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AccueilJurisprudence administrativeN° TA21-2401168

Tribunal Administratif de Dijon — Décision N° TA21-2401168

jeudi 12 décembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Dijon
SectionTribunal Administratif de Dijon
N° DossierTA21-2401168
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation2ème chambre
Avocat requérantCENTAURE AVOCATS

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Dijon a examiné la requête de M. B, ressortissant kosovar, contestant l'arrêté préfectoral du 4 avril 2024 lui refusant un titre de séjour, l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, fixant le pays de renvoi et prononçant une interdiction de retour de cinq ans. Le requérant invoquait notamment la méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, ainsi que l'incompétence de l'auteur de l'acte et une erreur d'appréciation sur la menace à l'ordre public. Le tribunal a rejeté l'ensemble des moyens soulevés, considérant que la décision était suffisamment motivée et proportionnée, et a confirmé la légalité de l'arrêté préfectoral.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 11 avril 2024, M. C B, représenté par la société civile professionnelle Thémis Avocats et Associés, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 4 avril 2024, notifié le 9 avril 2024, par lequel le préfet de la Côte-d'Or a refusé de lui délivrer un titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays à destination duquel il est susceptible d'être reconduit d'office et a prononcé une interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de cinq ans ;

2°) d'enjoindre au préfet de la Côte-d'Or de lui délivrer le titre de séjour sollicité dans un délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir ;

3°) d'assortir cette injonction d'une astreinte de 150 euros par jour de retard ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros, à verser à son conseil, au titre des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

En ce qui concerne la décision de refus de séjour :

- elle est entachée d'incompétence dès lors qu'il n'est pas justifié d'une délégation de signature ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle est entachée d'une erreur d'appréciation dès lors qu'il ne constitue pas une menace à l'ordre public ;

En ce qui concerne la décision l'obligeant à quitter le territoire français :

- elle est insuffisamment motivée ;

- elle est entachée d'un défaut d'examen particulier de sa situation ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle est illégale du fait l'illégalité de la décision de refus de séjour ;

En ce qui concerne la décision refusant l'octroi d'un délai de départ volontaire :

- elle est illégale du fait de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français ;

- elle est insuffisamment motivée dès lors qu'elle ne vise pas les faits permettant de considérer qu'il représenterait une menace pour l'ordre public ;

- elle est entachée d'une erreur d'appréciation dès lors qu'il ne représente pas une menace pour l'ordre public ;

- en ne procédant pas à un examen particulier de sa situation personnelle, le préfet a entaché sa décision d'une erreur d'appréciation résultant du non-respect du principe de proportionnalité ;

En ce qui concerne la décision fixant le pays de renvoi :

- elle est illégale du fait de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français ;

En ce qui concerne la décision portant interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de cinq ans :

- elle est entachée d'incompétence ;

- elle est insuffisamment motivée ;

- elle est illégale du fait de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français ;

- elle est entachée d'une erreur d'appréciation dès lors qu'il ne représente pas une menace à l'ordre public ;

- elle est entachée d'une erreur d'appréciation et méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Par un mémoire en défense, enregistré le 16 avril 2024, le préfet de la Côte-d'Or, représenté par la société d'exercice libéral à responsabilité limitée Centaure Avocats, conclut à ce que le soin de juger la légalité de la décision portant refus de séjour soit renvoyé à la formation collégiale et au rejet du surplus de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés par le requérant ne sont pas fondés.

M. B a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du bureau d'aide juridictionnelle du 22 avril 2024.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la directive 2008/115/CE du Parlement et du Conseil du 16 décembre 2008 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience en application des dispositions de l'article R. 732-1-1 du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Nicolet ;

- les observations de Me Hebmann, représentant le requérant ;

- et les observations de Me Lacoeuilhe, représentant le préfet de la Côte-d'Or.

Considérant ce qui suit :

1. M. B, ressortissant kosovar né le 14 septembre 1998, est entré irrégulièrement en France en 2010 avec sa mère et ses frères et sœurs. Lorsqu'il est devenu majeur, il a bénéficié d'une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " valable du 23 janvier 2017 au 22 janvier 2018 puis d'une carte de séjour pluriannuelle valable du 23 janvier 2018 au 22 janvier 2022. Il a sollicité le 4 mars 2022 le renouvellement de son titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " sur le fondement de l'article L.423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Il a par ailleurs fait l'objet le 26 septembre 2022 d'une condamnation pénale à un an d'emprisonnement, aménagée sous le régime de la détention à domicile sous surveillance électronique jusqu'au 18 avril 2024. Par un arrêté du 4 avril 2024, le préfet de la Côte-d'Or a rejeté sa demande de titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays à destination duquel il est susceptible d'être reconduit d'office et a prononcé une interdiction de retour sur le territoire français pendant une durée de cinq ans. Par sa requête, M. B demande l'annulation de ces décisions.

2. Par un jugement du 17 avril 2024, le magistrat désigné par le président du tribunal administratif de Dijon, statuant sur le fondement de l'article R. 776-15 du code de justice administrative, après avoir accordé au requérant l'aide juridictionnelle provisoire, a renvoyé à la formation collégiale le jugement des conclusions tendant à l'annulation de la décision relative au séjour, les conclusions accessoires dont elles sont assorties ainsi que les conclusions relatives aux frais de l'instance, et a rejeté le surplus des conclusions de la requête.

Sur les conclusions à fin d'annulation de la décision portant refus de séjour :

3. En premier lieu, par un arrêté du 18 janvier 2024, publié le 22 janvier 2024 au recueil des actes administratifs spécial de la préfecture, le préfet de la Côte-d'Or a donné délégation à M. Johann Mougenot, secrétaire général de la préfecture de la Côte-d'Or, et en son absence à Mme Amelle Ghayou, secrétaire générale adjointe, à l'effet de signer tous arrêtés, décisions, circulaires, rapports, correspondances et documents relevant des attributions de l'Etat dans le département de la Côte-d'Or, à l'exception des décisions limitativement énumérées au nombre desquelles ne figurent pas la décision attaquée. Il ne ressort pas des pièces du dossier que M. A n'aurait pas été absent lors de l'édiction de la décision litigieuse. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence de l'auteur de la décision contestée, qui manque en fait, doit être écarté.

4. Aux termes de l'article L. 412-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " La circonstance que la présence d'un étranger en France constitue une menace pour l'ordre public fait obstacle à la délivrance et au renouvellement de la carte de séjour temporaire, de la carte de séjour pluriannuelle et de l'autorisation provisoire de séjour prévue aux articles L. 425-4 ou L. 425-10 ainsi qu'à la délivrance de la carte de résident et de la carte de résident portant la mention " résident de longue durée-UE " ". Aux termes de l'article L. 432-1 du code précité : " La délivrance d'une carte de séjour temporaire ou pluriannuelle ou d'une carte de résident peut, par une décision motivée, être refusée à tout étranger dont la présence en France constitue une menace pour l'ordre public ". Aux termes l'article L.423-23 du code précité : " L'étranger qui n'entre pas dans les catégories prévues aux articles L. 423-1, L. 423-7, L. 423-14, L. 423-15, L. 423-21 et L. 423-22 ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, et qui dispose de liens personnels et familiaux en France tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1./ Les liens mentionnés au premier alinéa sont appréciés notamment au regard de leur intensité, de leur ancienneté et de leur stabilité, des conditions d'existence de l'étranger, de son insertion dans la société française ainsi que de la nature de ses liens avec sa famille restée dans son pays d'origine. /L'insertion de l'étranger dans la société française est évaluée en tenant compte notamment de sa connaissance des valeurs de la République ".

5. Il ressort des pièces du dossier que le requérant a été condamné le 26 octobre 2017 pour des faits d'outrage à une personne dépositaire de l'autorité publique et de rébellion, commis le 6 mai 2017, à une peine d'emprisonnement de cinq mois assortie du sursis total. Il a ensuite été condamné le 17 décembre 2019 par le tribunal correctionnel de Dijon à quatre mois d'emprisonnement pour des faits d'outrage à une personne dépositaire de l'autorité publique en récidive, commis en mars 2018 et mars 2019 et pour violence commise en réunion suivie d'incapacité n'excédant par huit jours, faits commis en mai 2019. Puis il a également été condamné le 4 juin 2020 par la même juridiction à trois mois d'emprisonnement pour des faits commis en octobre 2019 de violence sur une personne chargée d'une mission de service public suivie d'incapacité n'excédant pas huit jours et d'outrage à une personne chargée d'une mission de service public. Il a encore été condamné le 1er février 2021 pour des faits de vol, outrage à une personne dépositaire de l'autorité publique en récidive, rébellion en récidive, violence sur une personne dépositaire de l'autorité publique suivie d'incapacité n'excédant pas huit jours, commis le 28 janvier 2021, à une peine de quatorze mois d'emprisonnement dont six mois assortis du sursis probatoire pendant deux ans. Enfin, il a été condamné le 26 septembre 2022 à un an d'emprisonnement pour des faits commis en septembre 2022 de vol avec violence ayant entrainé une incapacité totale de travail supérieure à huit jours, de dégradation ou détérioration de bien d'autrui et de menace de mort réitérée. Le requérant fait valoir qu'il vit en France depuis quatorze ans, qu'il est entré en France alors qu'il avait onze ans, que sa mère, ses deux frères résident en situation régulière sur le territoire national, que sa sœur est ressortissante française, que son père est décédé et qu'il a entrepris un suivi psychologique ainsi que des recherches d'emploi. Toutefois, compte tenu du caractère réitéré des faits d'outrage, de violence et de vol, de leur caractère récent, de leur aggravation dans la période la plus récente, de l'absence d'éléments établissant une réelle volonté de réinsertion, le préfet n'a pas commis d'erreur d'appréciation en retenant que le requérant constituait une menace actuelle à l'ordre public et en refusant pour ce motif le titre de séjour sollicité sur le fondement de l'article L. 423-23 du l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

6. En deuxième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale () ".

7. M. B est présent sur le territoire français depuis quatorze ans, il est arrivé à un relativement jeune âge et il a effectué une part importante de sa scolarité en France. Il est constant que sa mère, ses deux frères et sa sœur résident régulièrement sur le territoire français, sa sœur ayant même la nationalité française. Toutefois, le requérant ne justifie d'aucune insertion sociale ou professionnelle particulière en France. Il s'est au contraire inscrit dans un parcours de délinquance depuis près de sept ans et a fait l'objet de plusieurs condamnations pénales pour des faits dont la gravité n'a fait que s'accentuer et qui tiennent notamment à des violences verbales et physiques réitérées. Comme il a été dit au point 5 du présent jugement, il constitue une menace actuelle à l'ordre public. Il ne ressort pas des pièces du dossier qu'il présenterait à la date de la décision attaquée des gages sérieux de distanciation ou de remise en question par rapport à ces actes alors qu'il a connu plusieurs incidents pendant l'exécution de sa dernière peine selon la modalité de la surveillance électronique, soit qu'il ait ôté son bracelet électronique, soit qu'il n'ait pas respecté les horaires auxquels il était soumis. Il ressort aussi des pièces du dossier qu'il n'avait pas suivi les obligations auxquelles il était soumis dans le cadre d'un précédent sursis probatoire prononcé en 2021. Enfin, il est constant qu'il est célibataire et qu'il n'a pas d'enfant. Dans ces conditions, compte tenu de la menace à l'ordre public qu'il représente et des conditions de son séjour en France, la décision de refus de séjour n'a pas porté au droit au respect de la vie privée et familiale de M. B une atteinte disproportionnée aux buts en vue desquels elle a été prise. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article 8 de la convention européenne des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté.

8. Par suite, les conclusions à fin d'annulation de la décision portant refus de séjour, présentées par le requérant doivent être rejetées.

Sur les conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte :

9. Le présent jugement, qui rejette les conclusions à fin d'annulation, n'implique aucune mesure particulière d'exécution. Par suite, les conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte doivent être rejetées.

Sur les frais liés à l'instance :

10. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 font obstacle à ce que la somme demandée par le conseil du requérant au titre des frais exposés et non compris dans les dépens soit mise à la charge de l'Etat qui n'est pas, dans la présente instance, la partie perdante.

D E C I D E :

Article 1er : Les conclusions de la requête de M. B tendant à l'annulation de la décision de refus de séjour contenue dans l'arrêté du 4 avril 2024 du préfet de la Côte-d'Or, les conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte et les conclusions tendant à l'application des dispositions combinées du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, sont rejetées.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. C B, à la société civile professionnelle Thémis Avocats et Associés et au préfet de la Côte-d'Or.

Copie en sera adressée au ministre de l'intérieur.

Délibéré après l'audience du 3 décembre 2024, à laquelle siégeaient :

M. Nicolet, président-rapporteur,

M. Hugez, premier conseiller,

M. Cherief, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 12 décembre 2024.

Le président-rapporteur,

P. Nicolet

L'assesseur le plus ancien,

I. Hugez

La greffière,

L. Curot

La République mande et ordonne au préfet de Côte-d'Or en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

lc

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