mercredi 22 mai 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Dijon |
| Section | Tribunal Administratif de Dijon |
| N° Dossier | TA21-2401264 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | CH 3 JU |
| Avocat requérant | DE MESNARD ADÈLE |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 19 avril 2024, et un mémoire complémentaire, enregistré le 13 mai 2024, M. C A, représenté par Me de Mesnard, avocate, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 17 avril 2024, par lequel le préfet de la Côte d'Or l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays à destination duquel il est susceptible d'être reconduit d'office, et a prononcé à son encontre une décision d'interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de 12 mois ;
2°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 000 euros, à verser à son conseil, en application des dispositions des articles 37 de la loi n° 91-647 et L. 761-1 du code de justice administrative.
M. A soutient que :
- s'agissant de la décision portant obligation de quitter le territoire français, le signataire de l'arrêté était incompétent ;
- il y a méconnaissance des dispositions de l'article L. 613- 1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile en ce que le préfet aurait dû vérifier que les stipulations de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 ne lui ouvrent pas droit à un titre de séjour de plein droit ;
- l'arrêté est insuffisamment motivé en ce qu'il ne vise pas l'accord franco-algérien ;
- il y a violation de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, en ce qu'il est entré régulièrement en France ;
- il y a défaut d'examen particulier de sa situation personnelle, erreur manifeste d'appréciation et méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- s'agissant de la décision de suppression du délai de départ volontaire, elle est illégale du fait de l'illégalité, constatée par voie d'exception, de la décision portant obligation de quitter le territoire français ;
- il y a violation des dispositions de l'article L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et erreur manifeste d'appréciation :
- s'agissant de la décision fixant le pays de destination, elle est illégale du fait de l'illégalité, constatée par voie d'exception, de la décision portant obligation de quitter le territoire français ;
- s'agissant de la décision d'interdiction de retour sur le territoire français, elle est illégale du fait de l'illégalité, constatée par voie d'exception, de la décision portant obligation de quitter le territoire français ;
- elle est insuffisamment motivée et entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.
Par un mémoire en défense, enregistré le 30 avril 2024, le préfet de la Côte d'Or conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que les moyens de la requête ne sont pas fondés.
Vu :
- la décision du bureau d'aide juridictionnelle en date du 6 mai 2024 accordant l'aide juridictionnelle totale à M. A ;
- les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales
- l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a, par une décision du 25 janvier 2024, désigné M. D, magistrat honoraire inscrit sur la liste mentionnée à l'article L. 222-2-1 du code de justice administrative par un arrêté du vice-président du Conseil d'Etat en date du 30 novembre 2023, pour statuer, en application des dispositions de l'article R. 776-13-3 du code de justice administrative, sur les requêtes relevant de la procédure prévue à l'article L. 614-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
Les parties ont été régulièrement convoquées à l'audience.
Après avoir entendu, lors de l'audience publique :
- le rapport de M. D ;
- les observations de Me de Mesnard pour M. A, et de Mme B, pour le préfet de la Côte-d'Or.
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.
Considérant ce qui suit :
1. M. A, ressortissant algérien, né le 26 juin 1995, a fait l'objet d'un contrôle opéré par les services de gendarmerie de Beaune, et placé en retenue administrative pour vérification de son droit à séjour. Par un arrêté du 17 avril 2024, le préfet de la Côte d'Or lui a fait obligation de quitter le territoire français sans délai à destination du pays dont il a la nationalité ou de tout pays dans lequel il serait légalement admissible, avec interdiction de retour sur le territoire français pendant une durée d'un an à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français.
.
Sur les conclusions en annulation de l'arrêté du préfet de la Côte d'Or du 17 avril 2024 :
En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :
2. En premier lieu, par un arrêté du 18 janvier 2024, publié le 22 janvier 2024 au recueil des actes administratifs de la préfecture, le préfet de la Côte-d'Or a délégué sa signature à M. Mougenot, secrétaire général de la préfecture et, en cas d'absence ou d'empêchement de ce dernier, à Mme Ghayou, secrétaire générale adjointe, à l'effet de signer tous arrêtés, décisions, circulaires, rapports, correspondances et documents relevant des attributions de l'Etat dans le département, à l'exception d'actes au nombre desquels ne figure pas l'arrêté attaqué. Il ne ressort pas des pièces du dossier que M. Mougenot n'aurait pas été absent ou empêché le 17 avril 2024. Par suite, le moyen tiré de ce que Mme Ghayou n'était pas compétente pour signer la décision d'éloignement attaquée manque en fait et doit par suite être écarté.
3. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 613-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " La décision portant obligation de quitter le territoire français est motivée. Elle est édictée après vérification du droit au séjour, en tenant notamment compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France et des considérations humanitaires pouvant justifier un tel droit. (). Il ne ressort pas des pièces du dossier que le préfet de la Côte d'Or n'aurait pas examiné le droit au séjour du requérant. Au demeurant, ce dernier, s'il prétend brièvement dans ses écritures qu'il aurait pu obtenir un titre de séjour de plein droit sur le fondement de l'accord franco-algérien, ne précise jamais la nature du titre en cause, ni les motifs qui justifieraient, selon lui, la délivrance d'un tel titre.
4. En troisième lieu, la décision attaquée est suffisamment motivée par l'indication des considérations de fait et de droit qui la fondent. Notamment, s'agissant d'une décision portant sur l'éloignement d'une personne en situation irrégulière, et non d'une demande de titre de séjour, le préfet n'était pas tenu de mentionner expressément l'accord franco-algérien, qui n'était pas la base légale immédiate de la décision attaquée.
5. En quatrième lieu, aux termes de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français lorsqu'il se trouve dans les cas suivants : / 1° L'étranger, ne pouvant justifier être entré régulièrement sur le territoire français, s'y est maintenu sans être titulaire d'un titre de séjour en cours de validité ". M. A soutient qu'il est entré pour la dernière fois en France le 2 novembre 2023 sous couvert d'un visa délivré par les autorités espagnoles et valable du 7 mai au 11 novembre 2023. Il ressort cependant des pièces du dossier, et notamment du procès-verbal d'audition en retenue administrative du 16 avril 2024, que M. A est retourné en Espagne en septembre 2023 pour ne revenir en France qu'en janvier 2024, soit après l'expiration de son visa. M. A n'apporte dans ses écritures aucun élément de nature à établir qu'il est entré en France pour la dernière fois sous couvert du visa délivré par les autorités espagnoles. Il est ainsi entré en France irrégulièrement. Le moyen tiré de la violation de l'article L. 611-1 du code de justice administrative ne peut dès lors qu'être écarté.
6. Aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ". La seule circonstance que M. A travaillerait en qualité de technicien installation fibre en situation irrégulière depuis un an à la date de la décision attaquée, ce qui, selon ses propres dires, ne lui a procuré aucun revenu au titre de l'année 2023 n'est pas de nature à caractériser une violation des stipulations susvisées de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, alors que ses parents résident en Algérie. Pour les mêmes motifs, le moyen tiré du défaut d'examen insuffisant de sa situation particulière et de l'erreur manifeste d'appréciation doivent être écartés.
En ce qui concerne la décision de suppression du délai de départ volontaire :
7. En premier lieu, il résulte de ce qui a été dit aux points 2 à 6 ci-dessus que la décision portant obligation de quitter le territoire français n'est pas entachée d'illégalité. Le moyen tiré de ce que la décision de suppression du délai de départ volontaire serait illégale du fait de l'illégalité, constatée par la voie de l'exception, de la décision portant obligation de quitter le territoire français doit être écarté.
8. En second lieu, aux termes de l'article L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Par dérogation à l'article L. 612-1, l'autorité administrative peut refuser d'accorder un délai de départ volontaire dans les cas suivants : / 1° Le comportement de l'étranger constitue une menace pour l'ordre public ; / 2° L'étranger s'est vu refuser la délivrance ou le renouvellement de son titre de séjour, du document provisoire délivré à l'occasion d'une demande de titre de séjour ou de son autorisation provisoire de séjour au motif que sa demande était manifestement infondée ou frauduleuse ; / 3° Il existe un risque que l'étranger se soustraie à la décision portant obligation de quitter le territoire français dont il fait l'objet ". Aux termes de l'article L. 612-3 du même code : " Le risque mentionné au 3° de l'article L. 612-2 peut être regardé comme établi, sauf circonstance particulière, dans les cas suivants : () / 2° L'étranger s'est maintenu sur le territoire français au-delà de la durée de validité de son visa ou, s'il n'est pas soumis à l'obligation du visa, à l'expiration d'un délai de trois mois à compter de son entrée en France, sans avoir sollicité la délivrance d'un titre de séjour ". Il est constant que M. A s'est maintenu en France au-delà de la validité de son visa. Cette seule circonstance suffit à regarder le risque de fuite comme établi. Au surplus, lors de son audition par les services de gendarmerie, M. A a déclaré qu'il n'accepterait pas de regagner son pays et préférerait retourner en Espagne, alors que l'obligation de quitter le territoire français vise également les pays de l'Union européenne. Le fait que M. A exerçait une activité non autorisée n'est pas de nature à constituer une circonstance particulière, au sens du premier alinéa de l'article L. 612-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile de nature à faire obstacle à ce que le risque de fuite soit regardé comme établi. Le moyen doit être écarté.
En ce qui concerne la décision fixant le pays de renvoi :
9. Il résulte de ce qui a été dit aux points 2 à 6 ci-dessus que la décision portant obligation de quitter le territoire français n'est pas entachée d'illégalité. Le moyen tiré de ce que la décision fixant le pays de destination serait illégale du fait de l'illégalité, constatée par la voie de l'exception, de la décision portant obligation de quitter le territoire français doit être écarté.
En ce qui concerne la décision portant interdiction de retour sur le territoire français :
10. En premier lieu, il résulte de ce qui a été dit aux points 2 à 6 ci-dessus que la décision portant obligation de quitter le territoire français n'est pas entachée d'illégalité. Le moyen tiré de ce que la décision portant interdiction de retour sur le territoire français serait illégale du fait de l'illégalité, constatée par la voie de l'exception, de la décision portant obligation de quitter le territoire français doit être écarté.
11. En second lieu, aux termes de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour ". Et aux termes de l'article L. 612-10 du même code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français ". Le fait que M. A exerçait une activité non autorisée n'est pas de nature à constituer une circonstance humanitaire de nature à faire obstacle à l'intervention d'une mesure d'interdiction de retour sur le territoire français, laquelle n'apparait nullement disproportionnée dans sa durée. Par suite, et alors même que M. A ne constituerait pas une menace pour l'ordre public, les moyens tirés de la méconnaissance des dispositions des articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et de l'erreur d'appréciation ne peuvent qu'être écartés.
12. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions de la requête de M. A tendant à l'annulation de l'arrêté par lequel le préfet de la Côte d'Or lui a fait obligation de quitter le territoire français sans délai à destination du pays dont il a la nationalité ou de tout pays dans lequel il serait légalement admissible, avec interdiction de retour sur le territoire français pendant une durée d'un an à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français doivent être rejetées. Il y a lieu, par voie de conséquence de rejeter les conclusions de la requête tendant à l'application des dispositions des articles 37 de la loi n° 91-647 et L. 761-1 du code de justice administrative.
DECIDE :
Article 1er : La requête de M. A est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. C A et au préfet de la Côte d'Or. Copie en sera adressée au ministre de l'intérieur et des outre-mer.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 22 mai 2024.
Le magistrat désigné,
P. D La greffière,
M. E
La République mande et ordonne au préfet de la Côte d'Or, en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.
Pour expédition conforme,
Le greffier,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026