mardi 10 décembre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Dijon |
| Section | Tribunal Administratif de Dijon |
| N° Dossier | TA21-2401415 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 2ème chambre |
| Avocat requérant | AARPI ADMYS AVOCATS |
Vu la procédure suivante :
I. Par une requête, enregistrée sous le numéro 2401415 le 3 mai 2024, M. A B, représenté par Me Bommier, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté n° A-016-2024 du 20 mars 2024 par lequel C de la commune de Talant a rapporté la délégation qui lui avait été confiée par l'arrêté A-082-2020 du 2 octobre 2020 en qualité de deuxième adjoint au maire ;
2°) d'enjoindre à la commune de Talant de lui verser une indemnité de base de 1 359,76 euros et de maintenir la couverture des droits sociaux liés, du 20 mars 2024 à la date du prochain renouvellement du conseil municipal de la commune ;
3°) de mettre à la charge de la commune de Talant la somme de 3 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- C de la commune a fondé son arrêté sur un motif matériellement inexact, dès lors qu'il n'a pas assisté aux opérations électorales qui se sont déroulées en Fédération de Russie, en vue de l'élection de son président, en qualité d'observateur international, mais en qualité d'expert ;
- C a mis fin à la délégation qu'il lui avait consentie pour des motifs manifestement étrangers à la bonne marche des affaires communales, dès lors qu'il a motivé sa décision lors du conseil municipal du 3 avril 2023 par " l'intérêt de la nation et du pays ", sans jamais avoir évoqué de perte de confiance ou de dysfonctionnements dans le fonctionnement de la municipalité ;
- C a commis un détournement de pouvoir, dès lors qu'il a exercé, ce faisant, des pouvoirs qui n'appartiennent qu'au ministre de l'intérieur en vertu des dispositions de l'article L. 2122-16 du code général des collectivités territoriales, tout en le privant de la procédure contradictoire que prévoient ces dispositions.
Par un mémoire en défense, enregistré le 8 août 2024, la commune de Talant, représentée par l'association d'avocats à responsabilité professionnelle individuelle Admys Avocats, conclut au rejet de la requête et à ce qu'une somme de 2 000 euros soit mise à la charge de M. B au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- les conclusions indemnitaires de M. B sont irrecevables, dès lors qu'elles n'ont pas donné lieu à réclamation indemnitaire préalable ;
- les moyens soulevés par le requérant ne sont pas fondés.
Les parties ont été informées par une lettre du 11 août 2024 que cette affaire était susceptible, à compter du 30 septembre 2024, de faire l'objet d'une clôture d'instruction à effet immédiat en application des dispositions de l'article R. 611-11-1 du code de justice administrative.
La clôture de l'instruction a été fixée au 4 octobre 2024 par ordonnance du même jour.
II. Par une requête, enregistrée sous le numéro 2401746 le 31 mai 2024, M. A B, représenté par Me Bommier, demande au tribunal :
1°) d'annuler la délibération n° DL-001-2024 du 3 avril 2024 par laquelle le conseil municipal de la commune de Talant a décidé de ne pas le maintenir dans ses fonctions d'adjoint au maire ;
2°) de mettre à la charge de la commune de Talant la somme de 3 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- cette délibération est nulle, dès lors que le sens de la délibération transmise le 5 avril 2024 au préfet de la Côte-d'Or est contraire à celui résultant du vote de l'assemblée délibérante ;
- C a commis un excès de pouvoir et a entaché cette délibération d'une dénaturation du sens du vote du conseil municipal.
Par un mémoire en défense, enregistré le 8 août 2024, la commune de Talant, représentée par l'association d'avocats à responsabilité professionnelle individuelle Admys Avocats, conclut au rejet de la requête et à ce qu'une somme de 2 000 euros soit mise à la charge de M. B au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que les moyens soulevés par le requérant ne sont pas fondés.
Les parties ont été informées par une lettre du 11 août 2024 que cette affaire était susceptible, à compter du 30 septembre 2024, de faire l'objet d'une clôture d'instruction à effet immédiat en application des dispositions de l'article R. 611-11-1 du code de justice administrative.
La clôture de l'instruction a été fixée au 4 octobre 2024 par ordonnance du même jour.
Des pièces complémentaires, enregistrées le 26 novembre 2024, ont été produites par la commune de Talant à la demande du tribunal et ont été communiquées dans les conditions prévues par les dispositions de l'article R. 613-1-1 du code de justice administrative.
Vu les autres pièces des dossiers.
Vu :
- le code général des collectivités territoriales ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Irénée Hugez,
- les conclusions de M. Thierry Bataillard, rapporteur public,
- et les observations de Me Bommier, représentant M. B, et celles de Me Hamon, représentant la commune de Talant.
Considérant ce qui suit :
1. M. A B a été élu deuxième adjoint au maire de la commune de Talant en 2020. Par un arrêté du 2 octobre 2020, C de la commune lui a donné délégation pour les travaux, l'aménagement du territoire et le numérique. Par un nouvel arrêté du 20 mars 2024, dont M. B demande au tribunal l'annulation par sa première requête susvisée, C de la commune a rapporté cette délégation. Par une délibération du 3 avril 2024, dont M. B demande au tribunal l'annulation par sa seconde requête, le conseil municipal a décidé de ne pas le maintenir dans ses fonctions d'adjoint au maire.
2. Les deux requêtes susvisées, présentées par M. B, concernent la situation d'un même élu local. Il y a lieu de les joindre pour statuer par le même jugement.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
En ce qui concerne l'arrêté du 20 mars 2024 :
3. Aux termes de l'article L. 2122-18 du code général des collectivités territoriales : " C est seul chargé de l'administration, mais il peut, sous sa surveillance et sa responsabilité, déléguer par arrêté une partie de ses fonctions à un ou plusieurs de ses adjoints et à des membres du conseil municipal. / () Lorsque C a retiré les délégations qu'il avait données à un adjoint, le conseil municipal doit se prononcer sur le maintien de celui-ci dans ses fonctions. ".
4. Il résulte des dispositions précitées de l'article L. 2122-18 du code général des collectivités territoriales, qu'il est loisible au maire d'une commune, sous réserve que sa décision ne soit pas inspirée par un motif étranger à la bonne marche de l'administration communale, de mettre un terme, à tout moment, aux délégations de fonctions qu'il avait données à l'un de ses adjoints. Dans ce cas, il est tenu de convoquer sans délai le conseil municipal afin que celui-ci se prononce sur le maintien dans ses fonctions de l'adjoint auquel il a retiré ses délégations.
5. Il est constant que M. B, qui soutient avoir été invité par la chambre civique de la Fédération de Russie, en sa qualité de parrain de l'association France Russie expatriation, a assisté, selon ses dires en qualité " d'expert indépendant ", aux opérations électorales qui se sont déroulées les 15, 16 et 17 mars 2024 en vue de l'élection du président de cette fédération. La participation de M. B a été mentionnée dans plusieurs articles de presse, reportages et interviews.
6. En premier lieu, le requérant ne saurait sérieusement soutenir que la seule qualification de l'intéressé par C " d'observateur international " et non " d'expert " revendiquée par ce dernier en sa seule qualité d'élu local, au demeurant également retenue par la presse, serait de nature à caractériser une inexactitude matérielle des faits.
7. En deuxième lieu, il ressort des pièces du dossier que la décision en litige est fondée sur la perte du lien de confiance entre C et son adjoint, eu égard d'une part à l'absence de transparence et d'informations données par l'intéressé sur le motif de son voyage et d'autre part, aux répercussions de la couverture médiatique donnée à cette participation.
8. Il ressort en effet des pièces du dossier que C de la commune n'a pas été informé de cette initiative par son adjoint, qui a fait l'objet d'une couverture médiatique très importante, à laquelle l'intéressé a activement participé, à la fois en France et en Russie, et dont il ne pouvait ignorer le retentissement qu'elle aurait, eu égard à la teneur de ses déclarations, qui a été perçue par C de la commune et par une très large majorité des membres du conseil municipal comme un acte de légitimation d'un régime politique d'un État engagé dans un conflit armé avec l'Ukraine. Dans ces circonstances particulières, et dès lors que cette participation a provoqué une rupture du lien de confiance entre C et son adjoint, la décision attaquée ne peut être regardée comme ayant été inspirée par des motifs étrangers à la bonne marche de l'administration communale.
9. En troisième lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier que C de la commune de Talant aurait entendu fonder sa décision sur des fautes commises par l'intéressé dans l'exercice de ses fonctions ou par des faits étrangers aux fonctions, mais dont la gravité est inconciliable avec celle-ci. Par suite, le moyen tiré du détournement du pouvoir doit être écarté.
10. Il résulte de tout ce qui précède que M. B n'est pas fondé à demander l'annulation de l'arrêté n° A-016-2024 du 20 mars 2024 par lequel C de la commune de Talant a rapporté la délégation qui lui avait été confiée par l'arrêté n° A-082-2020 du 2 octobre 2020 en qualité de deuxième adjoint au maire.
En ce qui concerne la délibération du 3 avril 2024 :
11. Aux termes du dernier alinéa de l'article L. 2122-18 du code général des collectivités territoriales : " Lorsque C a retiré les délégations qu'il avait données à un adjoint, le conseil municipal doit se prononcer sur le maintien de celui-ci dans ses fonctions. ".
12. Il ressort des pièces du dossier que, le 26 mars 2024, les conseillers municipaux de la commune de Talant ont été convoqués à la réunion du conseil municipal devant se tenir le 3 avril 2024, que cette convocation prévoyait, au titre du point 1 de l'ordre du jour, que le conseil municipal se prononce sur le " retrait de fonction d'un adjoint au maire ", en l'espèce M. B, que les conseillers municipaux de la commune sont équipés d'une tablette numérique qui leur permet, tout au long du conseil municipal, de visualiser les délibérations mises au vote et de voter, que le projet de délibération qui leur a été soumis mentionnait en titre " Retrait de fonction d'un adjoint au maire " et en dispositif " décide au scrutin public / scrutin secret de ne pas maintenir / de maintenir Monsieur A B dans ses fonctions d'adjoint au maire ". Ainsi, pour équivoque qu'ait pu être la formule retenue par C pour inviter l'assemblée délibérante, après les débats, à voter sur la délibération inscrite à l'ordre du jour, selon laquelle " La question : Monsieur C propose au conseil municipal de se prononcer sur le maintien ou non de Monsieur A B dans ses fonctions d'adjoint au maire ", qui n'était au demeurant que la lecture de l'un des paragraphes figurant sur le projet de délibération soumis aux votes, il ressort des pièces du dossier que les conseillers municipaux étaient invités à se prononcer sur la décision " de ne pas maintenir Monsieur A B dans ses fonctions d'Adjoint au Maire ". Il ne ressort pas davantage des pièces du dossier que cette phrase aurait été de nature à induire en erreur les conseillers municipaux et il n'est ni soutenu ni allégué qu'un conseiller municipal se serait mépris sur la portée de son vote. Alors que la délibération signée et transmise à la préfecture de la Côte-d'Or mentionne expressément la répartition des votes annoncée lors de la séance publique (" 17 voix pour, 1 voix contre et 15 ne prend pas part au vote ") qui, au demeurant, correspond aux explications de vote qui ont été exprimées oralement avant ce vote, soit au nom des différents groupes, soit à titre individuel, il ne ressort nullement des pièces du dossier que le sens de la délibération transmise le 5 avril 2024 au préfet de la Côte-d'Or serait contraire à celui résultant du vote de l'assemblée délibérante ni que C de la commune aurait inexactement rendu compte du vote du conseil municipal. Par suite, les moyens soulevés ne peuvent qu'être écartés.
13. Il résulte de ce qui précède que M. B n'est pas fondé à demander l'annulation de la délibération n° DL-001-2024 du 3 avril 2024 par laquelle le conseil municipal de la commune de Talant a décidé de ne pas le maintenir dans ses fonctions d'adjoint au maire.
Sur les conclusions à fin d'injonction :
14. Le présent jugement, qui rejette les conclusions à fin d'annulation de M. B, n'implique aucune mesure d'exécution. Par suite, les conclusions à fin d'injonction doivent également être rejetées, sans qu'il soit besoin de statuer sur leur recevabilité, ni sur la fin de non-recevoir soulevée par la commune de Talant en défense.
Sur les conclusions tendant à l'application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative :
15. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de M. B les sommes que la commune de Talant demande au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Les dispositions du même article font par ailleurs obstacle à ce que les sommes demandées à ce titre par M. B soient mises à la charge de la commune de Talant, qui n'est pas la partie perdante.
D E C I D E :
Article 1er : La requête n° 2401415 de M. B est rejetée.
Article 2 : La requête n° 2401746 de M. B est rejetée.
Article 3 : Les conclusions présentées par la commune de Talant au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative dans l'instance n° 2401415 sont rejetées.
Article 4 : Les conclusions présentées par la commune de Talant au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative dans l'instance n° 2401746 sont rejetées.
Article 5 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et à la commune de Talant.
Copie en sera adressée au préfet de la Côte-d'Or.
Délibéré après l'audience du 3 décembre 2024, à laquelle siégeaient :
M. Nicolet, président,
M. Hugez, premier conseiller,
Mme Hascoët, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 10 décembre 2024.
Le rapporteur,
I. Hugez
Le président,
Ph. Nicolet
La greffière,
L. Curot
La République mande et ordonne au préfet de la Côte-d'Or, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition,
La greffière,
2, 2401746
lc
Tribunal Administratif de VERSAILLES — N° TA78-2608798
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