mercredi 22 mai 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Dijon |
| Section | Tribunal Administratif de Dijon |
| N° Dossier | TA21-2401288 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | CH 3 JU |
| Avocat requérant | DE MESNARD ADÈLE |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 22 avril 2024, Mme D E, épouse A, représentée par Me de Mesnard, avocate, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté en date du 2 avril 2024, par lequel le préfet de la Côte d'Or ne l'a pas autorisée à résider en France, a abrogé son attestation de demande d'asile, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans le délai de 30 jours et a fixé l'Albanie comme pays de destination ;
2°) d'enjoindre au préfet de la Côte d'Or à titre principal, de lui délivrer un titre de séjour dans un délai de 15 jours à compter de la notification du jugement à intervenir et à titre subsidiaire, de réexaminer sa situation dans un délai d'un mois à compter de la notification de ce jugement et de lui délivrer, dans l'attente de ce réexamen, une autorisation provisoire de séjour, conformément aux dispositions de l'article L. 911-1 du code de justice administrative ;
3°) à titre subsidiaire, de suspendre l'exécution de la mesure d'éloignement prise à son encontre jusqu'à ce que la cour nationale du droit d'asile (CNDA) statue sur son recours';
4°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 200 euros, correspondant aux frais non compris, à verser à son conseil, lequel renonce dans cette hypothèse à percevoir le montant de l'aide juridictionnelle, en application des dispositions combinées des articles 37 alinéa 2 de la loi n° 91-647 et L. 761-1 du code de justice administrative.
Mme E, épouse A soutient que :
- s'agissant de la décision portant refus de séjour et abrogation de l'attestation de demande d'asile, le signataire de la décision était incompétent ;
- elle est insuffisamment motivée en ce qu'elle ne cite pas l'article L. 542-3 du code de justice administrative ;
- il y a violation de l'article L. 542-3 du code de justice administrative en ce que le préfet s'est estimé en situation de compétence liée pour abroger l'attestation de demande d'asile ;
- s'agissant de la décision portant obligation de quitter le territoire français, elle est illégale du fait de l'illégalité, constatée par voie d'exception, de la décision de refus de séjour ;
- le signataire de la décision était incompétent ;
- il y a insuffisance de motivation et défaut d'examen sérieux de sa situation ;
- il y a erreur manifeste d'appréciation et violation des stipulations des articles 3 et 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, et de l'article 5 de la directive 2008/115/CE du Parlement européen et du Conseil du 16 décembre 2008 au regard de sa vulnérabilité, liée à son genre, en tant que femme albanaise ;
- s'agissant de la décision fixant le pays de destination, elle est illégale du fait de l'illégalité, constatée par voie d'exception, de la décision portant obligation de quitter le territoire français ;
- il y a violation de l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, et erreur manifeste d'appréciation, au regard de sa vulnérabilité, liée à son genre, en tant que femme albanaise ;
- il y a lieu de suspendre l'arrêté dans l'attente de la décision de la cour nationale du droit d'asile au regard de sa vulnérabilité, liée à son genre, en tant que femme albanaise ;
Le préfet de la Côte d'Or a produit quatre pièces le 26 avril 2024.
Vu :
- la décision du bureau d'aide juridictionnelle en date du 6 mai 2024 accordant l'aide juridictionnelle totale à Mme E, épouse A ;
- les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- la directive 2008/115/CE du Parlement européen et du Conseil du 16 décembre 2008 ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a, par une décision du 25 janvier 2024, désigné M. I, magistrat honoraire inscrit sur la liste mentionnée à l'article L. 222-2-1 du code de justice administrative par un arrêté du vice-président du Conseil d'Etat en date du 30 novembre 2023, pour statuer, en application des dispositions de l'article R. 776-13-3 du code de justice administrative, sur les requêtes relevant de la procédure prévue à l'article L. 614-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
Les parties ont été régulièrement convoquées à l'audience.
Après avoir entendu, lors de l'audience publique :
- le rapport de M. I ;
- et les observations de Me de Mesnard pour Mme E, épouse A, et de
Mme G, pour le préfet de la Côte-d'Or.
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.
Considérant ce qui suit :
1. Mme E, épouse A, ressortissante albanaise, née le 9 mars 1987, est entrée régulièrement en France le 20 novembre 2023. Le 22 décembre 2023, elle a sollicité une protection internationale au titre de l'asile, en son nom et en celui de ses enfants mineurs, B A, né le 18 septembre 2010 et Uergi A, né le 24 avril 2016. Une attestation de demande d'asile lui a été remise, valable jusqu'au 31 mai 2024. Mais, par décision en date du 23 février 2024, notifiée le 4 mars 2024, l'Office français de protection des réfugiés et des apatrides a rejeté sa demande. Par un arrêté du 2 avril 2024, le préfet de la Côte d'Or ne l'a pas autorisée à résider en France, a abrogé son attestation de demande d'asile, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans le délai de 30 jours et a fixé l'Albanie comme pays de destination.
Sur les conclusions en annulation de l'arrêté du préfet de la Côte d'Or du 2 avril 2024 :
En ce qui concerne la décision de refus d'autorisation de résidence sur le territoire français et la décision d'abrogation de l'attestation de demande d'asile :
2. En premier lieu, l'arrêté attaqué a été signé par Mme C H, cheffe du service de l'immigration et de l'intégration, à qui le préfet de la Côte-d'Or a, par arrêté du 8 janvier 2024 régulièrement publié au recueil des actes administratifs du 10 janvier 2024, conféré à cet effet une délégation de signature en cas d'absence ou d'empêchement de M. K F, bénéficiant lui-même d'une délégation à cet effet en cas d'absence de tout membre du corps préfectoral. Le moyen tiré de l'incompétence de la signataire de la décision de refus d'admission au séjour doit être écarté.
3. En deuxième lieu, l'arrêté attaqué vise le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, " et notamment " certaines de ses dispositions. La seule circonstance que, parmi les dispositions expressément citées ne figure pas l'article L. 542-3 n'est pas de nature à faire regarder la décision d'abrogation de l'attestation de demande d'asile comme insuffisamment motivée.
4. En troisième lieu, il ne ressort d'aucune pièce du dossier que le préfet de la Côte d'Or se soit estimé en situation de compétence liée au regard de la décision de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides, pour prendre sa décision d'abrogation de l'attestation de demande d'asile, qui est la simple conséquence des décisions de refus de séjour et d'obligation de quitter le territoire français. En admettant même que le moyen puisse être regardé comme dirigé également contre les décisions de refus de séjour et d'obligation de quitter le territoire français, il ne ressort pas plus des pièces du dossier que le préfet, qui a examiné la situation personnelle et familiale de la requérante se soit estimé en situation de compétence liée.
En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :
5. En premier lieu, il résulte de ce qui a été dit aux points 2 à 4 ci-dessus que les décisions de refus d'autorisation de résidence sur le territoire français et d'abrogation de l'attestation de demande d'asile ne sont pas entachées d'illégalité. Le moyen tiré de ce que la décision portant obligation de quitter le territoire français serait illégale du fait de l'illégalité, constatée par la voie de l'exception, des décisions de refus d'autorisation de résidence sur le territoire français et d'abrogation de l'attestation de demande d'asile français doit être écarté.
6. En deuxième lieu, pour les motifs exposés au point 2 ci-dessus, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de l'acte ne peut qu'être écarté.
7. En troisième lieu, la décision portant obligation de quitter le territoire français est suffisamment motivée par l'indication des considérations de droit et de fait qui la sous-tendent, et notamment la situation personnelle et familiale de Mme E, épouse A. Alors que cette dernière n'a apporté aucun élément nouveau depuis le rejet de sa demande par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides sur les risques encourus en cas de retour dans son pays d'origine, le préfet pouvait se borner, comme il l'a fait, à reprendre la position de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides. Les moyens tirés du défaut de motivation et du défaut d'examen particulier de la situation de Mme E, épouse A doivent être écartés.
8. Aux termes de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants ". Et aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ". Pour soutenir qu'elle encourait des risques de traitements inhumains et dégradants en cas de retour dans son pays d'origine, Mme E, épouse A se borne à des considérations générales sur la situation de la femme en Albanie, ainsi qu'à un récit personnel peu crédible et assorti d'aucune pièce de nature à en établir la réalité. Les moyens tirés de la violation des stipulations des articles 3 et 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ne peuvent qu'être écartés. Pour les mêmes raisons, il y a lieu d'écarter le moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation. Enfin, Mme E, épouse A ne peut utilement invoquer la méconnaissance de l'article 5 de la directive 2008/115/CE du Parlement européen et du Conseil du 16 décembre 2008, cette directive ayant été transposée en droit interne par la loi n° 2011-672 du 16 juin 2011 relative à l'immigration, à l'intégration et à la nationalité et par le décret n° 2011-820 du 8 juillet 2011 pris pour l'application de cette loi.
En ce qui concerne la décision fixant le pays de renvoi :
9. En premier lieu, il résulte de ce qui a été dit aux points 5 à 8 ci-dessus que la décision portant obligation de quitter le territoire français n'est pas entachée d'illégalité. Le moyen tiré de ce que la décision fixant le pays de destination serait illégale du fait de l'illégalité, constatée par la voie de l'exception, de la décision portant obligation de quitter le territoire français doit être écarté.
10. En second lieu, aux termes du dernier alinéa de l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Un étranger ne peut être éloigné à destination d'un pays s'il établit que sa vie ou sa liberté y sont menacées ou qu'il y est exposé à des traitements contraires aux stipulations de l'article 3 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales du 4 novembre 1950 ". Il résulte de ce qui a été dit au point 8 ci-dessus que les stipulations précitées de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales n'ont pas été méconnues. Pour les mêmes motifs, il n'y a pas eu violation des dispositions de l'article L. 721-4 précité du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
11. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions de la requête de Mme E, épouse A tendant à l'annulation de l'arrêté par lequel le préfet de la Côte d'Or ne l'a pas autorisée à résider en France, a abrogé son attestation de demande d'asile, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans le délai de 30 jours et a fixé l'Albanie comme pays de destination doivent être rejetées.
Sur les conclusions en injonction :
12. Le présent jugement, qui rejette les conclusions à fin d'annulation présentées par la requérante, n'implique, par lui-même, aucune mesure d'exécution. Par suite, les conclusions à fin d'injonction présentées par Mme E, épouse A doivent être rejetées.
Sur les conclusions en suspension de l'arrêté du préfet de la Côte d'Or du 2 avril 2024 :
13. Aux termes de l'article L. 752-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger dont le droit au maintien sur le territoire a pris fin en application des b ou d du 1° de l'article L. 542-2 et qui fait l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français peut, dans les conditions prévues à la présente section, demander au tribunal administratif la suspension de l'exécution de cette décision jusqu'à l'expiration du délai de recours devant la Cour nationale du droit d'asile ou, si celle-ci est saisie, soit jusqu'à la date de la lecture en audience publique de la décision de la cour, soit, s'il est statué par ordonnance, jusqu'à la date de la notification de celle-ci ". Et aux termes de l'article L. 752-11 du même code : " Le président du tribunal administratif ou le magistrat désigné, saisi en application des articles L. 752-6 ou L. 752-7, fait droit à la demande de l'étranger lorsque celui-ci présente des éléments sérieux de nature à justifier, au titre de sa demande d'asile, son maintien sur le territoire durant l'examen de son recours par la Cour nationale du droit d'asile ". Il résulte de ce qui a été dit au point 8 ci-dessus que Mme E, épouse A ne fait état d'aucun élément sérieux de nature à justifier qu'il soit sursis à la décision du préfet de la Côte d'Or lui faisant obligation de quitter le territoire français. Ces conclusions de la requête doivent également être rejetées.
Sur les frais liés au litige :
14. Les dispositions combinées du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'Etat, qui n'est pas dans la présente instance la partie perdante, une quelconque somme au bénéfice du conseil de la requérante au titre des frais liés au litige.
DECIDE :
Article 1er : La requête de Mme E, épouse A est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme D E, épouse A et au préfet de la Côte d'Or. Copie en sera adressée au ministre de l'intérieur et des outre-mer.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 22 mai 2024.
Le magistrat désigné,
P. I La greffière,
M. J
La République mande et ordonne au préfet de la Côte d'Or, en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.
Pour expédition conforme,
Le greffier,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026