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AccueilJurisprudence administrativeN° TA21-2401195

Tribunal Administratif de Dijon — Décision N° TA21-2401195

jeudi 18 avril 2024

JuridictionTribunal Administratif de Dijon
SectionTribunal Administratif de Dijon
N° DossierTA21-2401195
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationREFERE
Avocat requérantMIFSUD ELODIE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 13 avril 2024, M. B A, représenté par Me Mifsud, demande au tribunal :

1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire ;

2°) d'annuler l'arrêté du 11 avril 2024 par lequel le préfet de Saône-et-Loire l'a assigné à résidence dans l'arrondissement de Mâcon pendant une durée de quarante-cinq jours ;

3°) de mettre la somme de 1 500 euros à la charge de l'Etat, à verser à son conseil, Me Mifsud, au titre de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- elle est entachée d'incompétence dès lors qu'il n'est pas établi que la signataire disposait d'une délégation de signature précise et publiée ;

- elle est insuffisamment motivée dès lors que le préfet ne justifie pas en quoi l'éloignement demeure une perspective raisonnable ;

- elle est entachée d'une erreur d'appréciation ; rien ne permet de considérer que l'éloignement demeure une perspective raisonnable alors que la décision portant obligation de quitter le territoire français date de février 2022 et qu'il a déjà fait l'objet de décisions d'assignation à résidence.

La requête a été communiquée au préfet de Saône-et-Loire qui a seulement produit des pièces.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné Mme C en application des dispositions de l'article R. 776-15 du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement convoquées à l'audience du 16 avril 2024 à 14h30.

Le rapport de Mme Pauline Hascoët, magistrate désignée, a été entendu au cours de l'audience publique.

Les parties n'étaient ni présentes ni représentées.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience à 14 heures 39 minutes.

Considérant ce qui suit :

1. M. B A, ressortissant kosovar né le 20 février 1987, serait entré irrégulièrement en France le 5 janvier 2015, accompagné de son épouse. Sa demande d'asile a été rejetée par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides (OFPRA), le 22 juin 2015, rejet confirmé par la Cour nationale du droit d'asile (CNDA), le 6 décembre 2016. Par un arrêté du 18 mai 2017, le préfet de Saône-et-Loire a refusé de l'admettre au séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination. Le recours dirigé contre cet arrêté a été rejeté par un jugement du tribunal administratif de Dijon du 12 octobre 2017. Le 26 janvier 2020, M. A a fait l'objet d'un nouvel arrêté portant obligation de quitter le territoire français sans délai, assortie d'une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée d'un an. Le recours présenté contre cet arrêté a été rejeté par un jugement du 24 juin 2020. Le 4 février 2021, le requérant a sollicité son admission exceptionnelle au séjour. Par un arrêté du 9 février 2022, le préfet de la Saône-et-Loire a refusé de l'admettre au séjour, l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée d'un an. Le recours dirigé contre cet arrêté a été rejeté par des jugements du tribunal administratif de Dijon du 14 avril 2022 et du 5 janvier 2023. Par un arrêté du 11 avril 2024 dont M. A demande l'annulation, le préfet de Saône-et-Loire l'a assigné à résidence pour une durée de quarante-cinq jours.

Sur l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle :

2. Aux termes du premier alinéa de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence (), l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée soit par la juridiction compétente ou son président. ".

3. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de prononcer l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle de M. A.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

4. En premier lieu, par un arrêté du 3 janvier 2024, publié le même jour au recueil des actes administratifs spécial de la préfecture, le préfet de Saône-et-Loire a donné délégation à Mme E D, cheffe du bureau des migrations et de l'intégration, à l'effet de signer, notamment, les décisions d'assignation à résidence et de renouvellement d'assignation à résidence. Le moyen tiré de l'incompétence de l'auteur de la décision contestée, qui manque en fait, doit être écarté.

5. En deuxième lieu, l'arrêté portant assignation à résidence fait référence au 1° de l'article L. 731-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dont il rappelle la teneur et mentionne que M. A fait l'objet d'un arrêté portant obligation de quitter le territoire français sans délai du 9 février 2022, qu'il est titulaire d'un passeport kosovare en cours de validité, que les modalités de son retour ne sont pas connues au jour de la décision mais qu'il existe une perspective raisonnable d'exécution de son obligation de quitter le territoire français et qu'il justifie par ailleurs d'une adresse fiable. L'arrêté mentionne ainsi les considérations de droit et de fait sur lesquelles il se fonde et est suffisamment motivé alors même qu'il ne détaille pas plus les raisons pour lesquelles l'éloignement demeure une perspective raisonnable.

6. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 731-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut assigner à résidence l'étranger qui ne peut quitter immédiatement le territoire français mais dont l'éloignement demeure une perspective raisonnable, dans les cas suivants : / 1° L'étranger fait l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français, prise moins de trois ans auparavant, pour laquelle le délai de départ volontaire est expiré ou n'a pas été accordé () ".

7. M. A, qui a fait l'objet d'une obligation de quitter le territoire français datée du 9 février 2022, se trouve dans l'une des hypothèses permettant au préfet au prononcer à son égard une mesure d'assignation à résidence en vue de l'exécution de la mesure d'éloignement dont il fait l'objet. Pour contester la décision prise à son encontre, il se borne à faire valoir que rien ne permet de considérer que l'éloignement demeure une perspective raisonnable dès lors que la décision portant obligation de quitter le territoire français date du 9 février 2022 et qu'il a déjà fait l'objet de décisions d'assignation à résidence. Toutefois, les seules circonstances dont se prévaut le requérant ne sont pas de nature à remettre en cause l'existence d'une perspective raisonnable d'éloignement. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article L. 731-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doit être écarté.

8. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation doivent être rejetées. Doivent également être rejetées par voie de conséquence les conclusions présentées sur le fondement des articles 37 de la loi du 10 juillet 1991 et L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : M. A est admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête de M. A est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. B A, à Me Mifsud et au préfet de Saône-et-Loire.

Copie en sera adressée au ministre de l'intérieur et des outre-mer et au bureau d'aide juridictionnelle près le tribunal judiciaire de Dijon.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 18 avril 2024.

La magistrate désignée,

P. C

La greffière,

S. Kieffer

La République mande et ordonne au préfet de Saône-et-Loire, en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition,

La greffière

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