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AccueilJurisprudence administrativeN° TA21-2401247

Tribunal Administratif de Dijon — Décision N° TA21-2401247

jeudi 25 avril 2024

JuridictionTribunal Administratif de Dijon
SectionTribunal Administratif de Dijon
N° DossierTA21-2401247
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationREFERE
Avocat requérantCORDIN PAULINE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 18 avril 2024, M. A B, représenté par Me Cordin, demande au tribunal :

1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;

2°) d'annuler l'arrêté du 16 avril 2024 par lequel le préfet de la Côte-d'Or lui a fait obligation de quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de renvoi et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de trois ans ;

3°) d'annuler l'arrêté du 16 avril 2024 par lequel le préfet de la Côte-d'Or l'a assigné à résidence dans ce département pour une durée de quarante-cinq jours ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 000 euros à verser à son conseil en application des dispositions combinées du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

M. B soutient que :

- la décision portant obligation de quitter le territoire est entachée d'un vice d'incompétence et d'une insuffisance de motivation et méconnait en outre les articles L. 423-23 et L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentale ;

- la décision d'interdiction de retour a violé l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et est entachée d'une erreur d'appréciation ;

- la décision d'assignation à résidence méconnait l'article L. 731-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et est illégale par voie de conséquence de l'illégalité entachant la décision portant obligation de quitter le territoire et ses modalités d'application sont en outre disproportionnées.

Par un mémoire en défense, enregistré le 19 avril 2024, le préfet de la Côte-d'Or conclut au rejet de la requête.

Le préfet soutient que les moyens soulevés par M. B ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné M. Boissy, président, pour statuer sur les litiges relevant de l'article R. 776-15 du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement convoquées à l'audience du 24 avril 2024.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Boissy,

- et les observations de Me Cordin pour le requérant.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. M. B, ressortissant tunisien né en 2003, est entré irrégulièrement en France en septembre 2020. Par un arrêté du 30 juin 2022, le préfet de la Côte-d'Or a refusé de lui délivrer un titre de séjour et l'a obligé à quitter le territoire dans un délai de trente jours en fixant le pays de renvoi. Le 1er août 2022, l'intéressé, qui n'avait pas exécuté cette mesure d'éloignement, a été interpellé puis placé en garde à vue pour acquisition, détention, offre et cession et usage non autorisés de produits stupéfiants. Par un arrêté du 3 août 2022, le préfet a alors décidé de prononcer à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de deux ans. Par un jugement n° 2202533 du 1er février 2024, devenu définitif, la magistrate désignée par le président du tribunal administratif de Dijon a rejeté la demande de M. B tendant à l'annulation de cet arrêté du 2 août 2022. L'intéressé a toutefois décidé de se maintenir irrégulièrement sur le territoire national et, le 15 avril 2024, a de nouveau été interpellé à la suite de faits de détention et usage non autorisé de produits stupéfiants et port d'arme prohibé de catégorie D. Par un arrêté du 16 avril 2024, le préfet la Côte-d'Or l'a alors obligé à quitter le territoire sans délai en fixant le pays de renvoi et a prononcé une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de trois ans. Par un arrêté du même jour, pris sur le fondement du 1° de l'article L. 731-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, le préfet a par ailleurs assigné l'intéressé à résidence dans le département pour une durée de quarante-cinq jours. M. B demande l'annulation de ces deux arrêtés du 16 avril 2024.

Sur les conclusions à fin d'admission à l'aide juridictionnelle provisoire :

2. Aux termes de l'article 20 de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 : " Dans les cas d'urgence (), l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée soit par le président du bureau ou de la section compétente du bureau d'aide juridictionnelle, soit par la juridiction compétente ou son président ".

3. La présente requête présente les caractéristiques de l'urgence prévue par les dispositions citées au point 2. Il y a donc lieu d'admettre, à titre provisoire, le requérant au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne les conclusions dirigées contre la décision portant obligation de quitter le territoire :

4. En premier lieu, par un arrêté du 18 janvier 2024, publié le 22 janvier 2024 au recueil des actes administratifs de la préfecture, le préfet de la Côte-d'Or a délégué sa signature à M. Mougenot, secrétaire général de la préfecture et, en cas d'absence ou d'empêchement de ce dernier, à Mme Ghayou, secrétaire générale adjointe, à l'effet de signer tous arrêtés, décisions, circulaires, rapports, correspondances et documents relevant des attributions de l'Etat dans le département, à l'exception d'actes au nombre desquels ne figure pas les décisions d'éloignement. Il ne ressort pas des pièces du dossier que M. Mougenot n'aurait pas été absent ou empêché le 16 avril 2024. Par suite, le moyen tiré de ce que Mme Ghayou n'était pas compétente pour signer la décision d'éloignement attaquée manque en fait et doit par suite être écarté.

5. En deuxième lieu, la décision portant obligation de quitter le territoire français comporte l'énoncé des considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement et n'a dès lors pas méconnu les dispositions combinées des articles L. 211-2 et L. 211-5 du code des relations entre le public et l'administration et de l'article L. 613-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

6. En troisième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".

7. D'une part, M. B, qui réside en France depuis seulement moins de quatre ans, en grande partie en situation irrégulière, est célibataire et sans charge de famille et n'est pas dépourvu d'attaches personnelles et familiales en Tunisie, pays dans lequel il a vécu l'essentiel de son existence et où résident encore notamment sa mère et sa sœur. D'autre part, en se bornant à soutenir qu'il souhaite continuer à vivre auprès de son père malade, qu'il entretient des liens étroits avec ses demi-frères et sœur et à indiquer qu'il est scolarisé au lycée professionnel à Chenove et qu'il est bénévole à la Croix-Rouge française, le requérant n'apporte pas d'éléments particuliers ou suffisants de nature à établir qu'il serait significativement inséré personnellement, socialement ou professionnellement en France. Dans ces conditions, et compte tenu, en outre, de son comportement d'ensemble, mentionné au point 1, et de ce qu'il n'a pas exécuté une précédente mesure d'éloignement du territoire français, la décision portant obligation de quitter le territoire français n'a pas porté au droit de l'intéressé au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au but en vue duquel elle a été prise. Par suite, le moyen tiré de la violation des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté.

8. En dernier lieu, le moyen tiré de la violation de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile n'est pas assorti des précisions suffisantes permettant d'en apprécier le bien-fondé et doit par suite être écarté pour ce motif.

En ce qui concerne les conclusions dirigées contre la décision d'interdiction de retour :

9. En premier lieu, en vertu des articles L. 613-2, L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger et sauf si des circonstances humanitaires y font manifestement obstacle, l'autorité administrative, par une décision motivée, assortit l'obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée qui ne peut excéder cinq ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français, et dix ans en cas de menace grave pour l'ordre public, en tenant compte, pour fixer la durée de cette interdiction de retour, de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français.

10. D'une part, il ne ressort pas des pièces du dossier que le préfet de la Côte-d'Or, en estimant qu'il n'existait pas de considérations humanitaires propres à justifier que la mesure d'éloignement prononcée à l'encontre de M. B ne soit pas assortie d'une interdiction de retour, aurait commis une erreur d'appréciation. D'autre part, compte tenu notamment de ce qui a été dit aux points 1 et 7, le préfet de la Côte-d'Or n'a dans les circonstances de l'espèce pas commis d'erreur d'appréciation en décidant de fixer à trois ans la durée de cette interdiction de retour.

11. En second lieu, compte tenu de ce qui a été dit aux points 1 et 7 et dès lors que M. B conserve toujours la possibilité, en application de l'article L. 613-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, de demander à l'autorité administrative d'abroger l'interdiction de retour -à la condition de résider hors de France-, le préfet de la Côte-d'Or n'a en l'espèce pas méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales en fixant à trois ans la durée de cette interdiction de retour.

En ce qui concerne les conclusions dirigées contre l'arrêté d'assignation à résidence :

12. En premier lieu, en application du 1° de l'article L. 731-1 et de l'article L. 732-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, l'autorité administrative peut notamment assigner à résidence, pour une durée maximale de quarante-cinq jours, l'étranger ayant fait l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français, prise moins de trois ans auparavant, pour laquelle le délai de départ volontaire n'a pas été accordé, et qui ne peut quitter immédiatement le territoire français mais dont l'éloignement demeure une perspective raisonnable.

13. Il ne ressort pas des pièces du dossier que l'éloignement de M. B du territoire français ne constituerait pas une perspective raisonnable. L'intéressé, qui pouvait donc être assigné à résidence en application du 1° de l'article L. 731-1, ne peut dès lors pas utilement se prévaloir de la circonstance qu'il ne présenterait pas de risque de fuite.

14. En deuxième lieu, aux termes de l'article R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative qui a ordonné l'assignation à résidence de l'étranger en application des articles L. 731-1 () définit les modalités d'application de la mesure : / 1° Elle détermine le périmètre dans lequel il est autorisé à circuler muni des documents justifiant de son identité et de sa situation administrative et au sein duquel est fixée sa résidence ; / 2° Elle lui désigne le service auquel il doit se présenter, selon une fréquence qu'elle fixe dans la limite d'une présentation par jour, en précisant si l'obligation de présentation s'applique les dimanches et les jours fériés ou chômés ; / 3° Elle peut lui désigner une plage horaire pendant laquelle il doit demeurer dans les locaux où il réside ".

15. Si M. B, assigné à résidence dans le département de la Côte-d'Or, sur le territoire de la commune de Talant, doit se rendre au commissariat de police situé 2 place Suquet à Dijon chaque jour entre 8 heures et 9 heures, sauf les dimanche et jours fériés, il ne produit aucun élément sérieux de nature à établir qu'il serait dans l'impossibilité de se rendre à ce commissariat. Les modalités d'application de la mesure d'assignation ne sont dès lors pas disproportionnées.

16. En dernier lieu, la décision portant obligation de quitter le territoire français n'étant pas entachée d'illégalité, le moyen invoqué par la voie de l'exception à l'encontre de l'arrêté d'assignation à résidence, tiré de l'illégalité de cette décision, doit être écarté.

17. Il résulte de tout ce qui précède que M. B n'est pas fondé à demander l'annulation des arrêtés du 16 avril 2024. Ses conclusions à fin d'annulation doivent par suite être rejetées.

Sur les frais liés au litige :

18. Les dispositions combinées du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'Etat, qui n'est pas dans la présente instance la partie perdante, une quelconque somme au bénéfice du conseil de M. B au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.

DECIDE :

Article 1er : M. B est admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.

Article 2 : Les conclusions de M. B sont rejetées pour le surplus.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et au préfet de la Côte-d'Or.

Une copie de ce jugement sera transmise, pour information, au ministre de l'intérieur et des outre-mer et au bureau d'aide juridictionnelle.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 25 avril 2024.

Le magistrat désigné,

L. BoissyLa greffière,

L. Lelong

La République mande et ordonne au préfet de la Côte-d'Or, en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.

Pour expédition conforme,

La greffière

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