-1 du même code : " Sous réserve des engagements internationaux de la France et des exceptions prévues aux articles L. 412-2 et L. 412-3, la première délivrance d'une carte de séjour temporaire ou d'une carte de séjour pluriannuelle est subordonnée à la production par l'étranger du visa de long séjour mentionné aux 1° ou 2° de l'article L. 411-1 ".

5. Si M. A soutient qu'il peut bénéficier de plein droit d'un titre de séjour en qualité de salarié, il ne justifie ni d'une entrée régulière sur le territoire français ni d'une autorisation de travail. Par suite, il ne remplit pas les conditions de délivrance de la carte de séjour temporaire mention " salarié ". Il n'est pas fondé à soutenir que le préfet des Yvelines ne pouvait l'éloigner au motif qu'il devait bénéficier de plein droit d'un titre de séjour en qualité de salarié.

6. A supposer que M. A ait entendu soutenir qu'il pouvait bénéficier d'une admission exceptionnelle au séjour en application de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, ce titre de séjour n'est pas délivré de plein droit mais en raison de considérations humanitaires ou de motifs exceptionnels, de sorte qu'il ne peut utilement soutenir qu'il pourrait bénéficier d'une admission exceptionnelle au séjour pour contester la légalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français.

7. En quatrième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance () ".

8. M. A fait valoir être entré en France en 2023 et occuper un emploi d'aide- boulanger. Toutefois, M. A est célibataire et sans charge de famille. Il ne justifie d'aucun lien particulièrement intense noué en France où il arrivé récemment. Il n'établit pas être dépourvu de liens dans son pays d'origine où il a vécu la majeure partie de sa vie et où résident ses parents. Dans ces conditions, il n'est pas fondé à soutenir que le préfet des Yvelines a porté une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale. Le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté.

9. En cinquième lieu, M. A ne peut utilement soutenir qu'il encourt un danger en cas de retour dans son pays d'origine à l'encontre de la décision portant obligation de quitter le territoire français qui n'a pas, par elle-même, pour objet de fixer le pays à destination duquel l'intéressé pourra être éloigné.

10. En sixième lieu, à supposer que M. A ait entendu soutenir à l'encontre de la décision portant fixation du pays de destination qu'il encourrait des risques en cas de retour dans son pays d'origine, il n'apporte pas le moindre élément au soutien de ses allégations qui ne sont en outre pas précises ni circonstanciées. Dès lors, le requérant n'est pas fondé à soutenir que la décision fixant le pays de destination méconnaîtrait les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

11. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation de l'arrêté du 22 mars 2024 doivent être rejetées. Doivent également être rejetées par voie de conséquence les conclusions à fin d'injonction.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B A, et au préfet des Yvelines.

Copie sera adressée au ministre de l'intérieur et des outre-mer

Rendu public par mise à disposition au greffe le 19 septembre 2024.

La magistrate désignée

P. Hascoët

La greffière,

L. Curot

La République mande et ordonne au préfet des Yvelines, en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition,

La greffière,

lc

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