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AccueilJurisprudence administrativeN° TA21-2401383

Tribunal Administratif de Dijon — Décision N° TA21-2401383

mercredi 30 avril 2025

JuridictionTribunal Administratif de Dijon
SectionTribunal Administratif de Dijon
N° DossierTA21-2401383
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationCH 2 JU
Avocat requérantDAVID BENOÎT

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Dijon a rejeté la requête de M. A, ressortissant malien, qui demandait l'annulation de l'arrêté préfectoral du 10 avril 2024 lui faisant obligation de quitter le territoire français. Le tribunal a estimé que la décision était suffisamment motivée et que le requérant n'apportait pas la preuve d'un défaut d'examen particulier de sa situation. Il a également jugé que la décision ne méconnaissait pas les stipulations de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme, ni les dispositions relatives à l'interprète. Enfin, la décision fixant le pays de destination a été validée, le tribunal considérant que M. A n'établissait pas de risques personnels et actuels en cas de retour au Mali.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 30 avril 2024, M. F A, représenté par Me David, demande au tribunal :

1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;

2°) d'ordonner toute communication utile ;

3°) d'annuler l'arrêté du 10 avril 2024 par lequel le préfet de la Côte-d'Or lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 000 euros hors taxe, soit 2 400 euros TTC, au titre des frais irrépétibles engagés pour l'instance et non compris dans les dépens, par application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et d'ordonner leur versement à Me David, son conseil, en application de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique.

Il soutient que :

S'agissant du moyen commun à l'ensemble de l'arrêté attaqué :

- faute de production, par le préfet, de son dossier, l'arrêté attaqué sera annulé ;

S'agissant de l'obligation de quitter le territoire français :

- il reviendra à l'administration de produire l'arrêté signé par le préfet en vertu duquel le décisionnaire a bien reçu, à la date de la signature de l'arrêté attaqué, délégation de compétence ; en l'absence de production d'une délégation de signature, l'arrêté litigieux encourt l'annulation ;

- la décision attaquée est entachée d'un défaut de motivation ; elle est entachée d'une erreur de motivation en fait et en droit ; en l'absence de communication de la décision, il n'est précisé aucun élément de fait qui a mené les services préfectoraux à considérer qu'il était nécessaire de lui faire obligation de quitter le territoire, en contradiction totale avec la situation particulière dans laquelle il se trouvait ;

- la décision attaquée est entachée d'un défaut d'examen particulier de sa situation ;

- elle méconnaît le principe du contradictoire prévu par l'article 41 et l'article 47 de la Charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ; elle méconnaît l'article L. 141-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ; il appartient au préfet d'apporter la preuve qu'il s'est vu communiquer la décision dans une langue comprise, ou qu'il en a été informé par l'intermédiaire d'un interprète présent sur place lors de la notification de la décision lui faisant grief ; il ressort de l'audition devant l'officier de protection qu'il a été entendu en Tamasheq ; il conviendrait de s'assurer que les garanties prévues à l'article L. 141-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile relatives à l'interprète soient assurées, c'est-à-dire qu'il soit inscrit sur liste établie par le procureur de la République ou qu'il intervienne par le biais d'un organisme agréé par l'administration, ou que le nom et les coordonnées de l'interprète qui serait intervenu par téléphone lui auraient été effectivement communiquées par écrit ;

- la décision attaquée est entachée d'une erreur de droit ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ; elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle ;

- il a des craintes en cas de retour dans son pays d'origine ;

- l'article L.611-1, 4° du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile n'est applicable qu'à mettre en œuvre les articles L. 542-1 et L. 542-2 du même code ;

S'agissant de la décision fixant le pays de destination :

- la décision attaquée est illégale en raison de l'illégalité, soulevée par la voie de l'exception, de la décision lui faisant obligation de quitter le territoire français ;

- elle est entachée d'incompétence et d'un défaut de motivation ;

- il ne peut être contraint de retourner au Mali, pays dans lequel il n'a aucune possibilité de séjourner de façon stable et entourée ; la décision attaquée méconnaît les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme des libertés fondamentales ainsi que les dispositions du 5° de l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ; le préfet n'a pas examiné sa situation au regard de ces dispositions.

La requête a été communiquée au préfet de la Côte-d'Or qui n'a produit aucun mémoire en défense mais qui a produit des pièces, qui ont été enregistrées le 22 mai 2024 et qui ont été communiquées.

Par une décision du 21 mai 2024, le bureau d'aide juridictionnelle près le tribunal judiciaire de Dijon a admis M. A au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la Charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné M. C, pour statuer sur les requêtes relevant de la procédure prévue à l'article L. 614-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile en application de l'article R. 776-13-3 du code de justice administrative, en vigueur à la date des décisions attaquées.

Les parties ont été régulièrement convoquées à l'audience du 18 mars 2025 à 9 heures 00.

A été entendu au cours de l'audience publique le rapport de M. Hamza Cherief.

Les parties n'étaient ni présentes ni représentées.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. M. A, ressortissant malien né le 1er janvier 1991, est entré sur le territoire français le 15 septembre 2020. Il a sollicité l'asile le 14 octobre 2020. L'Office français de protection des réfugiés et apatrides a rejeté sa demande d'asile par une décision du 29 octobre 2021. Cette décision a été confirmée par la Cour nationale du droit d'asile le 22 avril 2022. Par un arrêté du 20 septembre 2022, le préfet du Lot l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination. Par un jugement du 14 décembre 2022, le magistrat désigné par la présidente du tribunal administratif de Toulouse a annulé la décision fixant le pays de renvoi. M. A a sollicité le réexamen de sa demande d'asile le 4 juillet 2023. Par une décision du 16 novembre 2023, l'Office français de protection des réfugiés et apatrides a rejeté cette demande, décision que l'intéressé a contesté par un recours formé devant la Cour nationale du droit d'asile le 22 décembre 2023. Par un arrêté du 10 avril 2024, le préfet de la Côte-d'Or lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination. Par la présente requête, M. A demande l'annulation de cet arrêté.

Sur l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle :

2. Aux termes de l'article 20 de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 : " Dans les cas d'urgence (), l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée soit par le président du bureau ou de la section compétente du bureau d'aide juridictionnelle, soit par la juridiction compétente ou son président ".

3. Par une décision du 21 mai 2024, le bureau d'aide juridictionnelle près le tribunal judiciaire de Dijon a admis M. A au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale. Dès lors, les conclusions de la requête tendant à ce que le tribunal l'admette au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire sont devenues sans objet. Par suite, il n'y a plus lieu d'y statuer.

Sur la communication de l'entier dossier :

4. Aux termes de l'article L. 614-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dans sa version applicable au litige : " () L'étranger peut demander au président du tribunal administratif ou au magistrat désigné à cette fin () la communication du dossier contenant les pièces sur la base desquelles la décision contestée a été prise () ". En l'espèce, le préfet de la Côte-d'Or a produit la décision attaquée, l'affaire est en état d'être jugée et le principe du contradictoire a été respecté. Il n'apparaît donc pas nécessaire, dans les circonstances de l'espèce, d'ordonner la communication de l'entier dossier du requérant détenu par l'administration.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne les moyens communs aux décision attaquées :

5. En premier lieu, par un arrêté du 8 avril 2024, référencé 21-2024-04-08-00003, régulièrement publié le 10 avril 2024 au numéro 21-2024-048 du recueil des actes administratifs spécial de la préfecture, le préfet de la Côte-d'Or a délégué sa signature à M. G D, directeur de l'immigration et de la nationalité, pour ce qui concerne, notamment, les arrêtés préfectoraux portant refus de séjour et obligation de quitter le territoire français au titre de l'asile et, en cas d'absence de tout membre du corps préfectoral, les décisions et arrêtés fixant le choix du pays de destination des étrangers faisant l'objet d'une mesure d'éloignement du territoire français. En cas d'absence ou d'empêchement de M. D, l'article 3 de cet arrêté donne compétence à Mme B E, cheffe du service d'immigration et d'intégration, signataire de la décision attaquée, afin d'exercer la délégation ainsi conférée à M. D. Il ne ressort pas des pièces du dossier que M. D et tous les membres du corps préfectoral n'auraient pas été absents ou empêchés le 10 avril 2024. Par suite, le moyen tiré de ce que Mme E n'était pas compétente pour signer l'arrêté attaqué manque en fait et doit être écarté.

6. En second lieu, l'arrêté en litige vise les textes dont il fait application, et notamment les articles 3 et 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ainsi que le 4° de l'article L. 611-1, l'article L. 612-1 et les articles L. 721-3 à L. 721-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Il expose également les circonstances de fait propres à la situation personnelle de M. A dont la demande de réexamen de sa demande d'asile a été rejetée par une décision du 16 novembre 2023 de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides, ainsi que les éléments sur lesquels le préfet s'est fondé pour l'obliger à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et pour fixer le pays de destination. Dès lors, cet arrêté comporte l'énoncé des considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement et permet ainsi au requérant d'en contester utilement le bien-fondé. Par suite ce moyen doit être écarté.

En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire français :

7. En premier lieu, il ne ressort pas des termes de la décision attaquée, ni des autres pièces du dossier, que le préfet n'aurait pas procédé à un examen particulier de la situation de M. A avant de l'obliger à quitter le territoire français. Par suite, ce moyen doit être écarté.

8. En deuxième lieu, pour des motifs identiques à ceux exposés au point 6 du présent jugement, le moyen tiré de ce que l'arrêté attaqué est entaché d'une " erreur de motivation en fait et en droit " doit être écarté.

9. En troisième lieu, aux termes du paragraphe I de l'article 41 de la Charte des droits fondamentaux de l'Union européenne : " Toute personne a le droit de voir ses affaires traitées impartialement, équitablement et dans un délai raisonnable par les institutions et organes de l'Union ". Aux termes du paragraphe 2 de ce même article : " Ce droit comporte notamment : / - le droit de toute personne d'être entendue avant qu'une mesure individuelle qui l'affecterait défavorablement ne soit prise à son encontre ". Le paragraphe 1 de l'article 51 de cette charte stipule enfin que : " Les dispositions de la présente Charte s'adressent aux institutions, organes et organismes de l'Union dans le respect du principe de subsidiarité, ainsi qu'aux Etats membres uniquement lorsqu'ils mettent en œuvre le droit de l'Union () ". Selon la jurisprudence de la Cour de justice de l'Union européenne C-383/13 PPU du 10 septembre 2013, une atteinte au droit d'être entendu n'est susceptible d'affecter la régularité de la procédure à l'issue de laquelle une décision faisant grief est prise que si la personne concernée a été privée de la possibilité de présenter des éléments pertinents qui auraient pu influer sur le contenu de la décision.

10. Si M. A soutient qu'il n'a pas eu la possibilité de faire valoir ses observations préalables, il ne précise pas en quoi il disposait d'informations pertinentes tenant à sa situation personnelle qu'il a été empêché de porter à la connaissance de l'administration avant que ne soit prise la mesure d'éloignement et qui, si elles avaient pu être communiquées à temps, auraient été de nature à faire obstacle à la décision l'obligeant à quitter le territoire français. Par suite, le moyen tiré de ce que l'arrêté attaqué méconnaîtrait le principe du contradictoire et le principe général des droits de la défense ne peut qu'être écarté.

11. En quatrième lieu, si M. A invoque la violation de l'article 47 de la Charte des droits fondamentaux de l'Union européenne garantissant le droit à un recours effectif et à accéder à un tribunal impartial, il n'apporte à l'appui de ce moyen aucun élément de nature à en apprécier le bien-fondé. Ce moyen ne peut par suite qu'être écarté.

12. En cinquième lieu, le requérant invoque la violation par le préfet de la Côte-d'Or du premier alinéa de l'article L. 141-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile aux termes duquel : " Lorsque les dispositions du présent code prévoient qu'une information ou qu'une décision doit être communiquée à un étranger dans une langue qu'il comprend, cette information peut se faire soit au moyen de formulaires écrits dans cette langue, soit par l'intermédiaire d'un interprète. () ". A l'appui de ce moyen, il fait valoir qu'il appartient au préfet d'apporter la preuve qu'il s'est vu communiquer la décision dans une langue comprise, ou qu'il en a été informé par l'intermédiaire d'un interprète présent sur place lors de la notification de la décision lui faisant grief, et qu'il conviendrait de s'assurer que les garanties prévues à l'article L. 141-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile relatives à l'interprète soient assurées. Toutefois, les conditions de notification d'une décision administrative étant sans incidence sur sa légalité, ces moyens doivent être écartés comme inopérant.

13. En sixième lieu, aux termes de l'article L. 542-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " En l'absence de recours contre la décision de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides dans le délai prévu à l'article L. 532-1, le droit de se maintenir sur le territoire français prend fin à la notification de cette décision. / Lorsqu'un recours contre la décision de rejet de l'office a été formé dans le délai prévu à l'article L. 532-1, le droit du demandeur de se maintenir sur le territoire français prend fin à la date de la lecture en audience publique de la décision de la Cour nationale du droit d'asile ou, s'il est statué par ordonnance, à la date de la signature de celle-ci. () ". Aux termes de l'article L. 542-2 du même code : " Par dérogation à l'article L. 542-1, le droit de se maintenir sur le territoire français prend fin : / 1° Dès que l'Office français de protection des réfugiés et apatrides a pris les décisions suivantes : () / d) une décision de rejet dans les cas prévus à l'article L. 531-24 et au 5° de l'article L. 531-27 ; () ". Aux termes de cet article L. 531-24 : " L'Office français de protection des réfugiés et apatrides statue en procédure accélérée dans les cas suivants : () / 2° Le demandeur a présenté une demande de réexamen qui n'est pas irrecevable () ".

14. Pour soutenir que l'obligation de quitter le territoire français litigieuse a été adoptée en méconnaissance du droit de se maintenir sur le territoire français dont il disposait en qualité de demandeur d'asile, M. A se prévaut du recours qu'il a formé contre la décision de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides du 16 novembre 2023 rejetant sa demande de réexamen de sa demande d'asile, sur lequel la Cour nationale du droit d'asile n'avait pas encore statué. Toutefois, il ressort des pièces du dossier que sa demande de réexamen a été rejetée au terme de la procédure accélérée prévue notamment par le 2° de l'article L. 531-24 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Dès lors, le droit de l'intéressé à se maintenir sur le territoire français avait pris fin dès la date de cette décision, en application du d) du 1°) de l'article L. 542-2 du même code. Ainsi, M. A ne peut se prévaloir d'un droit au maintien sur le territoire français faisant obstacle à l'adoption de la mesure d'éloignement litigieuse. Par suite, ce moyen, à le supposer soulevé, doit être écarté.

15. En septième lieu, aux termes du 4° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français lorsqu'il se trouve dans les cas suivants : () / 4° La reconnaissance de la qualité de réfugié ou le bénéfice de la protection subsidiaire a été définitivement refusé à l'étranger ou il ne bénéficie plus du droit de se maintenir sur le territoire français en application des articles L. 542-1 et L. 542-2, à moins qu'il ne soit titulaire de l'un des documents mentionnés au 3° ; () ". Au titre de l'article L. 542-4 de ce code : " L'étranger auquel la reconnaissance de la qualité de réfugié ou le bénéfice de la protection subsidiaire a été définitivement refusé ou qui ne bénéficie plus du droit de se maintenir sur le territoire français en application de l'article L. 542-2 et qui ne peut être autorisé à demeurer sur le territoire à un autre titre doit quitter le territoire français. Sous réserve des cas où l'autorité administrative envisage d'admettre l'étranger au séjour pour un autre motif, elle prend à son encontre, dans un délai fixé par décret en Conseil d'Etat, une obligation de quitter le territoire français sur le fondement et dans les conditions prévues au 4° de l'article L. 611-1. ".

16. Contrairement à ce que fait valoir M. A, l'arrêté en litige ne vise pas les dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et il ne ressort pas des termes de la décision en litige que le préfet de la Côte-d'Or aurait examiné la possibilité de l'admettre exceptionnellement au séjour sur le fondement de ces dispositions. Le requérant ne peut, par conséquent, utilement se prévaloir de ces dispositions. En tout état de cause, en se bornant à faire valoir qu'il souhaite demeurer en France, l'intéressé ne justifie d'aucune considération humanitaire ni d'aucun motif exceptionnel justifiant qu'il soit admis exceptionnellement au séjour en France. Par suite le moyen tiré de ce que la décision attaquée est entachée d'une erreur de droit doit être écarté.

17. En huitième lieu, il ressort des pièces du dossier que M. A est entré irrégulièrement sur le territoire français le 15 septembre 2020. L'Office français de protection des réfugiés et apatrides a rejeté sa demande d'asile par une décision du 29 octobre 2021, confirmée par la Cour nationale du droit d'asile le 22 avril 2022. Par un arrêté du 20 septembre 2022, le préfet du Lot l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination. Par un jugement du 14 décembre 2022, le magistrat désigné par la présidente du tribunal administratif de Toulouse a annulé la décision fixant le pays de renvoi. Ce jugement a été confirmé par un arrêt de la cour administrative de Toulouse en date du 19 septembre 2023. M. A a sollicité le réexamen de sa demande d'asile le 4 juillet 2023. Par une décision du 16 novembre 2023, l'Office français de protection des réfugiés et apatrides a rejeté sa demande de réexamen. L'intéressé, qui est célibataire et sans enfant à charge, ne justifie d'aucun lien particulier sur le territoire français ni d'aucune intégration professionnelle particulière au sein de la société française et n'établit pas être dépourvu d'attaches familiales et personnelles dans son pays d'origine. Par ailleurs, si M. A soutient qu'il encourt des risques en cas de retour au Mali, cette circonstance est inopérante au soutien des conclusions aux fins d'annulation de la décision l'obligeant à quitter le territoire français, laquelle n'a pas pour objet de fixer le pays de renvoi. Ainsi, compte tenu de l'ensemble des circonstances de l'espèce, la mesure d'éloignement attaquée ne peut être regardée comme ayant porté à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée par rapport aux buts en vue desquels elle a été prise. Elle n'a, ainsi, pas méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Elle n'est pas davantage entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle. Par suite, ces moyens doivent être écartés.

En ce qui concerne la décision fixant le pays de destination :

18. En premier lieu, le requérant n'ayant pas établi que la décision portant obligation de quitter le territoire français est entachée d'illégalité, il n'est pas fondé à exciper de l'illégalité de cette décision contre la décision fixant le pays de destination. Par suite, ce moyen ne peut qu'être écarté.

19. En deuxième lieu, contrairement à ce que fait valoir le requérant, l'arrêté attaqué vise l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ainsi que l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et précise qu'il n'existe aucun obstacle à ce que l'intéressé soit éloigné du territoire français. Ainsi, le préfet de la Côte-d'Or doit être regardé comme ayant examiné la situation de M. A au regard de ces deux textes. Par ailleurs, le requérant ne se prévaut d'aucun élément précis et circonstancié de nature à établir qu'il courrait personnellement le risque d'être soumis à la torture ou à des peines ou des traitements inhumains ou dégradants en cas de retour dans son pays d'origine. Par suite, les moyens tirés de ce que la décision attaquée méconnaît l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ainsi l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et de ce que le préfet n'a pas examiné la situation de M. A au regard de ces dispositions doivent être écartés.

20. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation présentées par M. A doivent être rejetées ainsi que, par voie de conséquence, les conclusions à fin d'injonction.

Sur les frais liés à l'instance :

21. Les dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique font obstacle à ce qu'une quelconque somme soit mise à la charge de l'Etat qui n'est pas, dans la présente instance, la partie perdante.

D E C I D E :

Article 1er : Il n'y a pas lieu de statuer sur les conclusions de la requête tendant à ce que M. A soit admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 3 ; Le présent jugement sera notifié à M. F A, à Me David, et au préfet de la région Bourgogne Franche-Comté, préfet de la Côte-d'Or.

Copie en sera adressée au ministre d'Etat, ministre de l'intérieur.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 30 avril 2025.

Le magistrat désigné,

H. C

La greffière,

L. Curot

La République mande et ordonne au préfet de la Côte-d'Or, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition,

La greffière,

lc

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