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AccueilJurisprudence administrativeN° TA21-2401354

Tribunal Administratif de Dijon — Décision N° TA21-2401354

jeudi 19 décembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Dijon
SectionTribunal Administratif de Dijon
N° DossierTA21-2401354
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation2ème chambre
Avocat requérantBIGARNET VALENTIN

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 27 avril 2024, M. A C, représenté par Me Bigarnet, demande au tribunal :

1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;

2°) d'annuler l'arrêté du 26 avril 2024 par lequel le préfet de la Côte-d'Or l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays à destination duquel il pourra être reconduit d'office et a assorti ces décisions d'une interdiction de circulation sur le territoire français d'une durée de deux ans ;

3°) d'annuler l'arrêté du 26 avril 2024 par lequel le préfet de la Côte-d'Or l'a assigné à résidence pur une durée de six mois ;

4°) d'enjoindre au préfet de la Côte-d'Or lui délivrer un titre de séjour ou, à défaut, de réexaminer sa situation administrative, le tout sous astreinte de 150 euros par jours de retard ;

5°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 000 euros au titre des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

En ce qui concerne la décision d'obligation de quitter le territoire français :

- elle est entachée d'incompétence ;

- elle est insuffisamment motivée et entachée d'un défaut d'examen particulier de sa situation ;

- elle est entachée d'une erreur d'appréciation sur sa situation personnelle ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale sur les droits de l'enfant ;

En ce qui concerne la décision portant absence de délai de départ volontaire :

- elle est illégale du fait de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français ;

- elle méconnaît les dispositions de l'article L.251-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle est entachée d'une absence d'examen particulier de sa situation et d'un non-respect du principe de proportionnalité ;

En ce qui concerne la décision fixant le pays de destination :

- elle est illégale du fait de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français ;

En ce qui concerne la décision portant interdiction de retour sur le territoire français :

- elle est illégale du fait de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français ;

En ce qui concerne la décision d'assignation à résidence :

- elle est illégale du fait de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français.

Par un mémoire en défense, enregistré le 23 mai 2024, le préfet de la Côte-d'Or conclut au rejet de la requête et à ce que la somme de 500 euros soit mise à la charge du requérant au titre des frais de l'instance.

Il soutient que les moyens soulevés par le requérant ne sont pas fondés.

Un mémoire et des pièces produits par le requérant, enregistrés le 2 décembre 2024, postérieurement à la clôture de l'instruction, n'ont pas été communiqués.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la convention internationale relative aux droits de l'enfant signée à New York le 26 janvier 1990 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement convoquées à l'audience du 3 décembre 2024 à 11 heures.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Nicolet,

- et les observations de Me Bigarnet, représentant le requérant.

Considérant ce qui suit :

1. M. A C, ressortissant espagnol né en 1977 au Maroc, est entré sur le territoire français en 2009. Par deux arrêtés en date du 26 avril 2024, notifiés le jour même, dont il est demandé l'annulation, le préfet de la Côte-d'Or l'a obligé de quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays à destination duquel il pourra être reconduit d'office, a assorti ces décisions d'une interdiction de circulation sur le territoire français d'une durée de deux ans et l'a assigné à résidence pour une durée de six mois.

2. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de prononcer l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle du requérant.

Sur les conclusions aux fins d'annulation :

En ce qui concerne la décision d'obligation de quitter le territoire français :

3. En premier lieu, par un arrêté du 18 janvier 2024, publié le 22 janvier 2024 au recueil des actes administratifs spécial de la préfecture, le préfet de la Côte-d'Or a délégué sa signature à M. Johann Mougenot, secrétaire général de la préfecture à l'effet de signer tous arrêtés, décisions, circulaires, rapports, correspondances et documents relevant des attributions de l'Etat dans le département, à l'exception d'actes au nombre desquels ne figure pas la décision attaquée. Par suite, le moyen tiré de ce que M. B n'était pas compétent pour signer la décision contestée manque en fait et doit ainsi être écarté.

4. En deuxième lieu, la décision attaquée est suffisamment motivée, en fait comme en droit, avec une précision suffisante. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de sa motivation doit être écarté.

5. Il ne ressort pas davantage des termes de la décision attaquée ni d'aucune pièce du dossier que le préfet se serait abstenu de procéder à un examen particulier de la situation de l'intéressé avant de prendre à son encontre la décision contestée.

6. En troisième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale ou à la protection des droits et libertés d'autrui. ".

7. Si le requérant soutient que le préfet de la Côte-d'Or a porté une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale dès lors qu'il vit en France depuis quinze ans, avec son épouse et ses trois enfants mineurs, il n'apporte aucun élément à l'appui de ses allégations, alors qu'il a été placé par ordonnance du 26 avril 2024 sous contrôle judiciaire pour des faits récents de violence volontaire, au regard notamment des constatations médicales réalisées sur son épouse qui corroborent ses déclarations, caractérisant une incapacité temporaire de travail de quarante-deux jours, qui prévoit une interdiction de s'approcher de son épouse, laquelle a clairement exprimé sa volonté de le voir quitter le domicile conjugal. Le requérant n'est, par conséquent, pas fondé à soutenir que le préfet de la Côte-d'Or a, en l'obligeant à quitter le territoire français, méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Pour les mêmes motifs, le moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation des conséquences de cette décision sur la situation personnelle du requérant ne peut être accueilli.

8. En dernier lieu, aux termes de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant : " 1. Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait d'institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale () ". Il résulte de ces stipulations, qui peuvent être utilement invoquées à l'appui d'un recours pour excès de pouvoir, que, dans l'exercice de son pouvoir d'appréciation, l'autorité administrative doit accorder une attention primordiale à l'intérêt supérieur des enfants dans toutes les décisions les concernant.

9. Si le requérant allègue que la décision d'obligation de quitter le territoire français porterait atteinte à l'intérêt supérieur de ses enfants, il n'apporte aucun élément de nature à démontrer qu'il contribuerait de manière active à leur entretien ou à leur éducation, alors qu'il est placé sous contrôle judiciaire lui interdisant de s'approcher de son épouse pour des faits de violences par conjoint ayant entraîné une incapacité totale de travail supérieure à huit jours, en l'espèce 42 jours. Dès lors, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ne peut qu'être écarté.

En ce qui concerne la décision portant absence de délai de départ volontaire :

10. En premier lieu, la décision portant obligation de quitter le territoire français n'étant pas entachée d'illégalité, le moyen invoqué par la voie de l'exception à l'encontre de la décision de refus d'accorder un délai de départ volontaire, tiré de l'illégalité de cette décision, doit être écarté.

11. En second lieu, aux termes de l'article L. 251-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Les étrangers dont la situation est régie par le présent livre disposent, pour satisfaire à l'obligation qui leur a été faite de quitter le territoire français, d'un délai de départ volontaire d'un mois à compter de la notification de la décision. L'autorité administrative ne peut réduire le délai prévu au premier alinéa qu'en cas d'urgence et ne peut l'allonger qu'à titre exceptionnel ".

12. Le préfet a pu régulièrement, en l'espèce, considérer que la gravité des faits récents de violences volontaires sur l'épouse du requérant, qui est tombée au sol, provoquant une interruption temporaire de travail de quarante-deux jours, et qui a motivé une ordonnance le plaçant sous contrôle judiciaire avec interdiction de paraître aux abords du domicile de la victime, était de nature à caractériser une situation d'urgence, au sens de l'article L. 251-3 du code l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, permettant de refuser d'accorder à l'intéressé un délai de départ volontaire, sans que le requérant puisse utilement faire valoir à l'encontre de la décision contestée la méconnaissance du principe de la présomption d'innocence. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article L.251-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doit être écarté.

13. Il ne ressort ni des termes de la décision attaquée ni d'aucune pièce du dossier que le préfet de la Côte-d'Or se serait abstenu de procéder à un examen particulier de la situation particulière de l'intéressé avant de prendre à son encontre la décision contestée ni qu'il n'aurait pas respecté le principe de proportionnalité.

En ce qui concerne les décisions fixant le pays de destination, d'interdiction de circulation sur le territoire français et d'assignation à résidence :

14. La décision portant obligation de quitter le territoire français n'étant pas entachée d'illégalité, les moyens invoqués, par la voie de l'exception, à l'encontre des décisions fixant le pays de destination, d'interdiction de circulation sur le territoire français et d'assignation à résidence, tirés de l'illégalité de cette décision, doivent être écartés.

15. Il résulte de tout ce qui précède que le requérant n'est pas fondé à demander l'annulation des arrêtés contestés du 26 avril 2024. Les conclusions à fin d'annulation du requérant doivent par suite être rejetées.

Sur les conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte :

16. Le présent jugement, qui rejette les conclusions à fin d'annulation présentées par le requérant, n'implique, par lui-même, aucune mesure d'exécution. Par suite, les conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte doivent être rejetées.

Sur les frais liés au litige :

17. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 font obstacle à ce que la somme demandée par le conseil du requérant au titre des frais exposés et non compris dans les dépens soit mise à la charge de l'Etat qui n'est pas, dans la présente instance, la partie perdante. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu de mettre une somme à la charge du requérant au titre des frais de l'instance.

D E C I D E :

Article 1er : M. C est admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête de M. C est rejeté.

Article 3 : Les conclusions présentées par le préfet de la Côte-d'Or au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. C, au préfet de la Côte-d'Or et à Me Bigarnet.

Copie en sera adressée au ministre de l'intérieur et au bureau d'aide juridictionnelle près le tribunal judiciaire de Dijon.

Délibéré après l'audience du 3 décembre 2024, à laquelle siégeaient :

M. Nicolet, président,

Mme Hascoët, première conseillère.

M. Cherief, conseiller,

Rendu public par mise à disposition au greffe le 19 décembre 2024.

Le président-rapporteur,

P. Nicolet

L'assesseure le plus ancien,

P. Hascoët

La greffière,

L. Curot

La République mande et ordonne au préfet de la Côte-d'Or, en ce qui le concerne ou à tous huissiers de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition,

La greffière,

lc

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